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20090523

Roh Moo-hyun, le promeneur du champ de mai

L'ancien Président de la République de Corée (2003-2008) vient de décéder ce matin des suites d'une chute à quelques mètres de sa maison*, dans le petit village de Bongha à côté de Gimhae, dans le sud-est du pays.

La chute s'est produite vers 6h50 et la mort a été prononcée vers 7h05 à l'hôpital. Roh Moo-hyun était accompagné d'un aide dans cette mortelle randonnée.

Difficile de ne pas penser à un suicide : toute la famille fait l'objet d'une enquête très avancée dans une affaire de corruption, et lui même venait de subir un interrogatoire il y a quelques jours.

Sa paisible retraîte avait déjà plutôt mal commencé : Roh était parti avec les enregistrements de sa présidence, et avait dû les restituer après une embarrassante joute juridique.

Le concept même de retraîte présidentielle paisible n'existe pas dans le pays : aucun de ses prédécesseurs n'a réussi à échapper aux scandales après son mandat.

La différence, notable, est que Roh a visiblement assumé sa faute jusqu'au bout. Plus tôt, il avait déjà absous son collaborateur Chung Sang-moon en avouant que l'accusation devait porter sur sa famille et non sur lui, puisque c'est sa famille qui avait demandé et obtenu l'argent. Sa capacité à battre sa coulpe tranchait déjà du temps de sa présidence, et lui a valu la défiance de nombreux membres de son propre parti. A bien y réfléchir, à l'exception notable de son élection au poste suprême, Roh Moo-hyun avait une approche parfois suicidaire de la politique, déchiré entre des beaux principes et l'amère réalité du pouvoir.

Cet homme s'est construit sur une image de probité et de respect de la loi et s'est révélé dans une dénonciation de la corruption, mais n'a pas réussi à changer les mauvaises habitudes du pays. Même si personne n'était dupe des moyens mis en oeuvre pour parvenir à son élection (inférieurs pourtant à ceux de son adversaire Lee Hoi-chang), beaucoup espéraient qu'il apporte du changement dans le milieu. En vain : Roh a plus passé de temps à rattraper ses propres gaffes qu'à mettre en oeuvre les réformes annoncées, et a même dû céder quelques mois les rênes du pouvoir à son premier ministre Goh Gun le temps de survivre à une procédure d'impeachment.

Dans un pays récemment converti à la démocratie et où la loi interdit plus d'un mandat présidentiel, tout président devient un "lame duck" sitôt élu. Mais le pauvre Roh Moo-hyun a n'a pas eu le temps d'exposer autre chose que ses propres faiblesses.

Le virage à droite de l'an dernier était prévisible, mais essentiellement en raison de la personnalité diamétralement opposée de son successeur, le hyperconfiant LEE "Bulldozer" Myung-bak... Un style pas non plus exempt de reproches**.

Par ses origines simples, son profil décalé dans le monde politique et sa fin tragique (suicide ou non, peu importe finalement), Roh Moo-hyun peut faire penser à Pierre Bérégovoy. Mais avec un charisme et une image beaucoup plus nets. Esperons que son départ force la Corée à s'interroger sur sa façon de concevoir la politique, à engager une vaste opération de transparence pour faciliter non seulement l'émergence de talents motivés par le changement, mais aussi leur protection dans leur ascension.


* "
Former S. Korean President Roh Dead: Police" (Yonhap 20090523)
** voir "
Une présidence en travaux", puis "Volonté d'impuissance"

20090522

Le bonheur selon Le Clezio

Le grand homme pose son sac en souriant sous le crépitement des appareils photos, mais ne vous y trompez pas :

- j'écris "grand homme" parce qu'avec ou sans Nobel de Littérature, le père Jean-Marie Gustave Le Clézio est bien obligé de trimballer sa longue carcasse partout où il va, c'est à dire aux quatre coins du monde

- le sac en question ne provient pas de la rue Montaigne mais de l'épicier du coin. Il n'est pas en cuir mais en papier, et ne contient que le nécessaire de survie de l'écrivain (deux bouquins, un bloc notes, et la chemise protégeant son texte du jour)

- le sourire s'avère du type géné : visiblement, faire le beau devant les caméras embarrasse cet éternel modeste plutôt qu'autre chose

Parler du bonheur, en revanche, le met nettement plus à l'aise... et c'était justement le thème de la lecture organisée en son honneur par ses deux anges gardiens habituels : la Fondation Daesan et l'Ehwa Womens University. La première avait déjà eu la bonne idée de lui faire découvrir la Corée au début de ce millénaire, et fournit le lieu de cette nouvelle rencontre : le siège de la fondation et du groupe fondés par Shin Yong-ho (Kyobo Life), un important carrefour culturel abritant la première librairie internationale du pays. Quant à la seconde, Le Clézio y a enseigné pendant deux ans et y réside de nouveau ces jours-ci. Il faut dire que Monsieur n'est pas du style à accepter le barnum habituel pour V.I.P. de passage à Séoul, avec hôtel 5 étoiles grand luxe et show à l'Américaine.

Le décor semble donc idéalement planté : une simple affiche au fond d'une salle anonyme d'un étage en travaux, deux tables d'école sur une estrade, et même un bon petit effet Larsen des familles pour faire oublier qu'on est au pays de la high-tech... sans chichis, donc, mais avec tout de même une cabine de traduction en simultané et plusieurs centaines d'oreillettes pour une assistance fournie.

Tout en douceur, JMG nous conte sa traque du bonheur dans la littérature d'ici et d'ailleurs (Europe, Mexique, Turquie, Arabie, Liban...), d'hier et d'aujourd'hui, s'efface derrière des auteurs connus, méconnus ou oubliés, nous projette leur imaginaire, puis leur image sous forme d'un diaporama aux allures de Lagarde et Michard en Version Onusienne, avec en prime une carte postale de son Ile Maurice natale.

Par ses exemples, Prof Le Clézio soigne particulièrement son auditorat féminin - au-delà des réflexes acquis à Ehwa, il s'agit de dénoncer une vision du bonheur trop souvent masculine dans la littérature mondiale. L'exposé se conclut sur une notion du bonheur somme toute classique : la liberté, le couple, la famille, les bonheurs simples du quotidien.

Relativement classique également, le passage choisi dans "Ritournelle de la faim" pour une séance de lecture toujours un peu artificielle (tradition anglo-saxonne de mise en scène du texte, avec l'auteur dans le rôle de son propre lecteur). J'ai nettement préféré le second texte, extrait de "Ballaciner" : une rencontre avec Lee Jeong-hyang où la jeune réalisatrice se livre à propos de son film "Jibeuro". Une fois de plus, si Le Clezio s'efface, il agit en révélateur. Et si l'une des voix n'est pas la sienne, l'image saisissante qu'il projette de son interlocutrice vient de lui.

L'image du bonheur que je conserve de Le Clezio, c'est plutôt son personnage de Mondo. Ce petit mendiant survivant au quotidien par la grâce de la bonté humaine et de rencontres simples. Cet enfant plein de joie sait pertinement qu'un jour il se fera éliminer de ce paradis à la fois si riche et miséreux.

Le bonheur, au fond, comme l'humour, commence par l'acceptation de la mort.
(photo SM : "Ne tirez pas sur le pianiste")


20090521

L'Europe en Questions

Etes-vous prêts pour les élections européennes ? Ce test en 10 questions vous permettra de juger votre connaissance du sujet :

L'ancêtre de l'Union Européenne ?
A) Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA)
B) Union Européenne du Fer et de l'Acier (UEFA)
C) Politique Agricole Commune Synchronisée (PACS)

L'Europe des 6 à l'origine :
A) Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, RFA
B) Bretagne, Franche Comté, Ile de France, Lorraine, Pays de la Loire, Rhone Alpes
C) BNP, Fortis, ING, Lloyds, Paribas, Rabobank

Le plus grand pays de l'UE :
A) la France métropolitaine
B) le Danemark (+ Groenland)
C) le pool des traducteurs à l'assemblée (population)

La date d'entrée du Royaume-Uni dans l'Union :
A) 1973
B) 1066
C) le Royaume-Uni ne fait pas partie de l'Europe

Un père fondateur de l'Europe :
A) Jean Money
B) Jacques de l'Or
C) Paul-Henri Sparkasse

Le traîté qui redessine l'Europe :
A) Maastricht
B) Nice
C) Shenzhen

La Constitution de l'Europe :
A) demandez "VGE" à l'hospice de Chamalières
B) encore un peu faiblarde
C) 5% solide, 45% liquide, 50% gazeux

Les Français devront théoriquement se prononcer par référendum sur :
A) L'entrée de la Turquie en Europe
B) La sortie d'Erdogan devant Peres
C) La construction du futur parlement européen au milieu du Bosphore

Liberté de la presse, ouverture économique, perception de la corruption : dans quelle catégorie la France fait-elle partie du top 10 de l'UE ?
A) Aucune
B) Corruption de la presse
C) Liberté de la corruption

L'hymne officiel de l'Europe :
A) "Ode à la Joie" de Ludwig van Beethoven
B) "Hymne de l'UEFA Champions League" de George Frideric Handel adapté par Tony Britten
C) "Fairytale" de Alexander Rybak

*****

Vous avez un maximum de A : vous allez déposer votre bulletin le 7 juin et participer activement au dépouillement des bulletins le soir même
Vous avez un maximum de NON : vous allez déposer votre bombe le 7 juin et participer activement au dépouillement de vos concitoyens pendant les 5 années suivantes

20090519

Bonus écologique et malus politique

Commentaire en réponse à la question "Pourquoi attribuer un bonus écologique à des voitures ?"*
Attribuer un bonus écologique aux rares bons élèves, c'est avant tout un non-choix politique : il était politiquement impossible d'attribuer un malus écologique au reste de la classe, seule façon de motiver le changement tout en levant des moyens de financer la recherche de solutions.

Non seulement on n'encourage pas la rupture nécessaire, mais on commet un non-sens : une voiture qui émet l'équivalent du poids de deux oeufs de CO2 au kilomètre ne mérite évidemment pas un bonus écologique.

Bon... ça a le mérite d'exister, mais surtout de retarder les vrais progrès.

Un compromis pertinent à mes yeux eût été de fixer dès le départ un programme du style : pendant 7 ans on pratique le bonus pour les moins mauvais, mais après on passe au malus. A ce moment là on motive l'industrie pour accélerer le mouvement avec la perspective d'un renouvellement de parc à moyen terme, en cohérence avec les cycles du secteur.

* sur
Eco89.

20090515

Cher Karl,

Cher Karl,

Dans ta dernière livraison révisionniste bi-hebdomadaire*, tu a pointé ton gros doigt ensanglanté vers Nancy Pelosi : VOUS avez supporté le waterboarding et les EIT ("Enhanced Interrogation Techniques" ou "Techniques Avancées d'Interrogation"). VOUS avez encouragé ce que vous les Démocrates appelez de la 'torture'.

Avant toute chose, Karl : quoi qu'ait dit ou fait Pelosi, le waterboarding EST de la torture. Pas de la 'torture' entre guillemets, et certainement pas tes très édulcorées "EIT".

Deuxièmement : beaucoup d'Américains (parmi lesquels des Démocrates) ont soutenu le Patriot Act, applaudi l'invasion de l'Irak, et même voté pour George W. Bush en 2004. Mais cela ne veut pas dire qu'ils étaient en faveur du fascisme, de la torture, d'Abu Ghraib, ou de
ce dangereux fondamentaliste qui a dynamité les initiatives de paix internationales pendant 8 ans. Tu n'as sans doute pas oublié cet homme... Lui n'a cessé de louer tes bons et loyaux services à sa cause en qualité d'"Architect" ou, pour reprendre son registre plus intime et affectueux, en qualité de "Turd Blossom".

Ces votes et soutiens massifs prouvent une seule chose, Karl : l'efficacité de vos Armes de Désinformation Massive, ce système fondé sur les mensonges délibérés et une propagande éhontée. Vous avez délibérément menti à Pelosi comme à Bob Graham** et à tous les Américains, vous avez trahi non seulement les valeurs fondamentales de votre pays mais la confiance de votre peuple.

Bon là j'ai peut-être l'air un peu mécontent mais en réalité, je suis très très soulagé que tu aies évoqué le sujet.

Puisque tu as choisi de braquer les projecteurs dans cette direction, ce ne seront plus seulement les infâmies commises par l'Administration Bush qui seront exposées, mais aussi sa machine à broyer les consciences qui a rendu possible leur acceptation par un peuple supposé vivre dans une démocratie modèle.

Enfin... J'adore t'écouter donner des leçons de morale sur la torture (elles feront aussi beaucoup rire les historiens), mais je tiens également à te rappeler que l'heure est venue de t'expliquer sur tes propres crimes, et en particulier dans cette affaire d'éviction de procureurs***...

En te priant d'accepter, Cher Turd Blossom, l'expression de mon mépris le plus sincère


* voir "
Congress and Waterboarding" - Wall Street Journal (20090514) et le dossier "spam" de ma boîte à lettres
** "
Graham: CIA Gave Me False Information About Interrogation Briefings" - Sam Stein, Huffington Post (20090514)
*** "
Rove to Be Interviewed Over Attorney Firings" - David Johnston - New York Times (20090514)
---
Initialement publié sur blogules en V.O. ("
Rove v. Pelosi v. Rove v. America")

20090508

Armes de Désinformation Massive - Redux

Je m'étonne que l'on s'étonne de l'opération "Pétrole contre Pourriture" (ou plutôt "Subventions contre Soumission") menée par Sarkozy auprès de la presse française, en particulier dans la foulée des Etats Généraux de la Presse Ecrite de janvier dernier*.

Une fois de plus, depuis 2005 et plus encore depuis son entrée en fonction à la tête de l'Etat, Le Petit Nicolas n'a fait que reproduire la stratégie victorieuse de George W. Bush entre 2001 et 2004 : mettre les majors des media dans sa poche en l'échange de promesses législatives (en l'occurence : des lois antitrust plus souples afin de renforcer leur mainmise). C'est ainsi que les media, contre-pouvoirs essentiels de la démocratie, se sont transformés en Armes de Désinformation Massive au service de la propagande d'Etat et en soutien à l'invasion de l'Irak dans la prétendue "War on Terror". C'est aussi pour cela que le candidat GWB n'a pas fait l'objet d'attaques en règle lors de la campagne de 2004, alors même que tous les scandales de son administration avaient été révélés (la torture, les mensonges...). Dans ce concert abject, même les media traditionnellement "libéraux" comme le NYT ou Newsweek ont tout bonnement baissé leur pantalon. Le symbole de cette époque honteuse demeure pour moi Fareed Zakaria : une plume indépendante osant prôner la modération et le respect mutuel au lendemain du 11 Septembre, et devenue quelques mois plus tard un supporter très motivé de Bush dans son projet d'invasion de l'Irak. Entretemps, Zakaria a été invité à la Maison Blanche et à la réunion annuelle du Bilderberg... Il héritera par la suite d'un poste prestigieux à la tête de l'éditorial pour Newsweek International.

Pour les majors US, la "récompense" survindra le 2 Juin 2003, le régulateur levant des barrières essentielles à la concentration sur chaque marché régional : part de marché maximale relevée de 35 à 45%, possibilité de contrôler à la fois une chaîne TV locale et un titre de presse régionale, abandon des logiques d'"intérêt public", relâchement des notions d'information...

A la tête de la FCC à l'époque : Michael Powell, le fils de Colin. Ce forfait allait être jugé contraire à la loi (la FCC retournera à la charge à un an des élections 2008...), mais il est intéressant de rappeler qu'il eut lieu un mois après le fameux "Mission Accomplished" de W.

Une fois Bush élu (je refuse d'écrire "réelu"), le pacte de non-agression arriva à son terme, et les majors purent s'en donner à coeur joie. Tous les films critiques sur la guerre en Irak ont été diffusés à partir de 2005-2006. On se souvient comment Michael Moore avait peiné à distribuer son Fahrenheit 9/11 par des circuits indépendants...

Signe des temps : le mois dernier, DOJ d'Eric Holder a refusé d'assouplir les lois antitrust et les lois spécifiques aux participations dans les media pour aider la presse US face à l'inéluctable dématérialisation des media écrits.

A méditer pour les dirigeants de la presse française aujourd'hui : si le jugement des actionnaires s'avère impitoyable, celui de l'Histoire se révèle indélébile.



* cf hier "Le jour où Sarkozy a acheté la presse" (Frédéric Filloux sur Slate)

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