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20100129

Jean-François Copé en embuscade

A la suite de la relaxe de Dominique de Villepin dans le cadre de l'affaire Clearstream, Pascal Riché a produit un intéressant "Après Clearstream, le tango à trois de Copé, Villepin et Sarkozy" (Rue89 - 2010128).

L'axe Copé-Villepin fait sens, mais dans ce duo le leader n'est pas celui que l'on croit.

Je n'ai jamais vraiment cru aux chances de Dominique de Villepin pour la course à l'Elysée. S'il tire une gloire légitime à avoir tenu tête à George W. Bush et Nicolas Sarkozy, il s'est définitivement grillé au sein de l'UMP après la dissolution de 97 et le CPE de 07, et je le vois mal mener des troupes à la victoire en 17 (voir mon "
Blogule rouge à Villepin - à éviter en 2017", qui remonte déjà à 2006).

En revanche, Jean-François Copé s'avère un animal politique particulièrement intéressant : il a bien sûr l'ambition qui va bien, mais aussi des atouts assez rares et précieux, comme une intelligence politique portant au-delà du tactique, de l'humour, ou une certaine forme d'empathie (sincère ou non, elle passe bien).

La grande interrogation portait sur ses capacités de chef de meute et de prédateur, et ces dernières années ont apporté pas mal d'enseignements.

Sur le papier, il me parait désormais mieux armé que DSK et bien sûr Bayrou pour fédérer le centre républicain. DSK parait naturellement beaucoup plus présidentiable aujourd'hui, mais a-t-il la capacité à mener une campagne tailléee pour les grands fauves ?

Copé a parfaitement joué le coup sur la burqa : en remettant la patate chaude à l'ordre du jour, il occupe le terrain de la république et du droit au lieu d'un président coincé par les theocons et soucieux de ne pas relancer le débat sur la laïcité avant les élections. Mieux : il interpelle sur sa droite tout en rassurant la gauche républicaine.

Je crois que Sarkozy a beaucoup plus peur de lui que de Villepin. Et je ne serais pas surpris qu'il nous ségolénise l'ancien premier ministre de Chirac pour mieux éliminer ses rivaux les plus dangereux : DSK et Copé.

blogules 2010

* voir "
La farce cachée de Clearstream"

ADDENDUM 20100206

Signalons que ce postounet a été consulté entre autres par l'UMP - je masque en partie l'URL de l'un des visiteurs : mail02.u-m-p.org (194.206.213.***).

Ce qu'il y a d'amusant, c'est que dans les bases de données internet, l'URL est bien attribuée à l'UMP et à son siège (57 rue de la Boétie 75008 Paris), mais l'adresse IP renvoie à un serveur dont le libellé demeure "RPR", avec pour coordonnées l'ancien siège du parti gaullo-chiraquien (2 boulevard de Latour Maubourg, 75017 Paris). Le nom du responsable internet d'alors (Jean-luc TRANCART) ressemble étrangement à celui du DirCom de Suez Environnement d'aujourd'hui, mais il peut ne s'agir que d'une coïncidence.

Peut-être ce post va-t-il aider tout ce beau monde à tourner la page, à actualiser les informations relative à cette vénérable institution (l'Union pour un Mouvement Populaire a tout de même été fondée le 17 novembre 2002), et pourquoi pas à s'intéresser à l'internet autrement que sous l'angle de la propagande ou de la répression.

SM

20100125

De l'UNI au Mét... en attendant la suite

Le syndicat étudiant de droite UNI change de look et de nom afin d'aider Le Petit Nicolas à recruter de nouveaux talents pour son école des fans... et bien sûr de futures élections.

L'UNI ? Au départ j'ai cru qu'il s'agissait d'un imprimeur. Ce qui m'avait sauté aux yeux sur les stickers (à part la propagande généralement radicale, bien sûr), c'est la petite ligne en-dessous du slogan rouge sur fond blanc : UNI, 8 rue de Musset. Cela me faisait de la peine de savoir que des agités concevaient cette littérature juste à côté de l'école primaire et de la bibliothèque de ma jeunesse (au 20), qu'ils faisaient tourner des rotatives pour produire en masse ces cochonneries juste à côté de l'ancien laboratoire Eiffel (au coin de la rue Boileau)... Et puis j'ai commencé à croiser des militants et j'ai compris à qui j'avais affaire : des rustres pour qui les études supérieures se résument à ce type de littérature, à ce type de techniques.

L'UNI fait peur. Le "Mét" doit rassurer. Un logo aux couleurs plus classe, un nom faisant vaguement écho à un grand musée... à se demander si ce "Mouvement étudiant" ne cible pas en priorité ce qu'il reste de la jeunesse MoDemienne.

Et puis ce "é" a une sonorité faible et pas agressive pour un sou. Le revers de la médaille ? Pas du tout pratique à prononcer, et presque comique à beugler... les foires prosélytes avec les agités d'en face (UNEF) promettent ! Notons au passage que le syndicat de gauche affiche un accent qui penche à droite et le syndicat de droite un accent qui penche à gauche.

Enfin... les petits gars d'Assas ne resteront pas longtemps scotchés au sein de ce "mét" imprononçable : quand ils seront plus grands, ce sera beaucoup plus facile au Medef.

A mon avis ils vont vite s'apercevoir qu'il faut rallonger la sauce pour que cette pseudo marque coule de source.

En hommage à leur sens de l'argumentation tout en finesse, je suggère "Le Mét' Triques". Comme ça, avec leur look de Gestapistes, ils pourront vraiment se la jouer Keanu Reeves à fond la grosse caisse.

blogules 2009

20100116

La censure est-elle de retour en Corée du Sud ? Reconciliation ou Reconcealment ?

Selon OhMyNews, des traducteurs envisageraient de poursuivre en justice Lee Young-Jo, le nouveau président de la Truth and Reconciliation Commission, Korea (TRCK) pour diffamation*. L'occasion de braquer les projecteurs sur un incident pour le moins troublant et révélateur des tensions animant actuellement cette démocratie encore très jeune.

A l'instar des autres TRC nationales, la Commission Vérité et Réconciliation Corée est une structure indépendante créée pour faire toute la lumière sur le passé trouble du pays. En l'occurence, les exactions commises pendant l'occupation nippone ou sous les dictatures sud-coréennes jusqu'à l'avènement de la démocratie au tournant des années 90.

Si elle est loin d'avoir achevé cette oeuvre délicate mais essentielle, la TRCK a déjà traité plusieurs milliers de cas, couvrant des abus et massacres des deux camps en toute neutralité. Elle prône la réconciliation nationale et la réhabilitation de milliers de victimes injustement accusées, leurs familles ayant souvent été harcelées pendant des générations.

Mais ses recommandations ne sont pas toujours suivies par le gouvernement conservateur de Lee Myung-bak, pressé par les ultra-conservateurs de mettre un terme à cette Commission née pendant la présidence du très progressiste Roh Moo-hyun (disparu tragiquement en mai dernier, pour rappel : "Roh Moo-hyun, le promeneur du champ de mai"). Mais une mesure aussi radicale enverrait un message désastreux sur l'état de la démocratie dans le pays, surtout à l'heure où l'opposition dénonce des attaques répétées contre la liberté d'expression y compris sur la toile, contre le droit de grêve, ou encore contre l'indépendance des media et de la justice.

La TRCK doit remettre au printemps prochain son rapport final structurant pour l'avenir de la justice transitionnelle en Corée. Les observateurs nationaux et internationaux le décoquilleront de près pour juger de l'effort du pays pour affronter son passé. Toute inflexion serait naturellement interprétée comme un très mauvais signe.

Dans ce contexte électrique, l'une des premières décisions du nouveau président Lee Young-Jo a été d'interdir la diffusion d'un référentiel essentiel, le rapport publié en Anglais par la TRCK en mars 2009 sur le bilan des trois années précédentes ("Truth and Reconciliation - Activities of the Past Three Years") et dont 800 des 2000 exemplaires avaient déjà été distribués. La raison de cette interdiction ? Cette publication serait "biaisée et l'Anglais non correct". Mais les traducteurs rejettent fermement l'accusation, et la nouvelle direction n'a pas été en mesure de leur communiquer (ni à OhMyNews) le moindre exemple d'erreur de traduction.

N'étant pas Anglophone de naissance, je ne me permettrai pas de juger du grammaticalement correct. Mais "la junte militaire de Park (Chung-hee) a introduit un régime fasciste d'extrème droite dans la société coréenne pendant une période où la nation manquait de réflexion, valeurs, et conscience démocratiques" pourrait sembler politiquement incorrect dans un pays où l'ancien dictateur jouit toujours d'une certaine popularité**. Je conçois également que la couverture du rapport montrant un massacre de civils puisse embarrasser les partisans de l'omerta, mais elle se passe de traduction.

Commissaire à la TRCK depuis 2005 et très à l'aise en Anglais, Lee Young-jo ne s'était pas opposé à cette publication avant sa nomination. Je n'irai pas jusqu'à imaginer que sa propre nomination, avec la bénédiction du gouvernement de Lee Myung-bak, s'inscrit dans une stratégie délibérée de torpillage de la Commission et du formidable travail accompli par ses prédécesseurs, mais je m'étonne qu'un organisme en charge de rétablir la vérité historique commence à faire disparaitre des éléments de sa propre enquête en totale absence de transparence, et je note que de nombreux media n'hésitent pas à franchir ce pas.

Que Lee Young-jo lui-même présente un profil très marqué conservateur est une chose (Lee Young-jo a été President du Capitalism Economy and Nationalism Research Center and Secretary General et du Citizens United for Better Society / cubs-korea.org), mais le site SisaIN précise que son mouvement "New Right" s'est par le passé distingué par des tentatives de révision de manuels d'histoire, et évoque clairement un risque de sabotage de la TRCK***.

Si cette interdiction venait à relever de la censure, on peut se demander quels autres changements sont déjà discrètement à l'oeuvre dans cette organisation jusqu'ici irréprochable.

Une chose est sûre : cette interdiction va au contraire forcer les media étrangers à y regarder d'encore plus près. Il y a encore quelques semaines (voir "Binding praise for South Korea"), la presse internationale se félicitait à juste titre des avancées considérables réalisées grâce à l'admission des exactions passées, et je la vois mal accepter qu'on lui interdise de comparer le rapport final avec un rapport intermédiaire destiné à l'opinion internationale et validé par l'équipe précédente, Lee Young-jo y compris.

Si tel était l'objectif de la manoeuvre, la transformation de la Truth and Reconciliation Commission en une espèce d'"Untruth and Reconcealment Commission" ne passerait donc pas inaperçue et au contraire, rejaillirait très négativement sur Lee Myung-bak : bien au-delà des clivages politiques, elle marquerait une défaite tragique pour l'ensemble de la démocratie coréenne. Le président de la république serait alors obligé de choisir entre le soutien d'une poignée d'irréductibles cramponnés à un passé honteux, et l'humiliation publique devant l'ensemble de la communauté internationale comme devant l'Histoire.


blogules 2010 - initalement publié sur Seoul Village ("TRCK lost in translation or lost in transition ?") et blogules en V.O. ("Truth and Reconciliation Commission, Korea Under Revision ?").


* Pour la TRCK, voir tous les épisodes précédents sur Seoul Village (dont "Achievements and Tasks of TRCK's Activities", où j'évoquais cette nomination en décembre dernier. Pour l'article sur OhMyNews, voir "Translators upset by 'New Right Truth and Reconciliation Commission'" ("번역자들, '뉴라이트 진실화해위'에 뿔났다" - 20100113 updated 20100114).
** "the Park military junta introduced an extreme right-wing Fascist regime into Korean society during a time when the nation lacked thoughts, values, and awareness of democracy". Signalons par ailleurs que l'ancien dictateur figure en bonne position dans la liste des principaux collabos coréens pendant l'occupation japonaise, également publiée l'an dernier... avec en prime la très belle lettre de motivation envoyée par le jeune Park Chung-hee aux autorités japonaises pour rejoindre l'élite de la collaboration ! Dans une tentative désespérée de sauver la face, les ultra-conservateurs se sont fendus d'une liste de collabos "communistes" incluant les deux prédécesseurs de Lee Myung-bak décédés en 2009 (Roh Moo-hyun et Kim Dae-jung).
*** "New Right received by past Commission" ("
뉴라이트가 접수한 과거사정리위원회" - SisaIN 20091221)

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