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20110312

Le stade ultime du libéralisme, c'est la négation du marché (le déni d'économie continue)

Vous êtes fâché(e) avec l'économie, vous pensez qu'elle ne vous aime pas, que c'est fini entre vous ou même que ça n'a jamais vraiment commencé ? Le moment est probablement venu pour vous de regarder cette étrange inconnue d'un oeil nouveau et pour ce faire, je suggère un rappel, un constat, et une urgence.

1) Un rappel : l'économie, ça n'est pas sale, et la crise actuelle n'est pas une crise économique mais une crise de l'économie

L'économie, ce ne sont pas que des mathématiques et des colonnes de chiffres. Pour moi, le mot "économie" couvre l'ensemble des sciences et techniques facilitant la compréhension des impacts d'un système ou d'une activité (ex un individu, une société, un organisme vivant...) sur son environnement*.

L'économie peut et doit donc avoir recours aux maths, à la physique, ou à la biologie, mais aussi aux sciences sociales, à l'histoire, à la politique, à la psychologie, à l'ethnologie, à l'écologie... C'est ce qui fait son charme, et c'est ce qui explique que j'ai préféré cette voie à des études plus hémiplégiques (à l'époque, il fallait être soit "scientifique", soit "littéraire")**.

Comme la politique, l'économie est fondamentalement une matière noble et une dimension essentielle de l'humain. C'est notre façon d'assumer cette dimension qui n'est généralement pas à la hauteur. Et la refuser ne présente guère plus d'intérêt : l'"anéconomie" n'a pas plus d'avenir que l'anarchie. Ce n'est pas une forme de courage mais bien au contraire une preuve de paresse intellectuelle, un refus d'assumer son humanité.

Une fois de plus, nous ne surmontrons la dépression actuelle qu'en nous ouvrant à l'économie et non en cherchant à la fuir parce que nous oublions ce ce qu'elle signifie pour l'avenir de cette planète (voir cf "
Du free market au fair market" ou "This is not a financial crisis").

Et qui sait ? Peut-être revenir vers la res economica nous aidera à nous réconcilier avec la res publica.

2) Un constat : depuis 2008, le déni d'économie s'est encore aggravé

Les interventions gouvernementales de 2008-2009 ont certes limité la casse mais en aucun cas résolu le problème à la source.

Le constat de l'époque vaut toujours : il y a presque toujours autant d'argent gourmand à la recherche de retours faciles, mais plus de solutions faciles... à moins de créer artificiellement des objets purement financiers totalement déconnectés des réalités économiques (pour ne pas dire totalement déconnectés des réalités légales). Pire : les habituelles valeurs père de famille et autres formules "garanties" par les institutionnels ne garantissent même plus un retour supérieur à l'inflation. Dans un style différent des années 2007-2008, c'est plus que jamais la panique.

En marge des valeurs refuges habituels désormais sous stéroïdes (immobilier, or...), les microbulles continuent donc à se multiplier, en particulier grâce à des comportements que je qualifierais de "joueurs de casino petit bras", où de gros investisseurs multiplient les petites mises risquées dans l'espoir de toucher le jackpot, de ressentir même furtivement la poussée d'adrénaline du "gros rapport". D'où le retour en grâce des start-up internet, d'où la délocalisation des bulles immobilières, d'où l'apparition de nouvelles loteries plus ou moins exotiques, comme ces investissements dans des centres de formation de joueurs de baseball au fin fond des Caraïbes. Autant parier sur le temps qu'il fera au mariage de Wales et Middleton, ou sur la boîte dont surgira le prochain Sokol, Ebbers, Madoff, Lay...

Au passage : je parlais d'adrénaline mais il existe de fait une forme d'addiction, un phénomène évoqué dans l'excellent documentaire de Charles H. Ferguson "Inside Job". On n'y apprend pas grand chose (à part peut-être pour ceux qui croyaient des Tim Geithner ou autres Larry Summers capables d'aider Obama à réformer le système...) mais c'est efficace, pédagogique et ludique, avec des interviews souvent pertinentes et pleines d'humour.

3) Une urgence : exposer les impostures et restaurer le respect mutuel pour mieux réformer


Quand j'entends les défenseurs de la déréglementation dire qu'il faut laisser le marché s'autoréguler je me marre doucement. Ces experts passent le plus clair de leur temps à fausser le jeu de l'ensembles des acteurs : concurrents, régulateurs, clients, partenaires, analystes... et bien sûr eux-mêmes. Qu'est-ce qu'un dérivatif si ce n'est un moyen de s'affranchir des lois du marché ? On ne manage pas le risque en le masquant derrière des écrans de fumée.

Cela ne s'appelle pas le progrès, mais une fuite en avant. Ce n'est plus du jeu, mais le refus de jouer. De la pure destruction de valeur et de valeurs.

En fait, le stade ultime du libéralisme, c'est la négation du marché.

On était en droit d'espérer un minimum de ressaisissement après les claques de ces derniers temps mais même au fond du trou, ces grands malades continuent à creuser leurs propres tombes avec les ongles. Une fois de plus, ce spectacle effrayant ne durera pas éternellement.

Sans attendre la prochaine claque, l'heure est venue d'établir un minimum de respect. Respect de la loi, respect du métier, respect de la séparation et de l'équilibre des pouvoirs entre les différents acteurs, privé, public, autorités de régulation, médias, analystes, investisseurs... Interdire le cumul des rôles, supprimer les zônes d'ombre et bien sûr les zônes de non-droit, instaurer une totale transparence sur les méthodes, les outils, les nominations, les flux, les financements... en un mot, renforcer le marché en exposant les imposteurs qui prétendent vouloir le libérer.

blogules 2011

* voir "
define: economy" dans les archives

** décidément réfractaire à toute hémiplégie, j'avais à l'examen d'entrée renvoyé dos à dos socialisme et capitalisme comme deux dinosaures du XIXe siècle.

Egalement : "
Mondialisation : du "free market" au "fair market"", "La Faillite nous voilà", "2008, année de crise ou d'espoir ?"...

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