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20100129

Jean-François Copé en embuscade

A la suite de la relaxe de Dominique de Villepin dans le cadre de l'affaire Clearstream, Pascal Riché a produit un intéressant "Après Clearstream, le tango à trois de Copé, Villepin et Sarkozy" (Rue89 - 2010128).

L'axe Copé-Villepin fait sens, mais dans ce duo le leader n'est pas celui que l'on croit.

Je n'ai jamais vraiment cru aux chances de Dominique de Villepin pour la course à l'Elysée. S'il tire une gloire légitime à avoir tenu tête à George W. Bush et Nicolas Sarkozy, il s'est définitivement grillé au sein de l'UMP après la dissolution de 97 et le CPE de 07, et je le vois mal mener des troupes à la victoire en 17 (voir mon "
Blogule rouge à Villepin - à éviter en 2017", qui remonte déjà à 2006).

En revanche, Jean-François Copé s'avère un animal politique particulièrement intéressant : il a bien sûr l'ambition qui va bien, mais aussi des atouts assez rares et précieux, comme une intelligence politique portant au-delà du tactique, de l'humour, ou une certaine forme d'empathie (sincère ou non, elle passe bien).

La grande interrogation portait sur ses capacités de chef de meute et de prédateur, et ces dernières années ont apporté pas mal d'enseignements.

Sur le papier, il me parait désormais mieux armé que DSK et bien sûr Bayrou pour fédérer le centre républicain. DSK parait naturellement beaucoup plus présidentiable aujourd'hui, mais a-t-il la capacité à mener une campagne tailléee pour les grands fauves ?

Copé a parfaitement joué le coup sur la burqa : en remettant la patate chaude à l'ordre du jour, il occupe le terrain de la république et du droit au lieu d'un président coincé par les theocons et soucieux de ne pas relancer le débat sur la laïcité avant les élections. Mieux : il interpelle sur sa droite tout en rassurant la gauche républicaine.

Je crois que Sarkozy a beaucoup plus peur de lui que de Villepin. Et je ne serais pas surpris qu'il nous ségolénise l'ancien premier ministre de Chirac pour mieux éliminer ses rivaux les plus dangereux : DSK et Copé.

blogules 2010

* voir "
La farce cachée de Clearstream"

20100125

De l'UNI au Mét... en attendant la suite

Le syndicat étudiant de droite UNI change de look et de nom afin d'aider Le Petit Nicolas à recruter de nouveaux talents pour son école des fans... et bien sûr de futures élections.

L'UNI ? Au départ j'ai cru qu'il s'agissait d'un imprimeur. Ce qui m'avait sauté aux yeux sur les stickers (à part la propagande généralement radicale, bien sûr), c'est la petite ligne en-dessous du slogan rouge sur fond blanc : UNI, 8 rue de Musset. Cela me faisait de la peine de savoir que des agités concevaient cette littérature juste à côté de l'école primaire et de la bibliothèque de ma jeunesse (au 20), qu'ils faisaient tourner des rotatives pour produire en masse ces cochonneries juste à côté de l'ancien laboratoire Eiffel (au coin de la rue Boileau)... Et puis j'ai commencé à croiser des militants et j'ai compris à qui j'avais affaire : des rustres pour qui les études supérieures se résument à ce type de littérature, à ce type de techniques.

L'UNI fait peur. Le "Mét" doit rassurer. Un logo aux couleurs plus classe, un nom faisant vaguement écho à un grand musée... à se demander si ce "Mouvement étudiant" ne cible pas en priorité ce qu'il reste de la jeunesse MoDemienne.

Et puis ce "é" a une sonorité faible et pas agressive pour un sou. Le revers de la médaille ? Pas du tout pratique à prononcer, et presque comique à beugler... les foires prosélytes avec les agités d'en face (UNEF) promettent ! Notons au passage que le syndicat de gauche affiche un accent qui penche à droite et le syndicat de droite un accent qui penche à gauche.

Enfin... les petits gars d'Assas ne resteront pas longtemps scotchés au sein de ce "mét" imprononçable : quand ils seront plus grands, ce sera beaucoup plus facile au Medef.

A mon avis ils vont vite s'apercevoir qu'il faut rallonger la sauce pour que cette pseudo marque coule de source.

En hommage à leur sens de l'argumentation tout en finesse, je suggère "Le Mét' Triques". Comme ça, avec leur look de Gestapistes, ils pourront vraiment se la jouer Keanu Reeves à fond la grosse caisse.

blogules 2009

20100116

La censure est-elle de retour en Corée du Sud ? Reconciliation ou Reconcealment ?

Selon OhMyNews, des traducteurs envisageraient de poursuivre en justice Lee Young-Jo, le nouveau président de la Truth and Reconciliation Commission, Korea (TRCK) pour diffamation*. L'occasion de braquer les projecteurs sur un incident pour le moins troublant et révélateur des tensions animant actuellement cette démocratie encore très jeune.

A l'instar des autres TRC nationales, la Commission Vérité et Réconciliation Corée est une structure indépendante créée pour faire toute la lumière sur le passé trouble du pays. En l'occurence, les exactions commises pendant l'occupation nippone ou sous les dictatures sud-coréennes jusqu'à l'avènement de la démocratie au tournant des années 90.

Si elle est loin d'avoir achevé cette oeuvre délicate mais essentielle, la TRCK a déjà traité plusieurs milliers de cas, couvrant des abus et massacres des deux camps en toute neutralité. Elle prône la réconciliation nationale et la réhabilitation de milliers de victimes injustement accusées, leurs familles ayant souvent été harcelées pendant des générations.

Mais ses recommandations ne sont pas toujours suivies par le gouvernement conservateur de Lee Myung-bak, pressé par les ultra-conservateurs de mettre un terme à cette Commission née pendant la présidence du très progressiste Roh Moo-hyun (disparu tragiquement en mai dernier, pour rappel : "Roh Moo-hyun, le promeneur du champ de mai"). Mais une mesure aussi radicale enverrait un message désastreux sur l'état de la démocratie dans le pays, surtout à l'heure où l'opposition dénonce des attaques répétées contre la liberté d'expression y compris sur la toile, contre le droit de grêve, ou encore contre l'indépendance des media et de la justice.

La TRCK doit remettre au printemps prochain son rapport final structurant pour l'avenir de la justice transitionnelle en Corée. Les observateurs nationaux et internationaux le décoquilleront de près pour juger de l'effort du pays pour affronter son passé. Toute inflexion serait naturellement interprétée comme un très mauvais signe.

Dans ce contexte électrique, l'une des premières décisions du nouveau président Lee Young-Jo a été d'interdir la diffusion d'un référentiel essentiel, le rapport publié en Anglais par la TRCK en mars 2009 sur le bilan des trois années précédentes ("Truth and Reconciliation - Activities of the Past Three Years") et dont 800 des 2000 exemplaires avaient déjà été distribués. La raison de cette interdiction ? Cette publication serait "biaisée et l'Anglais non correct". Mais les traducteurs rejettent fermement l'accusation, et la nouvelle direction n'a pas été en mesure de leur communiquer (ni à OhMyNews) le moindre exemple d'erreur de traduction.

N'étant pas Anglophone de naissance, je ne me permettrai pas de juger du grammaticalement correct. Mais "la junte militaire de Park (Chung-hee) a introduit un régime fasciste d'extrème droite dans la société coréenne pendant une période où la nation manquait de réflexion, valeurs, et conscience démocratiques" pourrait sembler politiquement incorrect dans un pays où l'ancien dictateur jouit toujours d'une certaine popularité**. Je conçois également que la couverture du rapport montrant un massacre de civils puisse embarrasser les partisans de l'omerta, mais elle se passe de traduction.

Commissaire à la TRCK depuis 2005 et très à l'aise en Anglais, Lee Young-jo ne s'était pas opposé à cette publication avant sa nomination. Je n'irai pas jusqu'à imaginer que sa propre nomination, avec la bénédiction du gouvernement de Lee Myung-bak, s'inscrit dans une stratégie délibérée de torpillage de la Commission et du formidable travail accompli par ses prédécesseurs, mais je m'étonne qu'un organisme en charge de rétablir la vérité historique commence à faire disparaitre des éléments de sa propre enquête en totale absence de transparence, et je note que de nombreux media n'hésitent pas à franchir ce pas.

Que Lee Young-jo lui-même présente un profil très marqué conservateur est une chose (Lee Young-jo a été President du Capitalism Economy and Nationalism Research Center and Secretary General et du Citizens United for Better Society / cubs-korea.org), mais le site SisaIN précise que son mouvement "New Right" s'est par le passé distingué par des tentatives de révision de manuels d'histoire, et évoque clairement un risque de sabotage de la TRCK***.

Si cette interdiction venait à relever de la censure, on peut se demander quels autres changements sont déjà discrètement à l'oeuvre dans cette organisation jusqu'ici irréprochable.

Une chose est sûre : cette interdiction va au contraire forcer les media étrangers à y regarder d'encore plus près. Il y a encore quelques semaines (voir "Binding praise for South Korea"), la presse internationale se félicitait à juste titre des avancées considérables réalisées grâce à l'admission des exactions passées, et je la vois mal accepter qu'on lui interdise de comparer le rapport final avec un rapport intermédiaire destiné à l'opinion internationale et validé par l'équipe précédente, Lee Young-jo y compris.

Si tel était l'objectif de la manoeuvre, la transformation de la Truth and Reconciliation Commission en une espèce d'"Untruth and Reconcealment Commission" ne passerait donc pas inaperçue et au contraire, rejaillirait très négativement sur Lee Myung-bak : bien au-delà des clivages politiques, elle marquerait une défaite tragique pour l'ensemble de la démocratie coréenne. Le président de la république serait alors obligé de choisir entre le soutien d'une poignée d'irréductibles cramponnés à un passé honteux, et l'humiliation publique devant l'ensemble de la communauté internationale comme devant l'Histoire.


blogules 2010 - initalement publié sur Seoul Village ("TRCK lost in translation or lost in transition ?") et blogules en V.O. ("Truth and Reconciliation Commission, Korea Under Revision ?").


* Pour la TRCK, voir tous les épisodes précédents sur Seoul Village (dont "Achievements and Tasks of TRCK's Activities", où j'évoquais cette nomination en décembre dernier. Pour l'article sur OhMyNews, voir "Translators upset by 'New Right Truth and Reconciliation Commission'" ("번역자들, '뉴라이트 진실화해위'에 뿔났다" - 20100113 updated 20100114).
** "the Park military junta introduced an extreme right-wing Fascist regime into Korean society during a time when the nation lacked thoughts, values, and awareness of democracy". Signalons par ailleurs que l'ancien dictateur figure en bonne position dans la liste des principaux collabos coréens pendant l'occupation japonaise, également publiée l'an dernier... avec en prime la très belle lettre de motivation envoyée par le jeune Park Chung-hee aux autorités japonaises pour rejoindre l'élite de la collaboration ! Dans une tentative désespérée de sauver la face, les ultra-conservateurs se sont fendus d'une liste de collabos "communistes" incluant les deux prédécesseurs de Lee Myung-bak décédés en 2009 (Roh Moo-hyun et Kim Dae-jung).
*** "New Right received by past Commission" ("
뉴라이트가 접수한 과거사정리위원회" - SisaIN 20091221)

20091222

Bonne année 2011

Bon. Comme les années précédentes*, je suggère de zapper celle-ci. Admettez que regarder 2010 dans le rétro, ça donne franchement froid dans le dos :

Janvier - Roman Polanluge décède dans un accident de ski impliquant une mineure de fond norvégienne

Février - Aux JO d'Hiver, Michael Phelps raffle toutes les médailles d'or aux événements auxquels Usain Bolt n'a pas participé. Il échouera cependant par la suite aux tests de féminité.

Mars - Benoît XVI proclame Vlad III L'Empaleur saint pour sa résistance à l'Empire Ottoman et pour son érudition en matière de Latin et de techniques d'Inquisition.

Avril - Burj Dubai est officiellement inaugurée sous le nom de Burj Abu Dhabi

Mai - Juste avant de mourir, l'Ayatollah Khamenei désigne son successeur : "l'Iran avait besoin d'un fondamentaliste convaincu qui sache outrepasser ses pouvoirs et au besoin trafiquer des élections - personne n'était mieux qualifié que l'Ayatollah George W. Bush"

Juin - Un an après, la tombe de Michael Jackson a déjà moonwalké de 10 mètres vers l'école maternelle de Beverly Hills

Juillet - Le Brésil remporte la Coupe du Monde en battant l'Angleterre en demis et le Cameroun en finale. Pendant ce temps là, personne n'a remarqué que le "double dip" avait commencé (en Chine, la bourse de Shanghai perd 50% de sa valeur en une journée, en France, la bulle Jean Sarkozy a explosé).

Août - Pendant que la Chine envahit l'Afghanistan pour remplacer les militaires US, la Russie envahit le Xinjiang pour remplacer les militaires chinois, l'Inde envahit l'Angleterre pour remplacer les ex-milliardaires russes.

Septembre - La veille du Yom Kippour, Israël boucle sa muraille autour de la Palestine et accepte dans la foulée l'indépendance de ce mètre carré de sable au milieu du desert.

Octobre - 50 ans après Khrouchtchev, Sarkozy utilise sa chaussure pour frapper le pupitre de l'ONU en séance pleinière. Ban Ki-moon, qui a donné la parole au président français en faisant allusion à sa petite taille, se trouve entre la dite chaussure et le dit pupitre.

Novembre - Elections de mi-mandat aux Etats-Unis : égalité parfaite entre Républicains, Démocrates, et Théocrates Paliniens (1/3, 1/3, 1/3)

Décembre - Barack Obama à Oslo pour accepter son second Prix Nobel de la Paix : "c'est gentil d'insister mais non, je n'ai toujours pas l'intention d'élever la voix contre Benjamin Netanyahu".

blogules 2009 - également sur blogules en V.O.

voir "
Bonne année 2010", et "Bonne année 2009"

20091207

Le Protocole de Copenhague

Agence Fausse Presse / blogules 2009 - Voici, en exclusivité, la déclaration finale désaccords de Copenhague :

Nous soussignés (REMPLIR EN CAPITALES AVANT LE 07 DECEMBRE 2025*), déclarons vouloir faire tout notre possible pour tenir les objectifs suivants :

Article 1 - Rendre notre propre organisation plus responsable :

- tenir impérativement la date du 1er janvier 2012 pour la prochaine réunion préparatoire à l'établissement de la date butoir pour notre prochaine convention sur le Changement Climatique
- à l'occasion de cette convention, limiter le nombre de sherpas pour réduire les émissions de gaz à effet de serre mais surtout réaliser notre principal objectif : tenir cette convention dans la piscine du Hilton Seychelles de Mahé
- adopter comme hymne officiel le célèbre "Unforgivable" de Nat Klean Coal
- par ailleurs, tous les scientifiques accrédités doivent désormais faire certifier leurs serveurs par le nouveau Directeur de la Sécurité des Messageries, Sarah Palin

Article 2 - Redonner vie à nos océans

- proposer 1 centime d'euro de consigne aux tortues de mer pour chaque sac poubelle rapporté aux grandes surfaces participant à l'opération (une tombola récompensera la plus rapide avec un voyage aller-retour en jet privé aux Iles Galapagos, tirage au sort effectué devant huissier)
- afin de préserver l'habitat des ours polaires et de diminuer leur consommation de viande, remplacer les icebergs par des tofus géants
- à chaque élévation de 10 cm du niveau des mers, ajouter 10 cm aux tong-plateformes de Nicolas Sarkozy

Article 3 - Réduire nos émissions de gaz à effet de serre :

- à horizon 2010, réduire de 90% les émissions de Laurent Ruquier et Jean-Marie Bigard
- à horizon 2015, élever de -2 à -1 degré la climatisation standard de la piste de ski indoor de Dubai
- à horizon 2020, supprimer la glace au boeuf de tous les menus Big Mac

Article 4 - Apporter des solutions aux déplacés climatiques :

- refaire l'isolation phonique du chalet de Roman Polanski à Gstaad
- reloger les habitants des Seychelles, de Palau et de Tuvalu dans la province d'Helmand en leur offrant en incentive un joli fusil et un casque bleu

Article 5 - Lutter contre la déforestation :

- -20% à horizon 2040, -33% à horizon 2060, -50% à horizon 2080 : promouvoir le golf à 14 trous, puis à 12 trous, puis à neuf trous
- à horizon 2100, interdire le football au Brésil : chaque minute, une surface boisée équivalente à quatre terrains de football y est détruite
- dans la foulée du film bouleversant de Yann Arthus-Bertrand, "Berlusconi vu du ciel", missionner l'expert Italien en réimplants sur la Papouasie Nouvelle Guinée

Article 6 - Fixer des objectifs ambitieux pour tous les grands pays pollueurs :

- Chine : à horizon 2049, diminuer de 40% par rapport à 2005 le rythme de croissance annuelle des émissions de propagande
- Etats-Unis : à horizon 2020, 80% des véhicules déployés en Irak rouleront au nucléaire
- Israël : à horizon 2048, réduction de 90% des prélèvements annuels d'eau dans les réserves palestiniennes (à ce rythme là ces réserves seront de toute façon épuisées en 2013). En revanche, toujours pas d'objectif de réduction pour le phosphore dans les bombes (commentaire d'Avigdor Lieberman : "c'est bon pour leurs dents")
- France : promouvoir les alternatives à l'élevage de bovins - étudier à ce titre la faisabilité des recommandations de la Commission Allègre, et ce qu'il entend au juste lorsqu'il écrit : "en plus la mauvaise graisse de mammouth fait un excellent combustible".

A Copenhague, le 7 décembre 2009


* N'OUBLIEZ PAS D'APPOSER VOTRE SIGNATURE ICI : ...................

20091205

La Corée du Nord évalue mal les effets de sa réévaluation

Ce n'est pas la première fois que le régime de Pyongyang procède à une réévaluation du Won Nord Coréen, mais la première fois qu'il s'y prend aussi mal.

La population s'est vue accorder une semaine pour échanger ses anciens wons contre les nouveaux, les retardataires étant condamnés à voir la valeur de leur argent divisée par 100 (un ancien won valant 1 centième de nouveau won).

L'objectif déclaré par le gouvernement est la lutte contre l'enrichissement abusif d'individus pervertis par le capitalisme instillé à dose homéopatique dans ce qu'il reste d'économie locale : ceux qui viendront les mains pleines de billets devront probablement se justifier.

Mais les véritables profiteurs du système (en particulier la nomenklatura) a depuis un moment changé ses vieux wons contre des dollars ou des yuans. Les seules victimes seront celles qui auront joué la transparence.

Cette mesure fait suite à la fermeture de marchés parallèles, véritables soupapes de sécurité pour une population de plus en plus livrée à elle-même.

La révolte gronde, et les rues seraient jonchés de vieux billets délibérément déchirés au beau milieu du visage de Kim Jong-il. L'armée a reçu l'ordre de tirer à vue toute personne cherchant à s'échapper du pays au lieu de l'appréhender "normalement".

Le régime voudrait accélérer le remplacement du won par le yuan* qu'il ne s'y prendrait pas autrement...

blogules 2009

* voir "
KIM Jong-il, un pont trop loin"

20091121

Herman van Rompuy, les haikus, l'humour et la religion

Le nouveau Président du Conseil européen est loué pour ses qualités de négociateur, son humour et son goût pour les haikus, mais ce qui m'intéresse avant tout de savoir, c'est quel a été le véritable critère de choix déterminant pour la nomination de Herman van Rompuy.

J'ai bien peur d'avoir la réponse.

Si je m'étais fortement opposé à une nomination de Blair à ce nouveau poste prestigieux, c'était moins pour son rôle dans l'invasion de l'Irak que pour son appartenance au clan des fondamentalistes Chrétiens qui, après avoir
contribué à mettre à feu et à sang le monde en partenariat avec leurs collègues islamistes, sont en train de mettre le grappin sur la politique continentale (voir "Tony Blair : un Fondamentaliste Président de l'Europe ?").

Or si HVR passe pour un modéré et "déteste les extrémistes", il a la fâcheuse tendance à prôner une relation fusionnelle entre politique et religion.

A la base, son appartenance au CD&V (Christen-Democratisch en Vlaams), le parti démocrate-chrétien flamand belge, signale un mélange des genres. Certes, les PDC européens présentent généralement des plateformes plutôt saines et équilibrées tant sur les plans politiques, économiques et sociaux... mais par construction, ils illustrent une vision de la politique soumise à une pensée religieuse, incompatible avec le principe même d'une démocratie républicaine laïque.

Difficile de parler de fondamentalisme à ce stade, je vous le concède volontiers. Je note toutefois que l'ami Van Rompuy, qui s'écharpe régulièrement avec Luc Van den Brande sur l'avenir politique de la Belgique, soutient son collègue du CD&V au niveau européen, là où cet ayatollah défend le plus efficacement la destruction de l'idéal démocratique en assurant la
promotion de l'Intelligent Design.

De plus, ce modéré qui "déteste les extrémistes" n'hésite pas à employer le discours des ultra-conservateurs fondamentalistes chrétiens partisans de la ligne dure en Europe. Les Turcs n'ont pas oublié sa sortie à l'occasion des débats sur l'entrée de leur pays dans l'Union : "les valeurs universelles de l’Europe, et qui sont aussi des valeurs fondamentales du christianisme, perdront de leur vigueur avec l’entrée d’un grand pays islamique tel que la Turquie".

Par ailleurs, le sieur Herman Van Rompuy ne montre son KUL que sous un certain angle : si tout le monde sait qu'il a été diplômé en économie à l'Université Catholique de Louvain (Katholieke Universiteit Leuven), moins nombreux sont ceux qui savent qu'il a aussi brillé en philosophie. Et que là aussi, il apprécie le mélange des genres.

En effet, si Monseigneur Van Rompuy affirme ne pas avoir fait campagne pour le poste de Président du Conseil européen, il donnait bien, en toute candeur, une conférence sur la dernière encyclique d'un certain Benoît XVI sur la Doctrine sociale de l’Eglise. Conférence qui ressemble bigrement à un examen de passage... le 19 Octobre 2009, un mois pile poil avant sa nomination.

Dans ce texte ("
Conférence de Herman Rompuy sur Caritas in Veritate", en ligne sur LaCroix.com), l'expert en économie et en philosophie Van Rompuy parle d'amour et d'humanisme, mais aussi et surtout, comme Benoît XVI, de politique :

. "Aucun régime politique, aucune organisation sociale et aucun système économique ne peut revendiquer la réalisation du salut ultime" - tout cela n'a aucune valeur face à la foi
. "Selon la Doctrine sociale, la communauté politique est au service de la société civile dont elle est née. Cette société civile représente l’ensemble des relations et des biens, culturels ou associatifs, qui sont relativement indépendants de la politique et de l’économie" - la politique ne saurait se placer au-dessus de tout, il existe quelque part le besoin de matérialiser un pouvoir supérieur
. "Le principe de subsidiarité est contraignant, chaque homme devant avoir la chance d’apporter sa contribution à la construction du bien-être et de la prospérité. La question difficile est cependant de savoir comment nous pouvons, aujourd’hui, réaliser ce principe au sein d’une Europe unifiée et dans un monde globalisé, où de plus en plus de décisions sont prises à un haut niveau inaccessible pour l’homme concret, sachant que, pourtant, elles sont déterminantes pour le bien-être et la prospérité de son environnement, de son travail et de sa responsabilité" - c'est marrant mais les religions sont à la fois pertinentes pour adresser ce sujet, et déjà organisées pour faire face à des contraintes de subsidiarité, au plus proche des individus.
. HvR prolonge très clairement l'appel de Benoît XVI, en reprenant les termes les plus directs de son encyclique : "Il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale telle qu’elle a déjà été esquissée par mon Prédécesseur, le bienheureux Jean XXIII".


Pour rappel, dans "Caritas in Veritate", Ratzie écrivait "Le développement intégral des peuples et la collaboration internationale exigent que soit institué un degré supérieur d’organisation à l’échelle internationale de type subsidiaire pour la gouvernance de la mondialisation et que soit finalement mis en place un ordre social conforme à l’ordre moral et au lien entre les sphères morale et sociale, entre le politique et la sphère économique et civile que prévoyait déjà le Statut des Nations Unies". J'ai déjà évoqué l'habileté du discours de ce fondamentaliste qui milite ardemment pour le retour de la religion au coeur de l'éducation, de la science et de la politique, les fondements de la démocratie (voir entre autres "Le mauvais plan de Benoît XVI"). Et il suffisait de le voir l'autre jour exulter à la tribune de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) pour comprendre ce qu'il entend par "une véritable Autorité politique mondiale" : une autorité politique où les autorités religieuses aient toute leur place. Il a dans cette perspective le soutien de Ban Ki-moon à l'ONU (discret sur sa propre foi mais militant acharné des dialogues inter-religieux dans le cadre des institutions dont il a la charge), et désormais de Herman van Rompuy au Conseil européen, en complément de sa dream team actuelle (Barroso, van den Brande & Co). Je suis curieux de savoir si ce "démocrate chrétien" sera plutôt "démocrate" ou "chrétien" au moment de défendre la Cour Européenne des Droits de l'Homme face aux prochaine attaques des fondamentalistes*...

Décidément un "Drôle de moine ce Van Rompuy", pour reprendre les termes de Paul Piret (in La Libre Belgique du 19/11/2009).

Maintenant, s'il n'était guère difficile de trouver le talon d'Herman Achille Van Rompuy, je n'ai pour le moment rien trouvé de bien suspect dans le profil de Cathy Ashton, alias Lady Catherine, a.k.a Baroness Ashton of Upholland, notre premier Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

blogules 2009

* voir "La Cour Européenne des Droits de l'Homme crucifie les fondamentalistes" puis "Traditions, conservatismes, obscurantismes et fondamentalismes"

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ADDENDUM

Dans la version Anglaise de ce post sur blogules en V.O. ("Herman van Rompuy, haikus, humor and religion"), je développe plus clairement le sujet, en particulier à travers un parallèle entre cette conférence de Van Rompuy pour Benoît XVI et celle de John McCain au Discovery Institute, en amont de sa campagne de séduction des theocons US.

SM

20091111

Adoption et homoparentalité

La France semble enfin progresser sur l'homoparentalité, une réalité au quotidien pas du tout reconnue sur les plans légaux et juridiques : hier, le Tribunal Administratif de Besançon a ordonné mardi au Conseil Général du Jura d'autoriser une enseignante homosexuelle à adopter un enfant.

C'est un pas important mais insuffisant : les droits des deux parents doivent être reconnus, et la République doit prendre en compte cette réalité sur l'ensemble de la chaîne.

Le raisonnement qui consiste a dire "un enfant ne peut venir que d'une homme et d'une femme donc seul un couple hétérosexuel doit être autorisé à adopter" est tout simplement erroné : avoir la capacité à adopter, c'est avoir la capacité à être parent, pas la capacité à enfanter - et d'ailleurs le recours à l'adoption ne prolonge-t-il pas souvent la non-capacité à enfanter ?

J'attends donc avec impatience la suite...

... tout comme j'attends avec impatience la sortie d'"Approved for Adoption", le docu-fiction réalisé par Laurent Boileau sur le parcours de Jung, et dont voici la superbe bande annonce :





blogules 2009

20091110

Sarkozy (re)fait le mur

Nicolas Sarkozy était-il bien, comme il l'affirme, présent à Berlin le 9 Novembre 1989 juste au moment de la chute du mur, ou le lendemain, comme le confirme Rue89* ? Avec la complicité de son Agence Fausse Presse, blogules apporte les preuves d'une troisième version.

Selon le premier intéressé, pas de doute : notre Petit Pair des Pipoles était parmi les premiers à donner des coups de pioche dans le mur le jour-même, photo à l'appui. "Je suis parti avec mon copain Juppé, j'ai croisé mes amis Madelin et Fillon, mais aussi Clotaire et Alceste. J'ai serré beaucoup de mains et discuté avec plein de Berlinois qui malheureusement, étaient trop excités pour faire l'effort de me répondre en Français".

Le témoignage d'Alain Juppé : "après vérifications, le 10 novembre semble effectivement plus proche de la réalité... Mais peu importe la date, le symbole historique demeure, fort, imposant, droit dans ses bottes."

Le témoignage du photographe Paul Clave : "cette photo je m'en souviens, je l'ai faite le 10 au soir à 22h00*. Les politicards venus se montrer ont posé une minute puis sont retourné au café du coin discuter le bout de gras. Au final, ils auront passé nettement moins de temps à vivre l'événement qu'à étudier les moyens de l'exploiter."

Le témoignage de François Fillon : "J'étais déjà sur place dans le cadre d'une importante conférence internationale, et c'est vrai, j'ai croisé Nicolas. Entre autres. Comprenez-moi : dans les jours qui ont suivi l'événement, j'ai vu tellement de V.I.P. venues se montrer que j'ai du mal à me souvenir quand et où j'ai croisé untel ou unetelle. Maintenant si vous voulez bien m'excuser, j'ai un pays à gérer."

Le témoignage d'Alain Madelin : "la chute du mur ! Vous croyez que j'allais manquer ça ? La fin du communisme, le triomphe du libéralisme, et vingt ans après Disneyworld à Shanghai, c'est pas beau ? S'il y a eu un quart d'heure où on ne m'a pas pris pour un has been c'est le moment où je suis allé au pied de ce foutu mur... Sarkozy ? Il a pris le train. A l'époque c'est moi qui voyageais en jet privé. Et cet opportuniste a viré sa cuti depuis : il ne jurait que par Thatcher et Reagan et maintenant il prend des marxistes léninistes dans son gouvernement."

Le témoignage de Jean-Louis Borloo : "ouais on en a reparlé tout à l'heure de cet épisode. J'ai vu Sarko débarquer dans mon troquet berlinois le 9 au soir. On s'est jeté quelques bières derrière le col en regardant les sauvageons détruire cette affreuse barre de béton".

Le témoignage de Cécilia Sarkozy : "le 9 novembre 1989, Nicolas et moi avions un dîner en amoureux au Fouquet's - avec Rachida, Johnny, Mireille Mathieu et David Martinon. Nico s'est bien absenté à un moment, mais cinq minutes, histoire de remettre en place sa talonnette droite qui menaçait de se faire la malle."

Le témoignage de Jean-Louis Borloo (2) : "ah ouais Cécilia elle a dit ça ? Mais elle devait avoir un verre de trop la petite : c'est pas cinq minutes mais trois heures qu'il s'est absenté le Nico. Il a fait l'aller-retour express dans la Ferrari de Bolloré, avec Bernard Tapie. Et à y bien réfléchir, il a pas trop touché à sa mousse. Ce soir-là, j'étais la plupart du temps avec Jacques Mellick. Je sais pas pourquoi je les confonds souvent ces deux-là."

Le témoignage de Johnny Hallyday : "Nico il était là, pis il était plus là, pis finalement il était là. Il m'a dit j'ai fait le mur. Je lui ai dit t'as bien raison, moi aussi dès que j'peux je fais le mur, et au minimum trois fois par jûr."

Mais le témoignage le plus accablant vient de François Pinault : "ah ! cette photo, c'est toute une histoire... Le jeune Nicolas a débarqué chez moi le 9 au soir, tout essoufflé. Il avait appris pendant le dîner que le mur de Berlin était tombé et voulait à tout prix une photo de lui pour épater Cécilia. Or il s'était souvenu de ma sculpture en béton de Zbigniew Szgzbwyjezleszszky que j'avais à l'époque dans mon salon... J'ai pris un polaroïd vite fait et il est reparti aussitôt. Le lendemain il m'a appelé pour me remercier : la photo avait fait son petit effet entre le fromage et le dessert."

Témoignage de Jacques Chirac : "François m'avait raconté cet épisode, on avait bien rigolé. Moi je partais pour le Japon : le cinq étoiles, le match de sumo, les sushis à la tête de veau, la valise de dollars... la routine, quoi, alors pas question de changer mon programme pour me peler le jonc à Berlin. J'ai envoyé Alain sur place, et ce petit merdeux est venu jouer les suppléments de bagage. Non mais regardez-le s'empêtrer dans ses délires mythomanes... c'est du Facebook avec un petit "f", et un jour où l'autre ça finit par faire schnapps."

blogules 2009

* "
Nicolas Sarkozy n'était pas à Berlin le 9 Novembre 1989" (Rue89 20091109)

20091106

Traditions, conservatismes, obscurantismes et fondamentalismes

(discussions suite au blogule "La Cour Européenne des Droits de l'Homme crucifie les fondamentalistes")

Le "retard" Italien sur la présence des signes religieux dans les lieux publics relève plus du poids des traditions et conservatismes classiques que du fondamentalisme à proprement parler, mais ce sont bien les fondamentalistes qui montent le plus au creneau. Je note toutefois comment le Vatican de Benoît XVI se garde bien de s'exposer en première ligne, laissant ses proxys politiques habituels porter les attaques : l'idée est justement de gommer le caractère religieux du crucifix pour plaider la cause de la tradition nationale.

Je profite de l'occasion pour faire la distinction entre traditions, conservatismes, obscurantismes et fondamentalismes.

Le mot tradition relève plutot du domaine social et culturel, le mot obscurantisme du registre scientifique, et le conservatisme et le fondamentalisme de la sphère politique.

Il est essentiel de prendre la mesure de ce qui se passe à notre époque, où il n'est tout simplement plus possible de considérer un crucifix à l'école comme anodin. Associer un signe religieux à un Etat est un message politique majeur, un statement sur une certaine vision de la démocratie.

Nous ne sommes plus dans un débat sur les traditions mais au coeur d'une guerre.

Mais il ne s'agit certainement pas d'une guerre de religions, et encore moins du prétendu choc des civilisations, ces impostures inventées et orchestrées par les neocons, theocons et fondamentalistes : je parle de
la guerre menée par les fondamentalistes de tous poils contre la démocratie d'une part et la religion d'autre part.

Les vrais gens de foi ne doivent surtout pas se braquer et se tromper d'adversaires en se laissant abuser par l'imposture fondamentaliste : les modérés doivent agir de concert pour lutter contre le fondamentalisme, surtout pas le suivre en adhérant à son discours entretenant l'incompréhension, la division, la haîne de l'autre.

blogules 2009

Mahmoud Abbas à Barack Obama : veux-tu notre sang sur tes mains ?

Abandonné par les USA, humilié par Benjamin Netanyahu, handicapé par son comportement ambigü pendant le pilonnage de Gaza, Mahmoud Abbas a annoncé qu'il n'avait "aucun désir de se présenter aux élections à venir".

Ce n'est pas un appel du pied à Ségolène Royal et son Désir d'Avenir, mais un appel au secours.

Difficile d'éviter le parallèle avec Yasser Arafat : les faucons de Tel Aviv ont mené exactement la même stratégie d'étouffement. Mais pour "Abu Mazen" la plus grande déception vient de Barack Obama, incapable d'empêcher l'extrême droite israélienne de mener son agenda radical (voir "
Israel accepted as true the choice between its security and its ideals").

Pourtant, Abbas n'a pas dit qu'il n'allait pas se présenter en 2010. Il y a toujours une chance, une envie de retrouver le "désir". Mais le message est limpide : mon "autorité" est une mascarade, seuls Israël et les Etats-Unis peuvent décider du futur de la Palestine. Ce sont eux qui ont porté le Hamas au pouvoir et castré le Fatah. Mon échec est leur échec. Les USA peuvent continuent à s'en laver les mains : si je crève comme "Abu Ammar", ce seront eux l'autorité responsable de mon martyre.

Avant ce discours, Mahmoud Abbas n'avait tout simplement aucune chance de gagner en 2010. Avec ces quelques paroles, il fait bouger les lignes : si Washington maintient le status quo ou laisse traîner, c'est comme si Hillary et Barack eux-même enfonçaient les clous dans la chair des Palestiniens.

Son vrai message n'est pas d'affirmer "j'abandonne", mais "je suis abandonné, dis-moi Barack, tu veux vraiment notre sang sur tes mains ?"

Une fois de plus (voir "Il est encore temps de sauver Israël"), si les Israéliens modérés veulent se faire entendre c'est maintenant : J Street commence à faire du bruit à Washington, les Nations Unies font pression pour que le rapport Goldstone donne lieu à des suites, et il existe toujours un espoir de paix.

Les Palestiniens ont besoin d'un espoir tangible. Si le Hamas triomphe, Netanyahu triomphe, et Israël perd son âme.

blogules 2009

initialement publié sur blogules en V.O. : "After Arafat, will Tel Aviv hawks terminate Mahmoud Abbas ?"

20091104

La Cour Européenne des Droits de l'Homme crucifie les fondamentalistes

Les Italiens devront faire une croix sur les crucifix en classe, ainsi en a jugé la Cour Européenne des Droits de l'Homme en donnant raison à Mme Soile Lautsi contre l'Italie* :

CRUCIFIX DANS LES SALLES DE CLASSE : CONTRAIRE AU DROIT DES PARENTS D'ÉDUQUER LEURS ENFANTS SELON LEURS CONVICTIONS ET AU DROIT DES ENFANTS À LA LIBERTÉ DE RELIGION
Violation de l'article 2 du protocole n° 1 (droit à l'instruction) examiné conjointement avec l'article 9 (liberté de pensée, de conscience et de religion) de la Convention européenne des droits de l’homme.
En application de l'article 41 (satisfaction équitable) de la Convention, la Cour alloue 5 000 euros (EUR) à la requérante pour dommage moral.
D'origine Finlandaise, Mme Lautsi a obtenu gain de cause après avoir vainement plaidé sa cause pendant des années auprès de la justice italienne. Les crucifix devraient également disparaître des cours de justice, pour le plus grand plaisir du juge Luigi Tosti, qui militait lui aussi en faveur de cette marque de respect évidente envers les valeurs démocratiques et républicaines.

Car cette décision fera normalement jurisprudence pour l'ensemble des édifices publics européens, et le communiqué le stipule clairement : "L'Etat doit s'abstenir d'imposer des croyances dans les lieux où les personnes sont dépendantes de lui. Il est notamment tenu à la neutralité confessionnelle dans le cadre de l’éducation publique où la présence aux cours est requise sans considération de religion et qui doit chercher à inculquer aux élèves une pensée critique".

Inutile de préciser que La Ligue du Nord, l'Eglise ReRéformée de Benoît XVI, et l'ensemble des fondamentalistes (Chrétiens ou non) du continent ont modérément apprécié ce sursaut laïc à la veille de l'intronisation probable d'un des leurs à la tête de l'Europe (voir "Tony Blair : un Fondamentaliste Président de l'Europe ?").

Hier, Mariastella Gelmini, la Ministre de l'Education, a essayé de faire passer le crucifix pour un "symbole de la tradition italienne". On reconnait déjà la technique des néo-créationnistes : multiplier les écrans de fumée et bannir du vocabulaire tout référentiel religieux pour avancer ses pions plus discrètement en entretenant les confusions (cf "
En finir avec l'Intelligent Design").

La bataille n'est donc pas terminée : un jugement avait déjà interdit les crucifix dans les écoles et les cours de justice italiennes en 2003, avant que la Cour Suprême ne le casse en 2004 devant la levée de boucliers ultraconservateurs... sans pour autant étayer juridiquement cette décision. La Cour Européenne des Droits de l'Homme a bien une autorité supérieure, mais elle pourrait subir les assauts des fondamentalistes, de plus en plus influents dans la politique continentale.

Le combat n'est pas nouveau, mais c'est désormais officiel : comme l'Amérique avant elle, l'Europe joue sa survie en tant que symbole démocratique face à ses pires ennemis, les imposteurs qui la minent de l'intérieur.

blogules 2009

* "
Communiqué du Greffier - Arrêt de chambre - Lautsi c. Italie (requête n° 30814/06)"

20091103

Obama Saison II

Je n'aime pas trop gâcher les suspense alors si vous avez l'intention de suivre tranquilement depuis votre sofa la seconde saison des aventures de Barack Obama, bouchez vous les yeux et les oreilles. Sinon, bouchez-vous le nez.

Car la Saison II annonce quelques épisode chauds :
- Prison Break : Barack parviendra-t-il à s'échapper de Guantanamo ?
- Desperate Housewives : Barack convaincra-t-il Israël d'arrêter de martyriser Palestine en présence de leurs enfants et de faire passer Iran pour un promoteur de la paix des ménages ?
- 24 Hours : Barack arrivera-t-il à temps pour empêcher Jong-il de faire sauter la moitié de l'Asie plus Pearl Harbor ?
- Heroes : Barack réussira-t-il à aider les Afghanes à se promener sans masque ni costume dans la rue, en toute liberté et sans risquer les attaques des supervillains fondamentalistes ?
- Dexter : Barack va-t-il enfin mettre en taule les vrais responsables des crimes odieux en série commis sous l'administration précédente (Gonzales, Cheney...) ?
- House : en dépit de ses handicaps, sa très bancale réforme de la Santé va-t-elle passer, et à quel prix ? quel sera le niveau d'effritement de la majorité Démocrate à l'issue des élections de mi-mandat ?
- The Office : Barack pourra-t-il éviter le retour de W (pas l'homme, la forme de la crise économique) ?
- ...

Difficile de faire mieux que la Saison I, couronnée par deux récompenses prestigieuses :
- Prix Nobel de la Paix pour avoir éjecté George W. Bush le 20 Janvier 2009
- Prix Nobel de Chimie pour avoir rendu George W. Bush transparent dès le 4 Novembre 2008


blogules 2009

20091030

Asterix et périls : Uderzo au crayon et la Patrouille de France aux fuseaux

1mn28 de récréation pour un cinquantenaire sans nuage :



Heureusement, Tanguy a préféré Astérix à Obélix : ça jette mieux que les Sangliers du Ciel.

20091016

Truthers : la Pentagonnade continue

Confortés par des renforts de poids (Jean-Marie Bigard, Jean-Marie Le Pen, Jean-Marie Cotillard, Lyndon-Marie Larouche...), les "Truthers" ont enfin réussi à figer leur propre Version Officielle sur ce qui s'est passé le 11 Septembre 2001 au Pentagone. Dans le prolongement de son enquête sur le 11 Septembre Français ("11 Septembre français : l'incroyable vérité"), blogules restitue ici fidèlement le cheminement de leur raisonnement :

- Il ne s'est rien passé le 11 Septembre 2001 au Pentagone
- Des témoins et des caméras ont bien vu un avion se crasher et constaté l'explosion, mais tous ont été victimes d'une hallucination collective.
- Finalement on a bien retrouvé des débris d'avion et des corps de passagers mais c'était du matériel envoyé par Hollywood - si vous voulez mon avis, sans doute un coup des frères Weinstein ou de ce fourbe de Katzenberg.
- Bon. Il y a bien eu une explosion mais c'était un missile. Il n'y a jamais eu d'avion dans les parages du Pentagone.
- Ah. Finalement il y avait bien un avion, mais il y avait un avion militaire en plus du Boeing pour tirer le missile.
- Aucun témoin n'a vu l'avion militaire ? Justement ! C'est la preuve irréfutable qu'il était parfaitement furtif. Seul le DoD est capable d'un coup pareil.
- OK OK il y avait bien un Boeing, et il a donné l'illusion de se crasher sur le Pentagone, mais il s'agissait d'un hologramme.
- La CIA a embauché David Copperfield sur ce coup. Il n'avait jamais réussi une illusion de masse de cette ampleur, et une telle projection dans un ciel bleu relève du miracle, mais cela démontre à nouveau le succès du complexe militaro-industriel US, toujours à la pointe de la techno. Le hologramme sonore était particulièrement réussi.
- Toujours pas convaincu ? On la refait : en fait, l'avion a bien existé et il s'est bien crashé sur le Pentagone, mais il était téléguidé comme un missile, vous voyez qu'on est cohérent, tout se tient.
- Les victimes du 11 Septembre 2001 ? En réalité, elles n'existent pas : 125 noms ont été piochés dans l'annuaire du ministère de la défense, 64 parmi les passagers ayant emprunté le vol American Airlines 77 entre septembre 1991 et août 2000. Tous sont morts ou disparus dans des circonstances étranges dans les heures qui ont suivi la prétendue attaque du Pentagone.
- On se rapproche on se rapproche, je récapitule : le vol American Airlines 77 a bien décollé avec à bord ses 64 passagers et membres d'équipage, mais il n'a jamais atterri. Pour la bonne raison qu'il était téléguidé pour percuter la tour 7 du WTC et que son GPS est tombé en panne. Porté par des vents favorables, il a tourné un moment avant de se jeter sur l'usine AZF.
- De toute façon la probabilité que ces 64 personnes précisément prennent ce vol précis à cette date précise est égale à presque zéro donc ce vol n'a quasiment jamais existé. D'ailleurs je vous mets au défi de me prouver que Dieu n'existe pas.
- Le Pentagone n'existe pas. C'est un hologramme.
- Les Etats-Unis sont un hologramme créé par le KGB.
- Barack Obama est un hologramme téléguidé par Lyndon Larouche.
- Je suis un hologramme programmé pour se reopen à chaque fois qu'on me renvoie l'embarrassant reflet de ma propre vacuité.

blogules 2009

20091015

Sumatra mûre pour la guerre d'indépendance

Comme on pouvait le redouter au lendemain du tsunami*, l'île de Sumatra a sombré dans le fondamentalisme avec une facilité déconcertante.

La province d'Aceh, qui avait déjà adopté une partie de la Shariah en 2001, l'a récemment étendue à l'une de ses punitions les plus controversées : la lapidation pour adultère.

Dans son article dans l'International Herald Tribune**, Norimitsu Onishi évoque la peur des législateurs de passer pour des infidèles s'ils émettent la moindre critique sur cette pratique barbare et d'ailleurs logiquement dénoncée comme une forme de torture par Human Rights Watch. Il évoque aussi le malaise des leaders religieux : pas très bon pour l'image de la région, y compris auprès des fidèles.

De toute évidence cet étrange import provoque un choc culturel dans un pays autrefois célébré pour son Islam ouvert et tolérant. Les fondamentalistes font donc le dos rond et continuent à former les jeunes générations à leur doctrine radicale pour assurer leur avenir.

Dans ces conditions, l'avenir de Banda Aceh et de Sumatra au sein d'une Indonésie démocratique parait mal engagé.
Le fondamentalisme ne se fond pas dans la démocratie : il la dissoud.

Le pays tout entier file un sale coton - si l'on peut dire. Je l'ai connu sous la dictature Suharto, il y a pile poil vingt ans. La terreur était alors pratiquée au niveau de l'Etat, mais l'argent des wahhabites n'avait pas encore détruit l'héritage religieux / culturel, et les femmes n'étaient pas encore obligées de circuler sous un voile.

La principale nation musulmane au monde bascule, son fragile équilibre mis à mal par ceux qui par ailleurs continuent de miner les autres pays jusqu'ici pivots dans la résistance contre le prétendu choc des civilisations (une autre imposture des fondamentalistes, chrétiens ceux-là) : la Turquie ou la France.

Barack Hussein Obama serait inspiré d'en remettre une couche sur un pays qui lui a ouvert les yeux sur l'importance de l'apprentissage du respect mutuel entre religions dès le plus jeune âge.


blogules 2009

* "
Exploiteurs de la misère humaine - les trois plaies de Sumatra"
** "Strict Islam inches ahead in Indonesia" (IHT 20091015)

20091009

Le Japon est enfin une grande nation

Enfin, le Japon s'est décidé à regarder en face son propre passé.

Confirmant les espoirs suscités par l'élection de Yukio Hatoyama (voir "Le pays du soleil lavant ?") et à la veille de la rencontre de ce dernier avec Lee Myung-bak, le nouveau Ministre des Affaires Etrangères Katsuya Okada a lancé un appel à l'élaboration de manuels d'histoire communs entre le Japon, la Chine et la Corée*.

Okada a également rappelé qu'en 1995, l'ancien Premier Ministre Tomiichi Murayama avait eu la sagesse de présenter à ses voisins des excuses pour les "dommages et souffrances" causés pendant l'occupation, de dénoncer l'impasse nationaliste, et d'appeler ses concitoyens à accepter les pages sombres de leur propre histoire.

Personne n'a oublié comment les ultra-nationalistes nippons avaient corrigé le tir par la suite, poussant les successeurs de Murayama aux provocations les plus extrêmes dans un nauséabond retour en arrière**. L'heure semble venue de remettre les pendules à l'heure et de renvoyer aux oubliettes de l'histoire les nationalistes de tous bords.

De tous bords ? Tout comme les discours fondateurs d'Obama dénonçant les errements passés de l'Amérique ont privé de munitions de nombreux marchands de haîne dans son pays comme à travers le monde, cet appel du Japon à ce que toute la lumière soit faite sur ses propres exactions pourrait mettre à nu un paquet d'imposteurs qui, dans la région, faisaient leur propre beurre nationaliste sur les provocations des neofascistes nippons.

Si les Chinois sont ravis que la vérité soit rétablie sur le Massacre de Nankin, je ne suis pas sûr que Beijing accepte de jouer le jeu jusqu'au bout et de jeter aux orties ses propres programmes révisionnistes***.

La Corée du Sud elle-même n'a pas encore totalement fait le ménage dans ses propres placards. Elle continue, comme il convient, d'investiguer, de déterrer des cadavres, et de corriger les erreurs passées, en particulier sous la dictature... mais cela ne plait pas à tout le monde, et en particulier à son arrière garde nationaliste à elle, qui fait pression pour que le mandat de la Truth and Reconciliation Commission ne soit pas reconduit****. Ce faisant, ces prétendus patriotes minent en réalité les efforts du pays pour accéder vraiment au statut de grande nation : contrairement à ce qu'ils affirment, ces révélations n'apportent pas de la honte au pays mais en font la fierté et inspirent le respect des autres nations.

En tant que citoyen français, j'ai toujours admiré l'Allemagne pour la façon avec laquelle elle a assumé les atrocités nazies et oeuvré à l'éducation des générations suivantes... et par effet miroir j'ai eu encore plus honte de mon pays, qui aura attendu un demi-siècle avant de commencer à reconnaitre son rôle dans le génocide (combien de siècles pour reconnaitre la vraie nature du colonialisme ?).

Lorsqu'un pays admet ses faiblesses passées, il se renforce pour l'avenir et envoie le meilleur message possible à son peuple comme au monde. Une nation respectant les leçons de l'Histoire est une grande nation.

Au moment où le Japon l'invite à la vérité et à la réconciliation, la Corée doit plus que jamais soutenir sa commission du même nom.

Et ensemble, la Corée et le Japon ont le devoir d'envoyer le bon message à la région et au monde, à devenir la locomotive modèle d'une Asie plus forte puisqu'enfin en paix avec son passé.

blogules 2009 - également sur blogules V.O. ("Change has come to Japan") et sur Seoul Village ("A Common History")

* voir "
Japanese foreign minister suggests joint history texts" (JoongAng Daily 20091009)
** voir trop de blogules rouges précédemment versés sur le Japon et la Chine.
*** à propos : des chercheurs Anglais ont d'ailleurs récemment dénoncé la tentative de vol - pour ne pas dire "
hanschluss" - de la culture Goguryeo. Selon eux, c'est comme si l'Angleterre revendiquait la civilisation Germanique et la porte de Brandenburg !
**** voir Seoul Village : "
President Lee, please keep digging".

ADDENDUM 20091012
Ce blogule a été publié dans le JoongAng Ilbo de ce jour sous le titre "Japan may face its history".

20091007

KIM Jong-il, un pont trop loin

Wen Jiabao est venu récolter ce qu'il était venu chercher : un signe d'allégeance de la part du régime Nord-Coréen et surtout les clefs du pays... ou plutôt de la future province, plus encore solidement ancrée à la "mère patrie" par un nouveau pont frontalier, symbole parfait du succès du très controversé Projet du Nord-Est. Le tout accordé gracieusement et avec le sourire par les victimes de l'hanschluss, dans le cadre des spectaculaires célébrations de 60 ans d'amitié avec le grand frère communiste.

Kim Jong-il a sauvé la face : il vient certes d'échanger son pays contre la survie de sa dynastie, mais réussirait presque à faire passer cette honteuse trahison pour une victoire politique, l'abdication d'un leader absolu devant un simple Premier Ministre pour une spectaculaire réunion d'égaux à égaux, la mise au bûcher de l'indépendance nationale pour un triomphe du juche...

Dans l'histoire, ce sont les Etats-Unis d'Obama qui perdent totalement la face, servant essentiellement de lièvre pour faire mousser le Cher Leader : KIM est allé négocier au mieux les termes de sa reddition sitôt obtenu le précieux sésame, l'invitation à des discussions bilatérales avec les USA (soit pour le coup la validation d'un traitement d'égal à égal).

Nous voici donc revenus au statu-quo, également appelé "Six-Party Talks" : une mascarade mettant au coeur du processus de négociations les pays les plus opposés à la réunification. Pour rappel :
- le Japon ne veut pas se retrouver en périphérie d'un futur pôle de prospérité, et la récente publication d'une étude confirmant le potentiel d'une Corée réunifiée face à un Japon en déclin ne va pas aider Yukio Hatoyama dans sa stratégie de rupture avec les ultra-conservateurs nostalgiques de l'époque coloniale (voir "
Le pays du soleil lavant ?").
- la Chine ne veut entendre parler que d'une seule forme de réunification : celle de tous les Coréens au sein de l'empire Chinois (voir "
L'ultime Hanschluss")

Quant aux trois autres interlocuteurs de la Corée du Nord, ils ne se battront pas pour empêcher l'imposture :
- Obama a d'autres chats à fouetter que l'indépendence politique et culturelle des Coréens. Si la crise se résoud sans qu'il aie à monter au créneau, ça lui fera des vacances. Et puis comme le prouvent sa décision de ne pas rencontrer le Dalaï Lama avant d'aller voir les Chinois, ou les profils très bas tenus par Hillary Clinton et Tim Geithner lors de leurs passage à Beijing, son Administration ne privilégie pas vraiment le conflit avec l'Empire du Milieu sur les sujets sensibles
- la Russie semble finalement vouloir laisser le terrain libre aux Chinois. A défaut de devenir le principal point d'entrée dans la péninsule, elle récoltera sans doute quelques retombées positives sans avoir à assurer elle-même la police
- la Corée du Sud ne donne tout simplement pas l'impression de comprendre ce qui se passe

A suivre...

blogules 2009

sur blogules en V.O. : "Kim Jong-il's bridge to nowhere"

20091005

dragédies : rejoignez le groupe sur Facebook

J'ai récemment eu la douleur de vous faire part de la parution de mes miserables "dragédies".

Si vous avez une pensée pour l'auteur, n'hésitez pas à rejoindre le nouveau
groupe dragedies sur Facebook, de vous y immerger, d'y semer vos propres miasmes et, sans oublier de ne PAS vous laver les mains auparavant, d'aller éternuer ce message tout autour de vous.

Bien amicalement,

Stéphane
dragedies.com

Les journalistes aboient, la caravane des media passe

Les 3èmes Assises du Journalisme se tiennent à Strasbourg sur fond de mouvements telluriques paradoxaux :

- la convergence triomphe, mais AOL Time Warner redevient "
AOL, Time, Warner"
- les journaux meurent et l'éthique journalistique frise l'extinction, mais le journalisme n'est pas mort
- tout le monde revendique le statut de journaliste, mais le statut de journaliste aujourd'hui, c'est de se retrouver à la rue, à hésiter entre montrer ses Facebook et tapiner jusque sur le perron de l'Elysée*.
- un grand pays ne devrait pas tarder à recruter massivement des journalistes du monde entier, mais pas nécessairement pour faire leur métier : le fonds d'état China Media Capital a été institué pour que des boîtes comme Shanghai Media Group rivalisent rapidement avec les majors internationales (pourquoi pas en rachetant des fleurons comme Time ?)
- ...

Enfin, ce que j'en dis...

Une fois de plus, je ne suis pas journaliste mais auteur. Ces misérables lignes** me servent de défouloir quand je ne produis pas des
objets proto-littéraires à peine plus lisibles.

Dans une vie antérieure (1993-2003), j'ai néanmoins eu l'occasion d'étudier les impacts des nouveaux media sur de nombreux secteurs d'activité, et de constater à chaque fois que si internet / le web a une vertu, c'est bien de forcer chacun et chacune à se poser les bonnes questions sur son propre métier.

Le journaliste n'échappe bien sûr pas à cette évidence, même s'il a résisté un peu plus longtemps que prévu à l'inéluctable remise en cause. A sa décharge : comme on a pu le voir avec Ruppert Murdoch, les moguls à l'ancienne ont persisté dans leur logique jusqu'à très récemment. Et encore aujourd'hui, ils ne considèrent souvent le changement que sous l'angle d'une migration du papier vers la toile, se contentant de demander à leurs journalistes de produire pour les deux supports (plus la video quand ils ont la chance de bien passer à la tévé)....

Qu'est-ce que le métier de journalisme ? Comment le définir de façon intemporelle, quels en sont les dimensions-clef ? Sur quelle partie de la chaîne / du nuage de valeur tel ou tel individu, en fonction de ses qualités propres, a-t-il intérêt à se renforcer, se désengager, ou au contraire à se positionner de façon... inédite ?

Chacun a sa façon de définir son métier par ses fins plus que par ses moyens, à partir d'une vision ou d'une mission plus que d'une technique. Par exemple, en tant qu'auteur, mon métier n'est pas d'écrire mais d'ouvrir des portes pour me créer des courants d'air dans la caboche, écouter ma voix non sonore, éviter de devenir complètement dingue... et laisser entrer, le plus tard possible, cette putain de mort.

Je serais bien infichu de savoir ce qui se passe dans sa caboche du journaliste, même si je me doute bien qu'il se définira au-delà de son seul savoir faire du faire savoir. Si l'on descend sur le plan technique, la qualité de son oeuvre reposera en partie sur sa capacité à :
- Sourcer (sélectionner, vérifier, valider - parfois en faisant le boulot lui-même, parfois en sous-traitant / out-sourçant, voire en crowdsourçant)
- Analyser (un journaliste avec sa propre opinion, ça existe, j'en ai rencontré - d'autres s'en remettent aux commentaires des lecteurs avec la bienveillance des actionnaires - plus juteux pour les revenus publicitaires, moins casse gueule sur le plan juridique... et lorsqu'à l'opposé l'opinion prend le pas sur le reste, le journaliste cesse d'être journaliste pour devenir une star de l'Op-Ed / opinion-editorial - les actionnaires sont là aussi bienveillants, mais avec la trouille de voir la signature changer d'écurie ou s'installer en solo)
- Illustrer (c'est la "majeure" du photojournaliste, du champion du cartoon qui cartonne)
- Composer (le coeur de la mise en forme, pas au sens mécanique du typist, mais noble du compositeur : l'art d'écrire, de mettre en musique, mais aussi parfois de jouer pour un acteur / reporter)
- Editer (la mise en valeur / en page en page du contenu, son inscription dans une ligne éditoriale, mais aussi l'art de polir ou de censurer - une tâche que le journaliste assure toujours en partie, même à l'insu de son plein gré)
- ...

Le journaliste se retrouvant brusquement livré à lui-même, Sans Media Fixe, se voit trop souvent obligé de remonter dans la chaîne de valeur en assurant sa propre diffusion, la promotion et la vente de son contenu. Celui qui reste bien au chaud dans l'écurie, lui, se voit trop souvent obligé de descendre dans la chaîne des valeurs en acceptant la vente de son âme.

Les brebis égarées trouvent parfois des étables de passage, du 2.0 avec une petite touche rétro :
- très eighties pour le HuffPost, avec Arianna Huffington dans le rôle de Larry Hagman ou Joan Collins, mais version côte ouest : son meta-media ouvre le portail pour attirer le maximum de têtes de bétail, plante des derricks tous azimuts pour pomper un barril de plus, et dynamite les montagnes entières pour lever une nouvelle pépite
- plus seventies pour Politico, mais ne dites pas à Ben Smith qu'il ressemble à Robert Redford, j'en ai marre de le voir en tête de gondole.

Parfois, le journaliste aboie quand la caravane des médias passe. Comme Caroline Fourest lorsqu'elle dénonce, au-delà de l'imposteur Tariq Ramadan, un grand media mélangeant délibérément les genres entertainment et debat en ouvrant la porte a toutes les propagandes et désinformations (et ça marche : chaque semaine, Laurent Ruquier continue à faire debat sur son émission… qui consiste en revanche à tourner le débat en ridicule).

Pour les media aussi, il convient de ne pas confondre les risques du métier et les risques encourus lorsque l'on oublie son coeur de métier. Dans un cas on peut parler de malchance, dans l'autre de faute.


blogules 2009


* Attention : le "journalisme citoyen" masque généralement une imposture, mais il y a un saut entre finir à la rue et sur Rue89 (voir "
Journalisme citoyen - témoignage participatif"). Par ailleurs, le perron de l'Elysée n'a rien à envier aux canivaux les plus sordides... Au moins le sarkolâtre officiel assume-t-il sans hypocrisie sa ligne éditoriale : ça facilitera la tâche de ceux qui voudront le tondre à la Libération, le jour où notre Barack Hussein à nous sera élu.

** En fait, pour être totalement transparents, mes
blogules pourraient afficher, à défaut du talent, l'avertissement du Daily Show de Jon Stewart et se définir comme "a news parody - its stories are not fact checked, its reporters are not journalists, and its opinions are not fully thought through". Je préfère parler d'"Armes de Désinformation Massive", en hommage à la période trouble à laquelle ce site a vu le jour (peu avant l'invasion de l'Irak).

*** "
Caroline Fourest répond à Tariq Ramadan" (sce Rue89 20091003)

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