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20090715

Touriste ou pas, le Français peut mieux faire et doit mieux être

La dernière étude Expedia-TNS Infratest met à nouveau en évidence l'image désastreuse du touriste français auprès des professionnels de l'hôtellerie.

Aussitôt, mes chers compatriotes réagissent vivement, suivant leurs deux modèles préférés :
- la Mère Denis : "ah c'est ben vrai ça, y'a pus d'saisons tout se perd ma bonne dame les Français sont des veaux"
- le Père Poujade : "encore un coup des Angliches ! ces saligauds viennent coloniser nos campagnes, polliniser nos compagnes, et veulent en plus qu'on leur dise merci !"

Le fait est que, pour commencer, le Français apprecie peu la critique.

Et c’est tres significatif : au lieu de positiver et de chercher à ameliorer les choses, il s’obstine dans le deni. Il se contente de bondir au lieu de rebondir.

Fondamentalement, il manque à la France une authentique culture du service. Il y a bien du progres en la matiere mais on sent que generalement ça ne vient pas du fond du coeur.

Il s'agit là aussi évidemment d'une caricature, et nous avons tous des ribambelles d’exemples de restaurateurs, hôteliers ou commerçants formidables... mais il faut bien admettre qu’au global, la comparaison avec la plupart des voisins (et que dire de l’Amérique du Nord ou surtout l’Asie !) n’est guère flatteuse. Même dans le luxe ! En fait, c’est encore pire dans le luxe... et c’est d’ailleurs l’une des causes principales de notre déficit en image. Mais au-delà du luxe, toutes les sociétés de service sont obligées d’investir massivement dans des formations de base qui seraient inutiles dans bien des pays.

Je pense qu’au fond, nous conservons essentiellement une mentalité de producteurs (mon produit est le meilleur, c’est à prendre ou à laisser), et devons nous forcer pour développer notre sens du service (qui est mon client, que souhaite-t-il, comment anticiper ses besoins et dépasser ses attentes ?).

20090713

Sarko vs Obama - Dakar ou Accra ?

La polémique sur qui a livré le meilleur Discours aux Africains entre Sarkozy au Sénégal en juillet 2007 et Obama au Ghana en juillet 2009 n'a pas lieu d'être.

Je ne parlerai même pas du discours de Ségo au Zénith en juillet 2011... D'ailleurs, Madame Royal nous a refait son cirque hier en demandant pardon aux Ghanéens de la part du peuple Américain : "Barack s'est conduit de façon ignoble en étalant toute sa classe - autant dire 'je vous ai conquis'... quelle mufflitude, quelle malpolité !"

La polémique, disais-je donc, n'a pas lieu d'être. Car contrairement à cet imposteur de Barack Obama, Nicolas Sarkozy peut réellement s'adresser aux Africains en toute connaissance de cause et en toute franchise.

Selon sa biographie officielle ("Satisfaction" par Henri Aïken't Guaino - Editions Paris Match*), Nicolas Paul Stephane Sarkozy De Nagy-Bocsa est né à Sangatte de père Burkinabé et de mère inconnue (elle ne quitte jamais sa burqa), a été abandonné par son géniteur, puis a été élevé par ses arrière-arrière-arrière-arrière grand parents Jacques et Bernadette.

Allergique au fromage de tête, Nicolas part se refugier chez un vieux gourou Turc, le temps de comprendre qu'il est également allergique à l'imparfait du subjonctif. C'est dans une roulotte, hébergé quelques mois par une bande de bohémiens, qu'il conçoit les premières moutures de son projet d'Union pour la Méditerranée en étudiant les scènes de ménage entre Enrico Macias et Rika Zaraï. Au passage, il découvre avec stupeur qu'il n'est pas allergique à la musique de Didier Barbelivien.

L'année d'après, Le Petit Nicolas parvient de justesse à échapper à une raffle destinée à l'engager de force dans le rallye dansant de la Comtesse Cunégonde Hautefraise von Proutprout Baldemort : prenant son courage et sa Rolex à deux mains il saute sans bouée de "L'Album", le yacht de la Comtesse**, puis s'échoue épuisé, à vingt mètres de là, sur les côtes hostiles de Neuilly-sur-Seine.

Pendant que Barack Obama, après de longues vacances à Hawaii et en Indonésie, avance tout peinard dans ses études de droit jusqu'à Harvard, le pauvre Nicolas Sarkozy doit trimer et se contenter de Nanterre. Il échoue même à Sciences Po parce qu'il n'a pas la chance de maîtriser dès la naissance la langue anglaise.

Pendant que l'athlète Barack Obama tombe sans se fatiguer la femme de sa vie, le malingre Nicolas Sarkozy doit composer avec ses nombreux handicaps pour séduire Cécilia Emmanuelle Mignon Eau-Bénite, petite fille du compositeur du très célèbre Canon de Facho Bells, hymne de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X.

Alors oui, Nicolas Sarkozy peut regarder l'Afrique dans les yeux sans baisser le regard, et ce même sans être entouré par une brigade de CRS...

... à condition que Muammar Kaddafi porte des Ray-Ban.



* pour la biographie non officielle, revoir "In Memoriam Nicolas Sarkozy" (p.. deux ans déjà !).
** aux canardophiles : ne cherchez pas le contrepet (ou alors laissez le en commentaire)

Kim Jong-ill (avec deux ailes)

A en croire la chaîne d'infos YTN (scoop fondé sur des sources chinoises et sud-coréennes, repris par Reuters*), le leader Nord-Coréen souffrirait d'un cancer du pancréas.

Les chances de survie à 5 ans d'un tel cancer s'élèvent à seulement 5%, mais ce pourrait être une simple question de mois :
- à en juger par les deux dernières apparitions publiques de KIM Jong-il (67 ans), sa santé semble se détériorer très très rapidement
- d'autres sources coréennes font état d'un arrêt des médicaments occidentaux par le "Cher Leader", qui s'en remettrait à la médecine traditionnelle.

Tout ceci vient renforcer l'impression de précipitation dans la désignation du successeur officiel : le 3e fils Kim Jong-un, vraisemblablement chaperonné par le beau-frère Chang Sung-taek.

Comme on a pu le voir (cf
Kim Jong-un deux trois" puis "KIM Jong-nam : Dernier Empereur ou premier gouverneur ?"), cette succession ne paraît pas vraiment réglée pour autant.

C'est maintenant que l'on va pouvoir mesurer les chances de survie de la dynastie : si Kim Jong-il souhaite réellement pousser Junior, la propagande devrait enfin commencer à l'exhiber, et de préférence si possible aux côtés de son Cher Paternel.

A moins que le culte de la personnalité ne survive pas à ce dernier...
- le régime a peut-être déjà décidé d'amorcer une transition en douceur vers un système plus durable (passant de la Société en Nom Collectif "KIM" à la Société Anonyme "Corée du Nord")
- l'après Kim Jong-il a déjà commencé depuis un bon moment. Kim Jong-un a certes reçu la bénédiction des cardinaux locaux, mais du bout des lêvres. Pas question d'aller plus loin, surtout s'ils souhaitent s'en débarrasser sitôt son père mis définitivement sur la touche

... ou bien sûr, à moins que le maître des lieux ait déjà passé l'arme à l'extrême gauche.


* "
North Korea leader Kim has pancreatic cancer: report" (Reuters - 20090712)

Scoop: Dick Cheney n'est pas démocrate... mais pourquoi ces 5 mois d'attente ?

Leon Panetta vient à la fois de sauver l'honneur de la CIA et d'envoyer Dick Cheney face à ses juges.

Dès qu'il a appris, le 23 juin dernier, l'existence d'un programme secret de contre-terrorisme au sein de la CIA, il y a sur le champ mis terme avant de briefer dès le lendemain les deux commissions chargées du renseignement au Congrès.

Le nouveau patron de l'Agence a pris soin de préciser que si ce programme a été mené pendant huit ans (je vous laisse deviner lesquels...) sans que le Congrès soit mis au courant de quoi que ce soit, c'est sous ordre expresse et direct du Vice Président Dick Cheney*.

Désormais, je vois mal comment Lobby Dick peut échapper à la justice. Ce sera sans doute l'occasion de l'interroger sur d'autres actes criminels**. Le tristement célèbre David Addington, déjà mis en cause sur les questions de torture, se retrouve sans surprise lui-aussi dans le collimateur...

Enfin, Eric Holder peut entamer son travail de nettoyage, et l'Amérique un examen sans fard de l'Héritage Bush***.

Ordoncques, Dick Cheney serait un criminel bientôt poursuivi, un ennemi de l'Etat et de la Démocratie, un adversaire acharné de la Constitution et de l'équilibre des pouvoirs... rien de nouveau sous le soleil.

Dans l'affaire, la vraie question me semble celle-ci : pourquoi l'équipe en charge du bébé a-t-elle attendu cinq mois avant de briefer Panetta, et que s'est-il passé entretemps ?

On savait depuis un moment que de nombreux agents de la CIA se renseignaient (comme il se doit) auprès d'experts en droit sur leurs chances d'éviter les poursuites judiciaires. A l'occasion de sa visite à Langley, VA en avril dernier, Barack Obama avait plus ou moins absoud les petites mains coupables d'avoir exécuté des ordres répréhensibles, en particulier dans le cadre d'interrogatoires musclés. Mais cela remonte déjà à près de trois mois...

Selon le porte-parole de la CIA Paul Gimigliano, "il n'entre pas dans les habitudes de l'agence de discuter de ce qui aurait ou n'aurait pas été dit lors un briefing classé secret défense. Lorsqu'une unité de la C.I.A. a porté le sujet à l'attention du Directeur Panetta, c'était avec la recommandation qu'il soit partagé de façon appropriée avec le Congrès. C'était également son point de vue, et il a agi de façon rapide et décisive pour la mettre en oeuvre."

Si Panetta a fait vite (dans cette version officielle tout du moins), l'unité a clairement pris tout son temps.

De deux choses l'une : soit les ordres de Dick Cheney portaient expressément au-delà du mandat du gouvernement Bush-Cheney, soit le programme a de son propre chef pris la liberté de faire durer le plaisir, ou le temps de peser le pour et le contre... quoi qu'il en soit ces Men in black auront sans doute l'occasion de s'expliquer.

Je vois peut-être une explication technique : le temps de résoudre quelques problèmes de bourrage à la salle des broyeurs ?



* voir "
Cheney Is Linked to Concealment of C.I.A. Project" (New York Times - Scott Shane -20090711)
** voir blogules précédents sur Dick Cheney,
en VF et surtout en VO - en particulier "Welcome on Waterboard", "Yoo got mail"... ou sur un mode plus léger "Lobby Dick tries to retire, fails to retract".
*** BTW: Holder considère sérieusement - il était temps - se pencher sur la question de la torture sous Bush (voir "
Independent's Day" - Newsweek).
---
Initialement publié sur blogules V.O. : "
Scoop : Cheney is not a democrat... but why this 5 month delay ?".

20090712

Livre électronique

(discussion)

Le cas du
Kindle d'Amazon s'avère assez interessant à suivre - moins pour la dimension techno qu'au niveau stratégie d'acteurs : le leader de la distribution de biens culturels (qui avait déjà innové il y a quelques années sur les formats et la tarification avec ses Amazon Shorts) peut se permettre d'oser.

Chez un editeur, les risques industriels sont évidemment beaucoup plus importants. Pour le moment, personne ne prend le risque de canibaliser le catalogue, et tout le monde adopte une politique conservatrice pour le prix, équivalent entre les versions "print" et "ebook" d'une meme oeuvre.

Le ebook et le Print On Demand permettent de changer la donne sur l'ensemble de la chaîne de valeur, de rentabiliser des petites séries sur des plateformes adaptées. En tant qu'adepte des formats courts, je crois encore plus en l'avenir du livre numerique. J'ai confie
ma Ligue à une plateforme print / ebook pour tester le concept grandeur nature (grandeur nature au propre et au figuré : si j'adore l'objet livre, j'aime assez l'idée de limiter le pilon et de préserver les forêts).

A mon sens, la catégorie à la fois la plus prometteuse et la plus menacée à court terme semble le manga / BD : le piratage web / internet mobile s'y révèle proprement stupéfiant (en particulier en Corée), mais cela stimule l'innovation. Comme le cinéma avec la 3D, le secteur propose une nouvelle expérience, et certains diffuseurs animent les planches avec des effets sonores, des vibrations...

Ceci dit, ne nous voilons pas la face : de nombreux éditeurs resteront sur le carreau. En revanche, ces dernieres annees ont ete marquées par l'incroyable diversité et créativité de maisons independantes forcées de se différencier, de réinventer le media. Pareil pour les libraires confrontés au géants Fnac, Amazon & co.

Le métier ne disparait pas, il évolue. Comme d'autres secteurs avant elle, l'édition est amenée à repenser son métier et ça apporte nécessairement quelque chose de sain et positif.

20090707

La Ligue des Oubliés sur Amazon

Comme annoncé, vous pouvez désormais commander mes chroniques "La Ligue Des Oublies - l'autre histoire du football" en ligne sur Amazon *.

Pour rappel : en football comme ailleurs, l'Histoire est la légende qui a triomphé des autres récits. "La Ligue des Oubliés" rend justice à ces héros et événements qui n'ont pas eu la chance d'exister.

De la Coupe du Monde 1946 aux exploits de Felez, des boires de George Worst aux déboires de Francao, du record de Ledidi aux petites manies d'Alain Divers... tout y est, y compris quelques illustrations maison.

Et si, comme le confesse le célèbre Varga, "les dictateurs et les footballeurs sont les seuls hommes à pouvoir être statufiés de leur vivant", alors ces Oubliés sont les seuls footballeurs à assumer pleinement leur vanité.


* en rupture sur le site français mais en stock sur le site américain d'Amazon. Par ailleurs, l'opuscule est toujours disponible
en téléchargement (EUR 2.9).

20090706

Ouïgours - Beijing médiatise et s'enfonce un peu plus

Beijing a de plus en plus de mal à imposer par la force l'unité sur ses terrains conquis au siècle dernier (voir "Tibet, Ouïgours... l'Empire éclaté ?").

Mais ce qui frappe dans les spectaculaires émeutes d'Urumqi c'est la façon avec laquelle le spectacle est instrumentalisé par le régime :
- des images bien choisies en boucle : l'ordre de l'autorité face à l'anarchie de casseurs ultraviolents, et
- une coupable toute désignée : l'activiste Ouïgoure Rebiya Kadeer, élevée par Beijing au rang de Dalaï Lama, c'est à dire "leader terroriste fomentant depuis l'étranger ses actes criminels".

Beijing a donc fait le choix de ne pas mettre la crise sous l'éteignoir de la censure (qui bien sûr filtre toujours les contenus non conformes à la ligne officielle), mais de la tourner à son profit pour légitimer un nouveau tour de vis répressif.

Sauf que l'exercice a ses limites.

Premièrement, le pouvoir central reconnait quelque part l'échec de la "Pax Sinica"* en territoire Ouïgour (pardon, au "Xinjiang") : la "Hanification" forcée d'Urumqi (une capitale désormais à 70% composée de Han) n'a pas suffi à étouffer l'identité ouïgoure, et la "province" semble bien coupée de ce qui ressemble plus que jamais à une puissance occupante. Les "colons" y réfléchiront deux fois avant de postuler.

Deuxièmement, la voie nationaliste est sans issue. Plus le régime expose ses propres failles, plus il est tenté de faire de la surenchère dans l'ultranationalisme et les rumeurs mensongères. A court terme ça paye, mais on ne bâtit jamais rien de bon avec ce type d'idéologies. C'est même à mes yeux le risque principal pour l'unité de l'Empire à terme : la faillite de la vision stratégique, le triomphe de sentiments primaires comme le racisme et la haîne.

Troisièmement, à faire délibérément le jeu des radicaux pour se fabriquer artificiellement un ennemi extérieur, Beijing va se retrouver face à face avec une idéologie bien plus redoutable encore : l'internationale jihadiste. Minoritaires, les radicaux fondamentalistes sont plus que ravis que le pouvoir central renforce les haînes religieuses et ethniques. C'était précisément leur objectif : qu'ils incarnent la résistance et étouffent tout le reste, et en particulier la cause du peuple Ouïgour.

* (ou le succès de la "bellum cynica", c'est selon)

20090703

Petite pause musicale

L'été commence enfin à Séoul. Je m'autorise une petite pause en regardant la pluie tomber sur le mont Inwang et le palais de Gyeonghuigung.

En musique et en douceur...



20090620

Non à la Burqa = Non au fondamentalisme... Chrétien y compris

Faut-il interdire le port de la Burqa dans les lieux publics en France ?

Cela me semble une évidence, et ce avant même d'aborder les questions, pourtant essentielles à ce titre, de religions ou de Droits de l'Homme*.

En France plus encore qu'ailleurs, le port de la burqa relève au-delà de la religion d'un acte politique. La burqa ne soustrait pas la femme aux regards des hommes pour la protéger : elle soustrait avant tout un individu au regard de la société et nie à celle-ci la légitimité, le pouvoir, et la responsabilité de connaître et protéger cet individu. Homme ou femme, peu importe là aussi... et de toute façon, il serait impossible de faire la distinction sous une telle chappe**.

Que cet individu soit consentant ne change rien sur le fond de cette évidence : fondamentalement - et le terme s'impose -, la burqa marque la négation absolue de la République en inscrivant un individu en-deçà ou au-delà des lois. A travers son autorisation, c'est bien au-delà de la femme asservie la République elle-même qui fait acte de soumission à une loi fondamentaliste par essence vouée à sa destruction. Ni Putes Ni Soumises, c'est aussi vrai pour Marianne.

Comme toujours ("
Universal Declaration of Independence from fundamentalism"), le coeur de l'imposture fondamentaliste consiste à faire passer un agenda politique pour de la religion. Et puisqu'il vise à se substituer au pouvoir de l'Etat, le fondamentalisme religieux sous toutes ses formes est tout bonnement anti-légal et anticonstitutionnel en France.

Peu importe donc ce que dit le Coran à propos de la burqa. Bon... Il me semble bien que le concept de burqa intégrale a été inventé au Pakistan des lustres après la mort du Prophète (le tristement célèbre chadri Afghan arrivant bien plus tard encore)... mais enfin passons. Loin de moi l'idée de vouloir (et a fortiori la légitimité pour) interprêter Le Livre*...

Une fois de plus, le choix n'est pas entre la religion et la république mais entre la religion et le fondamentalisme d'une part, la démocratie et le fondamentalisme d'autre part.

Par ses fonctions au sein du CFCM, Dalil Boubakeur se devait de prendre toutes les précautions pour dénoncer la recrudescence du phénomène burqa en France. Mais s'il déplore au départ le repli "identitaire" puis le "communautarisme", il n'hésite pas à évoquer la progression du "fondamentalisme".

Ceci vaut naturellement également pour le fondamentalisme Chrétien, en pleine offensive en Europe, comme on a pu le voir ("
N'ayez pas peur"), avec le soutien sans réserve de deux fondamentalistes déclarés (George W. Bush puis Benoît XVI), la complicité de gouvernements noyautés parfois au plus haut niveau... et un soin particulier pour l'exception laïque française. La France doit donc résister avec fermeté tout en évitant les pièges de la victimisation et des faux débats : comme toujours, les fondamentalistes cherchent à faire croire que la religion est en danger alors même que ce sont eux-même qui la menacent en priorité.

La propagation des burqas sur le territoire conforte naturellement les fondamentalistes Chrétiens et les partisans du "Choc des Civilisations", l'imposture théocon / néocon par excellence. Et quand le très peroxydé nazillon néerlandais Geert Wilders exige l'interdiction du port de la burqa, il ne cherche pas à protéger la démocratie mais bien au contraire à l'affaiblir en alimentant ce fameux "choc", en provoquant des fractures confessionnelles au sein de la société. Wilders demande tout simplement l'interdiction de l'ensemble des manifestations de l'Islam (la religion authentique, ses fidèles, ses mosquées...) en les amalgamant de façon délibérément mensongère avec les manifestations de l'imposture Islamiste (les signes extérieurs de fondamentalisme).

Alors oui, au Caire, Barack Obama a défendu les droits des femmes musulmanes à se couvrir les cheveux quand elles le voulaient vraiment (
"State of The World Union : The Obama Doctrine"). Et un jour ou l'autre, il sera bien obligé de se prononcer sur la question autrement plus délicate de la burqa. Mais comme on a hélas pu le déplorer trop souvent, la démocratie américaine est la moins bien armée pour résister au fondamentalisme, et sa constitution favorise l'émergence de mouvement radicaux à tous les niveaux, au-delà de la religion (voir encore récemment "Intelligence supremacy").

La France a la chance de pouvoir s'appuyer sur des textes sans ambigüité...
- Article X de la Déclaration des Droits de l'Homme : "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi." Le droit administratif définit l'Ordre Public comme "le bon ordre, la sécurité, la salubrité et la tranquilité publique".
- Article IV de la Déclaration des Droits de l'Homme : "La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société, la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi".
- Préambule de la Constitution : "La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme"
Article premier de la Constitution Française : "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée."
- ...

... donc idéalement, on ne devrait pas avoir besoin de légiférer. Mais la tradition veut que l'on adresse sans délai chaque sujet avec une loi spécifique, quitte à alourdir encore plus une barque déjà impossible à manoeuvrer. Il convient donc de ne pas tergiverser et empêcher au plus vite les marchands de haîne de se nourrir du moindre flou ambiant. L'exemple Belge démontre la nécessité de légiférer au niveau national : l'intégrité de la République est du ressort de l'Etat et non des collectivités.

Naturellement, il faudra faire preuve de plus de tact, de diplomatie et de pédagogie que dans ces misérables lignes.

Naturellement, je n’ai aucune confiance en Nicolas Sarkozy pour sortir de lui-même la loi idéale. Jusqu’à présent, il a surtout démontré
sa capacité à faire le jeu des fondamentalistes, en particulier depuis que Chirac est sur la touche.

Mais c’est depuis la touche que les juges de ligne signalent les hors jeu. Et l’éternel oublié de la justice se retrouve reconverti gardien du temple laïc ! Alors en attendant que Le Petit Nicolas installe Emmanuelle Mignon au Conseil Constitutionnel, esperons que ce qu’il reste de media independants expose ses tentatives répétées - et pour le coup à peine voilées - pour faire tomber le bastion.

Bas les masques. Y compris en dehors des périodes de carnaval.


* rassurez-vous, il est toujours et plus que jamais question de défendre la liberté religieuse et les droits des femmes
** s'il n'occulte pas le reste du corps, le niqab relève de la même logique
*** je n'ai d'ailleurs lu le Coran qu'une fois en entier, il y a un quart de siècle, et dans une version française remontant qui plus est aux calendes grecques (1970)

20090617

Khamenei sous pression

Comme prévu (voir "No You Can't, Mr Ahmadinejad"), le Leader Suprême Ali Khamenei se retrouve en première ligne et nu comme un ver pour avoir très mal géré le coup dans des élections à haut risque.

De même que l'Ayatollah Akbar Hashemi Rafsanjani ne s'était pas géné pour le prévenir de toute entourloupe, l'Ayatollah Hossein Ali Montazeri ne s'est pas géné pour dénoncer le caractère surréaliste des résultats officiels.

Khamenei a dû se résoudre à concéder un recomptage partiel des voix et théoriquement, personne ne voit comment le Conseil des Gardiens déjugerait son camp. Sauf que. En plus de gagner du temps, Khamenei s'offre une éventuelle porte de sortie pour sauver la face : à ce stade, il peut décider de finalement se débarrasser de son joker (Ahmadinejad), au lieu de sombrer avec lui.

Mais dans un cas comme dans l'autre, le système a failli...

=> le scénario officiel ne tient pas la route mathématiquement, ou alors l'équation paraît trop parfaite :
on l'a déjà vu sur de nombreux points, mais depuis certains se sont amusés à reprendre en abscisses et ordonnées les bulletins de Moussavi et d'Ahmadinejad tout au long de la soirée du vote, et les six annonces officielles de résultats partiels dessinent une droite parfaite. Farideh Farhi, de l'Université d'Hawaii, résume la situation en qualifiant ces résultats de "tirés d'un chapeau"*.

=> revenir sur le scénario officiel mettrait en évidence une faille dans le processus électoral qui rejaillirait négativement sur l'ensemble de la classe dirigeante du pays.

... et dans un cas comme dans l'autre, le Leader Suprême a failli. Dans son jugement comme dans son sens du timing et ça, ça ne se pardonne ni chez un politicien, ni chez une autorité religieuse... et encore moins sur l'autorité religieuse et politique suprême du pays. Cette évidence n'est sans doute pas passée inaperçue chez ses supporters et plus encore au sein du réseau d'influence qui lui doit ses pouvoirs.

Khamenei "has been", la cause semble entendue. Mais il a causé une rupture peut-être définitive au sein d'un pays dont l'unité est menacée tant au niveau de la population que des dirigeants.

Même Mousavi, appelé à l'aide pour sauver le pays du naufrage, aurait du mal à jouer le rôle d'Obama recollant les morceaux du puzzle démocrate après le passage de l'Ouragan Hillary.

Party Unity My Ayatollah ?


* cf "
Was Iran's election rigged? Here's what is known so far" (Christian Science Monitor 20090617).

20090614

No You Can't, Mr Ahmadinejad

Apparemment, Mahmoud Ahmadinejad a réalisé un score trop parfait pour être honnête en s'octroyant 62,63% des voix aux présidentielles iraniennes : suffisamment au-dessus de la majorite absolue pour éviter les polémiques sur la pertinence d'un second tour, et suffisamment au-dessous des standards "République Bananière".

Mais il lui fallait également concéder la réalité d'un combat serré et dans ces conditions, Mir-Hossein Moussavi ne pouvait décemment pas obtenir moins d'un tiers des voix. Accordé, de justesse : 33,75%.

Cette petite cuisine ne laisse que 1.73 et 0.85% aux deux autres candidats. Avec en gros le même ratio deux tiers / un tiers en faveur du candidat conservateur (Roshen Rezaee), pourtant attendu loin derrière le candidat réformateur (Mehdi Karroubi). Résultat des courses : ce dernier n'obtient que 300.000 voix. Il en avait obtenu plus de 5 millions aux présidentielles de 2005.

Voir arriver Ahmadinejad en tête n'est pas vraiment une surprise compte tenu de sa mainmise sur l'appareil d'Etat et l'organisation des élections. On pouvait s'attendre à une forte mobilisation par ses troupes dans les zones rurales où à moins de porter le maillot de régional de l'étape, aucun de ses concurrents ne bénéficie d'un tel avantage.

Mais cette participation record n'explique pas tout. Et à la conférence de presse du Ministre de l'Intérieur, diffusée en direct sur les chaînes internationales (NB: avantage à CNN devant la BBC pour la fluidité de l'interprête Farsi-Anglais), la forfaiture a éclaté au grand jour : d'un côté je donne les résultats nationaux à la voix près, et de l'autre je déclare que les résultats régionaux seront officiellement annoncés dans les jours à venir par chaque région, puisque cela relève de leur responsabilité.

Entre les lignes :
- laissez nous le temps de donner à ce décret "top down" une illusion de vraisemblance "bottom up"... et croyez moi, l'équation n'est pas si simple : autant expliquer la physique quantique à l'aide de la physique classique
- si d'aventure des incohérences venaient à apparaitre, ce serait à la marge, d'ordre local, et ne remettrait rien en cause au niveau national.

Le toujours vigilant Juan Cole* met déjà en avant quelques aberrations comme le caractère homogène des scores d'Ahmadinejad dans un pays habitué aux forts clivages régionaux, l'échec au Luristan de l'enfant du pays Karroubi, ou celui de l'Azeri Mir-Hossein Moussavi dans la région d'Azerbaïdjan. Le Ministre de l'Intérieur a néanmoins annoncé une victoire de Moussavi à Téhéran.

Sans surprise, l'opposition n'a pas laissé passer la forfaiture en prenant la rue dès l'annonce des résultats officiels. Scènes de violence, arrestations, censure...
en bon fondamentaliste, Ahmadinejad confirme que sa principale cible n'est ni Israël ni les Etats-Unis mais bien les modérés de son propre pays.

Sa victoire de 2005 était déjà entâchée d'irrégularités mais ici, la rupture parait bien trop forte. Plus encore qu'entre le Président et son peuple, elle affaiblit la légitimité des autorités religieuses ultra-conservatrices qui l'ont laissé faire et accroître son emprise sur l'Etat.

En fait, Ahmadinejad vient peut-être de mettre un terme à la Révolution de 1979 en engageant à travers la sienne, la légitimité du pouvoir suprême :
- par sa qualité d'ancien Premier Ministre de Khomeini, Moussavi pouvait paradoxalement prolonger la légitimité du régime tout en menant ses réformes
- en s'aliénant la jeunesse du pays, les chefs religieux sont désormais privés d'avenir, tributaires d'un seul homme qui n'est même pas l'un des leurs.

Le divorce entre ce Président et le pouvoir religieux semble donc inéluctable, mais ne se résoudra pas à l'amiable. Surtout si les Ayatollahs s'enferrent dans leur repli suicidaire. En fait, la victoire d'Ahmadinejad annonce la défaite du régime aussi certainement que le triomphe de Bush en 2004 annonçait l'implosion du Parti Républicain.

Mahmoud Ahmadinejad n'a jamais été aussi fort... et l'Iran aussi faible depuis 1979.

Au moment même où le monde a besoin d'un Iran stable et cohérent.

Bien sûr, la répression peut réussir sur le court terme. Mais il faudra peut-être bientôt choisir entre l'unité du pays et la survie d'un système. Dans l'immédiat, Ahmadinejad semble condamné à occuper d'une façon ou d'une autre le territoire du changement positif, et le chemin le plus facile semble sur la scène internationale.


* voir "Informed Comment"
"Stealing the Iranian Election"

20090613

Des PC "PC" vus du PC : le Grand Barrage de Chine contre son propre avenir

A partir du 1er Juillet 2009, tous les nouveaux ordinateurs vendus en Chine seront "normalement" conformes aux directives "Green Dam-Youth Escort" ("barrage vert d'escorte de la jeunesse") imposées par le couvernement aux constructeurs.

Pour être "P.C." vu du PC, ces PC seront équipés d'un logiciel, théoriquement désactivable, filtrant les contenus "malsains, pornographiques ou violents", la définition de ces termes relevant du pouvoir central.

Il s'agit naturellement moins de protéger la jeunesse de contenus offensants que de protéger le régime de l'émergence d'une conscience individuelle indépendante et non biaisée par son intense propagande.

Cette mesure s'inscrit dans le Golden Shield Project (également connu sous son sobriquet de Great Firewall of China) et va beaucoup plus loin que le filtrage des sites accessibles aux internautes sur le sol chinois : les usages de chaque individus seront susceptibles d'être suivis à la source. Si la V1 semble se focaliser sur le X, rien n'empêche les autorités, une fois qu'elles ont le pied dans la place, d'installer ce qu'elles veulent sur les ordinateurs personnels. Ce que vous consultez, ce que vous recherchez, qui vous contactez, ce que vous échangez, ou pourquoi pas ce que vous faites et stockez chez vous... Dans l'esprit, ce Grand Barrage des Trois Gorges Profondes joue donc le rôle d'un authentique cheval de Troie.

En profilant le parcours et les usages "déviants", le système pourrait court-circuiter plus en amont les très créatives circonvolutions permettant aujourd'hui d'éviter la censure (voir "Quand Lama pas content de la censure, Lama faire comme ça" (Beijing, Beijing, Lama Sabachthani).

L'ambition n'est pas de contrôler tous les mouvements de foule sur le web mais à la manière justement d'un barrage, de les endiguer et de retourner cette énergie potentiellement destructrice pour le régime en instrument de propagande.

Maintenir la jeunesse à l'abri de la contre-propagande s'avère prioritaire pour garantir la pérennité d'un référentiel révisionniste de plus en plus complet mais encore fragile au moment même où Beijing le met en place pour les générations futures. Ce référentiel, on l'a vu, légitime au-delà du régime ses exactions actuelles et à venir (ex Tibet, Ouïgours, Corée...).

Invités à se conformer à cette forfaiture pour continuer à surfer sur le boom économique de l'Empire du Milieu, les constructeurs étrangers sentent bien que moralement quelque chose cloche. Ils voient comment Google ou Yahoo! sont montrés du doigt par les défenseurs des droits de l'homme à travers le monde pour leur compromission avec Beijing.

Le deal est pourtant clair : nous achetons vos ordinateurs à condition que vous ajoutiez gratuitement votre âme dans le package.

Quelque part, les constructeurs n'avancent pas tous en terra incognita : pour Beijing, il s'agit aussi d'une forme de transfert de technologie afin de rattraper le retard avec la NSA.

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également publié sur blogules en V.O. ("Is Your PC P.C. enough for China's PC ? Green Dam Youth Escort") et sur mot-bile ("The Green Damned of China - Learning Censorship The Hardware").

20090607

D-Day - Discours Day

Nicolas Sarkozy a visiblement mieux préparé son discours que Barack Obama (et bien sûr Stephen Harper, encore transparent dans les deux langues hier), mais tout le monde s'est fait griller par Gordon Brown, visiblement inspiré par le contexte hautement historique : ses dernières heures à Downing Street.

Le Petit Nicolas a briefé Claude Guéant : je passe juste après l'épître de Barrie aux Egyptiens (voir "Obama 117 - le Caire, nid d'espoirs" sur blogules : "State of The World Union : The Obama Doctrine"), alors sors moi quelque chose de grand, coco.

Résultat : un récit homérique formaté pour le public américain, qui serait passé de façon beaucoup plus naturelle dans la bouche d'un Tom Hanks (présent hier) que dans celle d'un Président de la République Française dont les concitoyens n'ont pas vraiment l'habitude de ce genre d'usines à émotions totalement artificielles.

Gordon a pris le relais avec une livraison solide, concrète, bien en perspective, un poil trop messianique sur la fin peut-être. Et s'il a laissé échappé un lapsus sur Obama beach, le futur-ex Premier a parfaitement contrôlé sa citation de Churchill, un habile rappel historique : on est ici tous les 4 aujourd'hui et nos 4 armées ont oeuvré au succès du Débarquement mais soyons clairs, seules 3 nations ont contribué à sa conception.

Le Prince Charles a apprécié le tâcle après l'affront fait à sa mère, oubliée au moment d'envoyer les invitations pour ce 65e anniversaire du Jour-J.

Mais il était dit que la royauté britannique devait tomber dans le trou normand : Barack Obama a un peu avalé le protocole de travers en lâchant un "Prince Charles" presqu'aussi familier que "he Charlie". L'émotion d'avoir remporté le concours très relevé des oreilles les plus décollées, sans doute.

Autant le dire tout de suite : That One est passé à côté. Son discours bâclé a bien failli décoller à un moment, mais pour mieux retomber par la suite. Un quasi non-événement au regard de ses étapes précédentes au Caire et à Buchenwald. L'essentiel dans ce discours de portée nationale était visiblement de motiver les troupes en Irak et en Afghanistan, et de jouer la carte de la proximité avec les vétérans de toutes générations.

Hier, on aura sans surprise parlé de la construction de l'Europe, mais au présent pour un Président en campagne à la veille d'une élection (Sarko), à l'imparfait pour un Premier Ministre au lendemain d'une défaite (Brown), au passé antérieur pour un POTUS nostalgique de l'époque où l'Amérique finançait le monde (Obama n'évoquant pas l'Union Européenne mais le Plan Marshall et l'OTAN), et à une sorte de plus qu'imparfait du gérondif pour l'improbable arbitre du jour (Harper).

20090605

KIM Jong-nam : Dernier Empereur ou premier gouverneur ?

Des rumeurs persistantes* voient le fils aîné de Kim Jong-il, actuellement à Macao, chercher refuge en Chine.

Pas vraiment une surprise : Kim Jong-nam, connu pour fréquenter les casinos, sait parfaitement où il a le plus de chances de gagner non seulement le droit de survivre dans l'immédiat**, mais aussi celui de diriger la Corée du Nord à l'avenir.

Papa Kim a officiellement choisi le plus jeune frère de Jong-nam, Kim Jong-un, comme son successeur, et comme prévu*** la Chine enrage littéralement devant cette déclaration d'indépendance : Kim Jong-nam pourrait servir de pantin idéal à Beijing pour préparer un coup contre le leader finissant ou son successeur désigné.

Le sang de Kim Il-sung et de Kim Jong-il coule dans les veines de Kim Jong-nam, ce qui pourrait facilement légitimer la manoeuvre. Beijing pourrait essayer de discréditer le régime de Pyeongyang et héberger un mouvement de "résistance", "au service du peuple coréen". Après tout, le Gouvernement Provisoire de la République de Corée était bien exilé à Shanghai...

Mais ici, il faudrait s'attendre à une ville plus en phase avec le sulfureux Projet du Nord-Est : dans la logique de la propagande révisionniste, un tel gouvernement fantoche ne serait pas considéré en exil puisque sur le sol coréen, ou plus précisément sur la partie de la Corée située dans les frontières actuelles de la Chine. Une fois de plus****, Beijing ne saurait tolérer une réunification de la Corée autrement que sous la forme d'une province chinoise.

La future marionnette de Beijing Kim Jong-nam ne serait donc pas Le Dernier Empereur de la Corée, mais son premier gouverneur...


* et le Shankei Shimbun (voir "Kim Jong Il’s Eldest Son May Defect to China, Sankei Says" (Bloomberg 20090605). Dans son édition du 1er mai 2009, Shankei mentionnait des conversations téléphoniques parfois sérieusements imbibées entre Kim Jong-nam et la soeur de Kim Jong-il, Kim Kyung-hee. La réhabilitation de son mari Chang Sung-taek par Pyeongyang pourrait contribuer à l'isolation de Kim Jong-nam.

** la rumeur laisse aussi comprendre que Kim Jong-nam est sous la menace d'un enlèvement (deux de ses aides ont été arrêtés à Pyongyang)

*** voir "Kim Jong-Un Deux Trois" (20090602)

**** voir "La Grande Muraille de Chine à l'assaut de la Corée (l'ultime Hanschluss)"

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initialement publié sur Seoul Village et blogules V.O..
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20090617 update : lors d'une interview plus qu'informelle à la TV japonaise, Kim Jong-nam l'a jouée profil très bas, prenant ses distances avec la politique et acceptant sans le moindre état d'âme le choix de son père. Le temps de l'appaisement est venu pour Pyeongyang, qui a envoyé Kim Jong-un à la rencontre de Hu Jintao. Le Nord ne peut se fâcher éternellement avec son voisin... Culture du secret oblige, les rumeurs continuent à circuler... La tentative d'assassinat de Jong-nam serait partie non de Kim Jong-il mais de sa soeur, et la Chine aurait pris les mesures pour l'empêcher... Pour ceux qui se demandent comment les "dramas" peuvent être aussi populaires en Corée...

20090603

Bientôt un Bac C comme Créationniste ?

Edifiant message d'alerte de Catherine Kintzler au nom du Collectif pour la promotion de la laïcité* :

Dans la lignée des discours sur la « laïcité positive » prononcés par Nicolas Sarkozy à Latran et à Riyad, la France a signé le 18 décembre avec le Saint-Siège un accord ayant pour objet « la reconnaissance mutuelle des grades et des diplômes de l'enseignement supérieur délivrés sous l'autorité de l'une des parties ».

Cela veut dire qu'un diplôme délivré par l'enseignement supérieur catholique habilité par le Saint-Siège sera reconnu, à niveau comparable, par la République.
Cette inquiétante nouvelle s'accompagne fort heureusement d'un appel à la mobilisation et à la signature d'une pétition. Le Collectif envisage de saisir le Conseil d'Etat, mais j'aimerais assez connaitre le point de vue du Conseil Constitutionnel sur cette nouvelle forfaiture : je ne me lasse pas de voir Debré métamorphosé dans ses fonctions actuelles... et suis curieux de voir si Le Petit Nicolas osera nommer Emmanuelle Mignon l'an prochain (plus vraisemblablement, un hérault fondamentaliste un peu moins marqué).

Pour le cas où le duo infernal Sarkozy - Benoît XVI venait à concrétiser ce nouveau succès pour le fondamentalisme en Europe (voir épisodes précédents, en particulier "
Le mauvais plan de Benoît XVI"), je suggère que l'on officialise tout de suite les réformes suivantes :

=> Réforme du Primaire et du Secondaire : enseignement obligatoire de l'Intelligent Design**

=> Réforme du Baccalauréat : retour aux Bacs C et S (Bac Creationniste, Bac Scientologue)

=> Réforme de l'Enseignement Supérieur : restructuration de l'ENST (Ecole Normale Scientologue pour Thétans), de l'ENA (Etudes Négationnistes Avancées), d'HEC (Hautes Etudes Creationnistes)...


* voir "
Diplômes du Vatican homologués en France : la riposte s'organise" (Rue89 20090602):

** sur cette dangereuse imposture, (re)voir "
En finir avec l'Intelligent Design"

20090602

Kim Jong-Un Deux Trois

Après dissipation des brumes (radioactives ?) matinales, Kim Jong-un semblerait émerger comme le successeur officiel de Kim Jong-il*. Jeune (26 ans), anglophone, formé à l'Ouest (Suisse), mais réputé aussi disgrâcieux que son paternel, le 3e fils chéri du "Cher Leader" a été sans grande surprise préféré à ses aînés : Kim Jong-nam s'était lamentablement grillé lors d'une virée foireuse à Disneyland Tokyo et selon l'ex-cuistot familial, Kim Jong-chul traînerait une réputation de "petite fille" à Papa.

N'en déduisons pas pour autant que la secte-dynastie crypto-stalinienne fondée par Kim Il-sung a déjà embrayé en douceur vers sa troisième génération.

A mon humble avis, cette promotion n'a pas été si simple et surtout, n'est pas certaine de se confirmer au moment venu.

Pour la faire simple, il existe trois voies à moyen terme pour le régime Nord-Coréen : le maintien du Juche et du statu quo, la réforme et une ouverture progressive vers le Sud, et l'Hanschluss par Beijing*. Je n'ose pas imaginer la quatrième voie.

De toute evidence, les trois courants cohabitent plutôt mal que bien au sein de cet Etat d'apparence monolithique. Il n'est pas impossible que Kim Jong-il ait échappé à un ou plusieurs attentats (on repense à cette étrange explosion ferroviaire), et la propagande n'a pas préparé la succession de façon aussi fluide qu'entre son père et lui. La dégradation de sa santé a visiblement renforcé les collabos pro-Beijing, et les spectaculaires démonstrations de force de ces derniers temps me paraissent s'adresser plus clairement au voisin chinois qu'aux Etats-Unis (en dépit du choix de frapper un jour férié US, comme précédemment) et même à la Corée du Sud, pourtant beaucoup moins coulante depuis le retour au pouvoir des conservateurs (ne parlons même pas de la Russie ou du Japon).

Le message de Kim Jong-il, si c'est vraiment lui qui pilote l'avion (avec son influent beau-frère Chang Sung-taek / Jang Seong-taek) : nous réaffirmons notre indépendance, nous ne nous soumettrons pas.

Le leader n'a vraiment pu pousser la candidature de Kim Jong-un que depuis le début de cette année, une fois recouvré une partie de son mojo. Il aurait annoncé sa décision le jour de l'anniversaire du petit (8 janvier), mais les rumeurs ont longtemps couru par la suite sur sa candidature ou non aux élections de mars. Une première réponse arriva fin avril avec sa promotion au Comité de Défense Nationale fin avril, associée à celle de Jang (futur chaperon ou futur traître ?). Papa a vraiment marqué le coup en lui attribuant des fonctions clef au sein de l'Armée, du Présidium, et du Gouvernement le jour du second essai nucléaire supposé (25 mai).

Quelque part, Kim sauve la face quoi qu'il advienne par la suite : vu de l'extérieur, c'est lui qui a décidé et c'est la chair de sa chair qui prend la suite.

Vu de l'extérieur.


* "
Spy agency confirms N.K. leader's third son as successor: lawmakers" (Yonhap 20090602)

** voir "
La Grande Muraille de Chine à l'assaut de la Corée (l'ultime Hanschluss)"

20090523

Roh Moo-hyun, le promeneur du champ de mai

L'ancien Président de la République de Corée (2003-2008) vient de décéder ce matin des suites d'une chute à quelques mètres de sa maison*, dans le petit village de Bongha à côté de Gimhae, dans le sud-est du pays.

La chute s'est produite vers 6h50 et la mort a été prononcée vers 7h05 à l'hôpital. Roh Moo-hyun était accompagné d'un aide dans cette mortelle randonnée.

Difficile de ne pas penser à un suicide : toute la famille fait l'objet d'une enquête très avancée dans une affaire de corruption, et lui même venait de subir un interrogatoire il y a quelques jours.

Sa paisible retraîte avait déjà plutôt mal commencé : Roh était parti avec les enregistrements de sa présidence, et avait dû les restituer après une embarrassante joute juridique.

Le concept même de retraîte présidentielle paisible n'existe pas dans le pays : aucun de ses prédécesseurs n'a réussi à échapper aux scandales après son mandat.

La différence, notable, est que Roh a visiblement assumé sa faute jusqu'au bout. Plus tôt, il avait déjà absous son collaborateur Chung Sang-moon en avouant que l'accusation devait porter sur sa famille et non sur lui, puisque c'est sa famille qui avait demandé et obtenu l'argent. Sa capacité à battre sa coulpe tranchait déjà du temps de sa présidence, et lui a valu la défiance de nombreux membres de son propre parti. A bien y réfléchir, à l'exception notable de son élection au poste suprême, Roh Moo-hyun avait une approche parfois suicidaire de la politique, déchiré entre des beaux principes et l'amère réalité du pouvoir.

Cet homme s'est construit sur une image de probité et de respect de la loi et s'est révélé dans une dénonciation de la corruption, mais n'a pas réussi à changer les mauvaises habitudes du pays. Même si personne n'était dupe des moyens mis en oeuvre pour parvenir à son élection (inférieurs pourtant à ceux de son adversaire Lee Hoi-chang), beaucoup espéraient qu'il apporte du changement dans le milieu. En vain : Roh a plus passé de temps à rattraper ses propres gaffes qu'à mettre en oeuvre les réformes annoncées, et a même dû céder quelques mois les rênes du pouvoir à son premier ministre Goh Gun le temps de survivre à une procédure d'impeachment.

Dans un pays récemment converti à la démocratie et où la loi interdit plus d'un mandat présidentiel, tout président devient un "lame duck" sitôt élu. Mais le pauvre Roh Moo-hyun a n'a pas eu le temps d'exposer autre chose que ses propres faiblesses.

Le virage à droite de l'an dernier était prévisible, mais essentiellement en raison de la personnalité diamétralement opposée de son successeur, le hyperconfiant LEE "Bulldozer" Myung-bak... Un style pas non plus exempt de reproches**.

Par ses origines simples, son profil décalé dans le monde politique et sa fin tragique (suicide ou non, peu importe finalement), Roh Moo-hyun peut faire penser à Pierre Bérégovoy. Mais avec un charisme et une image beaucoup plus nets. Esperons que son départ force la Corée à s'interroger sur sa façon de concevoir la politique, à engager une vaste opération de transparence pour faciliter non seulement l'émergence de talents motivés par le changement, mais aussi leur protection dans leur ascension.


* "
Former S. Korean President Roh Dead: Police" (Yonhap 20090523)
** voir "
Une présidence en travaux", puis "Volonté d'impuissance"

20090522

Le bonheur selon Le Clezio

Le grand homme pose son sac en souriant sous le crépitement des appareils photos, mais ne vous y trompez pas :

- j'écris "grand homme" parce qu'avec ou sans Nobel de Littérature, le père Jean-Marie Gustave Le Clézio est bien obligé de trimballer sa longue carcasse partout où il va, c'est à dire aux quatre coins du monde

- le sac en question ne provient pas de la rue Montaigne mais de l'épicier du coin. Il n'est pas en cuir mais en papier, et ne contient que le nécessaire de survie de l'écrivain (deux bouquins, un bloc notes, et la chemise protégeant son texte du jour)

- le sourire s'avère du type géné : visiblement, faire le beau devant les caméras embarrasse cet éternel modeste plutôt qu'autre chose

Parler du bonheur, en revanche, le met nettement plus à l'aise... et c'était justement le thème de la lecture organisée en son honneur par ses deux anges gardiens habituels : la Fondation Daesan et l'Ehwa Womens University. La première avait déjà eu la bonne idée de lui faire découvrir la Corée au début de ce millénaire, et fournit le lieu de cette nouvelle rencontre : le siège de la fondation et du groupe fondés par Shin Yong-ho (Kyobo Life), un important carrefour culturel abritant la première librairie internationale du pays. Quant à la seconde, Le Clézio y a enseigné pendant deux ans et y réside de nouveau ces jours-ci. Il faut dire que Monsieur n'est pas du style à accepter le barnum habituel pour V.I.P. de passage à Séoul, avec hôtel 5 étoiles grand luxe et show à l'Américaine.

Le décor semble donc idéalement planté : une simple affiche au fond d'une salle anonyme d'un étage en travaux, deux tables d'école sur une estrade, et même un bon petit effet Larsen des familles pour faire oublier qu'on est au pays de la high-tech... sans chichis, donc, mais avec tout de même une cabine de traduction en simultané et plusieurs centaines d'oreillettes pour une assistance fournie.

Tout en douceur, JMG nous conte sa traque du bonheur dans la littérature d'ici et d'ailleurs (Europe, Mexique, Turquie, Arabie, Liban...), d'hier et d'aujourd'hui, s'efface derrière des auteurs connus, méconnus ou oubliés, nous projette leur imaginaire, puis leur image sous forme d'un diaporama aux allures de Lagarde et Michard en Version Onusienne, avec en prime une carte postale de son Ile Maurice natale.

Par ses exemples, Prof Le Clézio soigne particulièrement son auditorat féminin - au-delà des réflexes acquis à Ehwa, il s'agit de dénoncer une vision du bonheur trop souvent masculine dans la littérature mondiale. L'exposé se conclut sur une notion du bonheur somme toute classique : la liberté, le couple, la famille, les bonheurs simples du quotidien.

Relativement classique également, le passage choisi dans "Ritournelle de la faim" pour une séance de lecture toujours un peu artificielle (tradition anglo-saxonne de mise en scène du texte, avec l'auteur dans le rôle de son propre lecteur). J'ai nettement préféré le second texte, extrait de "Ballaciner" : une rencontre avec Lee Jeong-hyang où la jeune réalisatrice se livre à propos de son film "Jibeuro". Une fois de plus, si Le Clezio s'efface, il agit en révélateur. Et si l'une des voix n'est pas la sienne, l'image saisissante qu'il projette de son interlocutrice vient de lui.

L'image du bonheur que je conserve de Le Clezio, c'est plutôt son personnage de Mondo. Ce petit mendiant survivant au quotidien par la grâce de la bonté humaine et de rencontres simples. Cet enfant plein de joie sait pertinement qu'un jour il se fera éliminer de ce paradis à la fois si riche et miséreux.

Le bonheur, au fond, comme l'humour, commence par l'acceptation de la mort.
(photo SM : "Ne tirez pas sur le pianiste")


20090521

L'Europe en Questions

Etes-vous prêts pour les élections européennes ? Ce test en 10 questions vous permettra de juger votre connaissance du sujet :

L'ancêtre de l'Union Européenne ?
A) Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA)
B) Union Européenne du Fer et de l'Acier (UEFA)
C) Politique Agricole Commune Synchronisée (PACS)

L'Europe des 6 à l'origine :
A) Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, RFA
B) Bretagne, Franche Comté, Ile de France, Lorraine, Pays de la Loire, Rhone Alpes
C) BNP, Fortis, ING, Lloyds, Paribas, Rabobank

Le plus grand pays de l'UE :
A) la France métropolitaine
B) le Danemark (+ Groenland)
C) le pool des traducteurs à l'assemblée (population)

La date d'entrée du Royaume-Uni dans l'Union :
A) 1973
B) 1066
C) le Royaume-Uni ne fait pas partie de l'Europe

Un père fondateur de l'Europe :
A) Jean Money
B) Jacques de l'Or
C) Paul-Henri Sparkasse

Le traîté qui redessine l'Europe :
A) Maastricht
B) Nice
C) Shenzhen

La Constitution de l'Europe :
A) demandez "VGE" à l'hospice de Chamalières
B) encore un peu faiblarde
C) 5% solide, 45% liquide, 50% gazeux

Les Français devront théoriquement se prononcer par référendum sur :
A) L'entrée de la Turquie en Europe
B) La sortie d'Erdogan devant Peres
C) La construction du futur parlement européen au milieu du Bosphore

Liberté de la presse, ouverture économique, perception de la corruption : dans quelle catégorie la France fait-elle partie du top 10 de l'UE ?
A) Aucune
B) Corruption de la presse
C) Liberté de la corruption

L'hymne officiel de l'Europe :
A) "Ode à la Joie" de Ludwig van Beethoven
B) "Hymne de l'UEFA Champions League" de George Frideric Handel adapté par Tony Britten
C) "Fairytale" de Alexander Rybak

*****

Vous avez un maximum de A : vous allez déposer votre bulletin le 7 juin et participer activement au dépouillement des bulletins le soir même
Vous avez un maximum de NON : vous allez déposer votre bombe le 7 juin et participer activement au dépouillement de vos concitoyens pendant les 5 années suivantes

20090519

Bonus écologique et malus politique

Commentaire en réponse à la question "Pourquoi attribuer un bonus écologique à des voitures ?"*
Attribuer un bonus écologique aux rares bons élèves, c'est avant tout un non-choix politique : il était politiquement impossible d'attribuer un malus écologique au reste de la classe, seule façon de motiver le changement tout en levant des moyens de financer la recherche de solutions.

Non seulement on n'encourage pas la rupture nécessaire, mais on commet un non-sens : une voiture qui émet l'équivalent du poids de deux oeufs de CO2 au kilomètre ne mérite évidemment pas un bonus écologique.

Bon... ça a le mérite d'exister, mais surtout de retarder les vrais progrès.

Un compromis pertinent à mes yeux eût été de fixer dès le départ un programme du style : pendant 7 ans on pratique le bonus pour les moins mauvais, mais après on passe au malus. A ce moment là on motive l'industrie pour accélerer le mouvement avec la perspective d'un renouvellement de parc à moyen terme, en cohérence avec les cycles du secteur.

* sur
Eco89.

20090515

Cher Karl,

Cher Karl,

Dans ta dernière livraison révisionniste bi-hebdomadaire*, tu a pointé ton gros doigt ensanglanté vers Nancy Pelosi : VOUS avez supporté le waterboarding et les EIT ("Enhanced Interrogation Techniques" ou "Techniques Avancées d'Interrogation"). VOUS avez encouragé ce que vous les Démocrates appelez de la 'torture'.

Avant toute chose, Karl : quoi qu'ait dit ou fait Pelosi, le waterboarding EST de la torture. Pas de la 'torture' entre guillemets, et certainement pas tes très édulcorées "EIT".

Deuxièmement : beaucoup d'Américains (parmi lesquels des Démocrates) ont soutenu le Patriot Act, applaudi l'invasion de l'Irak, et même voté pour George W. Bush en 2004. Mais cela ne veut pas dire qu'ils étaient en faveur du fascisme, de la torture, d'Abu Ghraib, ou de
ce dangereux fondamentaliste qui a dynamité les initiatives de paix internationales pendant 8 ans. Tu n'as sans doute pas oublié cet homme... Lui n'a cessé de louer tes bons et loyaux services à sa cause en qualité d'"Architect" ou, pour reprendre son registre plus intime et affectueux, en qualité de "Turd Blossom".

Ces votes et soutiens massifs prouvent une seule chose, Karl : l'efficacité de vos Armes de Désinformation Massive, ce système fondé sur les mensonges délibérés et une propagande éhontée. Vous avez délibérément menti à Pelosi comme à Bob Graham** et à tous les Américains, vous avez trahi non seulement les valeurs fondamentales de votre pays mais la confiance de votre peuple.

Bon là j'ai peut-être l'air un peu mécontent mais en réalité, je suis très très soulagé que tu aies évoqué le sujet.

Puisque tu as choisi de braquer les projecteurs dans cette direction, ce ne seront plus seulement les infâmies commises par l'Administration Bush qui seront exposées, mais aussi sa machine à broyer les consciences qui a rendu possible leur acceptation par un peuple supposé vivre dans une démocratie modèle.

Enfin... J'adore t'écouter donner des leçons de morale sur la torture (elles feront aussi beaucoup rire les historiens), mais je tiens également à te rappeler que l'heure est venue de t'expliquer sur tes propres crimes, et en particulier dans cette affaire d'éviction de procureurs***...

En te priant d'accepter, Cher Turd Blossom, l'expression de mon mépris le plus sincère


* voir "
Congress and Waterboarding" - Wall Street Journal (20090514) et le dossier "spam" de ma boîte à lettres
** "
Graham: CIA Gave Me False Information About Interrogation Briefings" - Sam Stein, Huffington Post (20090514)
*** "
Rove to Be Interviewed Over Attorney Firings" - David Johnston - New York Times (20090514)
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Initialement publié sur blogules en V.O. ("
Rove v. Pelosi v. Rove v. America")

20090508

Armes de Désinformation Massive - Redux

Je m'étonne que l'on s'étonne de l'opération "Pétrole contre Pourriture" (ou plutôt "Subventions contre Soumission") menée par Sarkozy auprès de la presse française, en particulier dans la foulée des Etats Généraux de la Presse Ecrite de janvier dernier*.

Une fois de plus, depuis 2005 et plus encore depuis son entrée en fonction à la tête de l'Etat, Le Petit Nicolas n'a fait que reproduire la stratégie victorieuse de George W. Bush entre 2001 et 2004 : mettre les majors des media dans sa poche en l'échange de promesses législatives (en l'occurence : des lois antitrust plus souples afin de renforcer leur mainmise). C'est ainsi que les media, contre-pouvoirs essentiels de la démocratie, se sont transformés en Armes de Désinformation Massive au service de la propagande d'Etat et en soutien à l'invasion de l'Irak dans la prétendue "War on Terror". C'est aussi pour cela que le candidat GWB n'a pas fait l'objet d'attaques en règle lors de la campagne de 2004, alors même que tous les scandales de son administration avaient été révélés (la torture, les mensonges...). Dans ce concert abject, même les media traditionnellement "libéraux" comme le NYT ou Newsweek ont tout bonnement baissé leur pantalon. Le symbole de cette époque honteuse demeure pour moi Fareed Zakaria : une plume indépendante osant prôner la modération et le respect mutuel au lendemain du 11 Septembre, et devenue quelques mois plus tard un supporter très motivé de Bush dans son projet d'invasion de l'Irak. Entretemps, Zakaria a été invité à la Maison Blanche et à la réunion annuelle du Bilderberg... Il héritera par la suite d'un poste prestigieux à la tête de l'éditorial pour Newsweek International.

Pour les majors US, la "récompense" survindra le 2 Juin 2003, le régulateur levant des barrières essentielles à la concentration sur chaque marché régional : part de marché maximale relevée de 35 à 45%, possibilité de contrôler à la fois une chaîne TV locale et un titre de presse régionale, abandon des logiques d'"intérêt public", relâchement des notions d'information...

A la tête de la FCC à l'époque : Michael Powell, le fils de Colin. Ce forfait allait être jugé contraire à la loi (la FCC retournera à la charge à un an des élections 2008...), mais il est intéressant de rappeler qu'il eut lieu un mois après le fameux "Mission Accomplished" de W.

Une fois Bush élu (je refuse d'écrire "réelu"), le pacte de non-agression arriva à son terme, et les majors purent s'en donner à coeur joie. Tous les films critiques sur la guerre en Irak ont été diffusés à partir de 2005-2006. On se souvient comment Michael Moore avait peiné à distribuer son Fahrenheit 9/11 par des circuits indépendants...

Signe des temps : le mois dernier, DOJ d'Eric Holder a refusé d'assouplir les lois antitrust et les lois spécifiques aux participations dans les media pour aider la presse US face à l'inéluctable dématérialisation des media écrits.

A méditer pour les dirigeants de la presse française aujourd'hui : si le jugement des actionnaires s'avère impitoyable, celui de l'Histoire se révèle indélébile.



* cf hier "Le jour où Sarkozy a acheté la presse" (Frédéric Filloux sur Slate)

20090430

"Abus de pouvoir" - François Bayou (gros Plon) - Le Coup d'Etat Permanent V2

Hier, à l'occasion de la sortie d'"Abus de pouvoir", son essai sur la présidence Sarkozy, François Bayrou rendait visite à un David Pujadas visiblement aussi heureux de son scoop que terrorisé à l'idée de commettre un faux pas devant sa hiérarchie.

En fait, la mission du "journaliste" transpirait par tous ses pores : nous on assure juste le minimum syndical pour le temps d'antenne en prime-time histoire de conserver le label "démocratie", et toi tu n'es surtout pas là pour informer sur un non-événement... si polémique il y a, que ce soit sur la personnalité de Bayrou, pas sur les méthodes d'exercice du pouvoir par le Lider Maximo.

Car les dirigeants de France 2 sont prévenus : on ne badine pas impunément avec l'image de Notre Petit Pair des Pipoles. Quand l'Elysée ne traîne pas directement en justice les terroristes commercialisant des poupées vaudou à son effigie (à en croire Sarko, une secte beaucoup plus dangereuse pour la démocratie que les Scientologues), quand elle n'envoie pas une swat team pour intimider un journaliste trop indépendant, elle fait pression sur des tiers pour coller un procès à un media coupable de faire son boulot d'information (les cousins de France 3 ont finalement consenti à porter plainte pour les images "off" révélées par Rue89).

Notre Hyper Hype Président n'a évidemment pas oublié le coup d'éclat de son rival en 2006 face à Claire Chazal* : en guise de lancement de sa campagne présidentielle, Bayrou avait ouvertement dénoncé la mainmise de ses puissants copains sur les media français...

De toute évidence, TF1 n'a pas non plus oublié : "il y a des chaines sur lesquelles je ne suis pas, vous l'aurez observé" a même lâché, goguenard, le Béarnais dans sa seule saillie digne de cet acte majeur de bravitude face à la Grande Muraille de Bling.

Comme l'élève obséquieux les preuves de bonne conduite devant son professeur (de l'autre côté de l'oreillette), David a donc multiplié les attaques directes face à cet improbable Goliath médiatique : son brûlot à charge ne comprendrait que 6-7 pages de propositions par ailleurs très floues, ce ne serait qu'un simple coup "tactique" motivé par la haîne personnelle, de la "politique politicienne" avec en ligne de mire "le second tour des présidentielles 2012"...

Visiblement peu préparé à un tel tir de barrage, Bayrou n'a jamais pu vraiment dérouler son argumentaire :

0) la France va mal, et pas seulement au niveau économique et social. Les Français le sentent clairement, mais ne parviennent pas à formuler précisément leurs inquiétudes... d'où ce bouquin.

1) en fait, la République Française est en danger et son modèle unique est sur le point de perdre ses atouts les plus précieux. L'"égocratie" clanique à la sauce Sarkozy remet même en cause ce principe fondateur : "La France n'accepte pas la loi du plus fort".

2) il devient donc urgentissime de réaffirmer le modèle républicain français et de rétablir les contre-pouvoirs. A fortiori dans de telles circonstances, le droit de vote est un devoir.

3) C'est marrant, y'a des élections dans quelques semaines. Et oh, j'allais oublier : coucou, j'existe. Vous pouvez compter pour moi pour défendre les valeurs de la République. D'ailleurs c'est théoriquement le job du Président...

Enfin je reconstitue le puzzle d'après les rares bribes collectées sous le feu nourri de la mitraillette marionette à talonettes du Sévice Public.

Je n'ai pas lu le bouquin. Mais je me souviens avoir lu il y a une trentaine d'années un exemplaire usé d'un lointain prédécesseur.

En 1964, un autre François avait dénoncé les dérives anti-républicaines d'un autre Président dans un autre pamphlet également paru chez Plon. A l'époque, l'auteur évoquait "Le Coup d'Etat Permanent" au lieu d'un "Abus de pouvoir".

Mais Sarkozy n'est pas de Gaulle.

Et Bayrou n'est pas Mitterrand.

Du moins je l'espère pour lui et pour nous : je n'ai vraiment compris François Mitterrand qu'à la lecture de ces pages où, en totale contradiction avec ses nobles déclarations pro-républicaines, il exsudait une jalousie vénéneuse et un égotisme autocratique proprement terrifiant.

Ambitieux, Bayrou ? Oui, sinon il resterait le cul sur son tracteur au lieu de faire ce métier. Aigri ? Peut-être un peu (on le serait à moins après ce qu'il a subi !)... mais pas au point de perdre le sens des valeurs. Comme l'a confirmé l'épisode d'hier, cet homme joue mieux le rôle de la proie que celui du prédateur.



* voir "
Blogule blanc a Francois Bayrou en access prime time" (20060902)

20090425

La France tombe en désamour avec l'Europe (suite)

Quelques commentaires à propos du faible écho radar sur les prochaines élections européennes :

Le seul parti qui fasse campagne pour l'Europe (MoDem) est quasi interdit d’antenne.

Le PS se garde bien de braquer le projecteur sur ses propres contradictions. C’est tout de
même le 29 mai 2005 qu'il a implosé.

Quant à l’UMP, personne ne veut y faire l’apologie de l'Europe dans le climat actuel. Pour eux, ce vote sanction (a minima au niveau de la participation) ne doit pas passer pour un vote sanction contre le gouvernement mais pour un message adressé à l'Europe par chaque citoyen. Le seul avantage du scrutin est de caser quelques VIP en disgrâce... ou d'en disgrâcier encore plus certaines autres.

Pourtant ce scrutin a du sens et un timing fichtrement pertinent...

C'est pourquoi vous ne trouverez pas de programme officiel.

A part bien sûr chez les
nan-nonistes onano-nihilistes : tout faire péter, comme d'hab'.

20090423

La Grande Muraille de Chine à l'assaut de la Corée (l'ultime Hanschluss)

Quand la Chine annonce que sa Grande Muraille a gagné quelques milliers de kilomètres, le message s'adresse avant tout à ses voisins : le régime central ne les considère pas comme des puissances étrangères mais comme des éléments de la Chine éternelle voués à regagner le giron maternel.

Ordoncques, la plus fabuleuse merveille architecturale de tous les temps s'étendrait sur près de 9.000 km au lieu des 5.000 estimés auparavant.

Sans même mettre en doute l'information, je me pose de sérieuses questions sur les motivations et le timing de cette étude menée par l'Administration d'Etat de la Topographie et de la Cartographie sous l'autorité de l'Administration d'Etat pour le Patrimoine Culturel.

Soyons clairs : dans cette histoire, le "Patrimoine Culturel" comprend bien au-delà de la Muraille les nouveaux territoires qu'elle encercle... et les pans entiers de culture et d'histoire allant avec.

Comme on pouvait s'y attendre, la principale nouvelle dans cette étude n'est pas la longueur du mur mais le "fait" qu'il s'étende beaucoup plus profondément qu'auparavant sur des anciens territoires coréens.

Ces percées ne constituent pas des "dommages collatéraux" mais l'objectif même de l'étude, comme en attestent certaines précautions prises :
=> très "diplomatiquement", la "nouvelle" section remontant à la Dynastie Ming stoppe miraculeusement aux frontières actuelles avec la Corée du Nord (aux alentours des monts Hu) - les lignes encerclant Pyongyang remontent pour leur part aux calendes grecques*
=> le meilleur reste à venir : Beijing annonce que les recherches sur la Grande Muraille vont continuer encore 18 mois en se focalisant sur les Dynasties Qin (221-206 avant JC) et surtout Han (206-9 avant JC). Autrement dit : aux racines de la civilisation Goguryeo, sur laquelle le régime central tente ouvertement une OPA depuis quelques années.

Le "Projet du Nord-Est de l'Académie Chinoise des Sciences Sociales" a été conçu il y a quelques années (2002-2006) sur le même modèle que le Projet du Nord-Ouest pour les Ouïgours et le Projet du Sud-Ouest pour les Tibétains : ce processus de "sinification" de la culture coréenne prolonge une trentaine d'année de "travaux" en sous-marin et repose sur une implacable stratégie pervasive, des investissements massifs... et une armée d'"historiens" révisionnistes**.

Ici, Beijing ne contrôle pas le territoire actuel de la Corée ni sa population. Le régime peut en revanche s'appuyer sur son expertise en manipulation de l'information et en distorsion de l'histoire. Les récentes et très très controversées expositions "pédagogiques" sur le Tibet, comme celle de l'an dernier à Beijing (un succès pour la propagande) portent d'ailleurs la marque de l'Administration d'Etat pour le Patrimoine Culturel.

L'une des clefs de voûte du Projet était de faire passer des royaumes fondamentaux dans l'histoire de la Corée pour des fiefs chinois : Gojoseon, Balhae, et plus encore, Goguryeo.

Pourquoi Beijing s'engagerait-elle dans une imposture révisionniste aussi grossière ?

En fait, pour le régime central, il est devenu presqu'existentiel que l'épicentre culturel et géographique de ces anciennes civilisations à cheval entre la Corée, la Chine et même la Russie d'aujourd'hui soit relocalisé sur le sol impérial. Cela reviendrait à affirmer trois choses :

- la Corée d'hier ne deviendrait pas seulement plus fortement recentrée vers la Chine actuelle : la Corée éternelle (sans oublier le gimchi !) appartiendrait à la Chine éternelle

- une Réunification de la Corée n'aurait aucun sens si elle excluait son centre fondateur, désormais relocalisé en Chine, et surtout, bien au-delà,

- il ne saurait y avoir de Réunification de la Corée hors de la Chine et hors de l'autorité centrale de la Chine - autrement dit, sans s'inscrire dans la vaste "réunification" engagée avec Taiwan, le Tibet, les Ouïgours, la Mongolie, etc... Dans cette vision centrale, la Chine aurait un monopole sur toute unification en général, et l'empire ne serait pas seulement synonyme de centralité mais d'unité : en fait, rien ne saurait exister hors de lui.

C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles la Chine a toujours freiné des quatre fers pour la réunification des deux Corées.

Sur un plan défensif, le régime central ne saurait tolérer que ses minorités Coréennes du Nord-Est se sentent plus attachés à une puissance étrangère. Le Projet a sans doute été accéléré avec l'explosion de "Korean Wave" à la fin des années 90 : "dramas" à l'eau de rose, blockbusters d'"Hallyuwood", superstars pan-asiatiques... d'un seul coup, tout ce qui venait de Corée cartonnait dans toute la région et en particulier en Chine. Le pouvoir central a tout de suite visualisé la menace : cette vague de sympathie pour la Corée menace mon autorité et peut-être même l'unité du pays, avant même cette réunification. Le meilleur moyen de fidéliser les Coréens de Chine est de faire croire que tous les Coréens sont Chinois : ce n'est pas à vous de rejoindre votre mère patrie mais aux autres Coréens de vous rejoindre dans LA mère patrie.

Comme d'habitude, Séoul n'a rien vu venir : si au pays de Sun Tzu, on a toujours raisonné en décennies et en siècles, au pays de Bae Yong-joon, l'unité de mesure converge généralement vers le Twit. Les Coréens ont donc découvert du jour au lendemain une vaste campagne révisionniste affirmant que la civilisation Goguryeo était un pur produit de la Chine.

Avec les attaques des néo-fascistes japonais sur Dokdo***, cette nation est désormais attaquée sur deux fronts dans une nauséabonde course à l'armement ultra-nationaliste. Et comme les Coréens ont le sang chaud, leurs réactions chauvines souvent épidermiques sont montées en épingle par les auteurs des forfaits, qui ont alors beau jeu de les caricaturer comme des extrémistes.

Mais l'imposture du Projet Nord-Est n'a pas que des "vertus" défensives pour Beijing qui, quelque part, prépare aussi le terrain pour un véritable Anschluss total de la Corée du Nord : que ce soit sur "invitation" de Pyongyang, par exemple dans le cadre d'une négociation de dernier ressort pour maintenir le régime, ou à l'occasion de l'effondrement de ce dernier, la prise en main avec le soutien de Coréens de Chine acquis à Beijing pourrait alors être maquillée comme une "réunification légitime de la Corée au sein de la Mère Patrie". L'ultime "Hanschluss" en somme.

Extrême ? Nous n'en sommes qu'au début et comme le prouve l'exemple Tibétain, le pouvoir central sait parfaitement jouer la montre dans un conflit asymétrique. Comme dans une partie de go où l'un des joueurs placerait cent pions à chaque tour, et où l'autre ne serait ni au courant de l'enjeu, ni même de l'existence même du jeu. Et si quelqu'un refuse de jouer, il ne peut de toute façon peut pas survivre au système. Tenzin Gyatso, le 14e Dalai Lama, n'en a par exemple plus pour bien longtemps...

Pour le moment, ce forfait politique maquillé en étude achéologico-scientifique n'a suscité aucune réaction en Corée. Beijing peut donc lancer le second étage de sa fusée en toute candidité. Résultats des courses dans 18 mois. On peut s'attendre à des "révélations" du type : voyez, le royaume Goguryeo et même ses prédécesseurs sont bien nés dans le giron national, il s'agissait en fait de fiefs provinciaux... Déjà, j'ai aperçu une première ébauche d'article Wikipedia en Anglais sur une prétendue Grande Muraille Geoguryeo... article naturellement positionné dans les catégories histoires de la Chine (et si vous vous avisez de signaler dans la page de discussions le risque de propagande compte tenu du caractère controversé de l'article, votre warning disparait dans l'heure avec la mention "vandalisme" - un simple lien vers l'article "Goguryeo controversies" est censuré au motif de "Point Of View pushing", un comble !!!).

Une fois de plus : j'aime autant la Chine que la Corée, la culture coréenne doit beaucoup à la Chine (une réalité d'ailleurs reconnue et respectée par tous les Coréens), et dans le passé, à l'instar du Japon, la Chine a exercé une influence politique évidente sur tout ou partie du territoire Coréen... mais dans sa négation de l'identité même de la culture Coréenne, le pouvoir central chinois dépasse le "simple" révisionnisme pour s'engager sur la voie du génocide culturel.

L'Histoire appartient à ceux qui l'écrivent, le territoire appartient à ceux qui en dessinent la carte, mais la Corée, son histoire et sa culture n'appartiennent pas à la Chine.




* exemple de carte : "Great Wall of China 'even longer'" (BBC 20090420)

** voir épisodes précédents, par exemple :
- "
China ready to bail out North Korea" (sur Seoul Village),
- "
Tibet, Ouïgours... l'Empire éclaté ?",
- "
Blogule rouge aux hubs sud-coreens - pendant ce temps-la, en Chine..." (en V.O. "Korean hubs"),
- "
Koguryo / Goguryo : halte à l'Anschluss culturel chinois" (en V.O. "China's revisionism - No to the Chinese cultural Anschluss") dans les archives 2003-2004
*** voir en particulier "
Le Japon décide de recoloniser Dokdo" puis "Néofascisme et racisme au programme"
---
blogule initialement publié sur Seoul Village : "
Great Wall of China - Anschlussing Korea (continued)", puis sur blogules en V.O. ("A Greater Wall Of China - Bonus, Korea Inside")

20090418

Le complexe Sarko : je suis venu, j'ai vu, G20cu

Obama immature, Merkel à sa botte, Zapatero simplet...

Les Français traînaient déjà une sale réputation d'arrogants prétentieux et voilà que Notre Petit Pair des Pipoles délivre à la presse du monde entier (par voie d'un quarteron de parlementaires en préretraite) suffisamment de Berlusconneries pour nous faire tous passer pour des complexés aussi ridicules que lui.

Ben oui Barack a une tête de plus que lui.

Ben oui celle d'Angela est plus grosse que la sienne (d'économie, j'entends).

Ben oui Zapatero est peut-être moins intelligent que toi mais il est aussi et surtout moins con*.

Ben oui, Sarkozy à éparpillé l'UMP de Chirac façon puzzle : terminée l'Union, hadopisée la Majorité... et que dire de la Popularité ? Sacrifiée, humiliée, martyrisée : que le Che colle 82% à Le Pen passe encore, mais 74% contre Nico himself franchement là, ça la fout mal.

Notre Grand Homme a atteint son point haut le 7 mai 2007 et il en est malade. Il a pourtant tout essayé, mais du sauvetage des infirmières bulgares on ne retiendra que les caprices de Cécilia et la parade victorieuse de Khadafi en France, de l'échapée d'Ingrid le coup de génie des libérateurs colombiens, de sa tentative de récup' du G20 sa rixe avec HU Jintao lamentablement achevée par une intervention d'Obama et une désersion honteuse sur la cause Tibétaine...

Rien à faire : les Français préfèrent ce grand escroc-griffe de Chichi qui au moins pouvait regarder Bush de haut, et le monde préfère la France de Villepin à la tribune de l'ONU.


Nicolas Sarkozy en est réduit à ne louer que le seul leader international à son image : Sylvio Berlusconi, cet éternel bronzé bling-bling s'affichant aux bras de femmes plus jeunes, et corrigeant à coup de bistouris (plus courageux que la talonnette) les effets de la vieillesse.

Pathétique.


* il capte peut-être pas bien toutes les subtiliés de la haute finance, mais il a bien compris que la priorité était de protéger la constitution. l'histoire retiendra qu'il a courageusement commencé son mandat en jurant sur ce document sacré pendant que toi tu t'amusais à rallumer les guerres de religion en t'évertuant à torpiller la laïcité (cf "
N'ayez pas peur").

20090403

Le G20 twitté par les Maîtres du Monde

@barackobama.com : "uh... hum... Bon : plus que 110 caractères. Good day : on tient un accord. Bonus: évité un pugilat entre Sarko & Hu."

@nicolassarkozy.fr : "Good day : j'ai fait la une et sauvé le monde, comme d'hab'. Bonus : évité la guerre entre les US & la Chine."

@hujintao.com.cn : "Good day : sauvé Macao & HK, rachété les US, coupé liens entre France & Dalai Lama. Bonus: en ai profité pour espionner UK."

@gordonbrown.co.uk : "Good day : j'ai gardé le menton bien haut, et la mâchoire pas trop bas."

@tayyiperdogan.com.tr : "Good day : Shimon Peres n'était pas là."

@robertzoellick.us : "Good day : si un Bushite comme moi se fait augmenter, y'a toujours de l'espoir pour l'argent facile."

@bankimoon.un.org : "Good day : si seulement on avait les mêmes au Conseil de Sécurité..."

@abhisitvejjajiva.com.th : "Good day : j'étais juste derrière Obama sur la photo. Bad day : son sourire a éclipsé le mien."

@taroaso.co.jp : "Good day : personne ne m'a surpris à siroter mon saké."

@dmitrymedvedev.ru : "Good day : j'ai tenu la jambe de ces abrutis pendant que Vlad atomisait la Géorgie. Même eu l'autographe d'Obama."

@stephenharper.ca : "Bad day : coincé aux toilettes pendant la photo officielle."

@mbtious.co.kr : "Good day : Kim Jong-il a réussi à m'obtenir une itw avec BO."

@lula.com.br : "Good day : j'ai été employé comme bodyguard par Brown et la Reine. Tenu ce fou furieux de Frenchie à distance de Barack."

@angelamerkel.de : "Good day : assise à côté d'Oby au dîner, loin de Sarko sur la photo de famille."

@dskimf.com : "Good day : j'ai un budget pour acheter des fleurs à Michelle Obama."

@silvioberlusconi.it : "Good day : sur les images, je parais plus jeune qu'Obama et Medvedev réunis."

@kevinrudd.com.au : "G'day and seeya."

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initialement publié sur blogules en V.O.

20090402

Corées : place au foot !

Sept ans après, retour au Sangam World Cup Stadium, où j'avais assisté à la victoire logique du Sénégal face à un bien pitoyable champion en titre à l'occasion du match d'ouverture de la Coupe du Monde 2002 (France - Sénégal 0-1).

Dans une atmosphère bon enfant mais un poil plus tendue que lors des précédentes éditions, le choc entre Corées a débouché sur une victoire à l'arraché du Sud : 86e mn - coup franc décalé de Kim Chi-woo, entré en jeu quelques minutes plus tôt. Séoul repasse donc devant Pyongyang dans la course à la qualification pour la Coupe du Monde 2010 avec 11 points contre 10, l'Arabie Saoudite demeurant dans la course avec 10 points suite à sa victoire face aux Emirats Arabes Unis.

Le derby coréen a tenu toutes ses "promesses" : fermé, crispant et serré jusqu'au bout, les rouges du Sud contrôlant les rouges du Nord la plupart du temps, et la Corée du Nord profitant de la moindre occasion pour balancer son missile Jong Tae-se vers le but de Lee Woon-jae.

Fidèle à sa réputation, Jong Tae-se affiche une vitesse d'exécution proprement foudroyante : ce numéro 12 démarre comme une fusée et effectue un pivot sur lui-même en un éclair. Pas étonnant que la Corée du Sud et le Japon nourrissent des regrets à son égard : né à Nagoya, Jong a renoncé à la nationalité sud-coréenne pour rejoindre le Nord tout en restant à l'Ouest - ou plutôt à l'Est, puisqu'il évolue au Kawazaki Frontale (son frère jouant pour sa part en Corée du Sud).

Puisqu'il ne reconnait pas officiellement le Nord comme un pays, le Sud n'a toujours pas avalisé la "trahison"... mais la FIFA a accordé sa bénédiction à l'union. Pour le plus grand bonheur de son compère en sélection Hong Yong-jo, le très technique maître d'orchestre (pour le coup, un enfant de Pyongyang jouant au FC Rostov).

Entre les deux stars de l'équipe (numéros 12 et 10), le très microscopique Mun In-guk (numéro 11) a correctement complété un triangle d'attaque parfaitement rôdé : pas de temps perdu à la récupération, le ballon part instantanément vers l'avant et dès la première minute, le toujours plus rondouillard Lee Woon-jae doit s'employer sur un violent tir de loin. Le portier sud-coréen sauvera également son équipe en début de seconde mi-temps sur une tête de Jong enchaînée par une reprise sur le poteau.

Il a fallu attendre l'heure de jeu pour voir des actions franches en faveur des Guerriers Taeguk, et un coup franc assez chanceux pour sceller un match néanmoins largement contrôlé par la Corée du Sud.

Solide en défense et collectivement supérieure, l'équipe a paru très empruntée en attaque. Les tauliers Park Ji-sung, Lee Won-jae et Lee Yong-pyo ont pourtant assuré le métier avec sobriété et autorité - le Mancunien m'a franchement impressionné par sa défense debout dans une course le long de la touche et par sa résistance aux chocs : visiblement, le capitaine de la sélection doit soulever pas mal de fonte les jours de pluie.

Mais sur le front de l'attaque, seul Park Chu-young bougeait pour offrir des solutions au porteur du ballon. Son partenaire Lee Keun-ho, toujours à la recherche d'un club, n'y était visiblement pas... et c'est d'ailleurs lui qui a cédé sa place au buteur du jour. Quant au toujours aussi prometteur Ki Sung-yong, s'il a régalé le public par ses grigris et talonnades, il a franchement déçu sur ses points forts habituels : qualité des centres et des coups de pieds arrêtés, accélération du jeu...

Après un premier quart d'heure très solide, le Nord a pour sa part abandonné le milieu à ses cousins, repris du poil de la bête en fin de première et début de seconde, et perdu pied le dernier quart d'heure, enchaînant passes mal ajustées et fautes de fatigue. Au vu du match, cette sélection peut nourrir des regrets mais elle a surtout affiché ses limites.

Mon rêve de voir les deux Corées participer à la grande fête du football en Afrique du Sud l'an prochain semble plus lointain. Tout se jouera le 17 juin dans le choc Arabie Saoudite-Corée du Nord... à moins que la DPRK ne sombre dès le 6 contre l'Iran au Kim Il Sung Stadium.

La Corée du Sud paraît en bien meilleure posture : elle vient d'enchaîner deux victoires chargées de symboles sur l'Irak et la Corée du Nord et si elle gagne aux Emirats le 6, elle pourra probablement se permettre de perdre l'un de ses deux derniers matchs à domicile (Arabie le 10, Iran le 17).

Bon. Ce calendrier pourrait être quelque peu chamboulé dans les jours à venir : la Corée du Nord a annoncé pour le 4 au 8 avril une mise en orbite de satellite fortement suspectée de masquer un test de missile longue portée. Et pour peu que ça dégénère (les Etats-Unis et le Japon se sont déclarés prêts à intervenir en cas de tir de missile), même les gants du bon vieux Lee Woon-jae n'y pourront pas grand chose.

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initialement publié sur
footlog
et toujours en vente : "La Ligue des Oubliés" !

20090320

Reconstruire, d'accord, mais en étant constructif

La France dans la rue, le gouvernement dans l'impasse, un boulevard pour l'opposition (y compris celle interne à l'UMP)... pour fêter les beaux jours, la nation décide de redécouvrir la ville...

... sous le regard ébahi des observateurs étrangers : drôle de moment pour demander des augmentations de salaires, même dans un pays aussi réputé pour la protection de ses administrés.

Bon. Si l'on met de côté les sujets économiques (pourtant au coeur du problème), que voit-on au fond ? Des mouvements sociaux et des mouvements politiques.

Les mouvements sociaux ne datent pas d'hier : le malaise républicain gagne une part croissante de la population, en particulier les éléments les plus précieux de sa jeunesse. Pas celle qui défile ; celle qui a réellement envie de contribuer à la société et des projets plein la tête, mais trop souvent - et il faut bien l'admettre - la tête en question ne revient pas à la société. La république se prive ainsi de la base la plus prometteuse de sa refondation.

Les mouvements politiques s'avèrent plus superficiels. Une fois de plus, l'opposition se soude sur le seul ciment de l'opposition et ne propose aucune alternative. Et comme la nature politique a horreur du vide idéologique, les "anti" (
NPA, atermoyistes...*) continuent à tenir le haut du pavé. Plus intéressants à mes yeux, les mouvements browniens animant enfin l'UMP : comme prévu, la machine à fabriquer des présidents se grippe dès que le locataire actuel de l'Elysée se dévie de son mandat de réformateur pour son autre agenda, de moins en moins caché (cf "Démocratie et conservatisme").

S'il cherche à resouder le parti autour de Sarkozy, Xavier Bertrand fonce droit dans le mur... mais ça tombe bien : il a une autre personnalité en tête. S'il la joue fine, XB peut même faire passer l'échec des Européennes pour celui de Sarko et dans la foulée s'imposer tranquilement comme le chantre de la diversité au centre-droit. En tout cas, il n'est peut-être plus si pressé de récupérer Matignon : si les réformes internationales pataugent, la France semble mal partie pour amorcer un redressement avant 2011.

Condamné depuis plus d'un an à sauter après le scrutin européen, François Fillon connait peut-être déjà le nom de son successeur : Christine Lagarde. A moins qu'il ne s'agisse de MAM ? Kouchner ? Juppé ? DSK ? Bigard ? Laporte ? Ingrid Bétancourt ? Fillon François ? Liliane Bettencourt ? Jamel Debbouze ? un Raffarin black ?... ? Dominique Strauss-Kahn préfèrera peut-être sa galère actuelle à une mission suicide dans la perspective 2012 : s'il traîne une sacrée casserole au FMI, Obama a envie de lui donner les moyens d'y tester de nouvelles recettes tout aussi stimulantes mais un poil moins embarrassantes.

En attendant, Nicolas Sarkozy partage le sort de Lee Myung-bak, cet autre président élu sur un programme de réformateur, mais descendu dans les sondages pour avoir gaspillé sur des sujets controversés les mois les plus précieux avant l'effondrement financier international.

Ils ont des amis en commun : l'ultra-libéral Guy Sorman figure parmi les conseillers de "2MB". Mais comme le signale fort justement Sorman, Sarkozy n'est pas un libéral.

D'ailleurs, la Corée est en avance sur la France : c'est l'an dernier qu'elle a connu ses manifs monstres.


* voir "Nouveau Parti Anticapitaliste - vieille rengaine".

20090316

Vol au-dessus d'un nid de serpents

Dans le cadre de la moralisation tant attendue de l'économie, voici en exclusivité la synthèse des décisions prises à l'issue du futur G20 :

1) Triplement du budget du FMI et du harem de DSK

2) Fédération des micronations pénalisées par la suppression des paradis fiscaux dans une entité politique plus cohérente et puissante :

=> Pour compenser la perte d'un avantage comparatif aussi essentiel, sur l'ensemble de ces territoires, dépénalisation totale des trafics de drogues, d'armes, et d'humains

=> Pour compenser la disparition totale des deniers occultes, Vatican City devient la capitale de cette Union des Républiques Sans Secret

3) Création d'un Nid de Serpents Monetaires de transition avant le passage à l'inflation unique :

. le Rouble et la future GCC (Gulf Common Currency) feront passer 50% de leurs échanges en direct au black (crude)

. le Won sera connecté au Yuan sur la case mot compte triple