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20130407

L'amorale de l'Histoire

"Vous lisez Minute? Pour moins de dix balles, vous avez à la fois La Nausée et Les Mains sales". Si hier la boutade de Desproges faisait rire les républicains de gauche comme de droite, plus personne n'est d'humeur à rigoler.

Et plus personne ne croit plus au rigolo de service, "Mr Trierweiler, l'austère qui se marre". Lui aussi a perdu le sens de l'humour. Franchement, ça vous donne envie, à vous, un sandwich au flanby entre une tranche de DSK et une tranche de Cahuzac?

Parce qu'au final qu'est-ce qu'on nous a servi depuis trois ans? Le suicide de Strauss-Kahn en 2011, le suicide de Sarkozy en 2012, et le suicide de Cahuzac en 2013. Difficile de maquiller ça en triomphe du socialisme, et d'ailleurs Mélenchon ne se prive pas de le faire remarquer. A l'autre extrême, Marine Le Pen demande une dissolution de l'Assemblée et de nouvelles élections, sinon quoi? Elle mettra le feu au Reichstag? François Bayrou donne bien de la voix lui aussi, mais jusqu'à présent il n'est jamais arrivé à nous donner autre chose que de la voix. Bel effort pour un ancien bègue, mais on attend plus de la part d'un leader national.

Le sursaut républicain. C'était le seul atout dans la manche du nouveau président, et voilà que tout s'effondre. Son image? Plus transparente que jamais - le mirage pour tous. Il devait redresser la barre à l'occasion d'une intervention télévisée choc? Il ne parvient même pas à la hauteur des épaules de Pujadas.

Je trouve Pascal Cherki bien gentil de comparer notre président à un Conseiller général. Déjà, au moment où il annonçait l'intervention au Mali (voir "Guignol à Kolwezi"), François Hollande me faisait plutôt penser au "maire d'une obscure commune rurale soulevant l'épineux problème de la recrudescence du braconnage sur les terres du père Foutrac", mais depuis il a encore régressé de quelques rangs. Vous avez vu son numéro de sémaphore à la sortie du premier Conseil des Ministres suivant les aveux de Cahuzac? Un carnage:


Visiblement, Flanby avait bien révisé tous les gestes des mains pour marquer l'autorité, mais le corps n'a pas suivi: les bras sont partis systématiquement à contre-temps pendant que tout le reste hurlait "sauve qui peut".

Pour éviter de jeter de l'huile sur le feu, ou plutôt un édredon sur le flan, le Château a envoyé Manuel Valls au front à la place de Jean-Marc Ayrault. Le second Premier Ministre du quinquennat (voir "Flanby au Grand Palais") a fait le boulot et surtout assuré sa propre promo. Par effet miroir, le reflet du présumé chef de l'Etat n'en est paru que plus pâle.

A droite, Nicolas Sarkozy se retrouve associé au naufrage par les hasards du calendrier. Que l'affaire Liliane Bettencourt aboutisse positivement ou non, il apparaît moins que jamais comme le meilleur recours pour un UMP en détresse*.

Avant le second tour des présidentielles de l'an dernier, je disais que la France avait le choix entre la faillite morale et la faillite tout court, elle semble bien partie pour le cumul des mandats.

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* voir "L'UMPlosion fait pschitt"

20130320

Invasion de l'Irak: les 3 impostures de "L'Héritage Bush"

10 ans déjà depuis l'invasion de l'Irak... je vais essayer de ne pas trop répéter mes mantras habituelles, mais au cas où vous avez loupé les épisodes précédents, je vous invite à prendre connaissance des 3 messages suivants:


***


1) L'invasion de l'Irak était destinée à répandre le fondamentalisme dans le monde, pas la démocratie en Irak:

Conservez toujours ceci à l'esprit: "George W. Bush n'a pas agit en tant que Président des Etats Unis d'Amérique dans l'intérêt de son pays, ni même en Républicain dans l'intérêt de son parti, mais avant tout en fondamentaliste dans l'intérêt du fondamentalisme."

J'ai écrit mon "Universal Declaration of Independence from Fundamentalism"* pour exposer cette imposture Bush et au-delà, celle du fondamentalisme, ce projet politique totalitaire déguisé en projet religieux universel, à la fois le pire ennemi de la démocratie et le pire ennemi de la religion.

Comme je l'ai rappelé pour le 5ème anniversaire de cette mascarade ("Iraq - 5 years of success for fundamentalists"), l'invasion de l'Irak fut un triomphe dans le sens où comme prévu, elle a renforcé les fondamentalistes partout dans le monde. Dubya avait donc mérité de poser devant la banderole "Mission accomplie".

Et nous pouvons nous estimer heureux d'avoir évité le pire, parce que ces fous furieux avaient l'intention d'aller encore plus loin (voir "Iran : who wants war and why" / "Iran : qui veut la guerre et pourquoi").


***


2) Le pétrole n'était qu'un moyen de corrompre, pas le but du jeu. Et l'affaiblissement de la démocratie en Amérique n'était pas qu'un dommage collatéral:

Pour la faire simple: les théocons ont fixé l'agenda avec l'aide des néocons (et quel tandem plus adéquat pour la tâche que Bush-Cheney?), et vendu la guerre aux paléocons**.

En d'autres termes: le but ultime du jeu est d'anéantir la démocratie (l'objectif des théocons et autres fascistes), et la justification morale une intervention pour libérer un pays de son dictateur (un objectif néocon tout ce qu'il y a de plus classique), mais pour lancer une guerre, la bénédiction des lobbies pétroliers et militaro-industriels est nécessaire (un travail pour nos bons vieux paléocons).

Seul manquait un alibi pour passer à l'action dès que possible. Un danger clair et immédiat. C'est le rôle des mensonges et fabrications éhontés autour des Armes de Destruction Massive et des liens prétendus entre Saddam Hussein et Osama Ben Laden.

Bien sûr, il y avait toujours le risque de voir un journaliste curieux faire son boulot, ou un citoyen désireux d'exercer son droit à la transparence.

Le Patriot Act étant entré en vigueur plus d'un an avant l'invasion, le principal problème venait des media, et c'est là que l'Administration Bush a offert un pacte aux grands du secteur: si vous ne nous attaquez pas avant les élections de 2004***, nous vous aiderons à consolider votre pouvoir. A la tête du régulateur (FCC), le fils de Colin Powell a fait de son mieux pour affaiblir les lois anti-monopole dans les media, et de fait la concentration s'est opérée à ce moment clef de l'histoire de la presse traditionnelle, des diffuseurs radio-TV, et des media internet. Michael Powell a été jusqu'à monter un forum bidon quelques semaines avant l'invasion, comme pour rassurer tout le monde sur ses bonnes intentions. Il a par la suite rejoint la célèbre RAND Corporation.

Notons que ce procédé "pas de bâton contre carotte" a été repris par Nicolas Sarkozy avec les media en France (voir "Armes de Désinformation Massive - Redux"), et avec plus de succès par Lee Myung-bak en Corée du Sud.

D'une façon générale, l'Administration Bush a cherché systématiquement - avec certes plus ou moins de succès - à modifier l'équilibre et la séparation des pouvoirs à la base de la démocratie:
. exécutif? pouvoirs abusifs multipliés, opacité maximale, y compris vis à vis des Républicains
. législatif? corruption généralisée, production de lois anti-démocratiques à la pelle
. judiciaire? promotion de la torture, négation de tous les droits élémentaires
. media? complaisante au mieux, en charge de la propagande officielle au pire (FoxNews)
. netizens? noyés sous la propagande, les électeurs suivent docilement. les réfractaires font l'objet de surveillance par big brother
. ....
. et bien sûr, la priorité des priorités pour les théocons: anéantir la laïcité, ce pilier essentiel de la démocratie. A nouveau: mélanger la religion avec la politique, l'éducation, ou la science, c'est le meilleur moyen d'attaquer à la fois la démocratie et la religion (voir "Non à la Burqa = Non au fondamentalisme... Chrétien y compris" / "France, secularism and burqa : a political issue, not a religious one").

Naturellement, il y avait aussi beaucoup d'argent en jeu. Pour les lobbies religieux luttant contre la séparation de l'église et de l'état comme pour les lobbies pétroliers ou militaro-industriels. Et le pillage des ressources naturelles irakiennes ne constitue qu'un pan d'un système qui a également converti des excédents budgétaires record en déficits records (entre autres missions vitales: soutenir les copains comme Halliburton, une action caritative qui s'est même poursuivi dans un autre Golfe, après Kathrina - voir "Red blogule to Halliburton and the 40 thieves").

Mais la corruption a frappé bien plus loin, au coeur des fondamentaux de la démocratie.
 

***


3) Le Printemps Arabe ne doit rien à la Guerre en Irak, bien au contraire:

 
George W. Bush et son fan club essayent de nous vendre le Printemps Arabe comme la conséquence de son aventure en Irak, une "guerre de libération" qui a "fait rayonner la démocratie dans la région", mais cette imposture est totalement inacceptable.
 
Premièrement, la croisade de Bush a surtout contribué à réduire au silence les modérés et à renforcer les islamistes radicaux, les confortant comme seule force politique capable de prendre le pouvoir à la chute des régimes en place.
 
Deuxièmement, son invasion illégale et à des fins anti-démocratiques ne saurait être comparée avec des mouvements populaires d'auto-détermination portée par des idéaux universels de liberté et de démocratie. L'idéal de nation de Bush est la théocratie, un idéal partagé par les islamistes, et certainement pas par les authentiques combatants de la liberté.
 
Troisièmement, l'Administration Bush a bien servi d'exemple dans la région, mais pas dans le monde arabe (voir "Israel accepted as true the choice between its security and its ideals", "Persiste et signe" et "Le rideau de sable et la renaissance musulmane").


 
***

Dix ans après, la justice n'a toujours pas été rendue, et je pense que les derniers mots de Tomas Young (dans "The Last Letter") méritent d'être reproduits ici:
"Un message à George W. Bush et Dick Cheney de la part d'un Vétéran sur le point de mourir": "J'espère que vous serez trainés en justice. Mais surtout j'espère, dans votre intérêt, que vous trouverez le courage moral pour faire face à ce que vous avez fait pour moi et pour beaucoup, beaucoup d'autres qui méritaient de vivre. J'espère qu'avant que votre temps sur terre touche à sa fin, comme il se termine pour moi, vous trouverez la force de caractère pour vous présenter devant le public Américain et devant le monde, et en particulier devant le peuple irakien, et implorer leur pardon".

Et comme toujours, il est de notre devoir à tous d'exposer et de dénoncer les impostures, de siffler hors jeu chaque fois qu'un gouvernement essaye d'affaiblir la séparation des pouvoirs ou de jouer avec les fondamentaux de la démocratie.


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* "Déclaration Universelle d'Indépendance Contre le Fondamentalisme", prolonge et complète "En finir avec le fondamentalisme"
** voir aussi "Neocons, theocons et paleocons"... NB: si les "anticons" évoluaient alors encore sous la surface radar, ils ne constituent en rien un modèle démocratique: "le Tea Party n'est pas une alternative au duo Parti Républicain - Parti Démocrate, mais la négation même de la république, la négation même de la démocratie (voir "Grand Old Parting - enter the anticons")
*** Souvent même jusqu'aux élections 2008 (see "The Silence of the Lambs (War in Iraq and US networks)"). Et certains collabos ont eu le culot de donner des leçons à Bush après une telle disgrâce (voir "What Fareed Zakaria got wrong")!

20130311

Le poids des ANS (Amis de Nicolas Sarkozy)

J'ai reçu ce matin dans ma boîte email un message intitulé "Adhérez à l’association officielle des amis de Nicolas Sarkozy" et signé entre autres Hortefeux, Guéant et Morano.


De toute évidence envoyée trop tôt pour le 1er avril ou Halloween, cette sinistre blague devait normalement atterrir à la rubrique "spam" où, ça ne s'invente pas, je n'avais aujourd'hui que ce seul message: "ROLEX at unbelievable prices"



L'eau a coulé sous les ponts depuis la première missive envoyée, cette fois-ci directement, par Notre Petit Pair des Pipoles, alors candidat à sa propre succession. Un envoi de masse destiné aux Français de l'étranger, et auquel je n'avais répondu que sur ces misérables lignes (voir "Mon Cher Nicolas" - 26 mars 2012). Je soupçonne d'ailleurs fortement un recyclage éhonté des fichiers de la République, étant bien entendu que je n'ai pas ma carte du parti ou plutôt de ce qu'il en reste.

En attendant, je me suis retrouvé ce matin face au nabot bras en croix sous le logo tricolore "Les Amis de Nicolas Sarkozy", avec cette citation choc: "il y a quelque chose de plus grand que nous, il y a la France":


Euh... Nico, plus grand que toi, y'a pas que la France, mais passons au coeur du message:

Chère Madame, Cher Monsieur  
Comme nous, vous ne supportez pas le déclin vers lequel les socialistes entraînent la France.  
Réagissez, rejoignez-nous en cliquant ici dès maintenant !  
Adhérez et soyez de ceux qui défendent les valeurs d'une France juste et grande, prête à s'unir dans le sillage des valeurs portées par l'action de Nicolas Sarkozy.  
Nous ne renoncerons jamais !  
Nous avons besoin de votre mobilisation pour garantir l'avenir de la France et celui de nos enfants. Grâce à votre engagement à nos côtés, nous continuerons à défendre notre idéal commun à l'occasion de grands rendez-vous citoyens tout au long de l'année.  
La France a besoin d'un nouveau souffle. Avec vous, donnons-lui le courage de réagir. 
Bien amicalement,  
Brice Hortefeux - Président  
Christian Estrosi - Secrétaire général  
Nora Berra, Xavier Bertrand, Christine Boutin, Pierre Charon, Henri Guaino, Claude Guéant, Maurice Leroy - Vice-présidents  
Nadine Morano - Trésorière
Je ne suis guère surpris de voir Xavier Bertrand s'émoustiller en public les papilles au contact du postérieur du "Nouvel Ex", entraînant au passage Nora Berra dans cet acte révoltant... qui n'augure en rien de sa fidélité: le bonhomme a l'art consommé de ménager la chêvre Copé et le chou Fillon tout en leur plantant à tous deux un joli couteau dans le dos.

Tout ce beau monde a bien raison: la France a besoin d'un nouveau souffle.

De quelqu'un de nouveau.

Et de plus grand que Nicolas Sarkozy.


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20130304

10 ans de blogules

03/03/03-13/03/03

Mon portail personnel (et avec lui blogules) vient de fêter ses 10 ans, et je tiens à m'excuser auprès des millions de visiteurs qui s'y sont perdus.

Desolé, mais je suis trop épuisé pour de traduire la rétrospective - mea culpa que j'ai pondue hier en Anglais sur blogules en V.O. à propos de ces 10 ans de blogitude ("HGTP (Hypergraphia Transfer Protocol) Turns 10: 03/03/03 - 13/03/03").

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20130112

Guignol à Kolwezi

Maintenant que Sarkozy, La Grande Finance et Gérard Depardieu sont allés s'exiler au Qatar, au Royaume-Uni et en Russie, Guignol ne sait plus où donner du bâton. Flanby règlerait bien son affaire au chômage, mais il s'obstine à taper sur les mauvaises cibles. Et Gnafron n'a pas encore dégrisé des dernières fêtes de l'UDI pour l'aider à y voir plus clair. Flageolet, lui, pète la forme dans les sondages, mais il vole de ses propres ailes... pire: avec cette abominable affaire de militantes kurdes assassinées en plein Paris, Valls le superflic a encore l'occasion de lui faire de l'ombre.

Toute l'assistance s'époumonne à alerter Guignol sur un très très vilain personnage, Bashar el Assad. Mais notre héros semble vouloir regarder partout sauf au beau milieu de la scène internationale. Fidèle à sa ligne fuyante directrice, le procrastinateur en chef attend que la situation dégénère au point de non retour pour envisager de penser à l'action (je dis bien "penser", pas "passer").

Le point de non-retour a été franchi par al Qaeda au Mali, obligeant Mr Trierweiler à abandonner sa posture d'autruche.

Enfin... Rien de tel qu'une bonne guerre pour regonfler une côte de popularité.

A condition de soigner son look présidentiel.

Et là, manque de bol, au pupitre, François Hollande évoque plutôt le maire d'une obscure commune rurale soulevant l'épineux problème de la recrudescence du braconnage sur les terres du père Foutrac. Même Giscard avait fait mieux pour Kolwezi, c'est tout dire.

Rien n'y fait: Flany n'est toujours pas habité par la fonction, et ça se voit. Se cacher derrière son petit doigt, il sait faire, mais il en faut plus pour animer la marionnette.

A côté de lui, Laurent Fabius donnerait presque l'impression d'avoir la carrure d'un premier ministre (!) - laissez lui quelques semaines, disons d'ici le prochain Salon des Antiquaires, et Fafa va nous faire une petite chiraquerie taïno à la sauce Dogon, vous pariez?


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20121220

De quoi PARK Geun-hye est-elle le nom?

A en croire le calendrier solaire des Mayas, la fin du monde est pour demain. Mais en Corée et d'après le calendrier lunaire, c'est MOON qui s'est cassé la gueule hier.

En fait, pour ces élections présidentielles en Corée du Sud, le candidat de gauche MOON Jae-in n'a jamais vraiment eu l'occasion de briller*. L'indépendant AHN Cheol-soo a longtemps donné l'illusion de pouvoir le faire, mais il s'est retiré de la course sans pour autant que MOON en profite pleinement**. Et puis une petite candidate d'extrème gauche plutôt agitée a torpillé les deux premiers débats télévisés, ne s'éclipsant qu'à quelques jours du scrutin, trop tard pour permettre un vrai face à face.

En dépit de l'impopularité de son prédécesseur et des interrogations fondamentales pesant sur elle, PARK Geun-hye aura donc traversé jusqu'à sa victoire sans surprise une campagne sans véritable adversaire ni véritable débat.

Pour autant, sa victoire n'est pas négligeable, et s'avère même un triomphe démocratique très net. Ce qui me chiffonne, qu'il est difficile de dire qui a gagné ces élections.



Le site de PGH ce matin

La démocratie Sud-Coréenne s'est choisi un vainqueur incontestable...

une participation record:
75,80%, c'est la meilleure depuis 1997 et la bagarre entre Kim Dae-jung et Lee Hoi-chang
- une vraie majorité:
51.6% pour PARK contre 48.0% pour MOON (NB: cette année, les petits candidats étaient de véritables nains de jardin)
- une victoire au-delà des clivages régionaux habituels:
Bien sûr, les habituels bastions ont tenu: MOON a fait 86-89% sur les provinces de Jeolla et même 91.97% à Gwangju, PARK a cartonné dans l'Est avec un pic à 80.4% à Daegu. Mais au-delà des scores, très différents, la carte présente une coloration très différente des élections de 1997 et 2002, où l'on pouvait tracer une verticale avec les progressistes à l'ouest et les conservateurs à l'est, et plus proche du raz de marée de 2007, où LEE Myung-bak n'avait laissé que le sud-ouest. MOON a bien regagné Séoul, mais de trop peu. En fait, la victoire de sa rivale s'est dessiné très tôt dans la soirée avec les premiers dépouillements dans la région capitale (en tête sur Gyeonggi-do et Incheon, juste derrière sur Séoul). Notons que les Coréens de l'étranger votaient pour la première fois, et que le vote conservateur s'est révélé nettement minoritaire (56-42 pour MOON, 70% de participation).
- le choc des générations s'est confirmé, mais pas tant que cela: comme prévu, le vote PARK progresse avec chaque tranche d'âge, et elle a verrouillé les plus de 50 ans. Mais elle n'a pas été trop larguée chez les plus jeunes (un tiers des votes). Et qui a gagné la bataille des réseaux sociaux? Les seniors, qui se sont Kakao Talké jusqu'à mobiliser 90% de leur tranche d'âge.
 
 

... mais au fond, qui a gagné ces élections?

Pour les media étrangers, la nouvelle combine deux événements pour la Corée: une femme devient pour la première fois présidente de la république, et la démocratie choisit l'enfant d'un dictateur pour diriger le pays.

Je ne pense pas que la dimension "glass ceiling" ait été centrale (oui il s'agit d'une femme, non mariée, et sans enfants, mais c'est totalement secondaire), ni qu'il s'agissait d'un référendum pour ou contre PARK Chung-hee (a fortiori, je ne me suis fait aucune illusion sur le poids des valeurs constitutionnelles au centre de ce non-débat***). Pour moi, les électeurs se sont au final positionnés par rapport à un niveau d'incertitude et de changement. De la gestion de risques, en somme.

Et le conservatisme l'a emporté.

Chacun sentait que la situation était mauvaise, que quelque chose devait être fait, et les deux candidats ont fait des promesses comparables sur certains points (moins de pouvoir pour les chaebols, une meilleure couverture sociale pour les plus démunis). Mais chaque candidat soulevait lui-même beaucoup de doutes - de nature il est vrai tres differents -, et y compris au sein de leurs propres camps: même en cas de victoire de leur champions respectifs, certains voyaient trop d'incertitudes pour l'avenir du pays comme pour leur propre sort personnel. Les peurs ont clairement dominé sur l'espoir, et MOON comme PARK ont passé l'essentiel de leur temps à essayer de rassurer les électeurs. Et à ce petit jeu, en général, c'est le conservateur qui l'emporte. Pas nécessairement le candidat conservateur et sa présumée supériorité sur l'économie, mais la part de conservateur dans chaque électeur.

PARK a parfaitement respecté le script en se positionnant comme la maman de tout un peuple, et en arrondissant sensiblement ses réformes (dans le style: les chaebols on trop de pouvoir mais en période de crise, on ne peut pas affaiblir les moteurs de notre économie, et puis méritent-ils que l'on soit si méchants avec eux?). A son habitude, elle n'a jamais vraiment donné l'impression de dire ce qu'elle pensait au fond. Et toujours cette voix douce de l'ajumma rassurante et averse au risque, calculant et pesant chacun de ses mots...
 
Comme les Français avec François Hollande (voir "La France dit non au changement"), les Coréens ont donc choisi de changer sans changer. Là aussi, la seule promesse certaine d'être tenue par le nouveau président c'était de faire partir l'ancien, très contesté, mais en Corée la constitution interdit de toute façon à un président de se représenter. En 2007, LEE Myung-bak avait reçu un mandat clair pour réformer, et tout le monde reconnaissait sa capaciter à mener et à agir, quitte à être franchement buldozer/kärcher par moments... mais comme avec Nicolas Sarkozy, le pays a vite déchanté****. En 2012, beaucoup d'électeurs coréens ont regretté, comme beaucoup d'électeurs français, d'avoir à choisir entre le risque républicain (craintes sur l'équilibre des pouvoirs, les fondements de la démocratie) et le risque idéologique (un parti obsolète, inconsistant, et pas prêt à gouverner). Mais la Corée n'est pas la France, et le fait qu'il ait changé de candidat a aussi aidé le parti au pouvoir à rester en place. PARK Geun-hye n'avait pas plus que Hollande l'image d'une réformatrice. Au moins a-t-elle donné l'impression de vouloir réformer son parti, mais en se contentant de le renommer, de remplacer quelques figurants, et d'espérer très fort que cela suffise pour éradiquer la corruption endémique dans le paysage politique national*****. Et puis elle a fait passer par le gouvernement des paquets de lois populaires dans les semaines précédant les élections pour donner le change. Dans le camp en face, l'interminable primaire a enlevé tout espoir de conquête des indécis.

PARK Geun-hye fait partie du paysage depuis des décennies, et tout le monde connait son histoire. Elle n'a pas choisi d'être une fille de dictateur, et on ne peut pas attendre d'une adolescente dont les deux parents ont été assassinés qu'elle devienne une adulte normale. Et puis elle a fini par se distancer du régime de son père, elle est à l'abri des scandales habituels pour les enfants de présidents parce qu'elle n'en a pas, et à l'inverse de son prédécesseur, elle ne roule - officiellement au moins - pour aucune église. Pourquoi ne pas lui donner sa chance? Même si elle n'a critiqué son papa que sur le tard, sous la pression des électeurs, et de façon à la fois très indirecte et très limitée. Même si, à ce jour, nous ne savons toujours pas ce qu'elle pense au fond d'elle même. Même si on ne peut même pas être totalement certain que ce soit vraiment elle qui mène sa propre barque.

Et hier, quand son heure de gloire est arrivée, PARK Geun-hye a quelque part réussi à éviter une fois de plus le passage au révélateur. Loin de délivrer un discours de victoire inspirant pour tout un pays, elle s'est contenté de quelques mots au QG de campagne pour fixer rendez-vous à tout le monde à Gwanghwamun Square, où elle a simplement fait une courte apparition sur le podium pour recevoir un bouquet et répondre à une brève interview, comme la patineuse KIM Yu-na à la fin d'une compétition. La scène aurait dû se passer quelques hectomètres plus au sud, sur Seoul Plaza, avec la patinoire en plein air de la ville en arrière plan plutôt que la statue du Grand Roi Sejong.

Qui a donc fait office de star à la télé coréenne hier? Gwanghwamun, CHUNG Mong-joon, et Anipang.

. Gwanghwamun? Sur sa route du retour au siège de la présidence (Cheong Wa Dae, au nord), PARK a quitté sa maison dans les quartiers riches (Gangnam, au sud - oui, le Gangnam raillé par PSY, pourtant un gars du coin), pour faire une étape chez son parti (serrer les mains de pontes dont certains ont aussi l'étiquette chaebol), avant de célébrer sa victoire devant Gwanghwamun, à l'entrée du principal palais historique du pays. Un raccourci de tous les symboles du pouvoir de la ville et du pays à travers les temps et une confirmation, pour ceux qui en doutaient encore: le centre historique et Gwanghwamun est redevenu le symbole ultime du pouvoir à Séoul et en Corée. Mention spéciale au Roi Sejong: sa statue un peu kitsch a écrasé de sa masse la nouvelle reine du pays pendant sa courte apparition, et son nom est même devenu un nouvel objet politique à conquérir (à peine sortie de terre, l'ex-future capitale Sejong City bénéficie d'un statut spécial qui l'élève au niveau des 16 autres régions du pays).

. CHUNG Mong-joon? Comme le Roi Sejong mais sans le sourire, l'homme de pouvoir est resté assis et silencieux toute la soirée, mais sa face de géant pensif a occupé tout l'écran. Y compris pendant le bref passage de son ex rivale au siège de campagne.

. Anipang? Je n'ai pas regardé une soirée électorale à la télé mais une espèce de jeu vidéo stupide avec chaque moitié d'écran remplie par des rangées de VIP d'un des grands partis (Saenuri, DUP), et des avatars 3D plus ou moins mignons de PARK et de MOON réagissant de façon plus ou moins déjantée à chacun des résultats. C'est le seul moyen que les chaînes ont trouvé pour animer une soirée où elles se sont contentées de communiquer, au fil du dépouillement, l'évolution des scores bruts pour chaque région et au niveau national. Les seuls humains sont les présentateurs, des animateurs non experts qui se gardent bien de faire des commentaires. Ne cherchez pas les experts et les invités politiques, ne cherchez pas les analyses de sondages sortie des urnes. Vous avez simplement droit à ce jeu TV stupide: un simple compte à rebours où le seul objectif est de deviner l'heure à laquelle le vainqueur sera mathématiquent certain d'être élu. J'ai zappé sur je ne sais combien de chaines et c'était partout pareil, la concurrence se faisant sur les animations 3D. Ils ont tous essayé des trucs mignons, comme cet espèce d'ourson blanc géant traversant tel Tottoro un paysage coréen idéalisé. SBS a risqué un fond d'écran nettement plus flippant: un vieux village livré à lui même et vidé de ses habitants, comme un "shoot'em up" après le départ des snipers et l'évacuation des cadavres. Mais la plupart du temps c'était MOON et PARK au pays des toons, comme ici sur newsY:




Et maintenant?

Au final, nous n'avons à ce stade pas appris grand chose. Ni pendant la campagne, ni à la lecture des résultats.

Et la Corée a décidé d'accorder à PARK Geun-hye le bénéfice du doute.

C'est donc à elle (et/ou à quiconque tient le volant) de décider où mener la nation, et quel héritage la famille laissera au final.

Voyons comment cette page blanche s'écrit.

Et avec elle l'Histoire. Avec une attention particulière sur la façon avec laquelle elle est réécrite dans les manuels d'école. 

(publié initialement sur Seoul Village - "The Anipang Election: PARK wins big, but who wins?" - également sur blogules en V.O. - "A clear democratic triumph for PARK Geun-hye, but who won the elections?")

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* voir "Time is up" (en Anglais)
** voir "Scratch that: Dynasty, Dallas, or the Twilight Zone?" (en Anglais)
*** voir "25 years later" (en Anglais)
**** je ne reviendrai pas sur le parallèle avec Sarkozy de 2008 (voir "Volonté d'impuissance"), si ce n'est pour ajouter que Lee a fini comme Bush Jr et Sarkozy par altérer la balance des pouvoirs sur l'ensemble des tableaux: exécutif, justice, media, entreprises, netizens, laïcité...
*****  voir "Saenuri, a brand "new" wor(l)d" (en Anglais)

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UPDATE 20121221

A l'attention des lecteurs francophones, plus explicite sur la nature des risques et les profils.

20121204

Bonne Année 2014

Désolé, mais pour la sixième année consécutive*, je suis dans l'incapacité de vous souhaiter mes meilleurs voeux pour l'an prochain. C'est la moindre des choses quand on sait ce qu'il va se passer:

Janvier 2013

Jean-François Copé construit des colonies autour de la maison de François Fillon qui vient d'obtenir le statut de parti observateur pour son "Rassemblement UMP". Pendant que l'ancien Premier Ministre tente de conserver la moitié Est du siège de l'UMP, Xavier Bertrand fonde le "Amasse", groupuscule concurrent destiné à récupérer les adhérents désabusés.

Février 2013

Finalement, Bachar el Assad refuse d'utiliser ses armes de destruction massive contre son propre peuple: Jean-François Copé vient de les lui piquer.

Mars 2013

PSY dépasse les 8 milliards de vues pour sa vidéo Gangnam Style. François Fillon le soupçonne de bourrage des urnes.

Avril 2013

François Hollande décide enfin d'entrer en action après avoir perdu encore 10 points de popularité dans les sondages: à moins quarante-sept, il décide de mettre une petite laine.

Mai 2013

Zlatan Ibrahimovic remporte la Ligue des Champions. Eliminé en huitièmes de finale, le PSG se demande encore comment ce bougre a pu réussir son coup tout seul.

Juin 2013

Kate Middleton donne naissance à des jumeaux qui ont malheureusement la calvitie de leur papa, les oreilles de leur grand-père, et le sens des couleurs de leur arrière-grand-mère. Quarante ans plus tard, ces petits François et Jean-François se battront à mort pour clore l'éternel débat sur lequel des deux est né le premier.

Juillet 2013

Les Jeux Olympiques d'Eté 2020 ne sont pas attribués, le vote étant organisé par l'UMP. Accessoirement, la Croatie fait son entrée dans l'Union Européenne le jour de la sortie du Royaume Uni, et Lance Armstrong gagne le Tour de France par jet d'éponge de l'arbitre au 10e round.

Août 2013

Un petit pas pour l'homme, un grand bond pour la sinitude: la Chine a réussi à envoyer une fusée sur la lune. En revanche, personne n'a réussi à trouver la contrepétrie.

Septembre 2013

La France perd son dernier triple A: Jean-Marc Ayrault est remplacé par Mnuel Vlls.

Octobre 2013

Nouveau référendum sur l'indépendance de la Catalogne: "Pour" 49%, "Contre" 49%, "Jean-François Copé" 50,01%.

Novembre 2013

Le cyclone Schwarzie s'abat sur la Côte Ouest Américaine. Obama décide de transférer la Capitale dans les West Virginian Islands.

Décembre 2013

Un nouveau vote a lieu pour la présidence de l'UMP en présence d'observateurs étrangers. Kim Jong-un ne trouve rien à redire au scrutin, remporté par Liliane Bettencourt.


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* voir "Bonne Année 2009" (Jan 2008), "Bonne Année 2010" (Dec 2008), "Bonne Année 2011" (Dec 2009), "Bonne Année 2012" (Dec 2010), "Bonne Année 2013" (Dec 2011)... et en VO : "Happy New Year 2010" (Jan 2009), "Happy New Year 2011" (Dec 2009), "Happy New Year 2012" (Dec 2010),"Happy New Year 2013" (Dec 2011)

20121120

L'UMPlosion fait pschitt

Les élections au Congrès de l'UMP ont donc déclaré vainqueur Xavier Bertrand devant Jean-Louis Borloo. Accessoirement, Jean-François Copé a pris en otage le parti avec 98 voix d'avance acquis dans des circonstances pour le moins floridiennes.

François Fillon aurait dû se douter de quelque chose en voyant son rival refuser de céder la barre pendant la campagne pour profiter à fond de l'appareil du parti... mais dès le départ l'ancien premier ministre s'est suicidé tout seul en entrant dans la bataille, et en s'abaissant par cette seule candidature au niveau d'un rival prêt à toutes les veuleries, jusqu'à annoncer sa victoire sans consulter au préalable son adversaire. Je me suis amusé à consulter le site de l'UMP le jour des élections, et la bannière indiquant le vote pour le Congrès renvoyait vers un discours de campagne de Copé.

Le vainqueur? Certainement pas ce repoussoir à centristes qui, après avoir conduit ses troupes défaites sur défaites, a réussi à chaparder comme un voleur de poules le droit de régner sur sa République Bananière de la Droite Décomplexée - ah, la tronche d'enterrement de Raffarin à ses côtés lorsqu'il s'est autoproclamé vainqueur valait largement le faux sourire crispé de Pécresse quelques minutes plus tard au chevet de Fillon!

Le vainqueur? Certainement pas les Socialistes: comme en témoigne la tout aussi ridicule "élection" d'Harlem Désir, ils n'ont guère fait mieux depuis 2008 et la mémorable bataille Royal-Aubry. Tout juste Hollande peut-il se féliciter que la nouvelle perte du triple A (Moody's) soit reléguée à la rubrique chiens écrasés.

Le vainqueur? Le Front National se félicite naturellement de la "victoire" de "Mini-me" Sarkozy et de la foncée droit dans le mur de l'ex-parti de rassemblement républicain à droite, mais c'est clairement Jean-Louis Borloo, désormais rejoint par François Bayrou, qui présente désormais la seule alternative crédible à la gauche républicaine avec son UDI.

Au milieu des ruines de l'UMP, les moins-perdants sont ceux qui n'ont pas participé à la mascarade. Alain Juppé, et plus encore Xavier Bertrand, candidat déjà déclaré à 2017. Nicolas Sarkozy y verra peut-être une opportunité, mais il est encore plus grillé que Giscard pour espérer revenir, et encore plus aveuglé par l'ambition pour comprendre que c'est fini pour de bon.

Pour François Fillon, la traversée du désert a donc commencé. Probablement pas à Saint Chamond, tant cet homme vient de prouver son manque de sagesse. Mais que diable allait-il faire dans cette galère au lieu de prendre du recul et du repos, laisser les sous-lieutenants s'étriper, et risquer tout son crédit pour diriger un navire en perdition?

En tout cas, ce spectaculaire fiasco scelle définitivement le sort de l'UMP, qui n'a comme prévu* pas résisté à la seconde candidature Sarkozy, de même que le Parti Républicain américain avait implosé suite à la victoire de Bush et Cheney en 2004.

Cet UMP post-Muruora rejoint donc l'archipel du PS dans ce qu'il convient d'appeler un paysage politique français éparpillé façon puzzle.

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* voir "La France dit non au changement"

20121108

Le changement, c'est quatre ans après

Il y avait des élections aux Etats Unis mardi, ainsi que dans la République Bananière de Floride:


Barack Obama a remporté un scrutin qu'il ne pouvait tout simplement pas perdre face à un brave type dont l'Histoire oubliera le nom, absolument pas taillé pour endosser les fonctions de plus haut représentant du service public, a fortiori pour représenter un parti trop déchiré pour gouverner*.

Sur le visage de Mitt Romney, j'ai lu le même soulagement que sur celui de John McCain quatre ans plus tôt**. Enfin libéré de ses impossibles contradictions après six ans de campagne, l'ancien Gouverneur du Massachusetts est pour la première fois apparu sincère et tourné vers l'avenir. Son discours de concession est le plus beau que j'aie entendu.

La course a été serrée, mais le résultat incontestable. Le seul leader au monde a avoir survécu à la Grosse Dépression a même pu se permettre d'entretenir tout seul le suspense en oubliant de faire campagne pendant le premier débat, un faux pas qui lui a sans doute coûté une encore plus nette victoire. Sans oublier les invraisemblables entorses à la démocratie constatées en Floride, dont on ne sait toujours pas si elles le priveront d'un paquet de grands électeurs bien mérités.

Une fois de plus, la supposée démocratie modèle a failli: six milliards de dollars ont été claqués dans une campagne très divisive, des fraudes obscènes révélées un peu partout (comme d'habitude, souvent en faveur du même parti), et une poignée d'Etats auront attiré trop d'attention pour les mauvaises raisons.

Nous revoici donc à la case départ:
- les Obama à la Maison Blanche (ne nous y trompons pas, Michelle Obama, le véritable cerveau dans cette superbe famille, est la première responsable de cette victoire, avant même son mari ou la formidable armada démocrate sur le terrain)
- les Démocrates au Sénat
- les Républicains à la Chambre des Représentants
- les gros chantiers à l'horizon (le budget, l'Euro, Israel-Palestine-Iran-Syrie, et un premier appel à 3h du mat' de la part de la Turquie)

Mais il y a de nouvelles raisons d'espérer:
- Sandy a fait tonner la voix des modérés au moment où celle des extrémistes était censée culminer: Chris Christie et Michael Bloomberg ont occulté les Karl Rove et autres Rush Limbaugh,
- les électeurs ont renvoyés à leurs chères études quelques protégés du Tea Party, ainsi que Richard Mourdoch, le dernier Républicain en date à s'être distingué par des commentaires odieux à propos du viol,
- signe des temps, il y a quatre ans la Proposition 8 rendait illégal le mariage gay en Californie et mardi, il a gagné du terrain dans trois Etats,
- J Street a placé 70 de ses 71 candidats, confirmant l'alternative progressiste à la toute puissante AIPAC

Une nouvelle chance est donnée aux Etats Unis d'Amérique souhaités par Obama dans son discours de victoire. John Boehner a de nouveau ouvert la porte de la négociation, espérant que sa propre base déchirée ne la lui reclaquera pas au nez.

Obama pourrait remplacer Hillary Clinton par John Kerry, le meilleur Secretaire d'Etat possible, et je l'espère aussi, Tim Geithner par quelqu'un de moins conciliant avec Wall Street.

Surtout, cette fois-ci, le Parti Républicain pourrait enfin imprimer le message et mener à bien sa nécessaire réforme, en commençant par écarter les extrémistes qui le rendent incapable de rassembler la nation: envoyer les néocons et les théocons aux oubliettes des années Bush-Cheney, terrasser le Tea Party avec un consensus ambitieux et raisonnable sur le budget, pointer du doigt les aboyeurs haîneux responsables de tant de défaites électorales, et bien sûr éjecter les racistes et sexistes scotchés dans un moyen âge encore plus repoussant. Pour 2016, le GOP devrait logiquement porter une candidature plus jeune et reflétant mieux la diversité ethnique de la nation.

L'homme qui a accéléré la réforme des Démocrates il y a vingt ans, Bill Clinton, n'a pas ménagé ses efforts pour sauver le soldat Obama, préparant le terrain pour Hillary Clinton 2016. Espérons que d'ici-là, il n'aura pas trop besoin d'Obamacare.

De toute façon, l'heure est également venue pour les Démocrates de dénicher de nouveaux talents.

blogules 2012 (initialement sur blogules en VO: "Forward. Hopefully, including for the GOP")
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* voir "Between balance and Ryan, Romney made his choice"
 ** voir "The Maverick is free again"
 *** voir "Grand Old Parting: fix your party before causing more damage to your country"

20121025

Tout faux

Aussi absurde que cela puisse paraître, Mitt Romney semble parti pour devenir le prochain Président des Etats-Unis d'Amérique. Une énorme erreur de casting et un contresens de l'Histoire comparable à la victoire de François Hollande en France: dans les deux cas, la campagne du président sortant a offert sur un plateau les clefs de la nation à un imposteur pas du tout équipé pour le job et soutenu par un parti déchiré entre conservateurs et réformateurs et totalement incapable de gérer un pays et a fortiori de mener les réformes dont il a le plus besoin.

La grosse différence, bien sûr: Sarkozy n'était pas l'homme de la situation et ne devait jamais faire l'erreur de se représenter, tandis qu'Obama est la personne dont les Etats-Unis et le monde ont besoin. Son erreur a lui aura été d'oublier de faire campagne au pire moment: le premier débat présidentiel, qu'il a traité comme une simple réunion de travail, et à perdre son temps à tenter de raisonner une girouette éhontée au lieu de. Les nettes victoires sur le fond comme sur l'image des deux débats suivants n'ont rien changé à l'affaire: Romney a semblé, l'espace d'une heure et demie, tenir tête à un rival ne boxant pourtant pas dans la même catégorie... pour la simple raison qu'Obama n'était visiblement pas venu pour boxer ce soir-là.

Obama peut encore renverser une tendance inquiétante et pour cela, il doit appuyer là où ça fait mal, sur le leadership, et sur les contradictions non plus du seul Romney, mais des Républicains.

Elu, Romney serait, comme Hollande, condamné par sa base à suivre un programme de détricotage des réformes engagées par son prédécesseur au lieu de chercher à améliorer et à réformer plus en profondeur. Comme Hollande, il aurait le soutien des élus de l'opposition quand, s'apercevant qu'il n'a pas le choix, il poursuivra certains programmes incontournables. Comme Hollande, il ne se rendra populaire que le jour où il se décidera à laisser tomber l'idéologie pour le pragmatisme, quitte à renier le coeur de ses promesses de campagne*.

Et pendant que le gouvernement Ayrault s'enfonce dans sa déroute programmée et que le PS s'obstine à retarder sa mue dans une invraisemblable télénovella désorganisationelle, l'opposition se met en ordre de marche pour ramasser les miettes aux prochaines échéances. 

En ressuscitant l'UDF avec son UDI (Union des Démocrates et Indépendants), Jean-Louis Borloo a non seulement flingué François Bayrou, mais aussi facilité la victoire de François Fillon à l'UMP : le positionnement "Sarko Plus - FN Minus" de Jean-François Copé le marginalise plus que jamais en "Mégret Light", permettant à son rival de ratisser encore plus large sur sa droite. Claude Guéant a été le premier à rallier le panache de l'ancien Premier Ministre (pas le panache blanc, ce serait Villepin), et la mise en avant du sulfureux Eric Ciotti complète l'aile droite du centre droit. Le déjeuner d'hier du couple exécutif sortant Sarkozy-Fillon achève de plier l'affaire.

La gauche a beau contrôler l'ensemble des pouvoirs, elle apparait plus faible que jamais. Seul motif d'espérer? La perspective de quadrangulaires PS-UMP-UDI-FN.

Toujours mieux que Barack Obama, qui ne peut guère compter que sur le "libertarian" Gary Johnson pour grapiller quelques voix à Mitt Romney dans quelques états clef. C'était possible il y a encore trois semaines, mais au petit jeu des petits candidats, Obama a désormais plus à perdre du côté de la candidature verte et de Jill Stein.




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