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20111215

Japon: regarde-toi, le monde te regarde

La fillette reste assise sur sa chaise, un moineau sur son épaule. Ses yeux tristes fixent le batiment de l'autre côté de la rue, attendant une réponse. En vain. Cette fois encore, l'Ambassade du Japon à Séoul reste silencieuse. Pire: le gouvernement japonais persiste à protester contre la statue de la fillette récemment érigée en face de l'ambassade en hommage aux victimes coréennes de l'esclavage sexuel organisé par l'Empire pour ses troupes. Ces victimes attendent depuis plus de 60 ans que justice soit faite et que le gouvernement japonais fasse officiellement des excuses.

Aujourd'hui, la fillette est entourée de quelques vieilles copines: forcées comme elle à devenir 'comfort women', ces survivantes sont aujourd'hui âgées de 80, 90 ans et plus. Elles habitent dans la House of Sharing, une résidence-musée dans la banlieue de Séoul, et viennent comme chaque mercredi, qu'il vente ou qu'il neige, pour protester. Pas contre la statue, mais avec elle, pour la justice.

Aujourd'hui, ces "halmoni"* sont entourées de centaines d'amis: des activistes et soutiens de longue date de la cause, ou de simples citoyens du monde, de tous âges et de tous horizons.

Aujourd'hui, le 14 décembre 2011, marque le millième mercredi de protestation depuis le 8 janvier 1992, et une foule immense s'est massée à Junghak-dong en face de l'ambassade qui jusqu'à l'arrivée de la fillette en bronze attendait tranquillement que les dernières survivantes disparaissent une à une. Mais séchant leurs larmes, les halmoni font fièrement face aux caméras: elles ont dépassé leur honte il y a 20 ans, et depuis ce moment plus encore, la honte est sur les leaders nippons.




Ce n'est pas une question de nationalisme, et certainement pas une question de type "Corée contre Japon". Cela se joue entre le Japon et la justice, entre le Japon et son propre avenir. Des crimes abominables ont été commis et les victimes ont le droit à la justice*. Une fois de plus, s'il veut avoir un futur, le Japon doit enfin faire face à l'Histoire. Et ses dirigeants ne peuvent plus continuer à cacher la vérité aux citoyens japonais.

J'ai souvent écrit la même chose
à propos d'autres sujets: il s'agit aussi de sauver le Japon. Et si j'ai joint la manifestation, c'est aussi parce que j'aime le Japon, et que je n'accepte pas de voir une minorité d'ultra-conservateurs trahir son propre peuple et torpiller l'avenir de l'archipel.

Quant aux ultra-nationalistes coréens (le Japon n'a hélas pas l'exclusivité) qui tentent de récupérer cette cause pour leurs propres tentatives révisionnistes, je leur dis ceci: mettez déjà un terme à vos propres impostures, et restaurez la Truth and Reconciliation Commission***.


Soutenez les victimes et leur cause:

House of Sharing / Nanum : houseofsharing.org / nanum.org
Rejoignez le groupe sur Facebook
NB: jusqu'à vendredi, House of Sharing organise près de Hongdae à Séoul une expo d'art sur le thème de l'esclavage sexuel, du trafic d'humains, de la violence et de l'oppression contre les femmes, avec des projections de films et des oeuvres d'artistes parmi lesquels quelques halmoni*.


blogules 2011 (initialement publié sur Seoul Village: "One Thousand Wednesdays" / également sur blogules en V.O.: "1,000th week of shame for Japan")

* terme affectueux pour "grand mère"

** "justice" veut dire, de la part du gouvernement japonais:
1. reconnaitre l'enrolement contre leur gré de filles et de femmes coréennes en esclaves sexuelles pour les militaires
2. formuler des excuses officielles
3. révéler les atrocités dans leur ensemble
4. ériger un mémorial pour les victimes
5. compenser les survivantes ou leurs familles
6. enseigner aux étudiants japonais la vérité et les faits afin que jamais ils ne se reproduisent
7. punir les criminels de guerre

*** jusqu'à vendredi au Cafe Anthracite (Hapjeong-dong 357-6, Mapo-gu, Seoul, Corée du Sud, près de Sangsu Station)

**** voir "La censure est-elle de retour en Corée du Sud ? Reconciliation ou Reconcealment ?" et les épisodes précédents sur Seoul Village, en particulier "TRCK : families of victims demand essential follow-up", "TRCK lost in translation or lost in transition ?", "Achievements and Tasks of TRCK's Activities", "Truth and Reconciliation : which model for Korea ?".

2 commentaires:

  1. Le confort du silence pour les bourreaux.
    Toujours cette incapacité pour la plupart des états à enregistrer les zones d'ombre de leur histoire, toujours ce mélange hors de propos entre culpabilité et responsabilité pour les générations suivantes.
    Comme si le fait de fermer les yeux sur l'horreur la rendait inexistante et incapable de se reproduire.

    Beaucoup d'émotion pour moi à la lecture de cet article et en découvrant ces femmes.

    RépondreSupprimer

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Stephane

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