Les "blogules" sont comme leur nom l'indique de petits blogs ; tantot rouges, agressifs mais nourrissants, tantot blancs, plus lymphatiques mais tout aussi benefiques pour l'organisme. Stephane MOT 2003. Switch to blogules in English. Nouveau: rejoignez blogules sur Facebook
"Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine". Victor Hugo avait plutôt bien prédit les eaux agitées autour de Jersey pendant qu'Emmanuel Macron dépose sa gerbe au pied du tombeau de Napoléon (et quelques fleurs aussi, pour mieux faire passer un discours à hauts risques)...
Vraiment, le dernier choc entre les principales puissances coloniales européennes nous a bien fait rire.
Beaucoup plus que le Waterloo du PSG à Manchester City. Là aussi, Hugo avait parfaitement conclu avec son "je pleure et je m'arrête, hélas !"
L'Empereur est mort, vive le Prince.
Le PSG se console comme il peu avec un nouveau croisement produit
Si vous avez lu 'The Dead Zone' (1979), la comparaison entre Donald Trump et Greg Stillson ne peut que vous sauter aux yeux. Dans ce classique de Stephen King, un homme capable de voir l'avenir (Johnny Smith) cherche à empêcher un populiste incompétent (Greg Stillson) de devenir président des Etats-Unis parce qu'il a 'vu' ce narcissique malfaisant déclencher la troisième guerre mondiale. Stillson débute dans la vente en porte à porte (des Bibles dans le New Hampshire, mais son bagoût lui permettrait de fourguer tout aussi facilement des voitures dans le Tennessee, ou des penthouses à Manhattan), puis prend goût au pouvoir et à ses abus en s'entourant de gangsters pour mieux forcer son destin. Ses rivaux politiques ne le prennent pas au sérieux, avant de comprendre que la machine infernale sera impossible à arrêter. Si Smith échoue dans son projet d'assassiner Stillson lors d'un meeting de campagne, il réussit à changer l'histoire, puisque le candidat utilise un bébé pour se protéger du tireur, détruisant irrémédiablement son image juste avant l'élection. Tous les lecteurs de The Dead Zone (dont votre serviteur, voir ci-dessous) ont trouvé Trump le plus Stillsonien quand, en pleine campagne, il a très sèchement demandé à réduire au silence un bébé un peu trop bruyant, révélant une nième facette sombre de son personnage:
Malheureusement, la réalité est bien plus terrifiante que la fiction: Trump n'est pas Stillson, ses méthodes peu orthodoxes ont réussi à le porter à la présidence (avec le soutien de Russes à peine plus orthodoxes et d'évangélistes peu regardants sur les valeurs morales), et l'image du Néron déclenchant le feu nucléaire continue de me hanter. D'autant que Trump a la furieuse envie de mener dans les semaines qui viennent une opération hautement risquée, et susceptible de provoquer des millions de morts. A de rares exceptions près comme Jim Mattis, la Maison Blanche a la ferme intention de frapper un coup en Corée du Nord pour dissuader Kim Jong-un de poursuivre son programme d'armement nucléaire. Cela fait des mois que ça les démange, mais comme annoncé (voir "Bonne année 2019"), ils devraient au moins attendre la fin des Jeux Olympiques de Pyeongchang.
Les motivations avancées par les partisans les plus acharnés des frappes préventives font froid dans le dos:
H. R. McMaster,
le principal conseiller de Trump en matière de sécurité, et un vétéran
plus habitué aux conflits sur des territoires eloignés, se trompe en pensant que KJU est un leader moins rationnel que son propre boss. Comme si des
centaines de milliers d'Américains ne vivaient déjà pas à portée des
armes conventionnelles de Pyongyang, et comme si un conflit n'allait pas
avoir de répercussion majeures dans la la péninsule et sur le reste du monde, il n'a aucun état d'âme à voir s'empiler les cadavres loin des States plutôt que sur le sol américain. Lindsay Graham
ne dit pas autre chose quand il avance qu'il vaut mieux que ça se passe
'là bas' que 'ici'. Le summum de cette vision 'Shithole Country' de l'extrême orient est
peut-être David Alan Adams, un ancien capitaine de la Navy qui a réussi a
planter son sous-marin nucléaire, et qui affirme qu'il vaut mieux
prendre le risque maintenant pour être fixé tout de suite (voir "Alert!").
Les
conseillers politiques du Président, une équipe d'extrémistes réputés
pour leur incompétence crasse en matière diplomatique, semblent l'avoir
persuadé qu'une frappe serait bonne pour la campagne législative de novembre prochain. Comme si la situation dans la
péninsule était aussi 'simple' que celle en Syrie.
Victor CHA, ce faucon sur le point de rejoindre Séoul comme Ambassadeur des Etats-Unis, qui avait même retweeté l'essai corrosif d'Adams
en signe de bonne volonté, a visiblement fini par refuser d'aller jusqu'au bout -
écarté au dernier moment par la Maison Blanche, il a écrit une tribune
libre* dans le Wall Street Journal rappelant les enjeux et exposant la
légèreté - pour ne pas dire l'incompétence - avec laquelle certains envisagent de telles frappes.
Pour la faire simple: il y a clairement des risques de ne rien faire, mais il y a des risques encore plus clairs de frapper, et il y a clairement d'autres options moins risquées. Les risques de ne rien faire: Pyongyang a développé des armes nucléaires d'une part, et des missiles capables d'atteindre l'ensemble du territoire américain d'autre part. Si la combinaison des deux n'est pas déjà au point, cela n'est probablement qu'une question de mois, et cette réalité, Washington refuse de l'accepter. Mais au-delà, l'ensemble de la communauté internationale redoute une accélération de la prolifération nucléaire. Si on laisse faire la Corée du Nord, comment empêcher d'autres de s'armer? L'idée fait déjà son chemin chez les voisins du Sud comme au Japon, surtout au moment où l'Amérique de Trump cède du terrain à la Chine de Xi Jinping. Par ailleurs, étouffée par les sanctions mais experte dans les échanges illicites, Pyongyang pourrait chercher à monnayer ses technologies auprès d'organisations encore plus difficiles à contrôler et enclines à les utiliser...
Les risques de frappes préventives: frapper c'est bien joli, mais avec quelles conséquences, et quels objectifs?
Quelles conséquences? Sachant que la guerre de Corée n'est officiellement toujours pas terminée, frapper le premier le sol nord coréen, même de façon limitée, constituerait un acte de guerre légitimant une réponse immédiate. Or sans même parler d'armes nucléaires, Pyongyang braque déjà vers le Sud des milliers de missiles conventionnels (certains munis d'armes chimiques), beaucoup plus que ne pourraient gérer les systèmes de défense combinés de Séoul et Washington. Il n'existe tout simplement aucun scénario où une frappe préventive ne provoquerait pas des dommages humains et matériels considérables, et la seule évacuation des populations américaines en prévision d'un conflit, même s'il venait à ne pas se réaliser, aurait déjà des effets destructeurs massifs sur l'ensemble de l'économie sud-coréenne.
Quels objectifs? Supprimer KJU? Impossible à localiser, probabilité d'échec maximale. Anéantir ses capacités de lancement? Impossible à évaluer et a fortiori à garantir, d'autant que Pyongang a prouvé qu'avec ses unités mobiles, des tests pouvaient être réalisés au dernier moment depuis n'importe quel site. Si Trump décide par exemple de détruire un pas de tir juste après le prochain test, il ne réduit en rien la capacité de nuire de Kim Jong-un, mais lui offre sur un plateau l'occasion de taper, et l'escalade est inévitable. La tactique du 'bloody nose' pouvait fonctionner en Syrie, dans le cadre d'un conflit en pleine action, où Bashar el Assad même doté d'armes chimiques n'allait pas frapper les voisins en représailles. Ici, le succès de l'opération la plus chirurgicale possible reposerait sur des conditions quasi impossibles à réunir: le très improbable accord du président le plus pro-Corée du Nord de l'Histoire, MOON Jae-in, et la présence encore plus illusoire sur place de renseignements de qualité. Nous ne sommes plus dans la situation de 1994, où Kim Young-sam avait empêché Bill Clinton de détruire les installations nord-coréennes, à un moment où la capacité de nuisance du Nord était bien moindre.
La seule intervention potentiellement légitime aux yeux de l'ONU pourrait consister à intercepter, à l'occasion d'un prochain essai, un missile à son entrée dans l'espace aérien nippon, sud-coréen, ou américain. Mais échouer affaiblirait
considérablement l'image des USA, et réussir pourrait causer d'important
dommages collatéraux. En
tout état de cause, même en cas de succès, aucune frappe ne serait de nature à freiner ou
dissuader Pyongyang, et renforcerait bien au contraire sa propagande et la priorité pour son programme de défense.
Les autres options moins risquées: il convient de toute façon de se préparer au conflit, mais en gardant la tête froide, ce qui n'est visiblement pas vraiment le cas actuellement, que ce soit en terme de préparation ou en terme de sérénité. Il faut également continuer à augmenter la pression politique et diplomatique, et à fermer les points d'entrée et de sortie permettant encore à la Corée de contourner les sanctions - y compris désormais via la Russie. Les Etats-Unis ne doivent par ailleurs surtout pas réduire leur soutien à la Corée du Sud.
La tension risque donc de remonter dès le 26 février, au lendemain des JO de Pyeongchang (rebaptisés ironiquement JO de Pyongyang par les critiques de MOON Jae-in au vu des concessions accordées au Nord pour obtenir leur participation).
Au-delà des provocations de KIM Jong-un, on suivra de près les éléments de contexte susceptibles de faire plonger notre Greg Stillson: pour peu que l'un de ses sbires lui suggère une diversion militaire au moment où l'enquête menée par Robert Mueller se fait trop pressante, ou dans le chaos d'un krach boursier... Voici, tirée du film The Dead Zone (1983), la scène où le Président Greg Stillson salue son fidèle bras droit Sonny Elliman, un criminel sans scrupules, au moment de pousser le bouton. De l'autre côté de la malette, un militaire forcé** d'accepter la décision la plus incompétentément meurtrière de l'Histoire:
Toute ressemblance avec Donald Trump dans sa robe de chambre, le très
extrémiste Stephen Miller, et le résigné Jim Mattis n'est pas vraiment
fortuite: Stephen King a lui aussi le don de voir l'avenir.
* "Victor Cha: Giving North Korea a ‘bloody nose’ carries a huge risk to Americans" (WSJ 20180130) ** Greg Stillson: 'Put your hand on the scanning screen, and you'll go down in history with me!' Five Star General: 'As what? The world's greatest mass murderers?' Greg
Stillson: 'You cowardly bastard! You're not the voice of the people, I
am the voice of the people! The people speak through me, not you! (...) You put your god damn hand on that scanning screen, or I'll hack it off and put it on for you!'
Coupables d'avoir favorisé la montée en puissance de Trump et laissé la désinformation triompher impunément, les grands media Américains semblent retrouver un peu de leur âme en dénonçant de façon plus véhémente et systématique les ahurissants assauts contre la vérité perpétrés par le nouveau Président et son équipe, Sean Spicer et Kellyanne Conway en tête, dans la foulée de leur surréaliste campagne. C'est un peu tard. Mais il n'est pas encore trop tard pour éviter la même tragédie de l'autre côté de l'Atlantique. Comme annoncé (voir "Président-élu Poutine: l'Europe après les Etats-Unis?"), la campagne de déstabilisation de l'Europe et de la France s'accélère, en suivant la même stratégie qu'aux Etats-Unis. Parfois avec les mêmes acteurs. J'avais déjà mentionné les spin-offs de Breitbart, mais comme le révèle Buzzfeed, les 'vétérans' américains de la grande foire des trolls de 2016 sont déjà très actifs sur la toile francophone. Je vous invite à lire cet article édifiant sur la stratégie et la tactique de ces terroristes, car c'est bien d'une guerre asymétrique contre la démocratie qu'il s'agit ici:
Ces techniques sont bien rôdées et connues, avec en particulier ces faux comptes Twitter ou Facebook supposés être détenus par des internautes à priori opposés à Marine Le Pen (modérés, immigrés, juifs, LGBT...), mais relayant les 'memes' et messages de propagande et de désinformation concoctés par le réseau, en évitant soigneusement d'exprimer le fond de leur pensée ('no Nazi stuff', pour reprendre les instructions mentionnées il y a quelques mois dans un article similaire du New York Times sur ces trolls d'extrême droite oeuvrant pour l'élection de Trump). J'ai déjà eu à maintes reprises affaire à ce type de trolls
fondamentalistes, racistes, antisémites, islamophobes, révisionnistes,
et autres partisans de l'Intelligent Design...
et je les ai vu croquer des plateformes comme Agoravox en quelques
mois. Ces pestes savent adopter les nouveaux media d'autant plus
rapidement qu'ils en exploitent à chaque fois les faiblesses, en particulier en
matière de modération. Dans cette descente avec Buzzfeed au coeur du réseau chargé de 'libérer la France' et de 'Make Europe Great Again', François Fillon apparaît comme la cible privilégiée en tant que principal rival du FN, mais il n'est pas nécessairement hostile à Poutine. Qu'il soit le champion du second tour, ou que ce privilège revienne à Manuel Valls, Benoît Hamon, Emmanuel Macron, ou un autre, la France doit déjouer dès aujourd'hui cette campagne de déstabilisation de la démocratie. Je ne pense pas que les media français soient tous prêts à se protéger, et pour certains hélas, qu'ils en aient même la volonté. C'est à chacun d'entre nous de faire preuve de vigilance, d'exposer les imposteurs. Ne rentrez pas dans leur jeu en répondant à leurs commentaires ou en cherchant à argumenter avec eux: vous ne feriez que renforcer leur visibilité sur la toile. Bloquez-les, et bannissez-les des plateformes qu'ils cherchent à polluer et à torpiller. blogules 2017 Armes de Desinformation Massive depuis 2003 (we also provide blogules transfusion in English) NEW: rejoignez blogules sur Facebook!!! (V.F.) / join blogules on Facebook!!! (V.O.) and Twitter (@stephanemot, @blogules) Follow Us
Je mets à profit une pose relative dans la course au provocations en Extreme Orient pour faire une petite synthèse en Français d'une série de posts dégainée ces derniers jours sur mon blog Seoul Village (voir plus bas). C'est à nouveau à propos d'une démocratie mise en danger par ses propres dirigeants, en l'occurence le Japon.
La dernière fois que je m'épanchais à propos de ce beau pays sur ces lignes, je déplorais une fois de plus l'apathie et l'inaction du peuple Japonais devant le refus de ses dirigeants de formuler des excuses aux dernières survivantes victimes de l'exclavage sexuel organisé par l'armée impériale (voir "Japon: regarde-toi, le monde te regarde" - 20121115, repris par la suite sur Rue89). Depuis, les dirigeants ont changé, et ils sont déterminés à passer à l'action. Malheureusement, c'est pour aller encore plus loin dans l'ignominie.
En 2013, personne n'oserait imaginer l'Allemagne porter au pouvoir un Chancelier qui aurait soutenu une association ouvertement révisionniste et régulièrement nié les atrocités nazies. En 2013, personne n'oserait imaginer que le peuple Allemand resterait silencieux si une fois élu, ce Chancelier se permettait de dire qu'en fait les déportés avaient rejoint les camps de leur plein gré, ou qu'il n'est pas juste d'employer le terme "invasion" pour qualifier l'aggression de la Pologne en 1939. En 2013, personne n'oserait imaginer que ce Chancelier paraderait en se prenant pour Joseph Mengele, l'Ange de la Mort d'Auschwitz.
Incroyable? Et pourtant vrai. Vous êtes bien en 2013, mais au Japon, un pays où le système politique est totalement verrouillé par des familles impliquées jusqu'au cou dans les années de plomb du Japon Impérial, et où aucun Premier Ministre ne peut arriver ou rester au pouvoir sans leur donner des gages de bonne conduite, comme par exemple visiter le sanctuaire de Yasukuni, où des criminels de guerre sont vénérés au milieu des héros de guerre. Et le Premier Ministre auteur de ces ahurissantes provocations se nomme Shinzo Abe, un fasciste dont le rêve consiste à détruire le Japon démocratique pour voir renaitre le Japon impérialiste.
Abe a succédé à Yoshihiko Noda, parti le 26 décembre dernier après un règne de 481 jours, un score honorable pour un pays où, depuis 1970, seuls Yasuhiro Nakasone et Junichiro Koizumi ont dépassé le cap des 1000 jours. Shinzo Abe lui-même a tenu pile poil un an lors de son précédent passage (2006-2007), passage pendant lequel il avait déjà oeuvré du "mieux" qu'il pouvait pour son grand projet, par exemple:
En soutenant la Société japonaise pour la réforme des manuels d'histoire. Notons qu'en France, un négationniste et un révisionniste de cette trempe serait trainé en justice, mais la classe politique corrompue veille depuis la guerre à ce qu'aucun cadre juridique n'émerge sur ce plan. Un seul Premier Ministre a osé émettre un timide erzatz de début d'embryon de semi-proto-excuse pour les atrocités commises par le régime impérial pendant la Seconde Guerre Mondiale, et encore à titre personnel. C'était en 1995, pour les 50 ans de la fin du conflit. Peut-être le socialiste Tomiichi Murayama pensait-il déjà les élections de novembre de toute façon perdues après les critiques essuyées pour la gestion du tremblement de terre de Kobé. En attendant, sa déclaration demeure une épine dans le pied des nostalgiques de l'Empire, et Shinzo Abe avait clairement exprimé le souhait de la remplacer à l'occasion du soixante dixième anniversaire de la fin de la guerre en 2015 - nous y reviendrons.
En révisant la loi fondamentale de l'éducation pour y encourager fortement "l'amour du pays", autrement dit de promouvoir l'endoctrinement nationaliste des jeunes générations.
En militant en faveur de la modification de l'Article 9 de la Constitution Japonaise, celui qui établit clairement le Japon comme une nation pacifique: "Aspirant sincèrement à une paix internationale fondée sur la justice et l'ordre, le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ou à la menace, ou à l'usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux.Pour atteindre le but fixé au paragraphe précédent, il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales et aériennes, ou autre potentiel de guerre. Le droit de belligérance de l'État ne sera pas reconnu." Inutile de dire que les nazillons locaux abhorrent ce garde fou constitutionnel - là aussi nous y reviendrons.
"Malheureusement", Abe I n'a pas pu aller au bout de ses rêves, torpillé par des scandales dans son gouvernement. Cette fois-ci, il revient à la tête d'une majorité très très fortement marquée à droite dans un paysage politique de plus en plus irrespirable. Son prédécesseur Noda, supposé de centre gauche (DPJ) a joué à fond sur la fibre ultra-nationaliste pour rester au pouvoir, n'hésitant pas à friser la guerre avec la Chine pour garantir sa présence en tête de liste aux élections. Bien sûr, il s'est fait dans la foulée démolir par les plus extrêmes qu'il était venu chercher sur leur terrain.
Si le LDP d'Abe II n'a pas la majorité absolue à lui tout seul, il contrôle tout avec ses alliés d'extrême droite Your Party et Japan Restoration Party. Le leader de ce dernier, le jeune maire d'Osaka Toru Hashimoto, a récemment soulevé un tollé planétaire en déclarant que les "femmes de réconfort" victimes de l'esclavage sexuel organisé par l'armée impériale* avait constitué un phénomène somme toute "nécessaire". Une provocation destinée à renforcer son contrôle sur son parti au bord de l'implosion, à l'heure où son partenaire Shintaro Ishihara menaçant de voler de nouveau de ses propres ailes (l'ancien gouverneur de Tokyo a le pédigrée requis pour aller loin en politique: il est raciste et considère le massacre de Nanjin comme un mythe).
Ces provocations, qui déclenchent aussitôt des réactions indignées des pays victimes des exactions du régime impérial au premier rang desquels la Corée et la Chine, sont malheureusement désormais le seul moyen d'exister politiquement au Japon. Le jour suivant le quart d'heure Warholien de Hashimoto, Shinzo Abe a cru bon d'en rajouter une couche, histoire de rappeler qui était le patron en la matière: il a posé avec un grand sourire en pilote d'avion de chasse, mais en choisissant le numéro 731, une référence sans équivoque à l'Unité 731 de triste mémoire, celle où le Josef Mengele nippon menait ses expérimentation abominables sur des humains. Afin de bien faire comprendre au monde entier qu'il n'avait pas choisi cet avion au hasard, le Premier Ministre a fait ajouter la mention "Leader S. Abe" au-dessus du numéro, en Anglais.
Le leader de l'Unité 731 s'appelait Shiro Ishii, un criminel de guerre qui a évité tout procès en négociant sa liberté auprès des Américains en échange des résultats de ses petites expériences. Une fois de plus, ces petits arrangements avec la morale continuent à coûter très cher aujourd'hui: non seulement ils constituent l'un des moments les plus indignes de l'histoire de la démocratie américaine, mais l'absence de justice et de condamnation d'un grand nombre de crimes de guerres impériaux a permis dès le départ la corruption de la démocratie japonaise et l'impunité des révisionnistes comme Abe.
Shinzo Abe a tellement bien réussi son Vol 731 que la presse internationale a ressorti les atrocités commises par l'Unité 731, braquant les projecteurs sur une partie de l'histoire que précisément lui et ses amis cherchent à nier et effacer des mémoires. L'extrême droite nippone n'est jamais très subtile et l'an dernier, les pressions menées contre le mémorial de Pacific Palissades dans le New Jersey pour les victimes de l'esclavage sexuel pour l'armée impériale avaient déjà provoqué un retour de manivelle: non seulement les autorités locales avaient obtenu un soutien encore plus fort de leurs administrés, mais les media internationaux avaient repris l'affaire et remis une couche sur cette partie de l'histoire méconnue en occident (voir "We reject as false the choice between revisionism and nationalism - for a Global Truth and Reconciliation Network"). Dans la même veine, la visite de Jean-Marie Le Pen et compagnie à Yasukuni avait eu des retombées assez fortes.***
Les Etats-Unis ont joint la Corée du Sud et la Chine dans un concert d'indignation et le lendemain, Shinzo Abe a été obligé d'effectuer une petite mise au point, pour le moins floue, et sur le fond pas franchement dans le sens de la marche arrière:
Concernant la déclaration de Murayama de 1995: Abe a dit que finalement, il ne reviendrait pas dessus en 2015. C'est une bonne chose, mais pas franchement une surprise, car au sein même de son parti, certains pensaient que c'était risqué de s'y attaquer avant d'avoir réglé la question de l'Article 96.
Concernant la définition du mot "invasion" pour qualifier les aggressions impériales: Abe a dit qu'il "n'avait jamais dit que le Japon n'avait pas envahi d'autres pays". C'est vrai sur la forme, mais sur la forme comme sur le fond, cette mise au point ne change rien: Abe n'a pas pour autant dit qu'il pensait que le Japon avait envahi d'autres pays.
Concernant la sortie de Hashimoto sur les esclaves sexuels de l'armée impériale (ses "nécessaires" comfort women): Abe a dit que ni lui ni personne dan son parti ne partageaient les vues de Hashimoto sur le sujet. Mais là aussi, Abe ne livre pas le fond de sa propre pensée sur le sujet**.
En réalité Abe marque une pause sans reculer. Il constate simplement les limites à ne pas dépasser tant qu'il n'a pas modifié la constitution pour avoir les coudées franches. Il a été de plus en plus loin dans les provocations sans rencontrer d'opposition notable dans son pays, et n'a en rien cédé à la pression internationale. C'est surtout sa majorité d'extrême droite qui lui a rappelé de ne pas se disperser et de ne pas oublier que la priorité reste de faire tomber l'Article 96.
L'Article 96 fixe des conditions contraignantes pour toute modification de la Constitution: une majorité des deux tiers est requise dans chaque chambre, et le texte doit ensuite être ratifié par référendum populaire. Cet article technique est plus facile à faire tomber que l'Article 9, et ouvre grand la porte à des altérations encore plus spectaculaires.
Et Shinzo Abe veut mettre toutes les chances de son côté. Pas question de tomber pour un scandale financier ou une crise économique. Au contraire, le dopage artificiel de l'économie à court terme (quitte un peu plus à plomber les comptes) renforce l'adhésion du public, et là où ses prédécesseurs avaient déjà chuté de 20 à 40 points dans les opinions favorables après 5 mois en place, Abe a même grapillé quelques points à 72%.
Ne nous y trompons pas: Shinzo Abe est bien le pire ennemi de la démocratie au Japon, et ses fameux "Abenomics" ne sont qu'un moyen de corrompre les électeurs pour mener à bien ses "vraies" réformes de fond, ce que j'appelle les "AbeIGNomics".
10 ans déjà depuis l'invasion de l'Irak... je vais essayer de ne pas trop répéter mes mantras habituelles, mais au cas où vous avez loupé les épisodes précédents, je vous invite à prendre connaissance des 3 messages suivants:
***
1) L'invasion de l'Irak était destinée à répandre le fondamentalisme dans le monde, pas la démocratie en Irak:
Conservez toujours ceci à l'esprit: "George W. Bush n'a pas agit en tant que Président des Etats Unis d'Amérique dans l'intérêt de son pays, ni même en Républicain dans l'intérêt de son parti, mais avant tout en fondamentaliste dans l'intérêt du fondamentalisme."
J'ai écrit mon "Universal Declaration of Independence from Fundamentalism"* pour exposer cette imposture Bush et au-delà, celle du fondamentalisme, ce projet politique totalitaire déguisé en projet religieux universel, à la fois le pire ennemi de la démocratie et le pire ennemi de la religion.
Comme je l'ai rappelé pour le 5ème anniversaire de cette mascarade ("Iraq - 5 years of success for fundamentalists"), l'invasion de l'Irak fut un triomphe dans le sens où comme prévu, elle a renforcé les fondamentalistes partout dans le monde. Dubya avait donc mérité de poser devant la banderole "Mission accomplie".
2) Le pétrole n'était qu'un moyen de corrompre, pas le but du jeu. Et l'affaiblissement de la démocratie en Amérique n'était pas qu'un dommage collatéral:
Pour la faire simple: les théocons ont fixé l'agenda avec l'aide des néocons (et quel tandem plus adéquat pour la tâche que Bush-Cheney?), et vendu la guerre aux paléocons**.
En d'autres termes: le but ultime du jeu est d'anéantir la démocratie (l'objectif des théocons et autres fascistes), et la justification morale une intervention pour libérer un pays de son dictateur (un objectif néocon tout ce qu'il y a de plus classique), mais pour lancer une guerre, la bénédiction des lobbies pétroliers et militaro-industriels est nécessaire (un travail pour nos bons vieux paléocons).
Seul manquait un alibi pour passer à l'action dès que possible. Un danger clair et immédiat. C'est le rôle des mensonges et fabrications éhontés autour des Armes de Destruction Massive et des liens prétendus entre Saddam Hussein et Osama Ben Laden.
Bien sûr, il y avait toujours le risque de voir un journaliste curieux faire son boulot, ou un citoyen désireux d'exercer son droit à la transparence.
Le Patriot Act étant entré en vigueur plus d'un an avant l'invasion, le principal problème venait des media, et c'est là que l'Administration Bush a offert un pacte aux grands du secteur: si vous ne nous attaquez pas avant les élections de 2004***, nous vous aiderons à consolider votre pouvoir. A la tête du régulateur (FCC), le fils de Colin Powell a fait de son mieux pour affaiblir les lois anti-monopole dans les media, et de fait la concentration s'est opérée à ce moment clef de l'histoire de la presse traditionnelle, des diffuseurs radio-TV, et des media internet. Michael Powell a été jusqu'à monter un forum bidon quelques semaines avant l'invasion, comme pour rassurer tout le monde sur ses bonnes intentions. Il a par la suite rejoint la célèbre RAND Corporation.
Notons que ce procédé "pas de bâton contre carotte" a été repris par Nicolas Sarkozy avec les media en France (voir "Armes de Désinformation Massive - Redux"), et avec plus de succès par Lee Myung-bak en Corée du Sud.
D'une façon générale, l'Administration Bush a cherché systématiquement - avec certes plus ou moins de succès - à modifier l'équilibre et la séparation des pouvoirs à la base de la démocratie: . exécutif? pouvoirs abusifs multipliés, opacité maximale, y compris vis à vis des Républicains . législatif? corruption généralisée, production de lois anti-démocratiques à la pelle . judiciaire? promotion de la torture, négation de tous les droits élémentaires . media? complaisante au mieux, en charge de la propagande officielle au pire (FoxNews) . netizens? noyés sous la propagande, les électeurs suivent docilement. les réfractaires font l'objet de surveillance par big brother . .... . et bien sûr, la priorité des priorités pour les théocons: anéantir la laïcité, ce pilier essentiel de la démocratie. A nouveau: mélanger la religion avec la politique, l'éducation, ou la science, c'est le meilleur moyen d'attaquer à la fois la démocratie et la religion (voir "Non à la Burqa = Non au fondamentalisme... Chrétien y compris" / "France, secularism and burqa : a political issue, not a religious one").
Naturellement, il y avait aussi beaucoup d'argent en jeu. Pour les lobbies religieux luttant contre la séparation de l'église et de l'état comme pour les lobbies pétroliers ou militaro-industriels. Et le pillage des ressources naturelles irakiennes ne constitue qu'un pan d'un système qui a également converti des excédents budgétaires record en déficits records (entre autres missions vitales: soutenir les copains comme Halliburton, une action caritative qui s'est même poursuivi dans un autre Golfe, après Kathrina - voir "Red blogule to Halliburton and the 40 thieves").
Mais la corruption a frappé bien plus loin, au coeur des fondamentaux de la démocratie.
***
3) Le Printemps Arabe ne doit rien à la Guerre en Irak, bien au contraire:
George W. Bush et son fan club essayent de nous vendre le Printemps Arabe comme la conséquence de son aventure en Irak, une "guerre de libération" qui a "fait rayonner la démocratie dans la région", mais cette imposture est totalement inacceptable. Premièrement, la croisade de Bush a surtout contribué à réduire au silence les modérés et à renforcer les islamistes radicaux, les confortant comme seule force politique capable de prendre le pouvoir à la chute des régimes en place. Deuxièmement, son invasion illégale et à des fins anti-démocratiques ne saurait être comparée avec des mouvements populaires d'auto-détermination portée par des idéaux universels de liberté et de démocratie. L'idéal de nation de Bush est la théocratie, un idéal partagé par les islamistes, et certainement pas par les authentiques combatants de la liberté. Troisièmement, l'Administration Bush a bien servi d'exemple dans la région, mais pas dans le monde arabe (voir "Israel accepted as true the choice between its security and its ideals", "Persiste et signe" et "Le rideau de sable et la renaissance musulmane").
***
Dix ans après, la justice n'a toujours pas été rendue, et je pense que les derniers mots de Tomas Young (dans "The Last Letter") méritent d'être reproduits ici: "Un message à George W. Bush et Dick Cheney de la part d'un Vétéran sur le point de mourir": "J'espère que vous serez trainés en justice. Mais surtout j'espère, dans votre intérêt, que vous trouverez le courage moral pour faire face à ce que vous avez fait pour moi et pour beaucoup, beaucoup d'autres qui méritaient de vivre. J'espère qu'avant que votre temps sur terre touche à sa fin, comme il se termine pour moi, vous trouverez la force de caractère pour vous présenter devant le public Américain et devant le monde, et en particulier devant le peuple irakien, et implorer leur pardon".
Et comme toujours, il est de notre devoir à tous d'exposer et de dénoncer les impostures, de siffler hors jeu chaque fois qu'un gouvernement essaye d'affaiblir la séparation des pouvoirs ou de jouer avec les fondamentaux de la démocratie.
* "Déclaration Universelle d'Indépendance Contre le Fondamentalisme", prolonge et complète "En finir avec le fondamentalisme" ** voir aussi "Neocons, theocons et paleocons"... NB: si les "anticons" évoluaient alors encore sous la surface radar, ils ne constituent en rien un modèle démocratique: "le Tea Party n'est pas une alternative au duo Parti Républicain - Parti Démocrate, mais la négation même de la république, la négation même de la démocratie (voir "Grand Old Parting - enter the anticons") *** Souvent même jusqu'aux élections 2008 (see "The Silence of the Lambs (War in Iraq and US networks)"). Et certains collabos ont eu le culot de donner des leçons à Bush après une telle disgrâce (voir "What Fareed Zakaria got wrong")!
Maintenant que Sarkozy, La Grande Finance et Gérard Depardieu sont allés s'exiler au Qatar, au Royaume-Uni et en Russie, Guignol ne sait plus où donner du bâton. Flanby règlerait bien son affaire au chômage, mais il s'obstine à taper sur les mauvaises cibles. Et Gnafron n'a pas encore dégrisé des dernières fêtes de l'UDI pour l'aider à y voir plus clair. Flageolet, lui, pète la forme dans les sondages, mais il vole de ses propres ailes... pire: avec cette abominable affaire de militantes kurdes assassinées en plein Paris, Valls le superflic a encore l'occasion de lui faire de l'ombre.
Toute l'assistance s'époumonne à alerter Guignol sur un très très vilain personnage, Bashar el Assad. Mais notre héros semble vouloir regarder partout sauf au beau milieu de la scène internationale. Fidèle à sa ligne fuyante directrice, le procrastinateur en chef attend que la situation dégénère au point de non retour pour envisager de penser à l'action (je dis bien "penser", pas "passer").
Le point de non-retour a été franchi par al Qaeda au Mali, obligeant Mr Trierweiler à abandonner sa posture d'autruche.
Enfin... Rien de tel qu'une bonne guerre pour regonfler une côte de popularité.
A condition de soigner son look présidentiel.
Et là, manque de bol, au pupitre, François Hollande évoque plutôt le maire d'une obscure commune rurale soulevant l'épineux problème de la recrudescence du braconnage sur les terres du père Foutrac. Même Giscard avait fait mieux pour Kolwezi, c'est tout dire.
Rien n'y fait: Flany n'est toujours pas habité par la fonction, et ça se voit. Se cacher derrière son petit doigt, il sait faire, mais il en faut plus pour animer la marionnette.
A côté de lui, Laurent Fabius donnerait presque l'impression d'avoir la carrure d'un premier ministre (!) - laissez lui quelques semaines, disons d'ici le prochain Salon des Antiquaires, et Fafa va nous faire une petite chiraquerie taïno à la sauce Dogon, vous pariez?
La fillette reste assise sur sa chaise, un moineau sur son épaule. Ses yeux tristes fixent le batiment de l'autre côté de la rue, attendant une réponse. En vain. Cette fois encore, l'Ambassade du Japon à Séoul reste silencieuse. Pire: le gouvernement japonais persiste à protester contre la statue de la fillette récemment érigée en face de l'ambassade en hommage aux victimes coréennes de l'esclavage sexuel organisé par l'Empire pour ses troupes. Ces victimes attendent depuis plus de 60 ans que justice soit faite et que le gouvernement japonais fasse officiellement des excuses.
Aujourd'hui, la fillette est entourée de quelques vieilles copines: forcées comme elle à devenir 'comfort women', ces survivantes sont aujourd'hui âgées de 80, 90 ans et plus. Elles habitent dans la House of Sharing, une résidence-musée dans la banlieue de Séoul, et viennent comme chaque mercredi, qu'il vente ou qu'il neige, pour protester. Pas contre la statue, mais avec elle, pour la justice.
Aujourd'hui, ces "halmoni"* sont entourées de centaines d'amis: des activistes et soutiens de longue date de la cause, ou de simples citoyens du monde, de tous âges et de tous horizons.
Aujourd'hui, le 14 décembre 2011, marque le millième mercredi de protestation depuis le 8 janvier 1992, et une foule immense s'est massée à Junghak-dong en face de l'ambassade qui jusqu'à l'arrivée de la fillette en bronze attendait tranquillement que les dernières survivantes disparaissent une à une. Mais séchant leurs larmes, les halmoni font fièrement face aux caméras: elles ont dépassé leur honte il y a 20 ans, et depuis ce moment plus encore, la honte est sur les leaders nippons.
Ce n'est pas une question de nationalisme, et certainement pas une question de type "Corée contre Japon". Cela se joue entre le Japon et la justice, entre le Japon et son propre avenir. Des crimes abominables ont été commis et les victimes ont le droit à la justice*. Une fois de plus, s'il veut avoir un futur, le Japon doit enfin faire face à l'Histoire. Et ses dirigeants ne peuvent plus continuer à cacher la vérité aux citoyens japonais.
J'ai souvent écrit la même chose à propos d'autres sujets: il s'agit aussi de sauver le Japon. Et si j'ai joint la manifestation, c'est aussi parce que j'aime le Japon, et que je n'accepte pas de voir une minorité d'ultra-conservateurs trahir son propre peuple et torpiller l'avenir de l'archipel.
Quant aux ultra-nationalistes coréens (le Japon n'a hélas pas l'exclusivité) qui tentent de récupérer cette cause pour leurs propres tentatives révisionnistes, je leur dis ceci: mettez déjà un terme à vos propres impostures, et restaurez la Truth and Reconciliation Commission***.
Soutenez les victimes et leur cause:
House of Sharing / Nanum : houseofsharing.org / nanum.org Rejoignez le groupe sur Facebook NB: jusqu'à vendredi, House of Sharing organise près de Hongdae à Séoul une expo d'art sur le thème de l'esclavage sexuel, du trafic d'humains, de la violence et de l'oppression contre les femmes, avec des projections de films et des oeuvres d'artistes parmi lesquels quelques halmoni*.
** "justice" veut dire, de la part du gouvernement japonais: 1. reconnaitre l'enrolement contre leur gré de filles et de femmes coréennes en esclaves sexuelles pour les militaires 2. formuler des excuses officielles 3. révéler les atrocités dans leur ensemble 4. ériger un mémorial pour les victimes 5. compenser les survivantes ou leurs familles 6. enseigner aux étudiants japonais la vérité et les faits afin que jamais ils ne se reproduisent 7. punir les criminels de guerre
*** jusqu'à vendredi au Cafe Anthracite (Hapjeong-dong 357-6, Mapo-gu, Seoul, Corée du Sud, près de Sangsu Station)
Des attentats terroristes en provenance de Gaza, Bibi Netanyahu pratiquant l'escalade au quart de tour... malheureusement, sauf une surprise à quelques jours de l'offensive pacifiste de la Palestine à l'ONU : une fois de plus, les radicaux des deux bords relancent leur partie de ping-pong dès que les modérés menacent de faire entendre leur voix*.
Le gouvernement Israélien saute d'autant plus sur l'occasion qu'il est challengé de l'intérieur sur le front économique : les "indignés" israéliens défilent comme les autres peuples aux quatre coins du monde.
Il est peut-être aussi temps pour Netanyahu de revigorer le Hamas et le Hezbollah, ses meilleurs ennemis connaissant un petit coup de mou à l'image de leur sponsor syrien Assad. Pas d'inquiétude en revanche sur l'ex (futur ?) front Egyptien : la Muslim Brotherhood n'avait pas attendu ce meurtrier coup de pouce de Tel Aviv - une bavure plus que "regrettable" - pour reprendre des couleurs. Comme prévu, hélas**, les Islamistes gagnent du terrain dès que les révolutions populaires s'essoufflent en Egypte ou en Tunisie face aux réalités politiques (gabégie, corruption, inorganisation démocratique) et surtout aux réalités économiques.
Même espoir et inquiétude en Libye : Muammar al Gaddafi tombera bientôt, et l'avenir dira si le pays lui survivra.
Quoi qu'il arrive, on se dirige vers une redistribution des cartes au niveau mondial. Au sens fort, avec de nouveaux pays et de nouvelles frontières. Une nouvelle phase commence après un demi-siècle de post-colonisation, la notion de nation comme celle de peuple évolue à toute vitesse, de nouvelles communautés économiques et politiques se dessinent***, et sur le plan social l'humanité se découvre enfin une forme de vécu commun. Rien de bien précis à ce stade, mais je ne pense pas que cela prenne plusieurs décennies pour que l'on passe vraiment à quelque chose d'autre.
Ma première réaction en voyant Jean-Marie Le Pen et ses amis fascistes européens parader au très controversé Yasukuni Shrine devant tous les media internationaux ? Avant même le sentiment de honte, l'espoir que cette mascarade serve enfin d'électrochoc pour l'opinion publique japonaise.
J'en profite, une fois n'est pas coutume, pour m'adresser directement à mes lecteurs Japonais : ces gars sont la honte de l'Europe, des révisionnistes de la pire espèce, et s'ils sont là c'est parce qu'ils ont été invités par vos propres groupuscules fascistes. Après un coup pareil, êtes vous toujours prêt à tolérer que des membres de gouvernement japonais répondent à ces mêmes invitations, êtes vous toujours d'accord pour laisser cette dangereuse minorité décider qui peut rester Premier Ministre et ce qui doit être écrit dans vos manuels d'histoire ? J'ai la faiblesse de vous croire plus forts qu'eux.
En tout cas, Naoto Kan, le nouveau Premier Ministre, a officiellement déclaré qu'il ne visiterait jamais Yasukuni*. Et l'extrême droite nippone lui a répondu quelques jours plus tard de la façon la plus spectaculaire et la plus stupide : avec cette misérable opération de com', ils ont non seulement prouvé qu'ils existaient et qu'ils avaient des amis à l'étranger, mais aussi exposé au grand public leur vraie nature et leur imposture.
En effet, à l'instar de ses amis fascistes européens, cette clique de nostalgiques de l'Empire du Soleil Levant n'a rien de "nationaliste" et mine au contraire de l'intérieur la nation japonaise en trahissant son propre peuple, en torpillant toute initiative de progrès, en cherchant coûte que coûte à réécrire une histoire que pour commencer, ils ont réussi à ne jamais vraiment laisser écrire.
A chaque anniversaire d'Hiroshima c'est le même topo : le peuple Japonais demande légitimement des excuses aux Américains pour avoir frappé d'innocentes victimes civiles, mais ne pense jamais à demander pardon pour les crimes atroces ayant conduit aux bombardements de Hiroshima et Nagasaki... pour la simple raison que ces faits sont soigneusement omis par un système éducatif vérolé par cette fameuse minorité d'illuminés.
Certes, Kan a, peu avant le 65e anniversaire de l'indépendance coréenne et cent ans après l'annexation officielle de la péninsule**, renouvelé les excuses du Japon au peuple Coréen, mentionant pour la première fois l'évidence que l'occupation Japonaise avait été exercée contre sa volonté... mais ces excuses demeurent incomplètes et surtout le peuple japonais dans son immense majorité continue à être maintenu dans une ignorance dangereuse pour l'avenir de cette grande nation fort justement convertie au pacifisme.
Oui, "Le Tombeau des Lucioles" est un très joli film, mais il prendrait vraiment une autre dimension si au lieu de blâmer les avions qui lâchent les bombes, les victimes blâmaient leurs propres dirigeants : ce sont eux qui ont à la base détruit leur nation, et ce d'une manière encore plus abjecte et fondamentale. Les Allemands y sont arrivés intuitivement et immédiatement. Peut être parce qu'une grande partie de ces crimes a été commise sur leur propre sol, et sans aucun doute parce que toute la lumière a été faite, sans délai, sur les années noires du nazisme.
En fait d'excuses, il me semble que dans un premier temps, c'est à ce honteux relicat d'extrémistes japonais de s'excuser publiquement auprès de ses concitoyens. Enfin informée, la majorité silencieuse pourra alors formuler à son tour les excuses tant attendues par les voisins victimes de la barbarie. En toute sincérité, avec l'espoir d'avoir une fois pour toute barré la route aux marchands de haîne et de guerre.
Et si l'extrême droite asiatique s'était effectivement fait hara-kiri en invitant ses partenaires européens, un tel dénouement n'en serait que plus savoureux.