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20121220

De quoi PARK Geun-hye est-elle le nom?

A en croire le calendrier solaire des Mayas, la fin du monde est pour demain. Mais en Corée et d'après le calendrier lunaire, c'est MOON qui s'est cassé la gueule hier.

En fait, pour ces élections présidentielles en Corée du Sud, le candidat de gauche MOON Jae-in n'a jamais vraiment eu l'occasion de briller*. L'indépendant AHN Cheol-soo a longtemps donné l'illusion de pouvoir le faire, mais il s'est retiré de la course sans pour autant que MOON en profite pleinement**. Et puis une petite candidate d'extrème gauche plutôt agitée a torpillé les deux premiers débats télévisés, ne s'éclipsant qu'à quelques jours du scrutin, trop tard pour permettre un vrai face à face.

En dépit de l'impopularité de son prédécesseur et des interrogations fondamentales pesant sur elle, PARK Geun-hye aura donc traversé jusqu'à sa victoire sans surprise une campagne sans véritable adversaire ni véritable débat.

Pour autant, sa victoire n'est pas négligeable, et s'avère même un triomphe démocratique très net. Ce qui me chiffonne, qu'il est difficile de dire qui a gagné ces élections.



Le site de PGH ce matin

La démocratie Sud-Coréenne s'est choisi un vainqueur incontestable...

- une participation record:
75,80%, c'est la meilleure depuis 1997 et la bagarre entre Kim Dae-jung et Lee Hoi-chang
- une vraie majorité:
51.6% pour PARK contre 48.0% pour MOON (NB: cette année, les petits candidats étaient de véritables nains de jardin)
- une victoire au-delà des clivages régionaux habituels:
Bien sûr, les habituels bastions ont tenu: MOON a fait 86-89% sur les provinces de Jeolla et même 91.97% à Gwangju, PARK a cartonné dans l'Est avec un pic à 80.4% à Daegu. Mais au-delà des scores, très différents, la carte présente une coloration très différente des élections de 1997 et 2002, où l'on pouvait tracer une verticale avec les progressistes à l'ouest et les conservateurs à l'est, et plus proche du raz de marée de 2007, où LEE Myung-bak n'avait laissé que le sud-ouest. MOON a bien regagné Séoul, mais de trop peu. En fait, la victoire de sa rivale s'est dessiné très tôt dans la soirée avec les premiers dépouillements dans la région capitale (en tête sur Gyeonggi-do et Incheon, juste derrière sur Séoul). Notons que les Coréens de l'étranger votaient pour la première fois, et que le vote conservateur s'est révélé nettement minoritaire (56-42 pour MOON, 70% de participation).
- le choc des générations s'est confirmé, mais pas tant que cela: comme prévu, le vote PARK progresse avec chaque tranche d'âge, et elle a verrouillé les plus de 50 ans. Mais elle n'a pas été trop larguée chez les plus jeunes (un tiers des votes). Et qui a gagné la bataille des réseaux sociaux? Les seniors, qui se sont Kakao Talké jusqu'à mobiliser 90% de leur tranche d'âge.
 
 

... mais au fond, qui a gagné ces élections?

Pour les media étrangers, la nouvelle combine deux événements pour la Corée: une femme devient pour la première fois présidente de la république, et la démocratie choisit l'enfant d'un dictateur pour diriger le pays.

Je ne pense pas que la dimension "glass ceiling" ait été centrale (oui il s'agit d'une femme, non mariée, et sans enfants, mais c'est totalement secondaire), ni qu'il s'agissait d'un référendum pour ou contre PARK Chung-hee (a fortiori, je ne me suis fait aucune illusion sur le poids des valeurs constitutionnelles au centre de ce non-débat***). Pour moi, les électeurs se sont au final positionnés par rapport à un niveau d'incertitude et de changement. De la gestion de risques, en somme.

Et le conservatisme l'a emporté.

Chacun sentait que la situation était mauvaise, que quelque chose devait être fait, et les deux candidats ont fait des promesses comparables sur certains points (moins de pouvoir pour les chaebols, une meilleure couverture sociale pour les plus démunis). Mais chaque candidat soulevait lui-même beaucoup de doutes - de nature il est vrai tres differents -, et y compris au sein de leurs propres camps: même en cas de victoire de leur champions respectifs, certains voyaient trop d'incertitudes pour l'avenir du pays comme pour leur propre sort personnel. Les peurs ont clairement dominé sur l'espoir, et MOON comme PARK ont passé l'essentiel de leur temps à essayer de rassurer les électeurs. Et à ce petit jeu, en général, c'est le conservateur qui l'emporte. Pas nécessairement le candidat conservateur et sa présumée supériorité sur l'économie, mais la part de conservateur dans chaque électeur.

PARK a parfaitement respecté le script en se positionnant comme la maman de tout un peuple, et en arrondissant sensiblement ses réformes (dans le style: les chaebols on trop de pouvoir mais en période de crise, on ne peut pas affaiblir les moteurs de notre économie, et puis méritent-ils que l'on soit si méchants avec eux?). A son habitude, elle n'a jamais vraiment donné l'impression de dire ce qu'elle pensait au fond. Et toujours cette voix douce de l'ajumma rassurante et averse au risque, calculant et pesant chacun de ses mots...
 
Comme les Français avec François Hollande (voir "La France dit non au changement"), les Coréens ont donc choisi de changer sans changer. Là aussi, la seule promesse certaine d'être tenue par le nouveau président c'était de faire partir l'ancien, très contesté, mais en Corée la constitution interdit de toute façon à un président de se représenter. En 2007, LEE Myung-bak avait reçu un mandat clair pour réformer, et tout le monde reconnaissait sa capaciter à mener et à agir, quitte à être franchement buldozer/kärcher par moments... mais comme avec Nicolas Sarkozy, le pays a vite déchanté****. En 2012, beaucoup d'électeurs coréens ont regretté, comme beaucoup d'électeurs français, d'avoir à choisir entre le risque républicain (craintes sur l'équilibre des pouvoirs, les fondements de la démocratie) et le risque idéologique (un parti obsolète, inconsistant, et pas prêt à gouverner). Mais la Corée n'est pas la France, et le fait qu'il ait changé de candidat a aussi aidé le parti au pouvoir à rester en place. PARK Geun-hye n'avait pas plus que Hollande l'image d'une réformatrice. Au moins a-t-elle donné l'impression de vouloir réformer son parti, mais en se contentant de le renommer, de remplacer quelques figurants, et d'espérer très fort que cela suffise pour éradiquer la corruption endémique dans le paysage politique national*****. Et puis elle a fait passer par le gouvernement des paquets de lois populaires dans les semaines précédant les élections pour donner le change. Dans le camp en face, l'interminable primaire a enlevé tout espoir de conquête des indécis.

PARK Geun-hye fait partie du paysage depuis des décennies, et tout le monde connait son histoire. Elle n'a pas choisi d'être une fille de dictateur, et on ne peut pas attendre d'une adolescente dont les deux parents ont été assassinés qu'elle devienne une adulte normale. Et puis elle a fini par se distancer du régime de son père, elle est à l'abri des scandales habituels pour les enfants de présidents parce qu'elle n'en a pas, et à l'inverse de son prédécesseur, elle ne roule - officiellement au moins - pour aucune église. Pourquoi ne pas lui donner sa chance? Même si elle n'a critiqué son papa que sur le tard, sous la pression des électeurs, et de façon à la fois très indirecte et très limitée. Même si, à ce jour, nous ne savons toujours pas ce qu'elle pense au fond d'elle même. Même si on ne peut même pas être totalement certain que ce soit vraiment elle qui mène sa propre barque.

Et hier, quand son heure de gloire est arrivée, PARK Geun-hye a quelque part réussi à éviter une fois de plus le passage au révélateur. Loin de délivrer un discours de victoire inspirant pour tout un pays, elle s'est contenté de quelques mots au QG de campagne pour fixer rendez-vous à tout le monde à Gwanghwamun Square, où elle a simplement fait une courte apparition sur le podium pour recevoir un bouquet et répondre à une brève interview, comme la patineuse KIM Yu-na à la fin d'une compétition. La scène aurait dû se passer quelques hectomètres plus au sud, sur Seoul Plaza, avec la patinoire en plein air de la ville en arrière plan plutôt que la statue du Grand Roi Sejong.

Qui a donc fait office de star à la télé coréenne hier? Gwanghwamun, CHUNG Mong-joon, et Anipang.

. Gwanghwamun? Sur sa route du retour au siège de la présidence (Cheong Wa Dae, au nord), PARK a quitté sa maison dans les quartiers riches (Gangnam, au sud - oui, le Gangnam raillé par PSY, pourtant un gars du coin), pour faire une étape chez son parti (serrer les mains de pontes dont certains ont aussi l'étiquette chaebol), avant de célébrer sa victoire devant Gwanghwamun, à l'entrée du principal palais historique du pays. Un raccourci de tous les symboles du pouvoir de la ville et du pays à travers les temps et une confirmation, pour ceux qui en doutaient encore: le centre historique et Gwanghwamun est redevenu le symbole ultime du pouvoir à Séoul et en Corée. Mention spéciale au Roi Sejong: sa statue un peu kitsch a écrasé de sa masse la nouvelle reine du pays pendant sa courte apparition, et son nom est même devenu un nouvel objet politique à conquérir (à peine sortie de terre, l'ex-future capitale Sejong City bénéficie d'un statut spécial qui l'élève au niveau des 16 autres régions du pays).

. CHUNG Mong-joon? Comme le Roi Sejong mais sans le sourire, l'homme de pouvoir est resté assis et silencieux toute la soirée, mais sa face de géant pensif a occupé tout l'écran. Y compris pendant le bref passage de son ex rivale au siège de campagne.

. Anipang? Je n'ai pas regardé une soirée électorale à la télé mais une espèce de jeu vidéo stupide avec chaque moitié d'écran remplie par des rangées de VIP d'un des grands partis (Saenuri, DUP), et des avatars 3D plus ou moins mignons de PARK et de MOON réagissant de façon plus ou moins déjantée à chacun des résultats. C'est le seul moyen que les chaînes ont trouvé pour animer une soirée où elles se sont contentées de communiquer, au fil du dépouillement, l'évolution des scores bruts pour chaque région et au niveau national. Les seuls humains sont les présentateurs, des animateurs non experts qui se gardent bien de faire des commentaires. Ne cherchez pas les experts et les invités politiques, ne cherchez pas les analyses de sondages sortie des urnes. Vous avez simplement droit à ce jeu TV stupide: un simple compte à rebours où le seul objectif est de deviner l'heure à laquelle le vainqueur sera mathématiquent certain d'être élu. J'ai zappé sur je ne sais combien de chaines et c'était partout pareil, la concurrence se faisant sur les animations 3D. Ils ont tous essayé des trucs mignons, comme cet espèce d'ourson blanc géant traversant tel Tottoro un paysage coréen idéalisé. SBS a risqué un fond d'écran nettement plus flippant: un vieux village livré à lui même et vidé de ses habitants, comme un "shoot'em up" après le départ des snipers et l'évacuation des cadavres. Mais la plupart du temps c'était MOON et PARK au pays des toons, comme ici sur newsY:




Et maintenant?

Au final, nous n'avons à ce stade pas appris grand chose. Ni pendant la campagne, ni à la lecture des résultats.

Et la Corée a décidé d'accorder à PARK Geun-hye le bénéfice du doute.

C'est donc à elle (et/ou à quiconque tient le volant) de décider où mener la nation, et quel héritage la famille laissera au final.

Voyons comment cette page blanche s'écrit.

Et avec elle l'Histoire. Avec une attention particulière sur la façon avec laquelle elle est réécrite dans les manuels d'école. 

(publié initialement sur Seoul Village - "The Anipang Election: PARK wins big, but who wins?" - également sur blogules en V.O. - "A clear democratic triumph for PARK Geun-hye, but who won the elections?")

blogules 2012
Armes de Desinformation Massive depuis 2003 (we also provide blogules transfusion in English)
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* voir "Time is up" (en Anglais)
** voir "Scratch that: Dynasty, Dallas, or the Twilight Zone?" (en Anglais)
*** voir "25 years later" (en Anglais)
**** je ne reviendrai pas sur le parallèle avec Sarkozy de 2008 (voir "Volonté d'impuissance"), si ce n'est pour ajouter que Lee a fini comme Bush Jr et Sarkozy par altérer la balance des pouvoirs sur l'ensemble des tableaux: exécutif, justice, media, entreprises, netizens, laïcité...
*****  voir "Saenuri, a brand "new" wor(l)d" (en Anglais)

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UPDATE 20121221

A l'attention des lecteurs francophones, plus explicite sur la nature des risques et les profils.

20100116

La censure est-elle de retour en Corée du Sud ? Reconciliation ou Reconcealment ?

Selon OhMyNews, des traducteurs envisageraient de poursuivre en justice Lee Young-Jo, le nouveau président de la Truth and Reconciliation Commission, Korea (TRCK) pour diffamation*. L'occasion de braquer les projecteurs sur un incident pour le moins troublant et révélateur des tensions animant actuellement cette démocratie encore très jeune.

A l'instar des autres TRC nationales, la Commission Vérité et Réconciliation Corée est une structure indépendante créée pour faire toute la lumière sur le passé trouble du pays. En l'occurence, les exactions commises pendant l'occupation nippone ou sous les dictatures sud-coréennes jusqu'à l'avènement de la démocratie au tournant des années 90.

Si elle est loin d'avoir achevé cette oeuvre délicate mais essentielle, la TRCK a déjà traité plusieurs milliers de cas, couvrant des abus et massacres des deux camps en toute neutralité. Elle prône la réconciliation nationale et la réhabilitation de milliers de victimes injustement accusées, leurs familles ayant souvent été harcelées pendant des générations.

Mais ses recommandations ne sont pas toujours suivies par le gouvernement conservateur de Lee Myung-bak, pressé par les ultra-conservateurs de mettre un terme à cette Commission née pendant la présidence du très progressiste Roh Moo-hyun (disparu tragiquement en mai dernier, pour rappel : "Roh Moo-hyun, le promeneur du champ de mai"). Mais une mesure aussi radicale enverrait un message désastreux sur l'état de la démocratie dans le pays, surtout à l'heure où l'opposition dénonce des attaques répétées contre la liberté d'expression y compris sur la toile, contre le droit de grêve, ou encore contre l'indépendance des media et de la justice.

La TRCK doit remettre au printemps prochain son rapport final structurant pour l'avenir de la justice transitionnelle en Corée. Les observateurs nationaux et internationaux le décoquilleront de près pour juger de l'effort du pays pour affronter son passé. Toute inflexion serait naturellement interprétée comme un très mauvais signe.

Dans ce contexte électrique, l'une des premières décisions du nouveau président Lee Young-Jo a été d'interdir la diffusion d'un référentiel essentiel, le rapport publié en Anglais par la TRCK en mars 2009 sur le bilan des trois années précédentes ("Truth and Reconciliation - Activities of the Past Three Years") et dont 800 des 2000 exemplaires avaient déjà été distribués. La raison de cette interdiction ? Cette publication serait "biaisée et l'Anglais non correct". Mais les traducteurs rejettent fermement l'accusation, et la nouvelle direction n'a pas été en mesure de leur communiquer (ni à OhMyNews) le moindre exemple d'erreur de traduction.

N'étant pas Anglophone de naissance, je ne me permettrai pas de juger du grammaticalement correct. Mais "la junte militaire de Park (Chung-hee) a introduit un régime fasciste d'extrème droite dans la société coréenne pendant une période où la nation manquait de réflexion, valeurs, et conscience démocratiques" pourrait sembler politiquement incorrect dans un pays où l'ancien dictateur jouit toujours d'une certaine popularité**. Je conçois également que la couverture du rapport montrant un massacre de civils puisse embarrasser les partisans de l'omerta, mais elle se passe de traduction.

Commissaire à la TRCK depuis 2005 et très à l'aise en Anglais, Lee Young-jo ne s'était pas opposé à cette publication avant sa nomination. Je n'irai pas jusqu'à imaginer que sa propre nomination, avec la bénédiction du gouvernement de Lee Myung-bak, s'inscrit dans une stratégie délibérée de torpillage de la Commission et du formidable travail accompli par ses prédécesseurs, mais je m'étonne qu'un organisme en charge de rétablir la vérité historique commence à faire disparaitre des éléments de sa propre enquête en totale absence de transparence, et je note que de nombreux media n'hésitent pas à franchir ce pas.

Que Lee Young-jo lui-même présente un profil très marqué conservateur est une chose (Lee Young-jo a été President du Capitalism Economy and Nationalism Research Center and Secretary General et du Citizens United for Better Society / cubs-korea.org), mais le site SisaIN précise que son mouvement "New Right" s'est par le passé distingué par des tentatives de révision de manuels d'histoire, et évoque clairement un risque de sabotage de la TRCK***.

Si cette interdiction venait à relever de la censure, on peut se demander quels autres changements sont déjà discrètement à l'oeuvre dans cette organisation jusqu'ici irréprochable.

Une chose est sûre : cette interdiction va au contraire forcer les media étrangers à y regarder d'encore plus près. Il y a encore quelques semaines (voir "Binding praise for South Korea"), la presse internationale se félicitait à juste titre des avancées considérables réalisées grâce à l'admission des exactions passées, et je la vois mal accepter qu'on lui interdise de comparer le rapport final avec un rapport intermédiaire destiné à l'opinion internationale et validé par l'équipe précédente, Lee Young-jo y compris.

Si tel était l'objectif de la manoeuvre, la transformation de la Truth and Reconciliation Commission en une espèce d'"Untruth and Reconcealment Commission" ne passerait donc pas inaperçue et au contraire, rejaillirait très négativement sur Lee Myung-bak : bien au-delà des clivages politiques, elle marquerait une défaite tragique pour l'ensemble de la démocratie coréenne. Le président de la république serait alors obligé de choisir entre le soutien d'une poignée d'irréductibles cramponnés à un passé honteux, et l'humiliation publique devant l'ensemble de la communauté internationale comme devant l'Histoire.


blogules 2010 - initalement publié sur Seoul Village ("TRCK lost in translation or lost in transition ?") et blogules en V.O. ("Truth and Reconciliation Commission, Korea Under Revision ?").


* Pour la TRCK, voir tous les épisodes précédents sur Seoul Village (dont "Achievements and Tasks of TRCK's Activities", où j'évoquais cette nomination en décembre dernier. Pour l'article sur OhMyNews, voir "Translators upset by 'New Right Truth and Reconciliation Commission'" ("번역자들, '뉴라이트 진실화해위'에 뿔났다" - 20100113 updated 20100114).
** "the Park military junta introduced an extreme right-wing Fascist regime into Korean society during a time when the nation lacked thoughts, values, and awareness of democracy". Signalons par ailleurs que l'ancien dictateur figure en bonne position dans la liste des principaux collabos coréens pendant l'occupation japonaise, également publiée l'an dernier... avec en prime la très belle lettre de motivation envoyée par le jeune Park Chung-hee aux autorités japonaises pour rejoindre l'élite de la collaboration ! Dans une tentative désespérée de sauver la face, les ultra-conservateurs se sont fendus d'une liste de collabos "communistes" incluant les deux prédécesseurs de Lee Myung-bak décédés en 2009 (Roh Moo-hyun et Kim Dae-jung).
*** "New Right received by past Commission" ("
뉴라이트가 접수한 과거사정리위원회" - SisaIN 20091221)

20071206

Une présidence en travaux

En cette année d'élection présidentielle, l'ancien maire de la capitale tremble pour la trace qu'il laissera dans l'Histoire. Les casserolles qu'il traîne depuis des années tintent sérieusement et la justice a décidé d'aller jusqu'au bout.

Mais les procureurs viennent de lever toutes les charges contre lui dans l'affaire BBK, et LEE Myung-bak se voit donc ouvrir un boulevard pour les élections présidentielles du 19 décembre prochain.

Quand il est question de tracer des boulevards, cet ambitieux bâtisseur n'est décidément jamais bien loin. Aux manettes de la filiale construction de Hyundai, LEE avait déjà contribué à redessiner la Corée du Sud et le Moyen-Orient, mais son passage à la mairie de Séoul aura laissé une empreinte digne du préfet Haussmann : restauration spectaculaire du cours d'eau Cheonggyecheon au coeur de la ville à la place d'un disgrâcieux autopont de béton, création d'un parc géant peuplé de biches, revitalisation des transports terrestres par la création de couloirs de bus... personne n'ignore ses faits d'armes dans un pays pourtant habitué à voir le paysage recomposé par les bulldozers et les grues à longueur d'année.

Certes, on peut difficilement réussir dans la construction et la politique en Corée sans se salir les mains. Et le grand public n'est pas vraiment dupe des faveurs accordées au candidat conservateur par une justice elle-même sous le feu des projecteurs après les révélations de KIM Yong-chul sur les liaisons dangereuses entre le principal chaebol et les principaux membres de l'appareil judiciaire du pays. Mais le peuple redoute une nouvelle crise asiatique et l'explosion de la bulle immobilière, au coeur de ses préoccupations. Sans oublier l'impact que pourraient avoir les enquêtes sur les grands chaebols sur l'économie et les exportations, cet autre moteur de la croissance... Enfin, le pays n'a plus à craindre pour sa démocratie, et tant qu'il n'a droit qu'à un mandat, le président ne présente plus beaucoup de dangers, alors... pourri pour pourri, va pour un profil CEO pour les cinq années qui viennent.

Citizen LEE vient donc de passer un nouvel obstacle sur sa route vers la Maison Bleue. Il avait déjà éliminé PARK Geun-hye, fille de l'ancien dictateur PARK Chung-hee, lors des primaires du Grand National Party (GNP), et son absolution signifie probablement la fin des espoirs de LEE Hoi-chang dans sa troisième campagne présidentielle.

Mais ce conservateur né de l'autre côté de la DMZ ne lâchera pas comme ça l'ambition de toute une vie : victime de la crise asiatique face à KIM Dae-jung en 1997 puis de la poussée des netizens en faveur de ROH Moo-hyun en 2002, retiré de la politique et accusé de corruption, dissuadé de se présenter par un GNP privé de pouvoir depuis 10 ans, LEE Hoi-chang avait cette fois-ci tout misé sur les déboires judiciaires du candidat officiel du parti. Les sondages lui donnaient presque raison : en moins d'un mois, il rafflait 20% d'intentions de vote en faisant chuter de 10 points les deux leaders (LEE Myung-bak de 51.9 à 39.8% et CHUNG Dong-young de 20.2 à 10.5% entre le 16/10 et le 7/11). Mais bien avant le verdict du 5 décembre, le soufflé avait déjà commencé à retomber de 3 points.

Le troisième homme conserve-t-il une chance ? CHUNG Dong-young n'a clairement pas l'aura de ROH. Son parcours manque de profondeur et d'engagement. Ancien journaliste TV et Ministre de la Réunification, il a pris les commandes du parti Uri du président sortant au moment où les deux implosaient, l'a rebaptisé United New Democratic Party (UNDP) et s'en est servi de rampe de lancement pour sa candidature. Pas de quoi mobiliser les foules, y compris dans son Jeollanam-do natal. CHUNG plafonne à 13% et ce ne sont pas les 6-8% de MOON Kook-hyun qui changeront profondément la donne (le candidat du Creative Korea Party suggère une primaire "de gauche" avant le 16/12).

Au-delà du vainqueur, on surveillera le taux d'abstention. Le nombre record de candidats (les 12 ci-dessous) favorise la dillution, mais cette présidentielle risque de ne pas motiver des électeurs toujours plus désabusés par la chose publique. L'espoir fantastique né de l'élection de ROH Moo-hyun a été déçu : les projets de réformes ont souffert de sa soif d'indépendance, et cet ancien modèle de vertu a comme les autres profité du système corrompu gangrénant le milieu politique.

L'heure est peut-être venue de restaurer une partie de la dignité des présidents. Les garde-fous de la démocratie ont prouvé leur efficacité et le retour de la dictature semble impossible. Pourquoi ne pas autoriser deux mandats au lieu d'un seul, pourquoi ne pas instaurer deux tours de scrutin pour assainir les stratégies d'alliance de dernière heure ? Au futur élu de proposer cette réforme pour ses successeurs. Si rien ne bouge, les netizens risquent de se replier sur leurs terres virtuelles.

Les 12 candidats :
1 - CHUNG Dong-young (United New Democratic Party - UNDP)
2 - LEE Myung-bak (Grand National Party - GNP)
3 - KWON Young-gil (Democratic Labor Party)
4 - RHEE In-je (Democratic Party)
5 - SIM Dae-pyong (People First Party) - a quitté la course
6 - MOON Kook-hyun (Creative Korea Party)
7 - JEONG Geun-mo (True Owner Coalition)
8 - HEO Gyeong-yeong (Republican Party)
9 - JEON Gwan (Chamsaram Society True Full Act)
10 - GEUM Min (Korea Socialist Party)
11 - LEE Soo-sung (People's Coalition for Harmony and Advance)
12 - LEE Hoi-chang (Indépendant)

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