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20241226

Corée du Sud : le suicide politique de Yoon Suk-yeol permettra-t-il à Lee Jae-myung d’échapper à la justice ?

La destitution du président sud-coréen suite à sa désastreuse déclaration de loi martiale a déclenché une course contre la montre pour le très controversé leader de l’opposition. 
 
« Yoon a le droit d’échouer, mais le devoir d’essayer, et par-dessus tout l’obligation de ne pas trahir sur l’essentiel. » Le moins que l’on puisse dire est que nos vœux au lendemain de l’élection de Yoon Suk-yeol* à la présidence de la République sud-coréenne n’ont pas vraiment été exaucés.
 
Dès le départ, on savait sa tâche très compliquée par une opposition obstructionniste contrôlant l’assemblée, son inexpérience politique, sa propension à accumuler les gaffes, et son rattachement par défaut à une famille politique plombée par des extrémistes.
 
Sa seule voie possible semblait de gouverner par le centre, en s’appuyant sur les réformateurs modérés des deux bords, mais Yoon n’a jamais vraiment fait preuve de souplesse et s’est entouré de personnalités controversées. Surtout, il s’est obstiné à protéger les membres de son camp d’une justice qu’il était précisément supposé restaurer suite aux abus de son prédécesseur. Lui, l’ancien procureur incorruptible porté au pouvoir pour avoir défendu l’indépendance de la justice, aura utilisé tous les moyens pour éviter toute enquête à l’encontre de son épouse, pourtant mêlée à une collection de scandales.
 
À part lorsqu’il pousse la chansonnette à la Maison Blanche, Yoon ne cherche pas vraiment à plaire ou à verser dans le populisme, n’hésitant pas à foncer tête baissée dans des réformes aussi délicates que nécessaires comme dans la santé. À fond avec les États-Unis, il s’est par ailleurs fortement investi pour une défense commune avec les alliés dans la région ou en faveur de l’Ukraine. La volonté de ce fonceur de réveiller la compétitivité du pays a aidé l’administration a stimuler l’innovation.
 
Mais ses éléments les plus conservateurs ont fait reculer le pays au classement sur l’indice de liberté de la presse, et le rapprochement diplomatique avec le Japon s’est opéré en mettant en sourdine des causes aussi sensibles que celle des « femmes de réconfort ». Et si son prédécesseur Moon Jae-in avait poussé le rapprochement avec les voisins du Nord un peu trop loin (au point d’affaiblir la sécurité nationale), Yoon a braqué le curseur vers l’autre extrême et les relations sont au plus bas, surtout depuis que Kim Jong-un a trouvé en Vladimir Poutine un moyen de contrebalancer sa dépendance à Pékin.
 
En face, l’opposition a fait obstruction à outrance. Non seulement pour défendre Lee Jae-myung sous le coup de nombreuses poursuites judiciaires, mais aussi pour paralyser toute action du gouvernement, même lorsqu’il s’agissait de sauver l’économie ou de défendre l’intérêt national comme dans un cas d’espionnage. Au point que de nombreux militants de gauche ne reconnaissent plus un parti plus vraiment progressiste.
 
 Mais le très impopulaire Yoon doit sa cuisante défaite aux législatives de l’an dernier au moins autant à ses propres fautes qu’à ce torpillage en règle par l’opposition. Il est le premier président sud-coréen à faire face sur l’ensemble de son mandat à une opposition majoritaire – si majoritaire qu’elle frise les deux tiers donnant quasiment tous pouvoirs. Sauf que Yoon Suk-yeol n’a aucune chance de mener son mandat à son terme puisqu’il vient d’être destitué par cette même assemblée, suffisamment de membres de son parti ayant rejoint l’opposition lors du second vote du 14 décembre.
 
Cette destitution faisait peu de doute suite à son ahurissante déclaration de loi martiale dans la soirée du 4 décembre dernier. On savait l’opposition sur le point de forcer sa chance et de faire sauter le dernier verrou dans l’appareil judiciaire pour protéger Lee Jae-myung (et le remplacer par un juge nommé par Moon Jae-in), mais de là à déclencher l’arme nucléaire politique, le pays tout entier est tombé des nues.
À commencer par le cabinet, convoqué et prévenu à la dernière minute par un président si procédurier qu’il a fait sa déclaration de loi martiale à la télévision avant même d’engager la moindre action. Tout coup d’État qui se respecte déclare la loi martiale après avoir pris le contrôle des médias, de l’opposition, et bien sûr des appareils policiers et militaires. Pour le coup d’éclat de Yoon, seul le ministre de la Défense était dans la boucle, et les troupes d’élite envoyées à l’assemblée pensaient au départ mener une opération spéciale en Corée du Nord.
 
Quelques minutes après cette déclaration surréaliste, il paraissait déjà évident que l’opération allait faire long feu. Le président le plus impopulaire n’avait dès le départ aucune chance d’être suivi et de mettre en place une loi martiale. Il suffisait de voir les médias attendre tranquillement à l’assemblée et les députés des deux camps arriver sans véritable résistance : à leur tête, Lee Jae-myung pour l’opposition et Han Dong-hoon pour le PPP de Yoon, qui avaient tous deux dénoncé le coup de force du président. Il était clair qu’un vote unanime allait avoir lieu très tôt, annulant de facto l’état de loi martiale. Un retrait confirmé peu de temps après par Yoon à la télévision. Rideau.
 
Aucun coup de feu, aucune victime, à part bien sûr ce président qui se tire une balle dans le pied et donne à ses adversaires politiques une incroyable occasion de poser en héros résistants. Cet épisode tragi-comique aura prouvé à quel point Yoon Suk-yeol s’était déconnecté de toute réalité politique. Incapable de prendre le moindre recul sur lui-même, il s’est jusqu’au bout enfermé dans la peau du procureur. Obsédé par la démonstration de la culpabilité de sa cible, il n’a jamais su se muer en avocat de sa propre cause, avec le jugement nécessaire pour s’autocritiquer. Il n’a jamais su apprécier réellement la situation ni l’optique désastreuse de sa décision.
 
 Alors pourquoi ce coup de folie ? Yoon l’a justifié par la dérive dictatoriale de l’opposition parlementaire, des risques clairs et imminents pour la sécurité nationale, la mise en péril de l’économie, la trahison en faveur de la Corée du Nord, ou encore une atteinte à l’intégrité des élections.
 
Tout ne relève pas de la paranoïa : il est vrai que l’opposition a altéré l’équilibre des pouvoirs et qu’elle était sur le point d’abuser à nouveau du sien pour faire basculer le pouvoir judiciaire totalement dans son camp, qu’une minorité d’extrémistes roule pour Pyongyang, et que les blocages législatifs coûtent très chers à la compétitivité du pays comme à sa sécurité – le rejet d’un projet de loi a permis à un espion pourtant pris la main dans le sac de ne pas être poursuivi. Mais si quelques incidents troublants ont effectivement émaillé l’élection présidentielle de 2022 sans en modifier le résultat, le score de 2024 semble conforme aux tendances relevées dans les sondages.
 
Quoi qu’il en soit, déclarer la loi martiale n’est absolument pas la façon pour un président élu de justesse et ultra impopulaire de traiter une majorité parlementaire largement élue deux ans après lui. Et surtout pas en Corée du Sud, un pays où le peuple ne laissera jamais passer une chose pareille après ce qu’il a vécu, en particulier sous son dictateur le plus honni Chun Doo-hwan, coupable d’un violent coup d’État 45 ans plus tôt presque jour pour jour, le 12 décembre 1979 (voir le film 12.12 The Day pour une version à peine romancée), puis déclencheur de la dernière loi martiale quelques mois plus tard, dans la foulée de son massacre massif d’opposants à Gwangju. D’où l’incrédulité de voir Yoon se lancer dans une opération qui dès le départ ne pouvait donner lieu qu’à sa démission ou sa destitution.
 
Si le parti de Yoon a boycotté le vote de destitution du 7 décembre, le rendant caduc en raison du nombre insuffisant de participants, il a pris part à celui du 14, Han Dong-hoon ayant dénoncé le refus du président de céder le pouvoir. La vaste majorité des députés de droite votera contre, mais la destitution passera finalement de quatre voix.
 
Qu’est devenu le jeune Yoon Suk-yeol qui avait mené un procès fictif de Chun ? Qu’est devenu le procureur Yoon Suk-yeol, qui avait contribué à la destitution de la présidente Park Geun-hye ? Un leader pathétique qui a trahit le peuple, sa mission première et sa propre mémoire.
 
 On a vu comment la trahison par Moon Jae-in de la mémoire de Roh Moo-hyun avait créé la candidature de Yoon*. Aujourd’hui, le suicide politique de ce dernier offre un formidable coup de pouce à celle de son rival Lee Jae-myung, qui n’en espérait pas tant même dans ses rêves les plus fous.
Si les caméras du monde entier braquées sur lui ne suffisaient pas, l’immense favori des sondages (désormais six fois plus d’intentions de vote que son premier poursuivant) a pris le soin de se « selfiser », enjambant la haie de l’assemblée le soir de la déclaration de la loi martiale – ah, si Mitterrand avait eu un smartphone pour son épisode de l’Observatoire… 
 
Personne ne semble en mesure de résister à Lee Jae-myung. Ni Han Dong-hoon, plombé par son boycott du premier vote de destitution, ni même Ahn Cheol-soo, l’un des trois seuls membres du PPP à y avoir pris part, mais trop centriste pour réussir dans un pays aussi divisé. L’ambitieux maire de Séoul Oh Se-hoon pourrait être tenté, mais il risquerait de perdre son poste et n’a aucune chance dans les sondages. Comme après la destitution de Park Geun-hye, le PPP va perdre les élections et changer de nom sans parvenir à se réformer, toujours tiraillé entre des forces autodestructrices (hyper-conservateurs, anti-féministes, fondamentalistes, anti-LGBT, K-MAGA nourris aux théories du complot…).
 
La seule question qui compte maintenant, c’est de savoir si le très controversé Lee Jae-myung parviendra, comme Donald Trump, à éviter la justice jusqu’aux élections.
 
D’un côté, le conseil constitutionnel a six mois pour se prononcer. Il lui en a fallu trois pour annuler la destitution injustifiée de Roh Moo-hyun et cinq pour celle, demandée par la quasi-totalité de la population mais constitutionnellement plus discutable, de Park Geun-hye. Cela peut aller très vite pour (ou plutôt contre) Yoon. L’élection devra être alors tenue sous 60 jours. Mais l’assemblée voudra aller au plus vite pour aider Lee qui, de son côté, peut faire traîner six mois entre ses jugements et ses appels…
 
La Corée du Sud a une fois de plus démontré qu’elle reste une démocratie très vivante, grâce à un peuple capable de tout renverser pour la défendre. Mais même après la déchéance de Yoon, elle n’en a pas fini avec les leaders à remplacer.

(article publié sur Asialyst le 21/12/2024)


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20180202

Une Dead Zone autour de la DMZ ?


Si vous avez lu 'The Dead Zone' (1979), la comparaison entre Donald Trump et Greg Stillson ne peut que vous sauter aux yeux. Dans ce classique de Stephen King, un homme capable de voir l'avenir (Johnny Smith) cherche à empêcher un populiste incompétent (Greg Stillson) de devenir président des Etats-Unis parce qu'il a 'vu' ce narcissique malfaisant déclencher la troisième guerre mondiale.

Stillson débute dans la vente en porte à porte (des Bibles dans le New Hampshire, mais son bagoût lui permettrait de fourguer tout aussi facilement des voitures dans le Tennessee, ou des penthouses à Manhattan), puis prend goût au pouvoir et à ses abus en s'entourant de gangsters pour mieux forcer son destin. Ses rivaux politiques ne le prennent pas au sérieux, avant de comprendre que la machine infernale sera impossible à arrêter. Si Smith échoue dans son projet d'assassiner Stillson lors d'un meeting de campagne, il réussit à changer l'histoire, puisque le candidat utilise un bébé pour se protéger du tireur, détruisant irrémédiablement son image juste avant l'élection.

Tous les lecteurs de The Dead Zone (dont votre serviteur, voir ci-dessous) ont trouvé Trump le plus Stillsonien quand, en pleine campagne, il a très sèchement demandé à réduire au silence un bébé un peu trop bruyant, révélant une nième facette sombre de son personnage:

"Donald Trump's babygate reminds me of Stephen King's The Dead Zone, the moment when Greg Stillson loses the election (20160803 -twitter.com/stephanemot/status/760661014371119105)" - voir aussi dans blogules en V.O. "It's all about character"

Malheureusement, la réalité est bien plus terrifiante que la fiction: Trump n'est pas Stillson, ses méthodes peu orthodoxes ont réussi à le porter à la présidence (avec le soutien de Russes à peine plus orthodoxes et d'évangélistes peu regardants sur les valeurs morales), et l'image du Néron déclenchant le feu nucléaire continue de me hanter.

D'autant que Trump a la furieuse envie de mener dans les semaines qui viennent une opération hautement risquée, et susceptible de provoquer des millions de morts.

A de rares exceptions près comme Jim Mattis, la Maison Blanche a la ferme intention de frapper un coup en Corée du Nord pour dissuader Kim Jong-un de poursuivre son programme d'armement nucléaire. Cela fait des mois que ça les démange, mais comme annoncé (voir "Bonne année 2019"), ils devraient au moins attendre la fin des Jeux Olympiques de Pyeongchang. 

Les motivations avancées par les partisans les plus acharnés des frappes préventives font froid dans le dos:
  • H. R. McMaster, le principal conseiller de Trump en matière de sécurité, et un vétéran plus habitué aux conflits sur des territoires eloignés, se trompe en pensant que KJU est un leader moins rationnel que son propre boss. Comme si des centaines de milliers d'Américains ne vivaient déjà pas à portée des armes conventionnelles de Pyongyang, et comme si un conflit n'allait pas avoir de répercussion majeures dans la la péninsule et sur le reste du monde, il n'a aucun état d'âme à voir s'empiler les cadavres loin des States plutôt que sur le sol américain. Lindsay Graham ne dit pas autre chose quand il avance qu'il vaut mieux que ça se passe 'là bas' que 'ici'. Le summum de cette vision 'Shithole Country' de l'extrême orient est peut-être David Alan Adams, un ancien capitaine de la Navy qui a réussi a planter son sous-marin nucléaire, et qui affirme qu'il vaut mieux prendre le risque maintenant pour être fixé tout de suite (voir "Alert!").
  • Les conseillers politiques du Président, une équipe d'extrémistes réputés pour leur incompétence crasse en matière diplomatique, semblent l'avoir persuadé qu'une frappe serait bonne pour la campagne législative de novembre prochain. Comme si la situation dans la péninsule était aussi 'simple' que celle en Syrie.
  • Victor CHA, ce faucon sur le point de rejoindre Séoul comme Ambassadeur des Etats-Unis, qui avait même retweeté l'essai corrosif d'Adams en signe de bonne volonté, a visiblement fini par refuser d'aller jusqu'au bout - écarté au dernier moment par la Maison Blanche, il a écrit une tribune libre* dans le Wall Street Journal rappelant les enjeux et exposant la légèreté - pour ne pas dire l'incompétence - avec laquelle certains envisagent de telles frappes.

Pour la faire simple: il y a clairement des risques de ne rien faire, mais il y a des risques encore plus clairs de frapper, et il y a clairement d'autres options moins risquées.

Les risques de ne rien faire: Pyongyang a développé des armes nucléaires d'une part, et des missiles capables d'atteindre l'ensemble du territoire américain d'autre part. Si la combinaison des deux n'est pas déjà au point, cela n'est probablement qu'une question de mois, et cette réalité, Washington refuse de l'accepter. Mais au-delà, l'ensemble de la communauté internationale redoute une accélération de la prolifération nucléaire. Si on laisse faire la Corée du Nord, comment empêcher d'autres de s'armer? L'idée fait déjà son chemin chez les voisins du Sud comme au Japon, surtout au moment où l'Amérique de Trump cède du terrain à la Chine de Xi Jinping. Par ailleurs, étouffée par les sanctions mais experte dans les échanges illicites, Pyongyang pourrait chercher à monnayer ses technologies auprès d'organisations encore plus difficiles à contrôler et enclines à les utiliser...

Les risques de frappes préventives: frapper c'est bien joli, mais avec quelles conséquences, et quels objectifs? 
  • Quelles conséquences? Sachant que la guerre de Corée n'est officiellement toujours pas terminée, frapper le premier le sol nord coréen, même de façon limitée, constituerait un acte de guerre légitimant une réponse immédiate. Or sans même parler d'armes nucléaires, Pyongyang braque déjà vers le Sud des milliers de missiles conventionnels (certains munis d'armes chimiques), beaucoup plus que ne pourraient gérer les systèmes de défense combinés de Séoul et Washington. Il n'existe tout simplement aucun scénario où une frappe préventive ne provoquerait pas des dommages humains et matériels considérables, et la seule évacuation des populations américaines en prévision d'un conflit, même s'il venait à ne pas se réaliser, aurait déjà des effets destructeurs massifs sur l'ensemble de l'économie sud-coréenne. 
  • Quels objectifs? Supprimer KJU? Impossible à localiser, probabilité d'échec maximale. Anéantir ses capacités de lancement? Impossible à évaluer et a fortiori à garantir, d'autant que Pyongang a prouvé qu'avec ses unités mobiles, des tests pouvaient être réalisés au dernier moment depuis n'importe quel site. Si Trump décide par exemple de détruire un pas de tir juste après le prochain test, il ne réduit en rien la capacité de nuire de Kim Jong-un, mais lui offre sur un plateau l'occasion de taper, et l'escalade est inévitable. La tactique du 'bloody nose' pouvait fonctionner en Syrie, dans le cadre d'un conflit en pleine action, où Bashar el Assad même doté d'armes chimiques n'allait pas frapper les voisins en représailles. Ici, le succès de l'opération la plus chirurgicale possible reposerait sur des conditions quasi impossibles à réunir: le très improbable accord du président le plus pro-Corée du Nord de l'Histoire, MOON Jae-in, et la présence encore plus illusoire sur place de renseignements de qualité. Nous ne sommes plus dans la situation de 1994, où Kim Young-sam avait empêché Bill Clinton de détruire les installations nord-coréennes, à un moment où la capacité de nuisance du Nord était bien moindre.
  • La seule intervention potentiellement légitime aux yeux de l'ONU pourrait consister à intercepter, à l'occasion d'un prochain essai, un missile à son entrée dans l'espace aérien nippon, sud-coréen, ou américain. Mais échouer affaiblirait considérablement l'image des USA, et réussir pourrait causer d'important dommages collatéraux. En tout état de cause, même en cas de succès, aucune frappe ne serait de nature à freiner ou dissuader Pyongyang, et renforcerait bien au contraire sa propagande et la priorité pour son programme de défense.
Les autres options moins risquées: il convient de toute façon de se préparer au conflit, mais en gardant la tête froide, ce qui n'est visiblement pas vraiment le cas actuellement, que ce soit en terme de préparation ou en terme de sérénité. Il faut également continuer à augmenter la pression politique et diplomatique, et à fermer les points d'entrée et de sortie permettant encore à la Corée de contourner les sanctions - y compris désormais via la Russie. Les Etats-Unis ne doivent par ailleurs surtout pas réduire leur soutien à la Corée du Sud.


"BREAKING - au lieu de Victor Cha, Trump choisit Slim Pickens comme Ambassadeur en Corée du Sud" (20180201 - twitter.com/theseoulvillage/status/958504056309219328)




La tension risque donc de remonter dès le 26 février, au lendemain des JO de Pyeongchang (rebaptisés ironiquement JO de Pyongyang par les critiques de MOON Jae-in au vu des concessions accordées au Nord pour obtenir leur participation).

Au-delà des provocations de KIM Jong-un, on suivra de près les éléments de contexte susceptibles de faire plonger notre Greg Stillson: pour peu que l'un de ses sbires lui suggère une diversion militaire au moment où l'enquête menée par Robert Mueller se fait trop pressante, ou dans le chaos d'un krach boursier...

Voici, tirée du film The Dead Zone (1983), la scène où le Président Greg Stillson salue son fidèle bras droit Sonny Elliman, un criminel sans scrupules, au moment de pousser le bouton. De l'autre côté de la malette, un militaire forcé** d'accepter la décision la plus incompétentément meurtrière de l'Histoire:


Toute ressemblance avec Donald Trump dans sa robe de chambre, le très extrémiste Stephen Miller, et le résigné Jim Mattis n'est pas vraiment fortuite: Stephen King a lui aussi le don de voir l'avenir.

 
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* "Victor Cha: Giving North Korea a ‘bloody nose’ carries a huge risk to Americans" (WSJ 20180130)
** Greg Stillson: 'Put your hand on the scanning screen, and you'll go down in history with me!'
Five Star General: 'As what? The world's greatest mass murderers?' 

Greg Stillson: 'You cowardly bastard! You're not the voice of the people, I am the voice of the people! The people speak through me, not you! (...) You put your god damn hand on that scanning screen, or I'll hack it off and put it on for you!'

20170701

Poignant


Poignant, le portrait officiel d'Emmanuel Macron - on a l'impression que son pauvre bureau va voler en éclats sous la pression des doigts qui ont triomphé de Donald Trump:

In his official photo, Macron poses while training for his next handshake with Trump Meanwhile, with his tiny left hand, Trump is grabbing Moon Jae-in by the whatever /
Dans sa photo officielle, Macron pose tout en s'entrainant pour sa prochaine poignée de mains avec Trump
Pendant ce temps-là, avec sa toute petite main gauche, Trump saisit Moon Jae-in par le 'whatever'

En guise de gant de velours pour encadrer ce poing de fer, des drapeaux Européen et Français aux proportions calibrées au milimètre, tout comme la part réservée à la verdure, au ciel bleu, et à ces petits nuages qui ne demandent qu'à se dissiper sous l'impulsion d'un leader prêt à se remettre En Marche! après cette brève pause tout en tension surjouée.

Pas de place pour la contemplation - le bouquin n'est qu'un alibi. Mais était-il besoin de forcer le trait ? Cette détermination dans l'action, n'est-ce pas ce que l'on attend du plus cool Edouard Philippe ?

Ceci n'est pas le portrait d'un président rassembleur, mais celui d'un control freak à l'égo surdimentionné. Fort en maths, mais zéro en poésie.

A suivre...

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20121220

De quoi PARK Geun-hye est-elle le nom?

A en croire le calendrier solaire des Mayas, la fin du monde est pour demain. Mais en Corée et d'après le calendrier lunaire, c'est MOON qui s'est cassé la gueule hier.

En fait, pour ces élections présidentielles en Corée du Sud, le candidat de gauche MOON Jae-in n'a jamais vraiment eu l'occasion de briller*. L'indépendant AHN Cheol-soo a longtemps donné l'illusion de pouvoir le faire, mais il s'est retiré de la course sans pour autant que MOON en profite pleinement**. Et puis une petite candidate d'extrème gauche plutôt agitée a torpillé les deux premiers débats télévisés, ne s'éclipsant qu'à quelques jours du scrutin, trop tard pour permettre un vrai face à face.

En dépit de l'impopularité de son prédécesseur et des interrogations fondamentales pesant sur elle, PARK Geun-hye aura donc traversé jusqu'à sa victoire sans surprise une campagne sans véritable adversaire ni véritable débat.

Pour autant, sa victoire n'est pas négligeable, et s'avère même un triomphe démocratique très net. Ce qui me chiffonne, qu'il est difficile de dire qui a gagné ces élections.



Le site de PGH ce matin

La démocratie Sud-Coréenne s'est choisi un vainqueur incontestable...

une participation record:
75,80%, c'est la meilleure depuis 1997 et la bagarre entre Kim Dae-jung et Lee Hoi-chang
- une vraie majorité:
51.6% pour PARK contre 48.0% pour MOON (NB: cette année, les petits candidats étaient de véritables nains de jardin)
- une victoire au-delà des clivages régionaux habituels:
Bien sûr, les habituels bastions ont tenu: MOON a fait 86-89% sur les provinces de Jeolla et même 91.97% à Gwangju, PARK a cartonné dans l'Est avec un pic à 80.4% à Daegu. Mais au-delà des scores, très différents, la carte présente une coloration très différente des élections de 1997 et 2002, où l'on pouvait tracer une verticale avec les progressistes à l'ouest et les conservateurs à l'est, et plus proche du raz de marée de 2007, où LEE Myung-bak n'avait laissé que le sud-ouest. MOON a bien regagné Séoul, mais de trop peu. En fait, la victoire de sa rivale s'est dessiné très tôt dans la soirée avec les premiers dépouillements dans la région capitale (en tête sur Gyeonggi-do et Incheon, juste derrière sur Séoul). Notons que les Coréens de l'étranger votaient pour la première fois, et que le vote conservateur s'est révélé nettement minoritaire (56-42 pour MOON, 70% de participation).
- le choc des générations s'est confirmé, mais pas tant que cela: comme prévu, le vote PARK progresse avec chaque tranche d'âge, et elle a verrouillé les plus de 50 ans. Mais elle n'a pas été trop larguée chez les plus jeunes (un tiers des votes). Et qui a gagné la bataille des réseaux sociaux? Les seniors, qui se sont Kakao Talké jusqu'à mobiliser 90% de leur tranche d'âge.
 
 

... mais au fond, qui a gagné ces élections?

Pour les media étrangers, la nouvelle combine deux événements pour la Corée: une femme devient pour la première fois présidente de la république, et la démocratie choisit l'enfant d'un dictateur pour diriger le pays.

Je ne pense pas que la dimension "glass ceiling" ait été centrale (oui il s'agit d'une femme, non mariée, et sans enfants, mais c'est totalement secondaire), ni qu'il s'agissait d'un référendum pour ou contre PARK Chung-hee (a fortiori, je ne me suis fait aucune illusion sur le poids des valeurs constitutionnelles au centre de ce non-débat***). Pour moi, les électeurs se sont au final positionnés par rapport à un niveau d'incertitude et de changement. De la gestion de risques, en somme.

Et le conservatisme l'a emporté.

Chacun sentait que la situation était mauvaise, que quelque chose devait être fait, et les deux candidats ont fait des promesses comparables sur certains points (moins de pouvoir pour les chaebols, une meilleure couverture sociale pour les plus démunis). Mais chaque candidat soulevait lui-même beaucoup de doutes - de nature il est vrai tres differents -, et y compris au sein de leurs propres camps: même en cas de victoire de leur champions respectifs, certains voyaient trop d'incertitudes pour l'avenir du pays comme pour leur propre sort personnel. Les peurs ont clairement dominé sur l'espoir, et MOON comme PARK ont passé l'essentiel de leur temps à essayer de rassurer les électeurs. Et à ce petit jeu, en général, c'est le conservateur qui l'emporte. Pas nécessairement le candidat conservateur et sa présumée supériorité sur l'économie, mais la part de conservateur dans chaque électeur.

PARK a parfaitement respecté le script en se positionnant comme la maman de tout un peuple, et en arrondissant sensiblement ses réformes (dans le style: les chaebols on trop de pouvoir mais en période de crise, on ne peut pas affaiblir les moteurs de notre économie, et puis méritent-ils que l'on soit si méchants avec eux?). A son habitude, elle n'a jamais vraiment donné l'impression de dire ce qu'elle pensait au fond. Et toujours cette voix douce de l'ajumma rassurante et averse au risque, calculant et pesant chacun de ses mots...
 
Comme les Français avec François Hollande (voir "La France dit non au changement"), les Coréens ont donc choisi de changer sans changer. Là aussi, la seule promesse certaine d'être tenue par le nouveau président c'était de faire partir l'ancien, très contesté, mais en Corée la constitution interdit de toute façon à un président de se représenter. En 2007, LEE Myung-bak avait reçu un mandat clair pour réformer, et tout le monde reconnaissait sa capaciter à mener et à agir, quitte à être franchement buldozer/kärcher par moments... mais comme avec Nicolas Sarkozy, le pays a vite déchanté****. En 2012, beaucoup d'électeurs coréens ont regretté, comme beaucoup d'électeurs français, d'avoir à choisir entre le risque républicain (craintes sur l'équilibre des pouvoirs, les fondements de la démocratie) et le risque idéologique (un parti obsolète, inconsistant, et pas prêt à gouverner). Mais la Corée n'est pas la France, et le fait qu'il ait changé de candidat a aussi aidé le parti au pouvoir à rester en place. PARK Geun-hye n'avait pas plus que Hollande l'image d'une réformatrice. Au moins a-t-elle donné l'impression de vouloir réformer son parti, mais en se contentant de le renommer, de remplacer quelques figurants, et d'espérer très fort que cela suffise pour éradiquer la corruption endémique dans le paysage politique national*****. Et puis elle a fait passer par le gouvernement des paquets de lois populaires dans les semaines précédant les élections pour donner le change. Dans le camp en face, l'interminable primaire a enlevé tout espoir de conquête des indécis.

PARK Geun-hye fait partie du paysage depuis des décennies, et tout le monde connait son histoire. Elle n'a pas choisi d'être une fille de dictateur, et on ne peut pas attendre d'une adolescente dont les deux parents ont été assassinés qu'elle devienne une adulte normale. Et puis elle a fini par se distancer du régime de son père, elle est à l'abri des scandales habituels pour les enfants de présidents parce qu'elle n'en a pas, et à l'inverse de son prédécesseur, elle ne roule - officiellement au moins - pour aucune église. Pourquoi ne pas lui donner sa chance? Même si elle n'a critiqué son papa que sur le tard, sous la pression des électeurs, et de façon à la fois très indirecte et très limitée. Même si, à ce jour, nous ne savons toujours pas ce qu'elle pense au fond d'elle même. Même si on ne peut même pas être totalement certain que ce soit vraiment elle qui mène sa propre barque.

Et hier, quand son heure de gloire est arrivée, PARK Geun-hye a quelque part réussi à éviter une fois de plus le passage au révélateur. Loin de délivrer un discours de victoire inspirant pour tout un pays, elle s'est contenté de quelques mots au QG de campagne pour fixer rendez-vous à tout le monde à Gwanghwamun Square, où elle a simplement fait une courte apparition sur le podium pour recevoir un bouquet et répondre à une brève interview, comme la patineuse KIM Yu-na à la fin d'une compétition. La scène aurait dû se passer quelques hectomètres plus au sud, sur Seoul Plaza, avec la patinoire en plein air de la ville en arrière plan plutôt que la statue du Grand Roi Sejong.

Qui a donc fait office de star à la télé coréenne hier? Gwanghwamun, CHUNG Mong-joon, et Anipang.

. Gwanghwamun? Sur sa route du retour au siège de la présidence (Cheong Wa Dae, au nord), PARK a quitté sa maison dans les quartiers riches (Gangnam, au sud - oui, le Gangnam raillé par PSY, pourtant un gars du coin), pour faire une étape chez son parti (serrer les mains de pontes dont certains ont aussi l'étiquette chaebol), avant de célébrer sa victoire devant Gwanghwamun, à l'entrée du principal palais historique du pays. Un raccourci de tous les symboles du pouvoir de la ville et du pays à travers les temps et une confirmation, pour ceux qui en doutaient encore: le centre historique et Gwanghwamun est redevenu le symbole ultime du pouvoir à Séoul et en Corée. Mention spéciale au Roi Sejong: sa statue un peu kitsch a écrasé de sa masse la nouvelle reine du pays pendant sa courte apparition, et son nom est même devenu un nouvel objet politique à conquérir (à peine sortie de terre, l'ex-future capitale Sejong City bénéficie d'un statut spécial qui l'élève au niveau des 16 autres régions du pays).

. CHUNG Mong-joon? Comme le Roi Sejong mais sans le sourire, l'homme de pouvoir est resté assis et silencieux toute la soirée, mais sa face de géant pensif a occupé tout l'écran. Y compris pendant le bref passage de son ex rivale au siège de campagne.

. Anipang? Je n'ai pas regardé une soirée électorale à la télé mais une espèce de jeu vidéo stupide avec chaque moitié d'écran remplie par des rangées de VIP d'un des grands partis (Saenuri, DUP), et des avatars 3D plus ou moins mignons de PARK et de MOON réagissant de façon plus ou moins déjantée à chacun des résultats. C'est le seul moyen que les chaînes ont trouvé pour animer une soirée où elles se sont contentées de communiquer, au fil du dépouillement, l'évolution des scores bruts pour chaque région et au niveau national. Les seuls humains sont les présentateurs, des animateurs non experts qui se gardent bien de faire des commentaires. Ne cherchez pas les experts et les invités politiques, ne cherchez pas les analyses de sondages sortie des urnes. Vous avez simplement droit à ce jeu TV stupide: un simple compte à rebours où le seul objectif est de deviner l'heure à laquelle le vainqueur sera mathématiquent certain d'être élu. J'ai zappé sur je ne sais combien de chaines et c'était partout pareil, la concurrence se faisant sur les animations 3D. Ils ont tous essayé des trucs mignons, comme cet espèce d'ourson blanc géant traversant tel Tottoro un paysage coréen idéalisé. SBS a risqué un fond d'écran nettement plus flippant: un vieux village livré à lui même et vidé de ses habitants, comme un "shoot'em up" après le départ des snipers et l'évacuation des cadavres. Mais la plupart du temps c'était MOON et PARK au pays des toons, comme ici sur newsY:




Et maintenant?

Au final, nous n'avons à ce stade pas appris grand chose. Ni pendant la campagne, ni à la lecture des résultats.

Et la Corée a décidé d'accorder à PARK Geun-hye le bénéfice du doute.

C'est donc à elle (et/ou à quiconque tient le volant) de décider où mener la nation, et quel héritage la famille laissera au final.

Voyons comment cette page blanche s'écrit.

Et avec elle l'Histoire. Avec une attention particulière sur la façon avec laquelle elle est réécrite dans les manuels d'école. 

(publié initialement sur Seoul Village - "The Anipang Election: PARK wins big, but who wins?" - également sur blogules en V.O. - "A clear democratic triumph for PARK Geun-hye, but who won the elections?")

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* voir "Time is up" (en Anglais)
** voir "Scratch that: Dynasty, Dallas, or the Twilight Zone?" (en Anglais)
*** voir "25 years later" (en Anglais)
**** je ne reviendrai pas sur le parallèle avec Sarkozy de 2008 (voir "Volonté d'impuissance"), si ce n'est pour ajouter que Lee a fini comme Bush Jr et Sarkozy par altérer la balance des pouvoirs sur l'ensemble des tableaux: exécutif, justice, media, entreprises, netizens, laïcité...
*****  voir "Saenuri, a brand "new" wor(l)d" (en Anglais)

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UPDATE 20121221

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