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20120417

Aidez moi !

Franchement, jamais au grand jamais je n'ai vu une campagne présidentielle aussi nulle. D'accord, mes souvenirs de 74 restent assez limités, mais je me souviens très clairement avoir officiellement annoncé, du haut de mes six ans et demi, mon intention de devenir un jour président. Une promesse naturellement sans lendemain - ce qui confirma aussitôt mon potentiel politique (depuis, mon égo a opté pour des voies sinon moins suicidaires, du moins plus cohérentes).

Mais revenons à nos moutons. C'est à dire à nous, les électeurs. Sans nos plus ou moins trois pourcent de marge d'erreur. Entre 1981 et 2007, on a toujours pu trouver quelque chose d'intéressant à se mettre sous la dent. Même en 1988, cette présidentielle si terne et où la France avait refusé de bouger, marquant le triomphe du conservatisme de gauche. Même en 2007, cette présidentielle à la participation record et où la France avait enfin décidé de réformer... avant de se retrouver malgré tout avec un conservateur. Mais en 2012...

Rien. Le néant. Le refus du débat à tous les niveaux, la négation même de la politique. Et quand on demande au favori de préciser pourquoi "le changement, c'est maintenant", Hollande se contente de répondre parce que c'est notre tour, parce que le moment de l'alternance est venu. Mais ce n'est pas ainsi qu'une démocratie est supposée respirer. Et si le respect des équilibres républicains est un devoir, l'alternance ne constitue en rien un programme.

Et n'attendez pas des journalistes qu'ils posent les questions qui fâchent ou qu'ils mettent les candidats en face de leurs contradictions.

A part François Lenglet, bien sûr, mais c'est encore un vert un tendre. Un qui croit encore en ce qu'il fait, et ne cherche pas à sauver sa place.

De toute façon il n'y aura pas de chasse aux sorcières. Sarkozy a rompu la tradition. Il a placé ses têtes, bien sûr, mais quand il bannit, c'est sur ses terres, en pratiquant la grève de l'Elysée.

A part Stéphane Guillon, bien sûr, mais c'est encore un vert un tendre. Un qui croit encore que l'humour politique peut rester vache, et n'a pas compris que l'antenne est réservée aux seuls amuseurs-entertainers.

C'est Bush qui avait lancé la mode du pacte de non-agression entre gouvernements et media (silence radio contre lois généreuses). Malheureusement pour Sarko, l'électeur lambda Français a un poil plus de culture républicaine (sans R majuscule, "républicaine") que l'électeur lambda US.

Pour le mordant, il nous reste Canal... mais depuis qu'ils ont fait élire Chirac en lui faisant croquer des pommes et en n'épargnant pas Jospin, les Guignols ont décidé de ne plus se moquer du candidat du PS. Ou alors en lui faisant croquer des pommes. Même Yann Barthès s'endort sur ses lauriers. Pourtant, son staff s'est bien étoffé depuis les débuts, mais difficile de se renouveler au quotidien sans les moyens du Daily Show with Jon Stewart.

A la décharge des satiristes (je n'utiliserai pas la même excuse pour mes méprisables blogules: en ce qui me concerne, c'est tout simplement un manque de talent): non contente d'être nulle, cette campagne n'est même pas drôle. Ses acteurs nous font tous plus ou moins "L'Effet Philippe Poutou": devant un niveau d'incompétence aussi effarant et une non-pertinence aussi insondable, nous sommes presques tentés de sourire, mais nous ressaisissons aussitôt en repensant aux enjeux dans toute leur monstruosité.

Peut-être aussi nous resaisissons-nous, un peu, par charité. D'ailleurs la prestation de loser magnifique de Poutou l'autre soir sur France2 (à l'occasion d'un demi-non-débat intitulé de façon ironique "Des Paroles et des Actes") ne lui a-t-elle pas permis de doubler sa cagnotte Téléthon, de 0.5- a 1.0+ d'intentions de vote?

Et pendant ce temps-là, au SVP 11 11, ça ne se presse pas beaucoup au portillon pour causer de l'autre compteur qui monte qui monte: zéro pourcent d'intention de discussion sur la dette.

Le plus triste dans l'histoire, c'est qu'au lendemain du 6 mai, on ne pourra même pas se dire "fini de rire": on n'aura jamais eu vraiment l'occasion de commencer.

blogules 2012
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NB: n'oubliez pas de voter dimanche. Pour moi, ça reste Bayrou au 1er (le seul vote utile), et blanc au second, sauf bien sur si Le Pen ne se retrouve en finale, auquel cas je voterai pour son adversaire.

20101102

Les Républicains votent pour un "Second Dip"

John Bohner a été clair : la priorité numéro un des Républicains, en cas de victoire - probable - aux élections de mi-mandat n'est pas de redresser le pays mais d'empêcher une réélection de Barack Obama en 2012. De fait, le meilleur moyen d'atteindre ce noble objectif est de provoquer le tant redouté "second dip" de l'économie nationale. Et le meilleur moyen de replonger est d'avoir recours aux mêmes méthodes à l'origine de la pire crise depuis la Grande Dépression.

L'Obama de 2008 ne ferait qu'une bouchée d'adversaires aussi confondants de nullité... mais en dépit du précédent Clinton 1994 et d'avertissements répétés, le président s'obstine à refuser de s'abaisser à la tactique policienne, omnubilé par une vision stratégique certes louable (réformer la santé, la finance...) mais totalement suicidaire à ce stade de son mandat (je n'ose même plus écrire "premier mandat").

Si l'électeur US, englué au quotidien dans une crise toujours aussi violente, ne percevra pas les fruits de ces réformes avant un bail (pour peu qu'elles survivent à un changement de majorité), il a tout de suite relevé les compromis passés en contrepartie. Résultat : au lieu de passer pour un réformateur courageux, Obama est assimilé à l'ancien régime. Et notre électeur US envisage sérieusement de remplacer l'homme chargé de nettoyer des dégats considérables par ceux là même qui les ont causés.

Jon Stewart et Stephen Colbert ont préféré en rire qu'en pleurer : leur 'Rally to Restore Sanity and/or Fear' n'a probablement pas changé le cours des élections, mais au moins dans quelques années certains pouront affirmer qu'à cette époque, finalement, tous les Américains n'avaient pas perdu la boule.

blogules 2010

voir aussi blogules en V.O. : "
Can America really afford a Republican Second Dip ?"

20091005

Les journalistes aboient, la caravane des media passe

Les 3èmes Assises du Journalisme se tiennent à Strasbourg sur fond de mouvements telluriques paradoxaux :

- la convergence triomphe, mais AOL Time Warner redevient "
AOL, Time, Warner"
- les journaux meurent et l'éthique journalistique frise l'extinction, mais le journalisme n'est pas mort
- tout le monde revendique le statut de journaliste, mais le statut de journaliste aujourd'hui, c'est de se retrouver à la rue, à hésiter entre montrer ses Facebook et tapiner jusque sur le perron de l'Elysée*.
- un grand pays ne devrait pas tarder à recruter massivement des journalistes du monde entier, mais pas nécessairement pour faire leur métier : le fonds d'état China Media Capital a été institué pour que des boîtes comme Shanghai Media Group rivalisent rapidement avec les majors internationales (pourquoi pas en rachetant des fleurons comme Time ?)
- ...

Enfin, ce que j'en dis...

Une fois de plus, je ne suis pas journaliste mais auteur. Ces misérables lignes** me servent de défouloir quand je ne produis pas des
objets proto-littéraires à peine plus lisibles.

Dans une vie antérieure (1993-2003), j'ai néanmoins eu l'occasion d'étudier les impacts des nouveaux media sur de nombreux secteurs d'activité, et de constater à chaque fois que si internet / le web a une vertu, c'est bien de forcer chacun et chacune à se poser les bonnes questions sur son propre métier.

Le journaliste n'échappe bien sûr pas à cette évidence, même s'il a résisté un peu plus longtemps que prévu à l'inéluctable remise en cause. A sa décharge : comme on a pu le voir avec Ruppert Murdoch, les moguls à l'ancienne ont persisté dans leur logique jusqu'à très récemment. Et encore aujourd'hui, ils ne considèrent souvent le changement que sous l'angle d'une migration du papier vers la toile, se contentant de demander à leurs journalistes de produire pour les deux supports (plus la video quand ils ont la chance de bien passer à la tévé)....

Qu'est-ce que le métier de journalisme ? Comment le définir de façon intemporelle, quels en sont les dimensions-clef ? Sur quelle partie de la chaîne / du nuage de valeur tel ou tel individu, en fonction de ses qualités propres, a-t-il intérêt à se renforcer, se désengager, ou au contraire à se positionner de façon... inédite ?

Chacun a sa façon de définir son métier par ses fins plus que par ses moyens, à partir d'une vision ou d'une mission plus que d'une technique. Par exemple, en tant qu'auteur, mon métier n'est pas d'écrire mais d'ouvrir des portes pour me créer des courants d'air dans la caboche, écouter ma voix non sonore, éviter de devenir complètement dingue... et laisser entrer, le plus tard possible, cette putain de mort.

Je serais bien infichu de savoir ce qui se passe dans sa caboche du journaliste, même si je me doute bien qu'il se définira au-delà de son seul savoir faire du faire savoir. Si l'on descend sur le plan technique, la qualité de son oeuvre reposera en partie sur sa capacité à :
- Sourcer (sélectionner, vérifier, valider - parfois en faisant le boulot lui-même, parfois en sous-traitant / out-sourçant, voire en crowdsourçant)
- Analyser (un journaliste avec sa propre opinion, ça existe, j'en ai rencontré - d'autres s'en remettent aux commentaires des lecteurs avec la bienveillance des actionnaires - plus juteux pour les revenus publicitaires, moins casse gueule sur le plan juridique... et lorsqu'à l'opposé l'opinion prend le pas sur le reste, le journaliste cesse d'être journaliste pour devenir une star de l'Op-Ed / opinion-editorial - les actionnaires sont là aussi bienveillants, mais avec la trouille de voir la signature changer d'écurie ou s'installer en solo)
- Illustrer (c'est la "majeure" du photojournaliste, du champion du cartoon qui cartonne)
- Composer (le coeur de la mise en forme, pas au sens mécanique du typist, mais noble du compositeur : l'art d'écrire, de mettre en musique, mais aussi parfois de jouer pour un acteur / reporter)
- Editer (la mise en valeur / en page en page du contenu, son inscription dans une ligne éditoriale, mais aussi l'art de polir ou de censurer - une tâche que le journaliste assure toujours en partie, même à l'insu de son plein gré)
- ...

Le journaliste se retrouvant brusquement livré à lui-même, Sans Media Fixe, se voit trop souvent obligé de remonter dans la chaîne de valeur en assurant sa propre diffusion, la promotion et la vente de son contenu. Celui qui reste bien au chaud dans l'écurie, lui, se voit trop souvent obligé de descendre dans la chaîne des valeurs en acceptant la vente de son âme.

Les brebis égarées trouvent parfois des étables de passage, du 2.0 avec une petite touche rétro :
- très eighties pour le HuffPost, avec Arianna Huffington dans le rôle de Larry Hagman ou Joan Collins, mais version côte ouest : son meta-media ouvre le portail pour attirer le maximum de têtes de bétail, plante des derricks tous azimuts pour pomper un barril de plus, et dynamite les montagnes entières pour lever une nouvelle pépite
- plus seventies pour Politico, mais ne dites pas à Ben Smith qu'il ressemble à Robert Redford, j'en ai marre de le voir en tête de gondole.

Parfois, le journaliste aboie quand la caravane des médias passe. Comme Caroline Fourest lorsqu'elle dénonce, au-delà de l'imposteur Tariq Ramadan, un grand media mélangeant délibérément les genres entertainment et debat en ouvrant la porte a toutes les propagandes et désinformations (et ça marche : chaque semaine, Laurent Ruquier continue à faire debat sur son émission… qui consiste en revanche à tourner le débat en ridicule).

Pour les media aussi, il convient de ne pas confondre les risques du métier et les risques encourus lorsque l'on oublie son coeur de métier. Dans un cas on peut parler de malchance, dans l'autre de faute.


blogules 2009


* Attention : le "journalisme citoyen" masque généralement une imposture, mais il y a un saut entre finir à la rue et sur Rue89 (voir "
Journalisme citoyen - témoignage participatif"). Par ailleurs, le perron de l'Elysée n'a rien à envier aux canivaux les plus sordides... Au moins le sarkolâtre officiel assume-t-il sans hypocrisie sa ligne éditoriale : ça facilitera la tâche de ceux qui voudront le tondre à la Libération, le jour où notre Barack Hussein à nous sera élu.

** En fait, pour être totalement transparents, mes
blogules pourraient afficher, à défaut du talent, l'avertissement du Daily Show de Jon Stewart et se définir comme "a news parody - its stories are not fact checked, its reporters are not journalists, and its opinions are not fully thought through". Je préfère parler d'"Armes de Désinformation Massive", en hommage à la période trouble à laquelle ce site a vu le jour (peu avant l'invasion de l'Irak).

*** "
Caroline Fourest répond à Tariq Ramadan" (sce Rue89 20091003)

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