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20090715

Touriste ou pas, le Français peut mieux faire et doit mieux être

La dernière étude Expedia-TNS Infratest met à nouveau en évidence l'image désastreuse du touriste français auprès des professionnels de l'hôtellerie.

Aussitôt, mes chers compatriotes réagissent vivement, suivant leurs deux modèles préférés :
- la Mère Denis : "ah c'est ben vrai ça, y'a pus d'saisons tout se perd ma bonne dame les Français sont des veaux"
- le Père Poujade : "encore un coup des Angliches ! ces saligauds viennent coloniser nos campagnes, polliniser nos compagnes, et veulent en plus qu'on leur dise merci !"

Le fait est que, pour commencer, le Français apprecie peu la critique.

Et c’est tres significatif : au lieu de positiver et de chercher à ameliorer les choses, il s’obstine dans le deni. Il se contente de bondir au lieu de rebondir.

Fondamentalement, il manque à la France une authentique culture du service. Il y a bien du progres en la matiere mais on sent que generalement ça ne vient pas du fond du coeur.

Il s'agit là aussi évidemment d'une caricature, et nous avons tous des ribambelles d’exemples de restaurateurs, hôteliers ou commerçants formidables... mais il faut bien admettre qu’au global, la comparaison avec la plupart des voisins (et que dire de l’Amérique du Nord ou surtout l’Asie !) n’est guère flatteuse. Même dans le luxe ! En fait, c’est encore pire dans le luxe... et c’est d’ailleurs l’une des causes principales de notre déficit en image. Mais au-delà du luxe, toutes les sociétés de service sont obligées d’investir massivement dans des formations de base qui seraient inutiles dans bien des pays.

Je pense qu’au fond, nous conservons essentiellement une mentalité de producteurs (mon produit est le meilleur, c’est à prendre ou à laisser), et devons nous forcer pour développer notre sens du service (qui est mon client, que souhaite-t-il, comment anticiper ses besoins et dépasser ses attentes ?).

20071101

Dubai - de Sim City à Sin City

Le tragique viol d'Alexandre Robert par trois natifs des Emirats (deux anciens détenus dont un porteur du HIV)* ne fait qu'ajouter à un profond malaise : en essayant de se faire chaque jour plus belle, la nouvelle perle du Moyen Orient parvient régulièrement à faire ressortir les éléments les plus disgrâcieux de son vrai visage.

Un vol de nuit pour Dubai offre d'entrée ces saisissantes images : fendant la nuit noire du désert, d'interminables autoroutes rectilignes, vides de tout trafic et jalonnés de puissants éclairages tous les vingt mètres. Ici, on ne regarde pas vraiment à la dépense pour l'énergie. Ici, des infrastructures ne se jugent pas sur des critères de rentabilité.

Il est minuit, et c'est l'heure de pointe : l'aéroport bondé d'une foule cosmopolite s'avère un "mall" assez quelconque... n'était cette noria de limousines rutilantes s'activant pour recueillir des touristes dont on recherche moins le portefeuille que quelques heures d'attention et la promesse de revenir gonfler les statistiques du tourisme. Car Dubai a l'ambition de devenir un hub et une destination en soi, pas le simple Anchorage des temps modernes ; cette étape forcée et sans grand intérêt des voyageurs au long cours.

Le pari est d'ores et déjà gagné sur les mers : tous les porte-conteneurs de la terre connaissent ce carrefour entre Orient et Occident où le pirate côtoie l'armateur, le raider le trader et l'infidèle l'intégriste. La partie semble également bien engagée sur le front touristique grâce aux investissements colossaux consentis par la famille régnante et ses bras armés (il en faut pour porter des chéquiers en or). La compagnie Emirates, au départ la danseuse d'un grand voyageur désireux de circuler sur sa propre flotte, s'est imposée comme le fer de lance de l'ouverture au monde ; une formidable machine à draîner l'étranger vers une destination caméléon s'adaptant à tous ses désirs. Plus besoin d'aller faire son shopping à Paris, Londres ou New York, plus besoin de pousser jusqu'au Pacifique pour profiter des cocotiers, plus besoin de gagner Vegas pour se voir proposer toute une palette d'hôtels à thèmes...

Alors que l'élite redécouvre le vrai sens du mot "luxe" dans des sites authentiques et préservés du tourisme, Dubai réinvente le luxe pour les masses en se lançant dans une course au superlatif : premier hôtel sept étoiles au monde (le Burj Al-Arab, une voile futuriste dressée sur la mer mais une décoration intérieure à vomir), premier hôtel sous les mers (Hydropolis), premiers paradis artificiels (The Palm, The World...), premier désert parc d'attractions (Ski Dubai, circuit de F1, Universal Studios...), et bien sûr première véritable tour de Babel (Burj Dubai et ses presque huit cent mètres).

Si le modèle économique convient parfaitement aux grands noms du luxe qui ont depuis longtemps élargi leur base de clientèle, l'Emirat lui-même n'est pas certain de s'y retrouver à terme. Bien sûr, la stratégie de diversification fait totalement sens compte tenu de l'assèchement de la rente pétrolière (désormais 10% des richesses), et le nouveau hub financier draîne suffisamment de capitaux et de voyageurs haut de gamme pour amorcer la pompe... mais la logique de masse repose toujours essentiellement sur du sable**, et les cohortes de nouveaux riches Chinois ou Russes finiront bien par se lasser des robinetteries en or. Par ailleurs, les fantaisies architecturales commencent à sérieusement dégrader l'environnement : personne ne se plaint de l'air conditionné glacé à tous les étages, mais quand une plage s'affaisse de deux mètres en une nuit, ça finit par se voir.

Les recettes à venir ne sont donc pas encore acquises. Et question dépenses, il convient de revoir l'image d'épinal de l'émir jetant les rouleaux de billets verts par la fenêtre : ce beau rêve se construit par des petites mains importées d'Inde ou du Pakistan, privées de leur passeport à l'arrivée, parquées dans des dortoirs sordides et payées au lance pierre... des centaines de milliers de bons musulmans dont certains contribuent depuis des décennies au succès national sans espoir d'obtenir la nationalité.

Difficile de croiser un "local" d'ailleurs. A part cette vieille sous sa tente avec ses deux chêvres loin de la ville, à part ce quadra exhibant ses trois épouses dans un grand restaurant (deux trentenaires fusillant du regard la troisième, la quinzaine à tout casser), à part ces fantômes couverts de noir des pieds à la tête rasant les murs dans quelques beaux quartiers. Et même ces clichés ont vécu : la Vegas du Moyen-Orient investit désormais dans la mecque de la débauche occidentale (Dubai World vient de prendre 20% du MGM Mirage).

Il y a quelque chose de pourri au Royaume de Dubai, et cela rejaillit même dans la presse anglophone locale, pourtant surveillée de près. Si les rubriques petites annonces et chiens écrasés reflètent la vie quotidienne, alors celle des communautés étrangères les plus démunies donne froid dans le dos : les appartements se refilent uniquement d'hommes à hommes, de la même communauté et même de la même région, les victimes de délits se font plus sûrement expulser que leurs auteurs, et précarité comme désespoir invitent régulièrement la violence aux réjouissances. Ne cherchez pas plus loins les prochains foyers du fondamentalisme.

La ville de Dubai existe-t-elle vraiment ? Est-elle un mirage, une partie de Sim City qui a dérapé ? Tout sonne faux, à part peut-être ce vieux port plein de vie où les marins de la région vous accueillent avec un sourire non feint. Leur embarcation bleue a visiblement essuyé quelques coups de tabac, mais elle a plus d'âme que ces colosses de verre poussant comme des champignons alentour.

Les dirigeants de l'Emirat l'ont prouvé : il ne sont pas dépourvus de vision stratégique. Ils seront bientôt condamnés à prendre des décisions structurantes autrement plus complexes que celles qu'ils ont prises jusqu'à présent. Il y sera question d'humains plutôt que de béton, mais au final on parlera bien du ciment de la nation.


* boycottdubai.com, nytimes.com/2007/11/01/world/middleeast/01dubai.html.
** Abu Dhabi jouant une carte sensiblement plus haut de gamme (cf universités et musées)

20050810

Blogule blanc a Google Earth

Ah, le lent survol des States et l'atterrissage en douceur où bon vous semble : le sommet du Chrysler Building, la piscine au fond de votre jardin de Nantucket, la Route 66 au kilomètre de votre choix...
Merci à Google Earth de nous proposer cette jolie Yann-Arthus-Bertrandise, un complément idéal pour votre Rand McNally (que vous préférerez pour la précision et l'exhaustivité de la version interactive). Dommage que la carte ne soit pas aussi nette partout, que toutes les enseignes ne soient pas renseignées (annonceurs, à vos cassettes !), que ça pompe autant d'espace (et de données personnelles ?), que Bléré se trouve du mauvais côté du Cher ou Cénac de la Dordogne... mais pour une V1 ça promet déjà.
Je ne me leurre pas un instant sur le caractère philanthropique de l'initiative, mais pas question de bouder mon plaisir... tout du moins jusqu'à ce que la terre devienne réellement Google.

20050714

Blogule rouge aux dognuments en peril

Paris humiliée, Paris outragée, Paris martyrisée, mais Paris libérée de ses déjections canines ? C'est possible si tout le monde y met du chien.
Si l'on admet de façon conservatrice qu'un petit pourcent des touristes parisiens est victime de l'infamie, et sachant qu'en moyenne une mauvaise expérience est relatée à une vingtaine de personnes par la rumeur, pas moins de 10.000.0000 d'individus ont chaque année vent du phénomène. Je doute que le "Pret a Porter" de Robert Altman ait fait autant d'entrées.
Rendons nous à l'évidence : tant que le saut de crotte n'est pas reconnu discipline olympique, la ville partira d'un mauvais pied dans chacune de ses candidatures.
Appliquons la peine maximale aux fauteurs de trouble : mettons leur le nez dans leurs actes ignobles.

20050506

Blogule blanc a Cheonggyecheon II

L'eau n'a toujours pas coule sous les ponts de Cheonggyecheon depuis mon coup de sang de decembre 2003, mais la situation n'est pas desesperee pour autant. J'ai d'abord eu tres peur, l'hiver dernier, en voyant la pitoyable assemblee regroupee dans le vieux stade de Dongdaemun qualifiee de "marche des antiquites", mais quelques echoppes plus dignes de l'ancien quartier se sont depuis installees autour du jardin de Dongmyo, de l'autre cote du futur cours d'eau. Autre motif d'esperer : le marche traditionnel de Hwanghakdong a ete restaure sans perdre son ame pour autant : l'allee principale a gagne en lisibilite ce qu'elle a perdu en charme mais tout le monde est reste (y compris le vendeur de viande pour bosingtang....). Le lieu peut desormais accueillir des touristes etrangers moins temeraires qu'avant, l'occasion pour les promoteurs du quartier d'encourager des ballades groupees style marche de Dongdaemun - marche de Hwanghakdong - antiquaires de Dongmyo autour d'une decouverte du nouveau site de Cheonggyecheon.
Pour ce dernier, je peux difficilement masquer ma deception. C'etait plutot bien vu de rapprocher la ballade du lit de la riviere en reduisant celui-ci afin d'assurer, je suppose, un debit minimum tout au long de l'annee. Mais l'acces semble reduit a des escaliers escapes et surtout la circulation des pietons au niveau de la rue est reduite a sa plus simple expression, le trottoir ne permettant pas a une personne de marcher confortablement et chaque depassement ou croisement menacant d'envoyer l'un des promeneurs dans le flux des voitures. Dommage : la promenade pouvait etre egalement tres agreable depuis la rue, surtout si la ville ne cede pas a la constructivite aigue et limite les constructions adjacentes aux deux niveaux actuels (un ahurissant compromis pour ne pas deloger les derniers commerces : les etages superieurs ont tout simplement ete scies et evacues !!!).

Encore un effort... Il s'agit de ne pas gacher cette opportunite unique de rendre la ville plus belle encore et ce quartier de Seoul merite vraiment un traitement a part.

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