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20090831

Le pays du soleil lavant ?

Le jour où Taro Aso est devenu Premier Ministre, il a choisi d'atteindre l'ambition de sa vie au risque de souiller à jamais son propre nom : le Japon semblait parti pour une nouvelle période catastrophique, et son Parti Libéral Démocrate (PLD) pour un score médiocre aux élections de 2009.

A l'époque, le base case scenario semblait une victoire du Parti Démocrate du Japon de la même veine que celle de 1993.

Même si quelques leaders du PDJ ont vécu leurs propres turpitudes ces derniers temps, le PLD a suivi la courbe annoncée. Avec la manière en plus.

L'ère Aso pourrait presque se résumer par ces deux images : un Ministre des Finances bourré à un Sommet du G7 consacré à la gestion de la pire crise d'après-guerre, et des chiffres records du chômage tombant la veille des élections.

Le base case scenario a fait long feu : ce dimanche, le PDJ a rafflé plus de 300 des 480 sièges de la chambre basse.

J'ai le fol espoir que ce worst case scenario pour le PLD se transforme en best case scenario pour le Japon.

Ce pays a vraiment besoin de changement, bien au-delà d'une simple alternance politique ou d'une meilleure politique économique. Le Japon a besoin d'une véritable mutation politique et d'un saut sociétal.

Avant de devenir un Premier Ministre controversé, Taro Aso était un Ministre des Affaires Etrangères controversé, caressant dans le sens du poil l'extrême droite nostalgique de l'Empire fasciste, provoquant régulièrement l'indignation et la colère des voisins Chinois et Coréens, et snobant même Hiromu Nonaka, un rival du PLD, pour être "burakumin", une personne issue de minorité. Nonobstant le fait que l'Empereur lui-même se félicite d'avoir du sang coréen dans les veines.

Yukio Hatoyama, le successeur désigné de Taro, défend au contraire les burakus et particulièrement ceux d'origine coréenne. Il se bat contre les discriminations au sein de l'Archipel, prône une réconciliation avec les voisins, et dirige même une organisation pour l'amitié des peuples coréens et japonais, avec une vision positive d'un avenir commun entre des partenaires naturels ayant tout à gagner à se respecter mutuellement.

Derrière ce nouveau leader de rupture, tout de même âgé de 62 ans, le PDJ a envoyé à la Diète un impressionnant contingent de jeunes pousses, parmi lesquelles un nombre conséquent de jeunes femmes dont certaines ont réussi à bouter hors de la vie politique une collection de dinosaures accrochés à leur poste depuis des décennies et fortement impliqués dans la gestion d'un pays englué dans un système ultraconservateur de keiretsu et de bureaucrates.

Ces élections pourraient signifier la fin du Japon d'Après-Guerre et le commencement de quelque chose de nouveau. Le meilleur moment pour - enfin** ! - mettre les pendules à l'heure sur ce qui s'est passé pendant la guerre en question et avant, faire son nécessaire devoir de mémoire et
éclairer les citoyens nippons sur les aspects moins glorieux de l'Histoire du pays... et se débarasser de la seule minorité vraiment menaçante pour la pureté du Japon : une dangereuse clique de fascistes nostalgiques et révisionnistes.

Le Japon a une occasion unique d'enfin entrer dans le nouveau millénaire en tant que grande nation en paix avec ses voisins, son passé, et son propre peuple.


blogules 2009 (également sur blogules VO : "Land of the rinsing sun ?")

* voir "Taro Aso after Tzipi Livni and before... ?"
** voir trop de
blogules précédents consacrés au Japon, en particulier "Le Japon décide de recoloniser Dokdo", et "Pas de siège au conseil de sécurité de l'ONU pour les révisionnistes".

20061216

Blogule rouge a Shinzo Abe - l'Empire contre attaque

Le successeur de Koizumi n'a jamais caché ses penchants ultranationalistes : favorable à la réhabilitation des criminels de guerre japonais, visiteur régulier de Yasukuni, promoteur du retour à une constitution militariste, négationniste notoire (cf "comfort women")... Shinzo Abe vient logiquement d'apporter son soutien à une très inquiétante réforme de l'éducation.
Conformément aux souhaits du Ministre Bunmei Ibuki, le sentiment nationaliste sera de nouveau exacerbé auprès des élèves et les professeurs refusant d'entonner l'hymne à l'Empereur ou de rendre hommage au drapeau national seront punis. Loin de réparer le vide sidéral de l'enseignement de l'histoire du pays (le peuple ignorant généralement les crimes contre l'humanité commis sous le règne de Hirohito), cette réforme marque la fin du pacifisme nippon soixante ans après Hiroshima.
A ce rythme, les restaurateurs du fascisme extrème-oriental, au premier rang desquels Abe et sa clique, disposeront bientôt de toute la chair à canon dont ils rêvent... pour peu qu'une politique nataliste vienne stimuler les autres instincts basiques de la copu... pardon population.

A ceux qui prennent encore Abe pour un modéré, je rappellerai que ce type a confié le maroquin des Affaires Etrangères à Taro Aso, un ultranationaliste honni de tous les voisins de l'Archipel qui claironnait encore l'an dernier que le Japon était le seul pays au monde à avoir "une nation, une civilisation, une langue, une culture, une race". Désormais, il pourra tranquilement embrayer sur "ein Reich, ein Volk, ein Führer".

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