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20130518

AbeIGNomics - Shinzo Abe a fait son coming out: il est bien le pire ennemi du Japon

Je mets à profit une pose relative dans la course au provocations en Extreme Orient pour faire une petite synthèse en Français d'une série de posts dégainée ces derniers jours sur mon blog Seoul Village (voir plus bas). C'est à nouveau à propos d'une démocratie mise en danger par ses propres dirigeants, en l'occurence le Japon.

La dernière fois que je m'épanchais à propos de ce beau pays sur ces lignes, je déplorais une fois de plus l'apathie et l'inaction du peuple Japonais devant le refus de ses dirigeants de formuler des excuses aux dernières survivantes victimes de l'exclavage sexuel organisé par l'armée impériale (voir "Japon: regarde-toi, le monde te regarde" - 20121115, repris par la suite sur Rue89). Depuis, les dirigeants ont changé, et ils sont déterminés à passer à l'action. Malheureusement, c'est pour aller encore plus loin dans l'ignominie.

En 2013, personne n'oserait imaginer l'Allemagne porter au pouvoir un Chancelier qui aurait soutenu une association ouvertement révisionniste et régulièrement nié les atrocités nazies. En 2013, personne n'oserait imaginer que le peuple Allemand resterait silencieux si une fois élu, ce Chancelier se permettait de dire qu'en fait les déportés avaient rejoint les camps de leur plein gré, ou qu'il n'est pas juste d'employer le terme "invasion" pour qualifier l'aggression de la Pologne en 1939. En 2013, personne n'oserait imaginer que ce Chancelier paraderait en se prenant pour Joseph Mengele, l'Ange de la Mort d'Auschwitz.

Incroyable? Et pourtant vrai. Vous êtes bien en 2013, mais au Japon, un pays où le système politique est totalement verrouillé par des familles impliquées jusqu'au cou dans les années de plomb du Japon Impérial, et où aucun Premier Ministre ne peut arriver ou rester au pouvoir sans leur donner des gages de bonne conduite, comme par exemple visiter le sanctuaire de Yasukuni, où des criminels de guerre sont vénérés au milieu des héros de guerre. Et le Premier Ministre auteur de ces ahurissantes provocations se nomme Shinzo Abe, un fasciste dont le rêve consiste à détruire le Japon démocratique pour voir renaitre le Japon impérialiste.

Abe a succédé à Yoshihiko Noda, parti le 26 décembre dernier après un règne de 481 jours, un score honorable pour un pays où, depuis 1970, seuls Yasuhiro Nakasone et Junichiro Koizumi ont dépassé le cap des 1000 jours. Shinzo Abe lui-même a tenu pile poil un an lors de son précédent passage (2006-2007), passage pendant lequel il avait déjà oeuvré du "mieux" qu'il pouvait pour son grand projet, par exemple:

  • En soutenant la Société japonaise pour la réforme des manuels d'histoire. Notons qu'en France, un négationniste et un révisionniste de cette trempe serait trainé en justice, mais la classe politique corrompue veille depuis la guerre à ce qu'aucun cadre juridique n'émerge sur ce plan. Un seul Premier Ministre a osé émettre un timide erzatz de début d'embryon de semi-proto-excuse pour les atrocités commises par le régime impérial pendant la Seconde Guerre Mondiale, et encore à titre personnel. C'était en 1995, pour les 50 ans de la fin du conflit. Peut-être le socialiste Tomiichi Murayama pensait-il déjà les élections de novembre de toute façon perdues après les critiques essuyées pour la gestion du tremblement de terre de Kobé. En attendant, sa déclaration demeure une épine dans le pied des nostalgiques de l'Empire, et Shinzo Abe avait clairement exprimé le souhait de la remplacer à l'occasion du soixante dixième anniversaire de la fin de la guerre en 2015 - nous y reviendrons.
  • En révisant la loi fondamentale de l'éducation pour y encourager fortement "l'amour du pays", autrement dit de promouvoir l'endoctrinement nationaliste des jeunes générations.
  • En militant en faveur de la modification de l'Article 9 de la Constitution Japonaise, celui qui établit clairement le Japon comme une nation pacifique:
    "Aspirant sincèrement à une paix internationale fondée sur la justice et l'ordre, le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ou à la menace, ou à l'usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux.Pour atteindre le but fixé au paragraphe précédent, il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales et aériennes, ou autre potentiel de guerre. Le droit de belligérance de l'État ne sera pas reconnu." Inutile de dire que les nazillons locaux abhorrent ce garde fou constitutionnel - là aussi nous y reviendrons.
"Malheureusement", Abe I n'a pas pu aller au bout de ses rêves, torpillé par des scandales dans son gouvernement. Cette fois-ci, il revient à la tête d'une majorité très très fortement marquée à droite dans un paysage politique de plus en plus irrespirable. Son prédécesseur Noda, supposé de centre gauche (DPJ) a joué à fond sur la fibre ultra-nationaliste pour rester au pouvoir, n'hésitant pas à friser la guerre avec la Chine pour garantir sa présence en tête de liste aux élections. Bien sûr, il s'est fait dans la foulée démolir par les plus extrêmes qu'il était venu chercher sur leur terrain.

Si le LDP d'Abe II n'a pas la majorité absolue à lui tout seul, il contrôle tout avec ses alliés d'extrême droite Your Party et Japan Restoration Party. Le leader de ce dernier, le jeune maire d'Osaka Toru Hashimoto, a récemment soulevé un tollé planétaire en déclarant que les "femmes de réconfort" victimes de l'esclavage sexuel organisé par l'armée impériale* avait constitué un phénomène somme toute "nécessaire". Une provocation destinée à renforcer son contrôle sur son parti au bord de l'implosion, à l'heure où son partenaire Shintaro Ishihara menaçant de voler de nouveau de ses propres ailes (l'ancien gouverneur de Tokyo a le pédigrée requis pour aller loin en politique: il est raciste et considère le massacre de Nanjin comme un mythe).

Ces provocations, qui déclenchent aussitôt des réactions indignées des pays victimes des exactions du régime impérial au premier rang desquels la Corée et la Chine, sont malheureusement désormais le seul moyen d'exister politiquement au Japon. Le jour suivant le quart d'heure Warholien de Hashimoto, Shinzo Abe a cru bon d'en rajouter une couche, histoire de rappeler qui était le patron en la matière: il a posé avec un grand sourire en pilote d'avion de chasse, mais en choisissant le numéro 731, une référence sans équivoque à l'Unité 731 de triste mémoire, celle où le Josef Mengele nippon menait ses expérimentation abominables sur des humains. Afin de bien faire comprendre au monde entier qu'il n'avait pas choisi cet avion au hasard, le Premier Ministre a fait ajouter la mention "Leader S. Abe" au-dessus du numéro, en Anglais.

Le leader de l'Unité 731 s'appelait Shiro Ishii, un criminel de guerre qui a évité tout procès en négociant sa liberté auprès des Américains en échange des résultats de ses petites expériences. Une fois de plus, ces petits arrangements avec la morale continuent à coûter très cher aujourd'hui: non seulement ils constituent l'un des moments les plus indignes de l'histoire de la démocratie américaine, mais l'absence de justice et de condamnation d'un grand nombre de crimes de guerres impériaux a permis dès le départ la corruption de la démocratie japonaise et l'impunité des révisionnistes comme Abe.


Shinzo Abe en Shiro Ishii (twitter.com/theseoulvillage/status/334463426694873088)
Reagissez sur twitter: #abeignomics
Shinzo Abe a tellement bien réussi son Vol 731 que la presse internationale a ressorti les atrocités commises par l'Unité 731, braquant les projecteurs sur une partie de l'histoire que précisément lui et ses amis cherchent à nier et effacer des mémoires. L'extrême droite nippone n'est jamais très subtile et l'an dernier, les pressions menées contre le mémorial de Pacific Palissades dans le New Jersey pour les victimes de l'esclavage sexuel pour l'armée impériale avaient déjà provoqué un retour de manivelle: non seulement les autorités locales avaient obtenu un soutien encore plus fort de leurs administrés, mais les media internationaux avaient repris l'affaire et remis une couche sur cette partie de l'histoire méconnue en occident (voir "We reject as false the choice between revisionism and nationalism - for a Global Truth and Reconciliation Network"). Dans la même veine, la visite de Jean-Marie Le Pen et compagnie à Yasukuni avait eu des retombées assez fortes.***

Les Etats-Unis ont joint la Corée du Sud et la Chine dans un concert d'indignation et le lendemain, Shinzo Abe a été obligé d'effectuer une petite mise au point, pour le moins floue, et sur le fond pas franchement dans le sens de la marche arrière:
  • Concernant la déclaration de Murayama de 1995: Abe a dit que finalement, il ne reviendrait pas dessus en 2015. C'est une bonne chose, mais pas franchement une surprise, car au sein même de son parti, certains pensaient que c'était risqué de s'y attaquer avant d'avoir réglé la question de l'Article 96.
  • Concernant la définition du mot "invasion" pour qualifier les aggressions impériales: Abe a dit qu'il "n'avait jamais dit que le Japon n'avait pas envahi d'autres pays". C'est vrai sur la forme, mais sur la forme comme sur le fond, cette mise au point ne change rien: Abe n'a pas pour autant dit qu'il pensait que le Japon avait envahi d'autres pays.
  • Concernant la sortie de Hashimoto sur les esclaves sexuels de l'armée impériale (ses "nécessaires" comfort women): Abe a dit que ni lui ni personne dan son parti ne partageaient les vues de Hashimoto sur le sujet. Mais là aussi, Abe ne livre pas le fond de sa propre pensée sur le sujet**.
En réalité Abe marque une pause sans reculer. Il constate simplement les limites à ne pas dépasser tant qu'il n'a pas modifié la constitution pour avoir les coudées franches. Il a été de plus en plus loin dans les provocations sans rencontrer d'opposition notable dans son pays, et n'a en rien cédé à la pression internationale. C'est surtout sa majorité d'extrême droite qui lui a rappelé de ne pas se disperser et de ne pas oublier que la priorité reste de faire tomber l'Article 96.

L'Article 96 fixe des conditions contraignantes pour toute modification de la Constitution: une majorité des deux tiers est requise dans chaque chambre, et le texte doit ensuite être ratifié par référendum populaire. Cet article technique est plus facile à faire tomber que l'Article 9, et ouvre grand la porte à des altérations encore plus spectaculaires.

Et Shinzo Abe veut mettre toutes les chances de son côté. Pas question de tomber pour un scandale financier ou une crise économique. Au contraire, le dopage artificiel de l'économie à court terme (quitte un peu plus à plomber les comptes) renforce l'adhésion du public, et là où ses prédécesseurs avaient déjà chuté de 20 à 40 points dans les opinions favorables après 5 mois en place, Abe a même grapillé quelques points à 72%.

Ne nous y trompons pas: Shinzo Abe est bien le pire ennemi de la démocratie au Japon, et ses fameux "Abenomics" ne sont qu'un moyen de corrompre les électeurs pour mener à bien ses "vraies" réformes de fond, ce que j'appelle les "AbeIGNomics".

*
ADDENDUM 20130520: ce post a ete repris en Tribune sur Rue89 "Le Japon prisonnier de son extrême droite révisionniste"
ADDENDUM 201306: ... et la Tribune sur Rue89 a ete traduite aux US, avec quelques consequences facheuses sur ma virilite : voir "Mirrors are abominable"

Participez aussi au debat sur Twitter #abeignomics
*

Voir la liste des posts relatifs au Japon sur blogules en V.F. et sur Seoul Village (en Anglais), en particulier ces derniers jours:
. "ABE forced to back down a bit. For the moment. Next PR stunt: KIM Jong-un" (20130515)
. "Can't top that? Shinzo Abe posing as Shiro Ishii, the Josef Mengele of Imperial Japan" (2013514)
. "So you want to know what is 'necessary', Mr Hashimoto?" (20130514)
. "Dear Japan, Please Say No To Abeignomics" (20130424)

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* au sujet de ces "Comfort Women", voir "Japon: regarde-toi, le monde te regarde" (également sur Rue89 "A Séoul, les "femmes de réconfort" de l'armée japonaise réclament justice", ou en Anglais "One Thousand Wednesdays" sur Seoul Village, "1,000th week of shame for Japan" sur blogules en V.O.")
** ADDENDUM 20130518 notez que Nippon Ishin (le JRP d'Hashimoto) a dû virer l'un de ses membres après une nouvelle provocation: Shingo Nishimura a tout simplement dit que le Japon était plein d'"essaims" de prostituées Sud-Coréennes ("Nippon Ishin to oust member over South Korean prostitute claim" - The Japan Times 20130518)
*** voir "L'extreme-droite Japonaise invite Le Pen... et les projecteurs" (également sur Rue89 "La visite de Le Pen au Japon, coup de com pour l'extrême droite nippone")

20091205

La Corée du Nord évalue mal les effets de sa réévaluation

Ce n'est pas la première fois que le régime de Pyongyang procède à une réévaluation du Won Nord Coréen, mais la première fois qu'il s'y prend aussi mal.

La population s'est vue accorder une semaine pour échanger ses anciens wons contre les nouveaux, les retardataires étant condamnés à voir la valeur de leur argent divisée par 100 (un ancien won valant 1 centième de nouveau won).

L'objectif déclaré par le gouvernement est la lutte contre l'enrichissement abusif d'individus pervertis par le capitalisme instillé à dose homéopatique dans ce qu'il reste d'économie locale : ceux qui viendront les mains pleines de billets devront probablement se justifier.

Mais les véritables profiteurs du système (en particulier la nomenklatura) a depuis un moment changé ses vieux wons contre des dollars ou des yuans. Les seules victimes seront celles qui auront joué la transparence.

Cette mesure fait suite à la fermeture de marchés parallèles, véritables soupapes de sécurité pour une population de plus en plus livrée à elle-même.

La révolte gronde, et les rues seraient jonchés de vieux billets délibérément déchirés au beau milieu du visage de Kim Jong-il. L'armée a reçu l'ordre de tirer à vue toute personne cherchant à s'échapper du pays au lieu de l'appréhender "normalement".

Le régime voudrait accélérer le remplacement du won par le yuan* qu'il ne s'y prendrait pas autrement...

blogules 2009

* voir "
KIM Jong-il, un pont trop loin"

20091009

Le Japon est enfin une grande nation

Enfin, le Japon s'est décidé à regarder en face son propre passé.

Confirmant les espoirs suscités par l'élection de Yukio Hatoyama (voir "Le pays du soleil lavant ?") et à la veille de la rencontre de ce dernier avec Lee Myung-bak, le nouveau Ministre des Affaires Etrangères Katsuya Okada a lancé un appel à l'élaboration de manuels d'histoire communs entre le Japon, la Chine et la Corée*.

Okada a également rappelé qu'en 1995, l'ancien Premier Ministre Tomiichi Murayama avait eu la sagesse de présenter à ses voisins des excuses pour les "dommages et souffrances" causés pendant l'occupation, de dénoncer l'impasse nationaliste, et d'appeler ses concitoyens à accepter les pages sombres de leur propre histoire.

Personne n'a oublié comment les ultra-nationalistes nippons avaient corrigé le tir par la suite, poussant les successeurs de Murayama aux provocations les plus extrêmes dans un nauséabond retour en arrière**. L'heure semble venue de remettre les pendules à l'heure et de renvoyer aux oubliettes de l'histoire les nationalistes de tous bords.

De tous bords ? Tout comme les discours fondateurs d'Obama dénonçant les errements passés de l'Amérique ont privé de munitions de nombreux marchands de haîne dans son pays comme à travers le monde, cet appel du Japon à ce que toute la lumière soit faite sur ses propres exactions pourrait mettre à nu un paquet d'imposteurs qui, dans la région, faisaient leur propre beurre nationaliste sur les provocations des neofascistes nippons.

Si les Chinois sont ravis que la vérité soit rétablie sur le Massacre de Nankin, je ne suis pas sûr que Beijing accepte de jouer le jeu jusqu'au bout et de jeter aux orties ses propres programmes révisionnistes***.

La Corée du Sud elle-même n'a pas encore totalement fait le ménage dans ses propres placards. Elle continue, comme il convient, d'investiguer, de déterrer des cadavres, et de corriger les erreurs passées, en particulier sous la dictature... mais cela ne plait pas à tout le monde, et en particulier à son arrière garde nationaliste à elle, qui fait pression pour que le mandat de la Truth and Reconciliation Commission ne soit pas reconduit****. Ce faisant, ces prétendus patriotes minent en réalité les efforts du pays pour accéder vraiment au statut de grande nation : contrairement à ce qu'ils affirment, ces révélations n'apportent pas de la honte au pays mais en font la fierté et inspirent le respect des autres nations.

En tant que citoyen français, j'ai toujours admiré l'Allemagne pour la façon avec laquelle elle a assumé les atrocités nazies et oeuvré à l'éducation des générations suivantes... et par effet miroir j'ai eu encore plus honte de mon pays, qui aura attendu un demi-siècle avant de commencer à reconnaitre son rôle dans le génocide (combien de siècles pour reconnaitre la vraie nature du colonialisme ?).

Lorsqu'un pays admet ses faiblesses passées, il se renforce pour l'avenir et envoie le meilleur message possible à son peuple comme au monde. Une nation respectant les leçons de l'Histoire est une grande nation.

Au moment où le Japon l'invite à la vérité et à la réconciliation, la Corée doit plus que jamais soutenir sa commission du même nom.

Et ensemble, la Corée et le Japon ont le devoir d'envoyer le bon message à la région et au monde, à devenir la locomotive modèle d'une Asie plus forte puisqu'enfin en paix avec son passé.

blogules 2009 - également sur blogules V.O. ("Change has come to Japan") et sur Seoul Village ("A Common History")

* voir "
Japanese foreign minister suggests joint history texts" (JoongAng Daily 20091009)
** voir trop de blogules rouges précédemment versés sur le Japon et la Chine.
*** à propos : des chercheurs Anglais ont d'ailleurs récemment dénoncé la tentative de vol - pour ne pas dire "
hanschluss" - de la culture Goguryeo. Selon eux, c'est comme si l'Angleterre revendiquait la civilisation Germanique et la porte de Brandenburg !
**** voir Seoul Village : "
President Lee, please keep digging".

ADDENDUM 20091012
Ce blogule a été publié dans le JoongAng Ilbo de ce jour sous le titre "Japan may face its history".

20090602

Kim Jong-Un Deux Trois

Après dissipation des brumes (radioactives ?) matinales, Kim Jong-un semblerait émerger comme le successeur officiel de Kim Jong-il*. Jeune (26 ans), anglophone, formé à l'Ouest (Suisse), mais réputé aussi disgrâcieux que son paternel, le 3e fils chéri du "Cher Leader" a été sans grande surprise préféré à ses aînés : Kim Jong-nam s'était lamentablement grillé lors d'une virée foireuse à Disneyland Tokyo et selon l'ex-cuistot familial, Kim Jong-chul traînerait une réputation de "petite fille" à Papa.

N'en déduisons pas pour autant que la secte-dynastie crypto-stalinienne fondée par Kim Il-sung a déjà embrayé en douceur vers sa troisième génération.

A mon humble avis, cette promotion n'a pas été si simple et surtout, n'est pas certaine de se confirmer au moment venu.

Pour la faire simple, il existe trois voies à moyen terme pour le régime Nord-Coréen : le maintien du Juche et du statu quo, la réforme et une ouverture progressive vers le Sud, et l'Hanschluss par Beijing*. Je n'ose pas imaginer la quatrième voie.

De toute evidence, les trois courants cohabitent plutôt mal que bien au sein de cet Etat d'apparence monolithique. Il n'est pas impossible que Kim Jong-il ait échappé à un ou plusieurs attentats (on repense à cette étrange explosion ferroviaire), et la propagande n'a pas préparé la succession de façon aussi fluide qu'entre son père et lui. La dégradation de sa santé a visiblement renforcé les collabos pro-Beijing, et les spectaculaires démonstrations de force de ces derniers temps me paraissent s'adresser plus clairement au voisin chinois qu'aux Etats-Unis (en dépit du choix de frapper un jour férié US, comme précédemment) et même à la Corée du Sud, pourtant beaucoup moins coulante depuis le retour au pouvoir des conservateurs (ne parlons même pas de la Russie ou du Japon).

Le message de Kim Jong-il, si c'est vraiment lui qui pilote l'avion (avec son influent beau-frère Chang Sung-taek / Jang Seong-taek) : nous réaffirmons notre indépendance, nous ne nous soumettrons pas.

Le leader n'a vraiment pu pousser la candidature de Kim Jong-un que depuis le début de cette année, une fois recouvré une partie de son mojo. Il aurait annoncé sa décision le jour de l'anniversaire du petit (8 janvier), mais les rumeurs ont longtemps couru par la suite sur sa candidature ou non aux élections de mars. Une première réponse arriva fin avril avec sa promotion au Comité de Défense Nationale fin avril, associée à celle de Jang (futur chaperon ou futur traître ?). Papa a vraiment marqué le coup en lui attribuant des fonctions clef au sein de l'Armée, du Présidium, et du Gouvernement le jour du second essai nucléaire supposé (25 mai).

Quelque part, Kim sauve la face quoi qu'il advienne par la suite : vu de l'extérieur, c'est lui qui a décidé et c'est la chair de sa chair qui prend la suite.

Vu de l'extérieur.


* "
Spy agency confirms N.K. leader's third son as successor: lawmakers" (Yonhap 20090602)

** voir "
La Grande Muraille de Chine à l'assaut de la Corée (l'ultime Hanschluss)"

20081128

2008, année de crise ou d'espoir ?

(en réponse à l'affirmation "le mot de l'année 2008 est crise" - un caractère cependant à double tranchant en Chinois - "danger / opportunité")

Je retiendrais plus la dimension "opportunite" : la "
crise" que nous connaissons a commencé dans les chiffres en 2006, elle a pris un autre nom en 2007 (subprimes) avant de donner sa pleine mesure cette année.

La crise n’a pas éclaté en 2008 : le grand public a fini par en prendre conscience à ce stade avancé, nuance (à sa décharge : l’indigence de supposés leaders et experts).

Une fois de plus, je vois plutôt les signes d’une
transition certes douloureuse mais nécessaire du free market au fair market.

Que dire enfin du formidable message envoyé (avec sept ans de retard) par les Etats-Unis aux modérés du monde entier : ils ont préféré l’espoir à la peur, et surtout
évité le pire.

Alors oui, 2008 nous apporte son lot de guerres et de misères et oui, nous sommes encore loin d’avoir atteint le fond du trou, mais à mes yeux cette année est pour le moment la plus belle de ce jeune millénaire.

20080721

La liste de Schindler de Cohn Bendit

(commentaire à propos de la liste de 7 prisonniers politiques chinois remise à Nicolas Sarkozy par Daniel Cohn Bendit - le second ayant invectivé le premier au Parlement Européen, avant que le premier ne charge le second de cette noble requête*)

Dans les sociétés primitives, le Prince épouse une femme de chaque tribu pour éviter les conflits.
Ici, notre monogame à répétition de Président amadoue les groupuscules rivaux (souvent réduits à un individu compte tenu de l’état de pauvreté idéologique dans laquelle ils se trouvent) en leur confiant une mission.

Dans une entreprise, le « Chargé de Mission » s'avère généralement un personnage arrivé trop tard pour le casting mais que le dirigeant souhaite conserver en jachère pour la prochaine saison des semailles. Le Chargé de Mission n'a pas vraiment de statut clair vis à vis des hiérarques, mais fait souvent office de poil à gratter pour leur éviter de sombrer dans le confort de la routine.

Pour les petites gens**, le patron se contente de demander une note ou un mémo.

Ou une liste de Schindler, comme si, quelque part, il renvoyait généreusement un ascenseur pour l’échafaud.

* cf "Chine: à quoi sert la liste de Cohn-Bendit remise à Sarkozy?" (20080719 - Pierre Haski sur Rue89)

** je n'oublierai jamais ces images de Didier Pineau-Valencienne se réjouissant que "(ses) petites gens" soient venus le sortir d'un mauvais pas.

20080719

Néofascisme et racisme au programme

En réponse aux réactions à l'article "Le Japon décide de recoloniser Dokdo" (20080714)

Si l'on compare les deux principales attaques portées actuellement à l'histoire et la culture coréennes, elles ne sont pas du même ordre :

- La démarche de Beijing est à la source politique et culturelle, avec des enjeux économiques majeurs, mais secondaires. Vu de la Chine, il n'existe qu'un pays. Tout ce qui est autour a été un jour, est et/ou fera à nouveau un avec l'Empire du Milieu. Les Coréens assument parfaitement leur héritage culturel chinois mais pas la tentative d'anschluss actuelle de la civilisation koguryo, qui se fonde sur une armée d'"historiens" chargés de réécrire l'histoire*.

- Pour les ultranationalistes japonais, c'est avant tout une question de race, de supériorité et d'antériorité. On peut parler d'une forme de fondamentalisme à ce titre tant cela impacte la vision qu'ils cherchent à imposer à leur pays, à la région, et même au monde (ils viennent obtenir de la Librairie du Congrès US que toutes les références à "Dokdo", "l'Ile de Tok" ou autres soient remplacées par "Iles de la Mer du Japon**" ou au pire "Liancourt" et que "Takeshima" fasse son apparition). La question de l'antériorité les a même poussés à forger de fausses preuves archéologiques pour prouver l'antériorité d'une civilisation mythique sur l'archipel (cf scandales il y a qq années). Toute référence à l'héritage coréen dans la culture japonaise est éradiqué. C'est l'une des raisons pour lesquelles ils ont détruit une grande partie de leurs édifices bouddhiques au Japon, et des temples antérieurs aux leurs en Corée, et cela depuis des siècles, sans attendre la phase impérialiste du XXe siècle. Il fut un temps où la Corée était beaucoup plus avancée que le Japon et dépêchait des missions culturelles pour aider son voisin à se développer. Beaucoup d'éléments de la culture nippone ont une origine coréenne (ex le kimono, le maki-sushi) et c'est proprement insupportable pour ces fanatiques.
La culture coréenne a été bannie sous l'occupation nippone. Les coréens ont été forcés à changer de nom, à ne plus apprendre leur langue... et en représailles les importations de biens culturels nippons ont été longtemps restreintes après la guerre. Les générations anciennes conservent un ressentiment de victimes mais il n'y a pas de racisme sous latent, et un respect de la supériorité économique du voisin.
La jeunesse nippone, qui n'a bien sûr aucune idée de ce qui se trame dans son dos, a totalement craqué pour la vague coréenne (hallyu) des soap opéras lamentables (grosse source à l'export pour la Corée) et beaucoup d'ados se sont mis à apprendre le Coréen. Cela n'a pas vraiment calmé les ardeurs des néofascistes, bien au contraire. C'est aussi pourquoi ils misent tant sur l'éducation des générations futures et le contenu des livres d'histoire.
C'est un moment clef pour le Japon : soit il leur résiste et prend le temps de faire le point sur son passé (sans tabou mais dans la serenite) soit il se laisse faire et sombre durablement dans les griffes des bellicistes.

* cf "
Koguryo / Goguryo : halte à l'anschluss culturel chinois"
** à la remarque "Mer du Japon" n'a pas remplacé "Mer de Corée" mais "Mer de l'Est", je réponds que vu des ultranationalistes Japonais, les deux derniers se valent: si une mer a été baptisée "Mer de l’Est", ce n’est évidemment pas par le pays dont elle vient lêcher la côte Ouest ! La cartographie joue un rôle essentiel dans les débats sur Dokdo, et à ce petit jeu, les ultranationalistes nippons ne peuvent pas gagner. A moins d’effacer les preuves ou de les modifier (c’est pour cela qu’ils viennent d’obtenir de la Librairie du Congrès US une modification du système de référencement. Exit "Dokdo", bienvenue aux "Iles de la Mer du Japon").

20080710

Direct live moins 10 secondes

Le Département Central de la Propagande a décidé de diffuser les Jeux Olympiques à Beijing avec dix secondes de décalage pour l'audience nationale*. Le temps d'éditer ce qui pourra l'être et de zapper les scènes délicates qui ne manqueront pas de survenir pendant la quinzaine de toutes les tensions.

Le diffuseur officiel, la CCTV (China Central TV), justifiera plus que jamais ses initiales : en Anglais, CCTV ou "Closed Circuit TeleVision" renvoie aux caméras de surveillance, qui fonctionnent en circuit fermé.

Sur les terrains de sport, dans les tribunes, sur les podiums, en salles d'interviews... la moindre allusion aux droits de l'homme, au Tibet, aux Ouïgours**, au révisionnisme historique et culturel imposé aux voisins de l'Empire du Milieu... sera impitoyablement traqué.

A la limite, le comité d'organisation, le BOCOG, préfèrerait peut-être une bonne vieille attaque terroriste façon Munich '72 à un couac médiatique retentissant flanquant par terre des années de succès de la propagande. La pitié accordée aux victimes à l'opprobe jetée sur les coupables.
Dix secondes, ce n'est pas grand chose, mais c'est beaucoup plus qu'il n'en faudra aux bombes de muscles jamaicaines et américaines pour plier la finale du 100 mètres.


Le véritable exploit reposera donc sur les épaules des censeurs et des virtuoses du ciseau à la régie officielle : eux non plus n'auront aucun droit à l'erreur pendant ces dix secondes. La différence ? Il n'auront aucune médaille à gagner et beaucoup plus à perdre en cas d'échec.

* cf "
China to delay 'live' Olympic broadcast by 10 seconds" (Chosun Ilbo 20080710)
** cf "
Tibet, Ouïgours... l'Empire éclaté ?"(20080403)
---
initialement publié sur footlog.

20070726

Mondialisation : du "free market" au "fair market"

La mondialisation se caractérise avant tout par la réduction à leur plus simple expression de décalages structurants pour l'économie. Décalages de temps, d'espace, d'information... le secteur le plus habitué à en profiter a logiquement dominé la scène ces derniers temps. Mais la finance pourrait bien connaitre une crise. Non pas une crise financière, mais une crise de la finance en tant que fin en soi.

Le monde de la finance a été le premier à adopter les innovations dans les transports et la communication, et la spéculation repose sur les décalages de temps, d'espace, de connaissance... mais ces outils se sont démocratisés et le nombre de spéculateurs a explosé. La masse des spéculateurs est désormais composée de non-experts, telles ces retraîtées Chinoises se retrouvant autour du thé pour papoter et boursicoter dans les officines florissant dans l'Empire du Milieu. Dans ce nouveau Far East comme partout dans le monde, les niches spéculatives naissent et explosent une à une, et les professionnels ne savent plus vraiment où planter leurs tentes. La perte de pouvoir des bourses traditionnelles ou la ruée vers les private equities reflètent autant la peur de l'irrationnel que le besoin de rematérialiser l'économie... mais même à ce niveau, les frontières explosent et les bulles se créent. Une "élite" d'experts demeure : ce que j'appellerai des "instant players" particulièrement doués pour évoluer dans un contexte aussi instable et que l'on trouve, pour le moment, plus volontiers du côté de la Tamise que de celui du Fleuve Jaune.


C'est particulièrement sensible depuis ces dernières années : il y a trop d'argent gourmand en circulation dans trop de mains pour que la fuite en avant continue bien longtemps. Devant la montée des inquiétudes, le nouveau siècle se cherche des repères à la source des grands théoriciens de l'économie des siècles précédents. La réponse ne viendra naturellement ni d'Adam Smith ni de Karl Marx mais quelque part, pour que l'économie retrouve ses lettres de noblesse, elle doit revoir ses fondamentaux (capital, valeur, moyens et fins...) et chercher plus loin.
Les signaux se multiplient qui nous laissent entrevoir l'émergence d'un consensus sur le diagnostic, du même ordre que celui qui s'est finalement imposé à propos du réchauffement climatique. D'ailleurs, l'économie au sens large n'entend-elle pas notre environnement, les impacts de notre activité, différents écosystèmes... et n'a-t-elle pas besoin de diversité pour survivre ?

Comme pour l'écologie, les avancées les plus sensibles seront probablement réalisées par les convertis les plus récents, ceux qui auront le plus longtemps résisté aux évidences dans l'espoir de conserver leurs privilèges alors qu'au contraire, c'est en embrassant le changement qu'ils gagneront sur le long terme. La plupart des mouvements dénonçant la mondialisation se contentent d'être "anti" sans proposer de solution, et la plupart des "alter-mondialistes" se contentent de recommander la fin de l'économie et donc de l'homme, ce parasite global qui aura la peau de la terre avant d'avoir déniché un autre point de chute.

Le consensus émergera sur des bases plus pragmatiques ; une économie de marché ouverte mais régulée et fondée sur le respect. Un "fair market" plus qu'un "free market". Un marché global parce que la globalisation nécessite de passer à une approche globale de notre écosystème tout entier.

Nous sommes encore loin du compte. Et dans cette période de transition où l'ultra libéralisme est montré du doigt, c'est le protectionnisme qui fait son grand retour, bien au-delà de ce qui est nécessaire (car certains pays, parmi les plus faibles, ont bien besoin d'une forme de protection), et parfois sous des formes assez subtiles. Ainsi, sous couvert de promouvoir le libre échange sur l'ensemble du globe, l'Administration Bush mène une politique multi-bilatérale centrée sur elle-même, torpillant systématiquement toute approche multilatérale : sur le même mode que "moins d'ONU, plus de Coalition of the Willing", "moins de Genève, plus d'Abu Ghraib" ou "moins de Kyoto, plus de forages en Alaska", on a donc droit à du "moins de WTO / OMC, plus de FTAs". Ces Accords de Libre Echange (Free Trade Agreements) sont en réalité asymétriques, bardés d'exceptions et protectionnistes par nature. Ils peuvent sembler bénéfiques aux Etats-Unis mais uniquement sur le court terme, et uniquement pour ceux que Bush appelait sa "base" de "Haves and Have-mores".

Paradoxalement, cette stratégie reflète une négation de la globalisation au sens où elle signifie le refus d'une approche globale de la globalisation.

Pour faire le parallèle avec les crises déchirant actuellement les grandes religions monothéistes, le plus sage n'est pas de renforcer les extrémistes de chaque camp en entrant dans leur petit jeu de guerre des civilisations, mais bien de travailler par-delà les frontières sur ce qui rapproche, avec respect et en étant prêt à faire des concessions pour éradiquer ensemble les injustices les plus fondamentales.

20070402

Accord de Libre Echange Coree - Etats Unis : blogule rose ?

J'hésite franchement entre le rouge et le blanc pour ce blogule et ce FTA pourtant attendu de longue date. Rouge ? Un accord négocié avec l'administration Bush ne peut qu'être perdant. Blanc ? La Corée du Sud met la pression sur ses voisins Chinois, Russes et Coréens à un moment pertinent.
Sur le plan culturel, Hollywood tient peut-être sa revanche sur Hallyuwood.
Sur le plan agriculturel, les OGM et autres vaches folles d'Oncle Sam pourront peut-être déferler sans crainte sur la péninsule.
Sur le plan logiciel, Microsoft et Qualcomm obtiendront peut-être le droit de revenir en deuxième semaine.

Mais sur le plan matériel, Samsung, LG, Hyundai & Co auront peut-être l'occasion de renforcer leur présence en Amérique du Nord avant la déferlante sino-indienne. Et cet accord doit surtout encourager les Coréens à améliorer la compétitivité internationale de leurs sociétés de services.
En espérant qu'il n'accélère pas la fuite des capitaux et des cerveaux...

20061009

Blogule rouge a Kim Jong-il et aux 6

Sans surprise, la Corée du Nord a procédé à son premier essai nucléaire. Une flatulence souterraine de 4.2 sur l'échelle de Richter. Juste ce qu'il faut pour faire passer le message sans affoler les compteurs geiger. Pendant la visite de Abe en Corée du Sud, en pleine réunion du comité Chinois et à l'heure où Ban Gi-mun se voit conforter dans sa quête du secrétariat général de l'ONU.

Kim Jong-il est coupable. De maintenir son pays dans la terreur, la privation absolue de liberté et de droits, d'imposer famines, tortures, déportations et autres joyeusetés à un peuple ramené à l'époque médiévale sous le joug d'une secte totalitaire. De n'avoir d'autre objectif que le maintien de sa propre liberté au prix et mépris de tout le reste.

La Corée du Sud est coupable. De fermer les yeux sur les atteintes aux droits de l'homme de son voisin pour éviter qu'il ne se fâche. De freiner des quatre fers devant la tâche immense qui se présente à elle : une réunification aurait un coût économique, social et politique mille fois plus important que celle de l'Allemagne.

La Russie est coupable. D'avoir exporté le modèle Stalinien dans ce qu'il a de plus abject et d'avoir caressé dans le sens du poil un trublion bien commode dans une région sous influence américaine.

La Chine est coupable. De ne pas avoir profité de la situation et de la démission russe pour mettre au pas le régime du Nord au moment où il était le plus faible. D'avoir renforcé le militarisme au lieu d'encourager le réformisme. De vouloir annexer la Corée.

Le Japon est coupable. De tout faire depuis le début pour empêcher une réunification qui le relèguerait dans la périphérie du Nouvel Extrême Orient. De torpiller chaque avancée par des provocations aussi efficaces que celles de ses alliés américains.

Les Etats Unis sont coupables. De laisser leurs faucons anéantir chaque opportunité d'ouverture, de viser le pourrissement de la situation et renforcer à dessein le caractère le plus diabolique du régime. D'avoir provoqué la crise nucléaire et obtenu la diversion tant attendue juste avant les élections : "eh les gars, vous voyez ce qu'on vous a évité en déboulonnant Saddam ? Vous voyez ce qu'il arrive lorsque l'on laisse l'ONU ou l'IAEA s'occuper du contrôle de la prolifération des armes de destruction massive ?"

L'ONU est coupable. De dépendre des Etats Unis, de la Chine et de la Russie pour prendre toute décision.

Espérons que les essais de cette nuit marquent une nouvelle opportunité, à l'image des démonstrations de force entre Inde et Pakistan pour déclarer PAT au lieu d'échec et mat.

20060414

Blogule rouge aux visites d'Etat... de Washington

Hu n'aura pas droit à une Visite d'Etat en majuscule à DC, ainsi en a décidé George II. Washington déroulera néanmoins le tapis rouge devant le souverain chinois. Washington l'Etat, pas Washington la ville. Toute la royauté locale y mettra du sien : Microsoft, Starbucks, et même Boeing dont le siège a pourtant été déplacé à Chicago...
La délégation chinoise suivra de près le brief anti-terroristes que lui a concocté l'homme le plus puissant du monde. Bill Gates est aussi concerné que Hu Jintao : ces voyous (les terroristes) ne se contentent pas de menacer la propagande officielle de Beijing en évoquant l'emploi de bombes aussi sales que les droits de l'homme ; ils le font sans payer leur license à la firme de Redmond.

Mais l'Amérique d'en bas se passionne pour un sujet autrement plus stratégique : Houston déplore un Rocket défectueux made in China. L'objet mesure 2 m 28, s'appelle Yao Ming, et en aurait pour 6 mois d'indisponibilité. Un autre article importé par la NBA est carrément renvoyé à l'usine. A sa déchage (!), Wang Zhizhi a un nom aussi ridicule en Anglais que son prénom l'est en Français.

20060126

Blogule blanc a l'Etat de l'Union que vous n'entendrez jamais

Dear fellow Amerikans,
Vous ne m'avez pas élu sur mon programme de 2000, où je me présentais comme un "conservateur compatissant". J'ai dû obtenir mon mandat par d'autres moyens.
Vous m'avez en revanche élu sur l'action de mes quatre premières années au pouvoir, et sur un agenda ouvertement radical et fondamentaliste.
Force est de constater que jusqu'à présent je réponds pleinement à vos attentes. Comptez sur moi pour continuer dans la même direction avec la même détermination une fois que ma nomination à vie sera actée. Comptez sur moi pour ancrer durablement notre beau pays dans l'obscurantisme et l'absolutisme.
On m'a reproché de ne pas nommer Billy Graham à la Cour Suprême, j'avais tout simplement un poste plus adapté à son formidable talent : le Gouvernement comprendra désormais un Chief Evangelist auquel rapporteront, outre la Cour Suprême, le Department Of Justice, le Department of Homeland Security et le Department Of Education. Sous l'autorité directe du Président, le Chief Evangelist sera nommé par ses soins sans avoir à déranger le Congrès. Bien au contraire, c'est lui nommera un tiers de cette assemblée en fonction de l'aptitude des candidats à interprêter les écritures dans le sens du Dessein Intelligent.
Mes chers compatriotes, bien que focalisé dans sa lutte contre le Mal et le Terrorisme, Votre Gouvernement ne néglige pas pour autant d'autres challenges majeurs comme la montée en puissance de pays comme l'Inde ou la Chine.
Notre merveilleux pays couvre plus de 9 millions de kilomètres carrés mais ne compte qu'à peine 300 millions d'habitants. Il suffirait que nous portions notre densité au niveau d'un pays comme la France pour atteindre nous aussi le milliard d'habitants.
En vérité je vous le dis, croissez et multipliez. Votre Gouvernement facilitera l'implantation de nouvelles colonies dans nos territoires les plus reculés. Nous veillerons en particulier à ce que l'ensemble de l'Alaska soit propice à un habitat tout confort et à la culture du coton. C'est possible grâce aux formidables réserves mises à notre disposition par ce glorieux état.
Nous veillerons également à ce que la circulation de nos citoyens entre l'Alaska et le mainland soit facilité en dépit du mur que nous avons dû ériger le long de nos frontières avec le Canada pour nous protéger des attaques terroristes et de l'infiltration d'idées subversives.
Je tiens au passage à rappeler au Gouvernement Canadien l'importance de notre ultimatum. Ses vaines gesticulations à la tribune de ce qu'il reste de l'ONU à Genève ne le dispensent pas de faire toute la lumière sur son programme d'Armes de Destruction Massive.
Nos amis britanniques soutiennent totalement nos efforts et sont près à abandonner toute aide à ce vestige de leur période coloniale.
Plus de deux siècles après sa fondation, notre beau pays n'a jamais été si près de concrétiser la Liberté sur l'ensemble du territoire qu'il était voué à unifier.
Nous pourrons bientôt nous passer des absurdes administrations locales qui paralysent nos institutions. Inch'Allah, les United States of America deviendront l'United State of Amerika.

Long life to Liberty, long life to Freedom and God bless you all, Amen.

20051021

Blogule blanc a la grande muette - bons et mauvais points de suspension

La suspension du Général Poncet fait paradoxalement honneur à l'armée française : quand une brebis galeuse tente de couvrir une bavure, La Grande Muette ne se contentera plus de fermer les yeux ou de se boucher les oreilles... ni même de décorer le sapin en accrochant un malheureux lampiste. Bien joué aussi pour le processus de décision : 2 militaires pour 1 politique, rien à redire... Michèle Alliot-Marie se présidentialise à vue d'oeil.
En revanche, Le Grand Muet continue à accueillir à petrobras ouverts Hugo "Boss" Chavez (n'imitez pas Riyahd, innovez), à envoyer ses Airbus mailings à Hu "Junte Tao" Jintao ou à encenser le grand démocrate Vlad "Drakul" Poutine. On a la diplomatie que l'on peut... ce n'est pas Douste blasé qui risque de nous enivrer, et quand je vois le Grand Barnier réduit à faire la manche chez Pacôme de Sarkozy - Sarcome de Kaposi...

France, fille aînée des droits de l'homme, qu'as-tu fait de ton éthique ?

20050331

Blogule rouge aux "hooligans" nord-coréens

La relative émeute du stade Kim Il-Sung à Pyongyang (suite à la défaite de la Corée du Nord face à l'Iran 0-2) peut être interprétée comme une bonne nouvelle dans la mesure où elle met en évidence la déliquescence du pouvoir.
Je doute sincèrement qu'il s'agisse d'une si bonne nouvelle.
La situation est comparable à l'Irak mais en bien pire : un changement de régime s'impose, mais le changement lui-même représente tant de dangers qu'il doit être préparé avec d'infinies précautions. Le chaos irakien risque de paraitre relativement calme comparé à ce qu'il pourrait se passer au nord de la DMZ et en particulier aux frontières (ex avec la Chine). Une rupture majeure se profile, et bien plus tôt que prévu : je ne serais pas surpris que la débâcle survienne avant la fin de l'année. Les voisins de la Corée du Nord devraient se tenir prêts, tout comme l'ONU, la seule institution susceptible d'être acceptée sur place en cas de crise. Stephane MOT

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