Bayrou flingue Sarko et piege Sego
Obligée d'assumer son invitation suicidaire à un débat télévisé, Ségolène Royal se défausse en proposant finalement à François Bayrou de "partager avec lui son temps de parole durant un forum de la presse régionale, prévu vendredi à 11 heures, à Paris".
Autant dire : comme pour les primaires socialistes, pas un vrai débat mais une simple juxtaposition de discours. Pas face aux Français mais face aux gratte papier de La Nouvelle République du Centre Ouest. Et surtout pas dans un cadre aussi formel que le débat télévisé, désormais impossible à accepter par Royal, puisqu'équivalent à accepter une position d'égalité avec cet éliminé du premier tour. De challenger, elle apparaîtrait ainsi à sa vraie place (la 3e, 2 bis au mieux), et torpillerait ce qui lui resterait de légitimité à participer à la finale - en "qualité", rappelons-le, de candidat ayant suscité le moins d'adhésion auprès de son propre électorat, un comble pour cet apprenti rassembleuse.
Bailleroux a donc logiquement contredragué massivement sur sa gauche, étant entendu qu'il s'agit de son principal réservoir de croissance. Sur sa droite, il a décoché une jolie fausse fuite avant sa conf' de presse, histoire de rappeler aux Chiraquiens le pacte proposé par Sarko en 2004 (le coup de l'âne au vieux lion usé avait modérément servi Jospin en 2002).
De toute façon, le Béarnais n'a pas le choix s'il veut que la sauce tienne : c'est à l'offensive qu'il est le meilleur et il doit exploiter au mieux cette quinzaine partie sur les chapeaux de roue.
J'approuve plus que jamais son diagnostic sur les deux candidats (que je présentais l'autre jour comme "Le Pouvoir Confisqué" face à "L'Empire Eclaté"*), au bémol près que sur le plan du caractère, Ségo me paraît bien plus psychorigide que Sarko, et son mode de gouvernement à elle me fait tout aussi peur (c'est simplement une autre forme de terreur, demandez à ceux qui travaillent sous ses ordres).
Le problème de Bayrou ne se situe pas au niveau du diagnostic, ni même dans l'absence de prescription claire, mais dans la difficulté à réquisitionner le bloc opératoire. Si je n'ai pas voté pour lui (et vous vous en étiez douté, c'était pourtant bien parti pour l'an dernier), c'est parce qu'il semble avoir une difficulté à jouer en équipe et à transformer l'essai - un comble pour un gars du Sud-Ouest. Des trois, il est clairement celui dont je me sens le plus proche en terme de valeurs personnelles - je le rejoins souvent sur le fond, et j'aurais une grande confiance dans la qualité de son jugement à la plus haute fonction de l'Etat... mais comme Villepin et pour des raisons plus difficiles à cerner**, Bayrou a une propension parfois remarquable à gaspiller la bonne occasion. Je lui souhaite sincèrement de réussir pour la suite, même si DSK devra se faire violence pour accepter un strapontin de lieutenant sous ses ordres dans les mois qui viennent.
Tout à l'heure, j'ai retrouvé par moments - mais sans illusions - le Bayrou de l'an dernier face à Chazal***, et je me suis régalé du paradoxe : dans ce drôle d'entre deux tours, lui seul peut tout se permettre et rassembler tout en balançant des attaques directes. FB doit cependant se souvenir que son meilleur coup de pouce serait une nette défaite socialiste le 6 mai.
Je conserve naturellement mon cap pour le vote du second tour. Tout en sachant pertinement que d'autres révélations vont égayer le portrait de Sarko, je demeure certain que la France a besoin d'urgence d'une politique réformatrice de centre droit bien calée, et surtout pas d'une politique de gauche bien dépassée.
Ne parlons pas d'une politique de centre gauche pas encore née et au casting plus qu'incertain.
* cf "Tout sauf Royal - Blogule rouge a la Segosphere - Segobulle" (20070423)
** DdV a clairement des pulsions suicidaires, je ne vois que ça. Il doit se fantasmer en Saint Sébastien criblé de flèches ou en Maréchal succombant à un assaut condamné à l'avance, finissant dans un cas ou dans l'autre sous la plume ou le pinceau lyrique d'un peintre / poète romantique.
*** cf "Blogule blanc a Francois Bayrou en access prime time" (20060902). A propos de Claire Chazal, j'ai bien aimé son petit mot glissé à PPDA qui voulait zapper Douste "non laisse, il est bon". Elle a toujours eu un nez pour repérer les grands orateurs... Dans mon zapping à moi, j'ai aussi bien aimé la nette victoire de la femme debout face au petit nerveux visiblement pas à la hauteur du premier tour (Lucet 1 - 0 Pujadas). Et j'ai trouvé Douste presque moins mauvais sur le service public (l'émulation du fakir Tapie ?).
