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20071123

Le Facteur Crésus

Si les grèves de 2007 marquent une rupture, c'est au sein de la gauche de la gauche. Pendant que les dirigeants de la CGT basculent dans le camp des pragmatiques en ne s'opposant pas dans le fond à une réforme, l'axe SUD / LCR reprend le flambeau révolutionnaire / anticapitaliste / antisystème / antitout.

Visiblement, le candidat Sarkozy a accordé suffisamment de garanties à Bernard Thibault pour qu'il se livre à la petite comédie de ces derniers jours (je fais la grève mais pour la forme ; ça fait plus crédible). Pas dupe, la base la plus radicale viendra probablement gonfler les rangs des "antis"... mais quelque chose me dit que quelque part, les syndicats acceptant de jouer le jeu se retrouveront dans les rangs des nantis.

En attendant, Besancenot capitalise. Sur son aura "présidentielle", mais surtout sur la déliquescence de la gauche traditionnelle. Car pendant que les éléphants tergiversaient dans un interminable épisode de Jauressic Park, le RPR et l'UDF ont fait leur révolution (l'UMP et ses satellites, le Modem...), et voici que le facteur de Neuilly s'apprête à créer le principal parti de gauche radicale. Un syphon idéal pour dés-altérer les Verts, ATTAC et les autres groupuscules systèmicides (Besancenot ne parviendra pas à réunifier les Trotskistes pour autant - la pierre philosophale n'est pas pour demain).

Dans l'histoire - et devant l'Histoire -, seuls le PS et le PC n'ont pas bougé.

L'eau a bien coulé sous les ponts depuis Epinay mais visiblement, les dirigeants de ces vénérables partis en sont encore à se demander dans quel sens.

20070726

Mondialisation : du "free market" au "fair market"

La mondialisation se caractérise avant tout par la réduction à leur plus simple expression de décalages structurants pour l'économie. Décalages de temps, d'espace, d'information... le secteur le plus habitué à en profiter a logiquement dominé la scène ces derniers temps. Mais la finance pourrait bien connaitre une crise. Non pas une crise financière, mais une crise de la finance en tant que fin en soi.

Le monde de la finance a été le premier à adopter les innovations dans les transports et la communication, et la spéculation repose sur les décalages de temps, d'espace, de connaissance... mais ces outils se sont démocratisés et le nombre de spéculateurs a explosé. La masse des spéculateurs est désormais composée de non-experts, telles ces retraîtées Chinoises se retrouvant autour du thé pour papoter et boursicoter dans les officines florissant dans l'Empire du Milieu. Dans ce nouveau Far East comme partout dans le monde, les niches spéculatives naissent et explosent une à une, et les professionnels ne savent plus vraiment où planter leurs tentes. La perte de pouvoir des bourses traditionnelles ou la ruée vers les private equities reflètent autant la peur de l'irrationnel que le besoin de rematérialiser l'économie... mais même à ce niveau, les frontières explosent et les bulles se créent. Une "élite" d'experts demeure : ce que j'appellerai des "instant players" particulièrement doués pour évoluer dans un contexte aussi instable et que l'on trouve, pour le moment, plus volontiers du côté de la Tamise que de celui du Fleuve Jaune.


C'est particulièrement sensible depuis ces dernières années : il y a trop d'argent gourmand en circulation dans trop de mains pour que la fuite en avant continue bien longtemps. Devant la montée des inquiétudes, le nouveau siècle se cherche des repères à la source des grands théoriciens de l'économie des siècles précédents. La réponse ne viendra naturellement ni d'Adam Smith ni de Karl Marx mais quelque part, pour que l'économie retrouve ses lettres de noblesse, elle doit revoir ses fondamentaux (capital, valeur, moyens et fins...) et chercher plus loin.
Les signaux se multiplient qui nous laissent entrevoir l'émergence d'un consensus sur le diagnostic, du même ordre que celui qui s'est finalement imposé à propos du réchauffement climatique. D'ailleurs, l'économie au sens large n'entend-elle pas notre environnement, les impacts de notre activité, différents écosystèmes... et n'a-t-elle pas besoin de diversité pour survivre ?

Comme pour l'écologie, les avancées les plus sensibles seront probablement réalisées par les convertis les plus récents, ceux qui auront le plus longtemps résisté aux évidences dans l'espoir de conserver leurs privilèges alors qu'au contraire, c'est en embrassant le changement qu'ils gagneront sur le long terme. La plupart des mouvements dénonçant la mondialisation se contentent d'être "anti" sans proposer de solution, et la plupart des "alter-mondialistes" se contentent de recommander la fin de l'économie et donc de l'homme, ce parasite global qui aura la peau de la terre avant d'avoir déniché un autre point de chute.

Le consensus émergera sur des bases plus pragmatiques ; une économie de marché ouverte mais régulée et fondée sur le respect. Un "fair market" plus qu'un "free market". Un marché global parce que la globalisation nécessite de passer à une approche globale de notre écosystème tout entier.

Nous sommes encore loin du compte. Et dans cette période de transition où l'ultra libéralisme est montré du doigt, c'est le protectionnisme qui fait son grand retour, bien au-delà de ce qui est nécessaire (car certains pays, parmi les plus faibles, ont bien besoin d'une forme de protection), et parfois sous des formes assez subtiles. Ainsi, sous couvert de promouvoir le libre échange sur l'ensemble du globe, l'Administration Bush mène une politique multi-bilatérale centrée sur elle-même, torpillant systématiquement toute approche multilatérale : sur le même mode que "moins d'ONU, plus de Coalition of the Willing", "moins de Genève, plus d'Abu Ghraib" ou "moins de Kyoto, plus de forages en Alaska", on a donc droit à du "moins de WTO / OMC, plus de FTAs". Ces Accords de Libre Echange (Free Trade Agreements) sont en réalité asymétriques, bardés d'exceptions et protectionnistes par nature. Ils peuvent sembler bénéfiques aux Etats-Unis mais uniquement sur le court terme, et uniquement pour ceux que Bush appelait sa "base" de "Haves and Have-mores".

Paradoxalement, cette stratégie reflète une négation de la globalisation au sens où elle signifie le refus d'une approche globale de la globalisation.

Pour faire le parallèle avec les crises déchirant actuellement les grandes religions monothéistes, le plus sage n'est pas de renforcer les extrémistes de chaque camp en entrant dans leur petit jeu de guerre des civilisations, mais bien de travailler par-delà les frontières sur ce qui rapproche, avec respect et en étant prêt à faire des concessions pour éradiquer ensemble les injustices les plus fondamentales.

20060322

Blogule rouge a la France - mai 68 sans les neurones

Inréformable. Ce pays refuse de vivre dans le présent. Le CPE ? Un alibi pour se défouler : privée de son seul véritable projet de société (construire l'Europe), la jeunesse se range derrière le discours simpliste de l'UNEF pour crier son désarroi, exiger un plein emploi illusoire sans comprendre que la voie de la précarité réside dans l'absence de changement.
Le mouvement étudiant s'est vidé de sa substance et ses leaders se reposent désormais totalement sur les épaules et la réthorique des professionnels de la contestation (syndicalistes, trotskystes, altermondialistes atermoyistes, grèvologistes), tout en focalisant leurs efforts sur le recrutement des prochaines générations (contagion des lycées).

Autant les idées et les propositions pullulaient en 1968, autant la contestation 2006 brille par sa vacuité. A l'absence d'intelligence s'ajoute la bêtise : le mouvement exsude l'intolérance par tous les pores parce que c'est son mode d'aggrégation (éternelle rengaine de la formation des trotskystes à la française, n'est-ce pas Lionel ?).
Il faut dire qu'en face, Villepin ne la joue vraiment pas fine : s'il a raison de ne pas reculer, il a tort de se laisser emporter par un panache qui lui a déjà joué des tours (dissolution de 1997, radicalisation anti-américaine de 2004). Sarkozy guette l'occasion de se désolidariser et ses troupes s'inscrivent désormais clairement dans l'opposition.
La situation est claire :

- Les émeutes de novembre prouvent que la France a besoin de tester au plus vite une nouvelle formule pour l'emploi des jeunes.
- Le CPE a le mérite de transformer la précarité d'aujourd'hui (70% des emplois sont aujourd'hui des CDD, les jeunes accumulent des stages non rémunérés et des intérims de 5 jours en moyenne...) en parcours professionnel valorisable (la fin des stages abusifs, une véritable formation, une véritable protection sociale...) sans se substituer pour autant au CDI.
- Ce n'est sans doute pas la panacée mais l'urgence exige de faire quelque chose : donnons-lui sa chance et faisons le point dans 9 mois ou un an. Avec pragmatisme et sans le dogmatisme des 35 heures.
- La gauche veut flinguer le CPE parce qu'elle ne veut pas que le gouvernement réussisse avant 2007. Sarkozy suit désormais la même logique et décide de se retourner au moment le pire ; alors que le mouvement se radicalise et menace de perdre toute crédibilité.
Sous le feu des flèches, Villepin prend ses airs de Saint Sebastien, crinière au vent, mais peu m'importe son sort : le pays tout entier doit cesser de subir le martyr des réformicides.

20050805

Blogule rouge aux neolibs

Une force de réaction-miroir à la déferlante "neocon" se cristallise de jour en jour : en capitalisant sur une plateforme idéale (le radicalisme de Bush & Co) et en surfant sur la popularité de thèmes "alternatifs" (non à l'ultralibéralisme, non aux pollueurs, non à la guerre...), elle recrute sans peine bien au-delà de la base traditionnelle d'extrème-gauche. Au sein de ces nébuleuses, les (pas toujours) anciens Trotskystes apportent leur savoir faire établi d'infiltration via le milieu enseignant - étudiant (déjà relevé pendant la campagne européenne, et nettement confirmé in Le Figaro de ce jour "Enquête : comment ATTAC infiltre l'école" ). Le débat interne à l'ATTAC (tour à tour promoteur de la taxe injustement appelée "Tobin", de manifs anti-Davos ou G8, du non au référendum sur la constitution européenne...) nous renvoie quelques décennies en arrière : nous agissons déjà comme un parti politique, devons-nous l'assumer jusqu'au bout et présenter un candidat aux présidentielles 2007 (= accélérer l'implosion du PS) ?
Je note un intéressant parallèle avec les faucons US dans la façon avec laquelle les radicaux "altermondialistes" terrorisent les plus faibles au sein de leur mouvement : si tu n'es pas d'accord avec nous tu es contre nous et donc tu es un fasciste.
Ce que je redoutais se confirme : les extrèmes progressent en se nourissant mutuellement, pulvérisent au passage les modérés entre le marteau, la faucille et l'enclume, et consacrent au global le discours radical comme majoritaire.
Côté américain, Howard Dean semble viser le centre droit sans chercher à verrouiller son aile gauche (à sa décharge, "Yeehaa" a déjà donné dans l'extrème). Fort à propos, l'édition internationale de Newsweek fait de l'avenir de Roe vs Wade un test pour les Démocrates (cf article :
"A Case of Roh vs. Reality"). J'ignore combien de temps le système bi-partite américain tiendra, mais sa survie tient sans doute pour beaucoup dans la durée très courte des mandats présidentiels (4 ans).

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