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20081201

Fondamentalisme : la nouvelle donne

Il y a quatre ans, le triomphe de George W. Bush aux élections présidentielles laissait présager le pire pour l'Amérique et le monde : le pays supposé mener la lutte en faveur de la démocratie et contre le terrorisme confirmait à sa tête un fondamentaliste menant délibérément une politique favorable à la montée des extrémismes au sein de chacune des grandes religions monothéistes, et imposant à son propre pays d'inquiétants accents de théocratie fascisante*.

Il y a quatre semaines, le triomphe de Barack H. Obama aux élections présidentielles apportait un formidable message d'espoir : ce même pays, les Etats-Unis d'Amérique, embrassait massivement un discours de respect, de tolérance et d'espoir, renvoyant dans l'ombre le discours de haîne et de peur dans lequel ses dirigeants l'avaient enfermé au lendemain du 11 Septembre, faisant ainsi le jeu des auteurs des attentats**.

S'ils se trouvent bientôt privés de leur principal leader ou partenaire, les fondamentalistes n'ont pas pour autant perdu la guerre, comme en attestent la semaine dernière la vague d'attentats à Mumbai, les tueries de Jos au Nigeria, ou les violences quotidiennes aux quatre coins de la planète.


La logique ne change pas : entretenir la haîne et la peur, affaiblir les modérés et renforcer les radicaux, encourager le repli sur soi et la crainte de l'autre, placer le débat sur le terrain de la religion alors qu'il est avant tout question de politique.

George W. Bush a délibérément apporté la pire des réponses possibles au 11 Septembre, et Manmohan Singh doit surtout se garder de montrer du doigt le Pakistan. Il lui faut bien au contraire tendre la main à Asif Ali Zardari et l'aider à vaincre les ennemis communs, à condition naturellement que celui-ci joue la carte de la transparence et de l'ouverture. L'objectif recherché à travers les attaques de Mumbai, c'est bien sûr d'attiser la haîne au sein de la plus grande démocratie du monde, et de fragiliser toute dynamique de paix dans la région, mais aussi et avant tout de faire basculer le Pakistan du mauvais côté.

Les maillons faibles, ce sont bien sûr la Palestine, le Liban ou l'Afghanistan, mais aussi des pays souvent pointés du doigt comme le Pakistan ou l'Iran. Des pays condamnés à évoluer en renonçant à l'extrémisme, mais minés de l'intérieur et de l'extérieur par des ennemis qui ne peuvent pas se permettre que les modérés et les réformateurs sauvent un maillon aussi essentiel de leur stratégie globale.

On ne peut pas empêcher les actes terroristes, mais on peut en annihiler la portée. Chaque attaque ne doit pas nous éloigner mais nous rapprocher les uns des autres.

L'Afghanistan n'était pas responsable des attentats du 9/11, c'est le monde qui a abandonné l'Afghanistan aux mains de ceux qui les ont fomenté. A son tour, le Pakistan a besoin d'aide, mais pas d'une aide contre-productive comme celle qui a conforté Pervez Musharraf dans la dictature et légitimé les Islamistes dans leur quête du pouvoir : l'effort doit être total, moins militaire que politique, économique, culturel et social - il doit embrasser tous les acteurs de la région et réintégrer le Pakistan dans le camp des démocraties victimes du fondamentalisme.

Celui-ci s'étiolera lorsque l'opinion publique le rejettera comme un corps étranger nocif. L'exemple viendra du haut avec des leaders sains oeuvrant réellement au bien de la communauté et collaborant au-delà des différences pour lutter à la source contre la pauvreté et l'injustice. L'exemple viendra aussi du terrain par la reconquête d'esprits séduits par l'aide apportée au quotidien par les vitrines caritatives des mouvances fondamentalistes. Pas seulement Islamistes : les fondamentalistes Chrétiens contribuent tout autant à attiser les flammes en envoyant des armées de prosélytes dans les régions défavorisées d'Asie, d'Afrique ou d'Amérique du Sud. C'est la version ONG des croisades, ou plutôt du "Choc des Civilisations" d'Huntington, cette nouvelle bible célébrant l'alliance des néocons et des théocons.

Ce que l'on attend du nouveau président Américain, ce n'est pas qu'il renforce les clivages actuels mais qu'il apporte un éclairage plus objectif sur une situation complexe. Il suffit de prendre un minimum de recul pour exposer l'imposture fondamentaliste. I
l faut du courage et des caractères forts pour remettre des pays en miettes dans le sens positif de l'Histoire.

Mais quelque part tout le monde est aujourd'hui suffisamment meurtri pour que chacun accepte de faire un pas. Et si la dynamique prend vite, si la diplomatie reprend ses droits, si la politique regagne ses lettres de noblesse, si l'Amérique elle-même montre la voie du soft power y compris dans la sphère économique, même la Russie et même la Chine seront obligés de suivre.



* cf "
Universal Declaration of Independence from Fundamentalism"
** cf "
The Stolen Election"

20080928

Un Maverick ou un joueur invétéré ?

Jo Becker et Don van Natta Jr du The New York Times viennent de nous livrer un édifiant papier sur John McCain, ses relations au jeu et à l'industrie du jeu*.

Cet homme est un joueur, et une quarantaine de membres de son équipe de campagne ou de ses principaux donateurs présente des liens étroits avec l'industrie du jeu.

Cela ne surprendra vraiment personne, et explique beaucoup de choses sur le personnage et son comportement, en particulier pendant cette semaine où la chance ne l'a pas vraiment servi (cf son coup de poker manqué sur le plan de sauvetage de Wall Street).

Au-delà du "quoi" (un vice peu glamour pour une personne ayant accès aux codes nucléaires), il convient de se poser la question du timing. Pourquoi ce type de sujets ressort maintenant ?

Les media avaient jusqu'à présent relativement épargné John McCain sur la question du "character". Sa nervosité lors du premier débat ravive certes le spectre de ses colères légendaires, mais je ne serais pas surpris de lire beaucoup de sujets relatifs à la moralité du personnage : un joueur invétéré, coureur de jupons, capable de plaquer sa femme, défigurée par un accident de voiture, pour une plus jeune, plus belle et plus riche... pas vraiment le candidat modèle pour la droite religieuse US.

Cette droite religieuse US ne l'a rallié que grâce à la bénédiction officielle du très theocon George W. Bush à la Convention Républicaine**, et la nomination de la tout aussi illuminée Sarah Palin.

Pour obtenir la nomination, Maverick John a tenté le grand écart entre son passé d'indépendant et un futur totalement soumis à ses ennemis d'hier, et ça commence à se voir. La nullité crasse de Palin aussi : elle n'a accordé que 3 interviews depuis sa nomination contre une centaine pour Biden, et chaque sortie la montre moins crédible et plus fébrile. McCain et Bush devront trouver une sacrée diversion (une petite bombe sur Téhéran ?) pour faire annuler le prochain débat supposé opposer Joe et Sarah***.

Pour peu que les media braquent encore plus les projecteurs sur ses contradictions et sur le profil réellement effrayant de sa colistière, McCain pourrait bien perdre le soutien d'une partie des fondamentalistes sur sa droite, et de sa base indépendante au centre.

Il semble que de plus en plus de Républicains ne voient pas d'un mauvais oeil un échec de ce ticket contre nature : s'ils souhaitent réformer le parti, le purger des théocons et néocons, et accessoirement sauver leur pays, il est préférable que McCain-Palin échoue et si possible lourdement.

Si les media veulent se racheter de leur compromission avec l'administration Bush pendant les années 2002-2006, c'est le moment de faire du journalisme d'investigation et d'éclairer l'électeur US sur qui sont réellement Barack Obama, Joe Biden, John McCain et Sarah Palin.


* cf "
McCain and Team Have Many Ties to Gambling Industry" (NYT 20080928)
** cf "
Le véritable "changement" selon McCain-Palin-Bush " / "Change is coming" and Mac "will fight", but for whom and for what ?"
*** elle pourra néanmoins réciter les mantras pondues par Steve Schmidt sans risquer d'être contredite par son adversaire : les Républicains ont obtenu un format excluant le débat direct pour protéger leur candidate.

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initialement publié sur blogules VO ("
A Maverick or a Gambler ? ")

20080520

Neocons, theocons et paleocons

En cette année électorale, un rapide point sur les trois familles de conservateurs les plus suivies aux Etats-Unis. Chacune "évoluant" avec ses tendances propres:

* le phénomène neocon retombe :
A l'opposé du conservatisme traditionnel relativement peu interventionniste à l'international, les neocons se sont vu confier les commandes du navire avec les résultats que l'on connait. Totalement déconsidérés (certains leaders charismatiques se sont désolidarisés du mouvement), les néocons ont été partiellement remplacés par des Reaganiens dans l'entourage de Bush. Dick Cheney lui-même commence à sentir le vent du boulet : des Républicains mettent l'inattendue défaite de Greg Davis au Congrès sur le compte de la récente visite du Vice-Président au Mississipi. De moins en moins en odeur de sainteté, Dick Perle et compagnie ne désespèrent pas d'un nouveau grand soir. Et à propos d'odeur de sainteté...

* la vague theocon se cherche un nouveau leader :
Ces fondamentalistes (à ne pas confondre avec les évangélistes light dont certains seraient près à suivre Obama) sont les véritables gagnants du double mandat Bush - l'un des leurs. En dépit des actes d'allégeance de McCain (conférence au Discovery Institute, déclarations en faveur d'une Cour Suprême ultraconservatrice révoquant Roe vs Wade, discours messianiques invoquant la lutte contre le Mal...), ils n'ont toujours pas confiance en lui et cherchent à le renverser d'ici la Convention Républicaine, ou a minima à lui imposer un véhicule plus proche de leurs "valeurs" à la Vice-Présidence (Huckabee ?). Sans leur soutien, McCain n'a aucune chance... et s'il obtenait leur soutien, il donnerait à Obama l'occasion idéale de le swiftboater en exposant ses contradictions fondamentales.

* les paleocons ne savent plus où donner de la tête :
Ils n'ont pas évolué depuis des lustres et avaient déjà beaucoup perdu d'influence après la révolution "idéologique" reaganienne. Ils conservent néanmoins un certain poids électoral et suivront le mouvement. Une partie pourrait rejoindre, à l'instar des Reagan Democrats, la voie Obamienne ou pourquoi pas - acte contestataire suprême -libertarienne avec Bob Barr (cf "
Bob Barr - pro-liberté ou anti-Obama ?" - 20080513).

En bref et comme prévu (cf "
Red Blogule to the Bush system - Prevent a New War of Secession" - 20041101, ou plus récemment "GOP : Time to Split" - 20080113), le GOP va mal, et la meilleure chose qui pourrait lui arriver serait une nette victoire d'Obama en Novembre.

Même si certaines valeurs conservatrices ont gagné du terrain sur l'échiquier, et même si la droite religieuse marque des points à gauche, le pays ne peut toujours pas faire l'économie d'une déclaration d'indépendance contre le fondamentalisme (cf "
Universal Declaration of Independence From Fundamentalism" - 20070809).

20080210

Le Super Saturday de Barack Obama

La Louisiane semble aussi bien partie que les autres scrutins du jour pour BHO : outre l'Etat du Sud, le Sénateur de l'Illinois raflerait donc la mise sur le Nord (Nebraska), le Nord-Ouest (Washington) et même par-delà les mers (Iles Vierges Américaines).

Nouvelle tendance ? Son solide Super Tuesday avait déjà été prolongé par une chasse aux donateurs plus fructueuse que celle de sa rivale Billary. S'il limite la casse en Nouvelle Angleterre ce soir (et a fortiori s'il l'emporte dans le Maine), Obama pourrait bien se présenter en position de force le 12 pour ce qui sera probablement la journée clef : le District de Colombia, la Virginie et le Maryland se prononceront, c'est à dire la capitale fédérale et ses alentours ; le coeur du pouvoir politique.

Bien au-delà des 240 délégués Démocrates en jeu sur ces trois Etats, une décision nette pourrait influencer de façon décisive les Superdélégués dans la perspective de la Convention. C'est confirmé depuis mardi, la différence se fera comme on le pressentait sur ces 796 représentants sur lesquels le commun des Démocrates n'a aucune prise les primaires et caucus en cours. Hillary Clinton aura le plus à perdre : le moindre signe de lâchage de l'establishment et de Washington, DC, et personne ne misera plus le moindre kopek sur elle.

Côté Républicains, le sursaut de Huckabee prouve à ceux qui en doutaient encore le poids des ultraconservateurs et des theocons dans le pays. McCain n'a plus Romney face à lui et les mathématiques ne sont pas en faveur de l'ex pasteur mais comme le rappelle fort justement Huck : "je n'ai pas réussi mes études dans les maths mais dans les miracles".

20070715

USA - confusion entre Etat et Parti Républicain ?

(en réponse à un article dénonçant la confusion entre l'Etat US et le Parti Républicain depuis 2001)

Bush n’est pas un Républicain: il est avant tout un fondamentaliste. Et son premier mandat a été caractérisé par un shuntage systématique des organes de contrôle nationaux et internationaux à commencer par le Congrès, pourtant du même bord. Le cercle restreint autour du président s’est ainsi mis à dos les conservateurs reaganiens, dont certains ont même milité contre Bush en 2004.


Pendant cette campagne, j’essayais également de convaincre des Républicains de ne pas voter pour Bush puisqu’il ne défendait ni les intérêts ni les valeurs de leur parti, et qu’une victoire de Bush en 2004 signifierait une implosion du parti. Au-delà du rift conservateurs / néo-conservateurs / pragmatiques, la fracture s’annonçait entre démocrates (sans la majuscule) et théocrates.

Car si confusion il y a eu au plus haut niveau de l’Etat, c’est bien entre politique et religion... ce qui me semble autrement plus dangereux, comme en atteste le "succès" de cette dream team.

Si Dubya conserve tout son pouvoir de nuisance depuis les élections de 2006, son entourage direct se trouve sur la sellette et Cheney a quelque peu perdu de son influence au profit de l’arrière garde reaganienne et d’amis de papa George Herbert Walker Bush.

Notons que ce dernier n’est pas un fondamentaliste mais quelqu’un de plus pragmatique et porté sur l’argent, ce qui se sent au niveau de ses fréquentations (plutôt le Révérend Moon que Billy Graham). 41 a de qui tenir: son propre père Prescot Sheldon Bush aura plutôt bien travaillé avec les Nazis...

20070627

En finir avec le fondamentalisme

Jamais depuis le Moyen-Age les fondamentalismes ne se sont aussi bien portés à travers le monde. En s’adaptant parfaitement à une société mondialisée et en réseau(x), des mouvements jusqu’alors marginaux sont parvenus à s’imposer comme quasi-dominants dans les media, régentant l’actualité à défaut de pouvoir contrôler le pouvoir réel. Un noyau d’initiés suffit désormais à animer des multitudes soigneusement maintenues dans l’ignorance grâce à une propagande efficace déclinant une idéologie simpliste autour d’une caricature de religion. L’argumentaire passe d’autant plus facilement que cette multitude subit au quotidien des injustices flagrantes, la moindre illusion d’espoir rendant plus supportable la misère absolue.

Ces phénomènes ne datent pas d’hier, mais la frustration a été récemment exacerbée par de trop nombreux espoirs déçus. Par incurie parfois, mais souvent aussi par le torpillage systématique des rares initiatives de résolution, ou encore l’élimination méthodique des rares personnes susceptibles de concrétiser un mince espoir de réconciliation. Ce n’est pas un hasard si Yitzak Rabin en Israël et Ahmed Chah Massoud en Afghanistan ont été assassiné par des courants supposés partager la même religion : le principal ennemi d’un fondamentaliste c’est le modéré dans ses rangs, certainement pas le fondamentaliste d’en face. Car le fondamentaliste d’en face, c’est le miroir qui renvoie de lui aux yeux du monde une image encore plus grande et plus belle. A eux deux, les fondamentalistes se faisant face captent toute la lumière, masquent leur desseins obscurantistes, et focalisent leurs rayons pour réduire en poussière tout ce qui ose bouger dans leur terrain de jeu commun...

Le coup d’envoi de la ligue mondiale nouvelle formule a été donné par Osama Ben Laden le 9 septembre 2001. Il n’en était certes pas à son coup d’essai mais cette fois-ci, il savait à quel genre de "wi(l)d receiver" il avait affaire : un "born again Christian" proche des cercles les plus fanatiques, comme ces fous furieux qui soutiennent les fondamentalistes Israëliens dans l’espoir de déclencher la guerre finale supposée provoquer le retour du Christ... un homme qui se présente comme le simple exécutant de la volonté divine, inscrivant dès le départ son mandat sous le signe de la théocratie.

L’accusé de réception n’a pas traîné : dès son premier discours suivant l’attentat, George W. Bush a lâché le signal que tous les Islamistes attendaient, et que les fondamentalistes Chrétiens appelaient de tous leurs voeux ; le mot "croisade".

On peut critiquer Bush sur de nombreux points, mais pas sur sa stratégie à l’international. Le bourbier et la partition de l’Irak, l’avènement d’un illuminé en Iran, le sinistre remake de la partition Pakistan-Bangladesh en Palestine ou le renforcement des extrémistes en Israël ne constituent pas des échecs mais des succès éclatants. Car George W. Bush n’a pas agi en Président des Etats-Unis dans l’intérêt de son pays, ni même en Républicain dans l’intérêt de son parti, mais avant tout en fondamentaliste dans l’intérêt du fondamentalisme. Et donc des fondamentalismes.

Ce Commandeur des Crédules a ainsi permis à des courants pour le moins alternatifs d’étendre durablement leurs congrégations sur l’ensemble du territoire américain et en particulier en son coeur, dans les régions en forte croissance démographique. Bush a également prêché par l’exemple en s’attaquant aux piliers de la démocratie au plus haut niveau de l’Etat : la justice, la science ou l’éducation ne doivent pas faire obstacle à l’avènement d’une authentique théocratie. Au niveau international, il aura systématiquement cherché à s’affranchir de toute contrainte ou interdépendance, à rendre caduques les accords de toute nature (de Kyoto à Genève), à vider de leur sens les véhicules de la communauté internationale (l’ONU, bien sûr, mais même l’OMC en lui substituant une raffale sans précédent d’accords bilatéraux de - plus ou moins - libre échange)...

Le maintien d’un état permanent de guerre et de terreur est essentiel pour le fonctionnement de la propagande et l’affirmation d’un pouvoir faisant parfaitement écho au Grand Satan d’en face, qualifié par un habile effet de miroir d’Islamo-fascisme. Les amis de Bush doivent toutefois lui conseiller régulièrement de ne pas trop en faire dans le maniement de l’épée : d’accord pour supprimer des ennemis communs, du menu fretin et des petites frappes élevées au rang de martyr par la propagande, mais attention à ne pas décapiter tout le monde... C’est d’abord Ben Laden qui lui rappelle que son ennemi n’est pas le peuple américain mais les musulmans corrompus par les infidèles, puis Mahmoud Ahmadinejad qui lui écrit pourquoi tant de haîne ? nous avons tant de choses en commun dans notre approche de la foi...

Certes, les Américains ont sanctionné le sanctifié de la Maison Blanche, mais essentiellement sur son bilan militaire, et la victoire Démocrate de 2006 demande confirmation. En attendant, les fondamentalistes US sont enfin montrés du doigt, et deviendraient presque moins fréquentables : aucun candidat cherchant leur soutien ne prendra le risque d’un "coming out" trop marqué... La déroute irakienne a par ailleurs provoqué le divorce neocons - theocons : ce sont les "religieux" de la Maison Blanche qui avaient vendu la guerre aux néocons, qui l’avaient à leur tour vendue aux grands lobbies économiques... ces derniers s’étaient alors logiquement retournés contre leurs vendeurs en constatant les vices cachés.

Le poids des fondamentalistes demeure cependant... fondamental. Et Démocrate ou Républicain, aucun candidat à la présidence en 2008 ne voudra se les mettre à dos.

Une chose est sûre : Bush ne sera pas réélu, et le mouvement a besoin de nouveaux leaders pour poursuivre la croisade.

Si Benoît XVI peut difficilement incarner l’avenir, il a déjà prouvé sa capacité à relayer le témoin sur quelques précieux mètres. Et en dépit des apparences, ce théologien possède lui aussi un sens aigü de la communication. De sa "malheureuse gaffe" de Ratisbonne, le commun des mortels n’aura retenu que la citation d’un texte critique envers Mahomet (Controverse de Manuel II Paléologue relative à la violence dans l’Islam), mais il ne s’agissait là que de la caisse de résonnance généreusement offerte aux prêcheurs radicaux derrière le "miroir d’en face". Le coeur de son message résidait dans la primauté de la religion sur la raison. La profession de foi d’un fondamentaliste à l’attention de fondamentalistes, discrètement formulée par un érudit à l’attention d’érudits... et au passage, une authentique bénédiction urbi et orbi accordée à ces révisionnistes de la science qui prônent l’imposture du Créationnisme et de l’Intelligent Design.

Tout ceci quelques jours après avoir réhabilité les traditionnalistes jusqu’ici considérés comme déviants et archaïques. Et quelques jours avant de rendre visite à la Turquie, cette clef de voûte de la laïcité au carrefour de l’Orient et de l’Occident, cette pierre que tant de fous souhaitent faire tomber, cette pierre sur laquelle tant de fous veulent construire leur caricature d’église...

Le fondamentalisme se nourrit du fondamentalisme et pour imposer des idées radicales, il n’est de meilleur allié qu’une idéologie radicale rivale. Les modérés sont trop longtemps restés silencieux et il est temps de faire tomber les miroirs et les masques, d’exposer les manoeuvres destinées à miner la société dans son ensemble et dans toutes ses composantes, d’exiger des représentants du peuple un engagement formel sur leur respect des principes de la démocratie. Il ne s’agit surtout pas de s’engager dans une contre-croisade, une chasse aux sorcières, ou d’interdire la religion pour satisfaire les ayatollahs de l’ultra-laïcité mais au contraire d’ouvrir les bras aux autres, de faire triompher le respect, la tolérance et surtout la transparence.

Dans ce contexte, le retrait d'un texte condamnant le Créationnisme de l'ordre du jour de l'Assemblée du Conseil de l'Europe sonne comme un bien inquiétant signal.

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addendum : ce texte a évolué dans sa version anglaise vers une "Universal Declaration of Independence From Fundamentalism".

20070314

Blogule blanc au choc des a-civilisations

Le PS est mort le 29 mai 2005. Je l'ai dit et Rocard l'a répété*, il ne reste plus aux Pieds Nickelés des dernières primaires qu'à procéder à l'exécution en bonne et dûe forme.
Dominique Strauss Kahn sait le PS incurable et prépare déjà 2012. Le vaisseau doit nécessairement se scinder en deux et lui se pose en candidat pour la section réformiste.
Laurent Fabius, lui, compte récupérer l'aile gauche du parti. Enfin "gauche"... disons plutôt maladroite, irrécupérable et ultra conservatrice. Bébé Cadum cherchera aussi à absorber ce qu'il restera du PCF et des groupuscules altermondialistes. Il risque surtout de créer un parti Vert bis, où les Trotskystes ne seront pas les derniers à semer la zizanie. Cela risque de s'apparenter à de l'entrisme dans une auberge espagnole, autant dire de l'entrisme dans la dernière demeure, façon "entre ici, Jean Moulin".
Ségolène Royal, elle, doit composer avec les derniers intellectuels debout : Jeanne Moreau et Emmanuelle Béart, la version féminine du duo Johnny Hallyday - Doc Gynéco... bonjour le choc des a-civilisations.
Les théoriciens dits de gauche ? Muets, deshérités au sens propre du terme : ils se laissent impassiblement déposséder de leur héritage. Alors que l'analyse de Marx n'a jamais autant été d'actualité*, ce n'est pas dans sa famille qu'il faudra trouver les bons praticiens : la gauche française n'a pas réformé sa pensée depuis le XIXe siècle et si elle ne le fait pas maintenant, d'autres le feront pour elle. Ceux qui se contentent de rabacher les mêmes mantras n'ont même pas le mérite des néoconservateurs américains, qui font au moins l'effort de changer l'emballage et les formulations. Ces ringards peuvent rejoindre Fabius, personne ne les pleurera.
Ségolène Royal n'est pas encore ringarde. Elle reste debout, mais son programme se résume à "je suis une femme, les Français veulent une femme présidente, votez pour moi ou vous êtes un ignoble phallo". Les idées ? Pas son truc - demandez plutôt à son âme damnée, une Trotskiste pur jus. Le combat ? Pas son truc non plus - Ségo lutte seule, ne mène pas ses troupes. Son seul moteur demeure l'opinion des autres et tant que ça tiendra, elle restera debout.
Paradoxalement, elle peut tenir jusqu'au second tour. Surtout si Sarkozy poursuit sa campagne suicidaire en remettant Le Pen dans la course pour flinguer Bayrou.
Une semaine après la publication de la liste finale des candidats, on devrait y voir plus clair. Si Bayrou reste au-dessus des 20% il a une forte chance de se retrouver au second tour. Si Le Pen se rapproche de la même barre, Royal aura moins de mal à provoquer l'union sacrée et à se qualifier pour la finale et des deux favoris, Sarko aura le plus à perdre.

Le Petit Nicolas risque beaucoup à jouer ainsi l'apprenti sorcier : le FN est certes un esprit malin capable de provoquer un retour d'amour dans une campagne délicate ou jeter un mauvais sort à la partie adverse, mais il peut aussi se retourner contre celui qui l'invoque, et tout le monde n'a pas les talents de marabout de François Mitterrand.


* cf "
Blogule rouge aux occasions perdues" (20060607) et "Blogule blanc a Michel Rocard - si six cent six scissions" (20060824)
** cf "
The end of financial safe havens - Red blogule to speculation" (20070303)

20050916

Blogule rouge a l'essaimage OGM - Objectif Gouvernements iso-Maison Blanche en Europe

Ahurissant. Pendant que Dominique Villepin fait la claque et en prend une autre aux Nations Unies, Nicolas Sarkozy s'en va saluer un autre poulain de l'écurie Bush en campagne pour le nouvel ordre européen, Donald Tusk.
Tusk avait déjà reçu le soutien d'Angela Merkel, autre protégée de la Maison Blanche ainsi que de Lech Walesa, auquel le petit Nicolas n'a pas oublié de serrer la pince pour services rendus à la mère patrie : l'ancien ouvrier n'a plus de pouvoir mais bénéficie toujours de l'indéfectible Solidarnosc des cathos ultra-conservateurs US.
Merkel souffre mais devrait conserver une petite avance pour les élections à venir en Allemagne. Tusk se retrouve en revanche face à un boulevard, son principal adversaire Wlodziemierz Cimoszewicz ayant jeté l'éponge suite à une campagne de dénigrement si parfaitement menée qu'elle porte la griffe du Grand Architecte en la matière, Karl Rove. L'Architecte en question n'a pas eu à forcer son talent pour tirer la chasse au W.C. : les scandales pétroliers, il connaît.
Les groupes de presse du monde entier soupirent de soulagement : si celui qui était encore en tête il y a quelques semaines avait été porté au pouvoir, ils étaient bons pour investir dans plusieurs boîtes de Scrabble. En revanche, avec Tusk, ils auront fait plus de la moitié du chemin à chaque fois qu'ils écriront sur le pourfendeur de la "Vieille Europe", Donald Rumsfeld.

20050805

Blogule rouge aux neolibs

Une force de réaction-miroir à la déferlante "neocon" se cristallise de jour en jour : en capitalisant sur une plateforme idéale (le radicalisme de Bush & Co) et en surfant sur la popularité de thèmes "alternatifs" (non à l'ultralibéralisme, non aux pollueurs, non à la guerre...), elle recrute sans peine bien au-delà de la base traditionnelle d'extrème-gauche. Au sein de ces nébuleuses, les (pas toujours) anciens Trotskystes apportent leur savoir faire établi d'infiltration via le milieu enseignant - étudiant (déjà relevé pendant la campagne européenne, et nettement confirmé in Le Figaro de ce jour "Enquête : comment ATTAC infiltre l'école" ). Le débat interne à l'ATTAC (tour à tour promoteur de la taxe injustement appelée "Tobin", de manifs anti-Davos ou G8, du non au référendum sur la constitution européenne...) nous renvoie quelques décennies en arrière : nous agissons déjà comme un parti politique, devons-nous l'assumer jusqu'au bout et présenter un candidat aux présidentielles 2007 (= accélérer l'implosion du PS) ?
Je note un intéressant parallèle avec les faucons US dans la façon avec laquelle les radicaux "altermondialistes" terrorisent les plus faibles au sein de leur mouvement : si tu n'es pas d'accord avec nous tu es contre nous et donc tu es un fasciste.
Ce que je redoutais se confirme : les extrèmes progressent en se nourissant mutuellement, pulvérisent au passage les modérés entre le marteau, la faucille et l'enclume, et consacrent au global le discours radical comme majoritaire.
Côté américain, Howard Dean semble viser le centre droit sans chercher à verrouiller son aile gauche (à sa décharge, "Yeehaa" a déjà donné dans l'extrème). Fort à propos, l'édition internationale de Newsweek fait de l'avenir de Roe vs Wade un test pour les Démocrates (cf article :
"A Case of Roh vs. Reality"). J'ignore combien de temps le système bi-partite américain tiendra, mais sa survie tient sans doute pour beaucoup dans la durée très courte des mandats présidentiels (4 ans).

20050311

Blogule blanc aux 10.000 moins un

Mon "terrain de je" vient de fêter sa 10.000e page vue début mars*. En cumulé depuis la création du monde, d'accord, mais ça fait toujours plaisir. Les 3 petits frères font leurs dents : 55% des visiteurs subissent mes blogules en VF, 14% dans leur version angloïde et 30% m'ont surpris à déverser ma mot-bile dans la langue de j'expire. Le visiteur d'Outre-Atlantique se fait plus rare depuis l'élection de George II (sa première depuis le putch de 2000), mais le francophone donne de la voix : comme toujours, un cocktail de vieilles connaissances (p... Charles : 12 ans !), de nouveaux visages et d'égarés du web. Sans oublier les incurables. Je sais bien qu'un portail est fait pour être ouvert mais ça fait bizarre de voir entrer un révisionniste. Je préférais presque les fondamentalistes et les néocons...

* NB : pour la seule page la plus populaire du site

20050210

Blogule Rouge aux chaises musicales irakiennes

Pour sortir du bourbier irakien, les Américains ne sont plus à une couleuvre près. Après avoir accepté la médiation de l'ONU et l'émission d'une fatwa d'un ayatollah iranien pour réussir les élections, il leur faudra peut-être avaler le retour en grâce d'Ahmad Chalabi, qui a fait son nid auprès des leaders religieux de la majorité chiite.
Aux dernières nouvelles, l'ancien chouchou des neocons avait quitté les faveurs de Bush & Co, les Américains menant une descente dans ses locaux - officiellement en raison de ses liens supposés (et avérés depuis) avec les Iraniens, mais surtout pour récupérer ses fiches sur les méfaits commis par les uns et par les autres autour de l'invasion de l'Irak.
Le visage souriant d'un habitué des couloirs du pentagone au costume bien coupé faisant meilleur effet dans l'opinion publique qu'un barbu enturbanné pour symboliser le succès de la démocratie en Irak, le jeu de ping-pong entre les frères ennemis Allawi et Chalabi reprendrait donc en faveur du second... pour peu que le premier se laisse faire, maintenant qu'il a la main sur les principaux leviers du pouvoir.
Peu importe pour Bush, qui a une autre guéguerre entre corrompus et fondamentalistes à gérer à domicile autour de son projet de budget. En tout cas, ce n'est pas le parti démocrate qui pourra le déranger : McAuliffe frise de plus en plus le ridicule à en juger par l'embarrassant appel à pétition que j'ai reçu l'autre jour par mail.

20050117

(discussion suite au blogule "when Harry met nazis")

(en reponse a la critique les US n'ont rien a voir la dedans)
C'est parce que je respecte profondement les Etats-Unis que je m'inquiete lorsqu'ils tournent le dos a leurs valeurs. J'adore ce pays mais je n'aime pas du tout ce que j'y ai vu recemment.
Pour revenir a l'impact des elections : le 2 novembre 2004 a clairement ete interprete par les fondamentalistes US comme leur victoire. Ils la revendiquent et poussent leur agenda avec une force qui embarrasse meme ceux qui ont ouvert la boite de Pandore, Karl Rove en tete. Si le debat a deja ete nauseabond l'annee derniere, il promet d'etre violent cette annee. Des ligues se mettent en place dans la perspective des prochaines elections de 2006 afin de faciliter le succes de la ligne dure, des "labels" seront accordes aux candidats en fonction de leur programme et de leur bilan pour concentrer le financement des fondamentalistes, desormais courtises par trop de monde... que ce soit aux US, en Europe ou dans le reste du globe, puisqu'ils adoptent desormais la strategie expansionniste des Wahabbites. Eux aussi vont recruter chez les plus demunis tout en soutenant des personnalites avides de pouvoir.
Cet extremisme n'est evidemment pas nouveaux aux US, mais jamais il n'a atteint un tel niveau ni une telle influence au quotidien. Ce fougueux torrent s'est decomplexe au point de vouloir quitter l'"underground" pour s'imposer comme "mainstream".
Au-dela des fondamentalistes chretiens et des ultra-conservateurs US, la reelection de Bush conforte d'ailleurs les radicaux islamistes, tout heureux de voir leur meilleur "ennemi" en place. Jamais ils n'ont pu mobiliser avec tant de facilite - partout les moderes sont maintenus sous l'eteignoir et les discours radicaux tiennent le haut du pave. Sans aller jusqu'a Aceh, regardez combien la croisade de Bush a facilite le travail des immams fondamentalistes en France. Stephane MOT

20050105

Blogule rouge à l'extrême droite - Pensées et pansements

(debat sur la qualite des argumentaires relatifs a l'extreme droite)
Je ne suis pas grand amateur d'essais politiques et me mefie d'une maniere generale d'auteurs ou de theoriciens qui embellissent la realite ou nourissent la confusion sur des sujets de ce type. Le talent litteraire d'un Drieu ou d'un Nabe ne doivent pas nous distraire du fond.
Tant que le journalisme d'investigation demeure honnete, il me semble le moyen le plus simple pour demonter la mecanique de l'extremisme.
Je constate neanmoins que la critique de l'extreme gauche s'avere beaucoup plus riche - sans doute parce qu'elle est souvent le fait d'intellectuels revenus de leurs illusions. Or l'extreme droite a plus rarement attire des intellectuels brillants meme si, dans ses nouveaux avatars et en particulier aux Etats-Unis, elle semble "corriger le tir" et developper un fondement intellectuel plus complexe, profitant justement de l'effondrement du marxisme classique.

Stephane MOT

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