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20200911

La Seconde Grande Régression

Le plus grand exploit de Donald Trump est peut-être de nous faire presque regretter George W. Bush tout en faisant fructifier le pire de son héritage.

Les deux derniers présidents républicains n'ont pas qu'en commun d'avoir volé leur élection (Dubya avec l'aide de Jeb, Donald avec celle de Vlad), et dans la foulée deux membres de la Cour Suprême*: c'est sous leur présidence que l'Europe aura subi ses deux pires - jusqu'à présent tout du moins - défaites de la pensée depuis la seconde guerre mondiale.

Le premier grand recul, bien sûr, correspond à la montée des fondamentalismes religieux. Pas seulement au sein de l'Islam, mais aussi et surtout au coeur de la Chrétienté, cet affaiblissement de la laïcité à la base même de la démocratie encourageant encore plus le basculement généralisé vers le fondamentalisme (voir "Universal Declaration of Independence from Fundamentalism"). Les catalyseurs les plus efficaces furent bien évidemment W. (le Fondamentaliste en Chef), Benoit XVI (le torpilleur de Vatican II), mais aussi ce lobbying intensif à Bruxelles, ou encore ces millions dépensés pour promouvoir l'imposture de l'Intelligence Design**. A l'époque, les réseaux sociaux ne dominent pas encore la toile, et la manipulation des opinions comme l'encouragement de la haîne mutuelle passent souvent par les fora en ligne et les commentaires d'articles à sensation.

Après ce retour au Moyen-Age sur le plan religieux, nous voici projetés en arrière vers les pires années du XXème siècle au niveau des extrémismes politiques. La seconde grande régression prolonge donc la première tout en s'en nourrissant, puisqu'à la base, le fondamentalisme relève de la politique et non de la religion. L'extrême droite bénéficie d'une avance naturelle sur l'extrême gauche compte tenu de ses liens historiques avec l'ultra-conservatisme religieux. Les dictateurs exploitent souvent ces caricatures de religions au même titre que le nationalisme pour souder leur base autour d'un discours monolithique le plus étendu possible, ce qui peut fonctionner à des niveaux plus ou moins intenses et avec plus ou moins de conviction personnelle (ex Recep Tayyip Erdogan, Vladimir Poutine, Victor Orban, Donald Trump), mais aussi bien au-delà d'un leader lorsque celui-ci s'appuye sur un lobby combinant dès le départ  ultranationalisme fascisant et fondamentalisme religieux (ex Narendra Modi avec le RSS, Shinzo Abe avec Nippon Kaigi). Le mauvais modèle vient du haut, et Trump a dès le départ donné le ton en dynamitant, avec la bénédiction de Vladimir, tout ce qui constituait l'ordre mondial d'après guerre, des organisations et traités internationaux à la séparation des pouvoirs en passant par les règles les plus élémentaires de courtoisie et de transparence. On a pu ausi voir comment les mêmes équipes de trolls Américains et pseudo-media russes ont influé dès les primaires*** sur les élections présidentielles en France, où Poutine a comme aux Etats-Unis joué en parallèle sur les candidats radicaux à gauche comme à droite.

La première offensive a commencé au lendemain du 11 septembre 2001, la seconde au lendemain du 8 novembre 2016. L'Europe allait de toute façon avoir à faire face au retour du fondamentalisme et des extrêmismes politiques, mais l'Histoire allait être totalement différente avec Al Gore et Hillary Clinton.

Le 3 novembre prochain ne livrera pas seulement un verdict sur le futur de la démocratie aux Etats-Unis, mais sur celui de l'Europe.

La France a évité le pire en 2017, mais à voir sa perméabilité aux campagnes de torpillage entretenues depuis l'étranger (gilets jaunes, anti-masques...), elle ne résistera pas si son puissant allié outre-Atlantique reste dans le camp de ses pires ennemis.


'Heil to the Chief - #TrumpIsNotLikeYou #VoteTrumpOut' (@stephanemot - 20200910) (NB: 'L'extrême droite en Allemagne voit Trump comme un sauveur' - New York Times)   


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*  Pour rappel: John Roberts et Samuel Alito pour W, Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh pour DJT (pourvu qu'on en reste là - tiens bon Ruth!)
** voir "En finir avec l'Intelligent Design" 

*** voir "Les Media à l'heure de la Guerre Asymétrique", puis  "Onze Mondial"; puis "La France ou Poutine ?"

20150108

#JeSuisCharlie

Je Suis Charlie.

Bon. En réalité, je suis plutôt Canard Enchaîné que Charlie Hebdo (que je n'ai acheté qu'une fois en kiosque, il y a une trentaine d'années), mais peu importe.

On a assassiné notre Grand Duduche.

twitter.com/theseoulvillage/status/552810111194783744

On a assassiné des journalistes, des satiristes, des représentants de la République chargés de les protéger. 

Mais on ne tue pas Charlie Hebdo (un torchon par ailleurs tout à fait capable de se faire hara kiri tout seul).


Et en tirant sur des anars anticléricaux, on a tiré sur la République et sur l'Islam. 

Et la France de l'après 7 Janvier 2015 n'est pas l'Amérique de l'après 11 Septembre, tout comme François Hollande n'est pas ce George W. Bush qui déclencha une croisade en faveur du fondamentalisme.

Ces connards ont réussi à nous réunir:

"Ces connards ont réussi... ... à nous réunir"

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20130320

Invasion de l'Irak: les 3 impostures de "L'Héritage Bush"

10 ans déjà depuis l'invasion de l'Irak... je vais essayer de ne pas trop répéter mes mantras habituelles, mais au cas où vous avez loupé les épisodes précédents, je vous invite à prendre connaissance des 3 messages suivants:


***


1) L'invasion de l'Irak était destinée à répandre le fondamentalisme dans le monde, pas la démocratie en Irak:

Conservez toujours ceci à l'esprit: "George W. Bush n'a pas agit en tant que Président des Etats Unis d'Amérique dans l'intérêt de son pays, ni même en Républicain dans l'intérêt de son parti, mais avant tout en fondamentaliste dans l'intérêt du fondamentalisme."

J'ai écrit mon "Universal Declaration of Independence from Fundamentalism"* pour exposer cette imposture Bush et au-delà, celle du fondamentalisme, ce projet politique totalitaire déguisé en projet religieux universel, à la fois le pire ennemi de la démocratie et le pire ennemi de la religion.

Comme je l'ai rappelé pour le 5ème anniversaire de cette mascarade ("Iraq - 5 years of success for fundamentalists"), l'invasion de l'Irak fut un triomphe dans le sens où comme prévu, elle a renforcé les fondamentalistes partout dans le monde. Dubya avait donc mérité de poser devant la banderole "Mission accomplie".

Et nous pouvons nous estimer heureux d'avoir évité le pire, parce que ces fous furieux avaient l'intention d'aller encore plus loin (voir "Iran : who wants war and why" / "Iran : qui veut la guerre et pourquoi").


***


2) Le pétrole n'était qu'un moyen de corrompre, pas le but du jeu. Et l'affaiblissement de la démocratie en Amérique n'était pas qu'un dommage collatéral:

Pour la faire simple: les théocons ont fixé l'agenda avec l'aide des néocons (et quel tandem plus adéquat pour la tâche que Bush-Cheney?), et vendu la guerre aux paléocons**.

En d'autres termes: le but ultime du jeu est d'anéantir la démocratie (l'objectif des théocons et autres fascistes), et la justification morale une intervention pour libérer un pays de son dictateur (un objectif néocon tout ce qu'il y a de plus classique), mais pour lancer une guerre, la bénédiction des lobbies pétroliers et militaro-industriels est nécessaire (un travail pour nos bons vieux paléocons).

Seul manquait un alibi pour passer à l'action dès que possible. Un danger clair et immédiat. C'est le rôle des mensonges et fabrications éhontés autour des Armes de Destruction Massive et des liens prétendus entre Saddam Hussein et Osama Ben Laden.

Bien sûr, il y avait toujours le risque de voir un journaliste curieux faire son boulot, ou un citoyen désireux d'exercer son droit à la transparence.

Le Patriot Act étant entré en vigueur plus d'un an avant l'invasion, le principal problème venait des media, et c'est là que l'Administration Bush a offert un pacte aux grands du secteur: si vous ne nous attaquez pas avant les élections de 2004***, nous vous aiderons à consolider votre pouvoir. A la tête du régulateur (FCC), le fils de Colin Powell a fait de son mieux pour affaiblir les lois anti-monopole dans les media, et de fait la concentration s'est opérée à ce moment clef de l'histoire de la presse traditionnelle, des diffuseurs radio-TV, et des media internet. Michael Powell a été jusqu'à monter un forum bidon quelques semaines avant l'invasion, comme pour rassurer tout le monde sur ses bonnes intentions. Il a par la suite rejoint la célèbre RAND Corporation.

Notons que ce procédé "pas de bâton contre carotte" a été repris par Nicolas Sarkozy avec les media en France (voir "Armes de Désinformation Massive - Redux"), et avec plus de succès par Lee Myung-bak en Corée du Sud.

D'une façon générale, l'Administration Bush a cherché systématiquement - avec certes plus ou moins de succès - à modifier l'équilibre et la séparation des pouvoirs à la base de la démocratie:
. exécutif? pouvoirs abusifs multipliés, opacité maximale, y compris vis à vis des Républicains
. législatif? corruption généralisée, production de lois anti-démocratiques à la pelle
. judiciaire? promotion de la torture, négation de tous les droits élémentaires
. media? complaisante au mieux, en charge de la propagande officielle au pire (FoxNews)
. netizens? noyés sous la propagande, les électeurs suivent docilement. les réfractaires font l'objet de surveillance par big brother
. ....
. et bien sûr, la priorité des priorités pour les théocons: anéantir la laïcité, ce pilier essentiel de la démocratie. A nouveau: mélanger la religion avec la politique, l'éducation, ou la science, c'est le meilleur moyen d'attaquer à la fois la démocratie et la religion (voir "Non à la Burqa = Non au fondamentalisme... Chrétien y compris" / "France, secularism and burqa : a political issue, not a religious one").

Naturellement, il y avait aussi beaucoup d'argent en jeu. Pour les lobbies religieux luttant contre la séparation de l'église et de l'état comme pour les lobbies pétroliers ou militaro-industriels. Et le pillage des ressources naturelles irakiennes ne constitue qu'un pan d'un système qui a également converti des excédents budgétaires record en déficits records (entre autres missions vitales: soutenir les copains comme Halliburton, une action caritative qui s'est même poursuivi dans un autre Golfe, après Kathrina - voir "Red blogule to Halliburton and the 40 thieves").

Mais la corruption a frappé bien plus loin, au coeur des fondamentaux de la démocratie.
 

***


3) Le Printemps Arabe ne doit rien à la Guerre en Irak, bien au contraire:

 
George W. Bush et son fan club essayent de nous vendre le Printemps Arabe comme la conséquence de son aventure en Irak, une "guerre de libération" qui a "fait rayonner la démocratie dans la région", mais cette imposture est totalement inacceptable.
 
Premièrement, la croisade de Bush a surtout contribué à réduire au silence les modérés et à renforcer les islamistes radicaux, les confortant comme seule force politique capable de prendre le pouvoir à la chute des régimes en place.
 
Deuxièmement, son invasion illégale et à des fins anti-démocratiques ne saurait être comparée avec des mouvements populaires d'auto-détermination portée par des idéaux universels de liberté et de démocratie. L'idéal de nation de Bush est la théocratie, un idéal partagé par les islamistes, et certainement pas par les authentiques combatants de la liberté.
 
Troisièmement, l'Administration Bush a bien servi d'exemple dans la région, mais pas dans le monde arabe (voir "Israel accepted as true the choice between its security and its ideals", "Persiste et signe" et "Le rideau de sable et la renaissance musulmane").


 
***

Dix ans après, la justice n'a toujours pas été rendue, et je pense que les derniers mots de Tomas Young (dans "The Last Letter") méritent d'être reproduits ici:
"Un message à George W. Bush et Dick Cheney de la part d'un Vétéran sur le point de mourir": "J'espère que vous serez trainés en justice. Mais surtout j'espère, dans votre intérêt, que vous trouverez le courage moral pour faire face à ce que vous avez fait pour moi et pour beaucoup, beaucoup d'autres qui méritaient de vivre. J'espère qu'avant que votre temps sur terre touche à sa fin, comme il se termine pour moi, vous trouverez la force de caractère pour vous présenter devant le public Américain et devant le monde, et en particulier devant le peuple irakien, et implorer leur pardon".

Et comme toujours, il est de notre devoir à tous d'exposer et de dénoncer les impostures, de siffler hors jeu chaque fois qu'un gouvernement essaye d'affaiblir la séparation des pouvoirs ou de jouer avec les fondamentaux de la démocratie.


blogules 2013
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* "Déclaration Universelle d'Indépendance Contre le Fondamentalisme", prolonge et complète "En finir avec le fondamentalisme"
** voir aussi "Neocons, theocons et paleocons"... NB: si les "anticons" évoluaient alors encore sous la surface radar, ils ne constituent en rien un modèle démocratique: "le Tea Party n'est pas une alternative au duo Parti Républicain - Parti Démocrate, mais la négation même de la république, la négation même de la démocratie (voir "Grand Old Parting - enter the anticons")
*** Souvent même jusqu'aux élections 2008 (see "The Silence of the Lambs (War in Iraq and US networks)"). Et certains collabos ont eu le culot de donner des leçons à Bush après une telle disgrâce (voir "What Fareed Zakaria got wrong")!

20110726

Message personnel aux fans d'Anders Behring Breivik

Si Anders Behring Breivik est votre héros, quelques rappels utiles :

- Anders Behring Breivik n'est pas fou, même si son avocat joue la carte habituelle pour lui éviter un procès. Anders Behring Breivik est un dangereux psychopathe, nuance, et doit donc faire face à la justice.

- Nous nous sommes déjà rencontrés. Probablement pas face à face (qui sait ?), mais nous avons déjà croisé le fer sur la toile. Vous à assurer la promotion de discours de haîne comparables à celui de Breivik, moi à vous renvoyer le miroir de vos propres contradictions. Je connais votre laïus : l'Islam est en guerre contre l'Occident et doit être éradiqué d'Europe, le multiculturalisme signe la mort de l'identité européenne, l'habituelle imposture du prétendu "Choc des Civilisation".

- Anders Behring Breivik n'est pas un héros mais un loser qui s'est enfoncé dans une impasse par peur d'affronter sa propre crise d'identité, en se goinfrant de diatribes haîneuses pondues par le même genre d'imposteurs qui transforment des esprits fragiles en terroristes au Moyen Orient. Vous croyez naïvement que des gens comme Geert Wilders défendent l'Occident contre l'Islam alors que c'est VOUS leur cible prioritaire, pas les Musulmans.

- Demandez vous simplement pourquoi vous admirez Breivik, et vous trouverez probablement la même colère, le même désespoir, le même manque d'assurance en vous-même. Vous vous vantez d'avoir le "sang pur", mais êtes vous seulement à l'aise avec votre propre identité ?

- A propos : saviez-vous que vos parents étaient originaires d'Afrique ? Eh oui, nous les humains venons tous de ce beau continent. Même moi, le Caucasien blondasse aux yeux bleus, même moi, le Parigot à la nième génération, je suis un fier Africain. Et saviez-vous que les premières civilisations ont fleuri au Moyen Orient, que c'est grâce à des scientifiques musulmans qu'une grande partie du savoir antique de l'Europe a pu être sauvée ?

- Ne vous laissez pas avoir par les imposteurs : l'Islam n'est pas la menace, mais une autre victime des fondamentalismes*. Et souvenez-vous : le pire ennemi vient de l'intérieur, et aujourd'hui le pire ennemi de l'Europe c'est le fondamentalisme chrétien. Ne soyez pas votre propre pire ennemi.

blogules 2011 (également en VO : "To all Anders Behring Breivik wannabes")

* voir "
Universal Declaration of Independence from Fundamentalism"

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UPDATE 201108 - lien vers V.O., "Andreas" actual ID corrected

20110204

Le rideau de sable et la renaissance musulmane

Quelle que soit l'issue des mouvements démocratiques dans le monde arabo-musulman, cette décennie commence bien mieux que sa devancière : le nauséabond ping-pong entre fondamentalistes islamistes et chrétiens (voir "Universal Declaration of Independence from Fundamentalism") laisse enfin place à une expression franche et massive de la majorité jusqu'ici silencieuse - celle des modérés. Et plus que jamais, je suis confiant dans l'avènement d'une véritable renaissance musulmane : le retour d'un humanisme tolérant, ouvert sur les sciences, respectueux des droits des hommes et des femmes, et à l'origine d'un foisonnement culturel dans tous les domaines.

Le rideau de sable n'est pas encore tombé, et si ces mouvements proto-révolutionnaires rappellent la fin des années 80 en Europe de l'Est, les situations ne sauraient être plus différentes.

Cette fois il ne s'agit pas de l'effondrement transnational d'un système corrompu et d'une idéologie dépassée avec la bénédition "top down" d'un leader réformiste (Gorbachev), mais d'une succession de soulèvements "bottom up" / "grassroot" contre des despotes locaux, des régimes corrompus mais non fondés sur une véritable idéologie.

Le peuple est dans la rue, mais ses revendications sont universelles : le respect des droits des citoyens, la fin de la corruption et de la répression... Ce n'est donc pas le moment d'imposer une nouvelle idéologie et c'est bien pour cela que les Frères musulmans se la jouent profil bas au Caire : eux ont déjà sous le coude l'organisation parallèle solidement implantée dans le pays, et naturellement une idéologie peu compatible avec les aspirations de la majorité silencieuse.

Alors les Frères jouent la montre en avançant leurs pions : si l'immense majorité se contrefiche des idéologies et refuse le choix entre la dictature et le fondamentalisme, l'immense majorité préfère l'ordre au chaos, et pour peu que l'incertitude s'installe dans la durée ou que les cliques au pouvoir* jouent les prolongations...

Israel observe naturellement de très près ses "amis" dans la région en pleine tempête : la Jordanie et l'Egypte pourraient basculer avec la bénédiction des radicaux. Que ces radicaux soient Islamistes ou Sionnistes, naturellement : en réprimant violemment la fronde populaire sur ses terres, le régime Iranien a certes retardé l'inéluctable de quelques années, mais aussi renforcé les faucons à Tel Aviv... et ces jours-ci, les leaders israéliens verraient presque d'un bon oeil une Egypte moins conciliante. De quoi légitimer leur propre régime corrompu, fondé lui aussi sur une idéologie dépassée. Pas une dictature, certes, mais pas une bande de gars très bien non plus (voir "
Israel ouvertement sur la voie du fascisme" suivi de "Persiste et signe").

Barack Obama est un type plutôt bien. Malheureusement, ces jours-ci, le POTUS ne semble pas en charge des affaires étrangères des Etats-Unis, à en juger par le gouffre béant entre ce qu'il dit et ce que son pays fait. Et ce brave homme n'a même pas un guichet unique style Gorby auquel s'adresser pour demander à ce que ce fichu rideau de sable soit déchiré...

A quoi faut-il s'attendre ? Probablement à plus de troubles et d'incertitudes, mais quelque part cette période de transition a commencé après la Seconde Guerre Mondiale et les guerres d'indépendance, et nous nous situons donc plus près de la fin que du début. A terme, je serais plutôt optimiste : je vois émerger des sociétés enfin libérées des pires déviances politiques et religieuses, et rayonner cette renaissance musulmane que j'appelle de tous mes voeux à chaque fois qu'on me ressort cette imposture du choc des civilisations.

Dans l'immédiat, la plupart des dictateurs du globe doivent avoir reçu le message de ces soulèvements pacifistes à travers le monde arabo-musulman. Mais les supposées grandes démocraties doivent également en tirer quelques leçons : si elles applaudissent les mouvements démocratiques et l'auto-détermination des peuples comme au Sud Soudan, elles doivent se demander ce que signifie être une nation dans ce monde globalisé, ce qui fédèrera encore leurs propres membres dans ce millénium en réseau.

Quoi qu'il en soit et plus que jamais, chaque individu aspirera à plus d'universalité (en tant qu'être humain) et de personnalité (ce qui définit son identité).

blogules 2011 - également en VO

Ben Ali comme Moubarak étaient déjà des caïds en bout de course : au-delà de leur mort politique annoncée, il s'agit de nettoyer un entourage controlant l'essentiel du pouvoir et de la valeur produite dans le pays.

20100523

10bis Downing Street vs The Rand Paul Corporation

La lune de miel entre John Steed / David Cameron et Emma Peel / Nick Clegg ne devrait pas durer bien longtemps. S'ils ne s'étripent pas sur les réformes électorales, les co-locataires du 10 et du 10bis Downing Street ont suffisamment de points de discorde pour en venir aux mains.

Le budget et les impôts, tiens : de quoi renforcer la côte de popularité de Gordon Brown, désormais voué au rôle de sage de Saint Chamond Ecossais. Les électeurs ont la mémoire courte : ils retiendront le Brown de 2008, pas celui qui torpillait l'économie de la nation aux côtés de Tony Blair...

Aux States, Ron Paul vient de placer son fiston Rand en contrepoids à Sarah Palin pour récupérer le Tea Party. Et si Junior a la capacité d'animateur de réseaux sociaux de papa, Palin a du souci à se faire pour 2012. Les électeurs de la droite alternative US auront le choix entre deux dystopies : l'anarchie "libertaire" des Paul et la dictature théocratique des Bush-Cheney.

Cette dernière vient de marquer des points au Texas : le State Education Board vient de passer des réformes pour apprendre aux jeunes élèves que la séparation de l'église et de l'Etat ne figure pas dans la Constitution, ouvrant la porte au fondamentalisme et à son avatar l'Intelligent Design. Espérons que la Cour Suprême mettra un terme à cette nouvelle attaque contre la démocratie.


Mais revenons à nos Shetlands. Tout le mal que je souhaite aux Travaillistes britanniques est de profiter de ce moment de repit pour revoir leurs fondamentaux. Ils ont fait un premier pas au milieu des années 90 en introduisant un peu de réalisme dans leur programme économique, mais à l'instar des Travaillistes israéliens**, c'est plus sur le plan moral que le gros du travail reste à faire.

blogules 2010

* voir "
The Avengers (2010)"
** voir "
Il est encore temps de sauver Israël"

20100325

Traitre à la nation

Nicolas Sarkozy a été élu sur un programme de réformes, mais certainement pas sur celles qu'il a poussées en contradiction avec son programme... et à mes yeux c'est moins la droite que la république qu'il a trahi.

A la limite, les sujets économiques sont secondaires* par rapport aux attaques portées à la république et à la démocratie, en particulier à travers des "réformes" ou plutôt tentatives de remise en cause de la justice et surtout de la laïcité (voir entre autres "
Le mauvais plan de Benoît XVI").

Pour le coup, une véritable rupture, mais un authentique rapprochement avec les theocons US.

A vrai dire, ces dérives ne surprennent guère, et j'avais d'ailleurs pris soin de prophétiser le jour même de son élection** : "Le pouvoir il le voulait il l'a désormais, à lui de prouver sa capacité à changer. Le pays comme lui-même. Je serai particulièrement vigilant sur sa notion du respect de la séparation des pouvoirs (exécutif - législatif, exécutif - judiciaire, exécutif - médias, temporel - intemporel...)."

Vigilant je demeure. Et d'ici 2012 l'hyper hype président devra faire un peu plus que compter sur la phénoménale capacité des peuples à oublier les dérives passées.

Je n'attends pas de Sarko qu'il nomme des ministrounets Chiraquiens (François Baroin) ou Villepinistes (Georges Tron), mais qu'il s'engage clairement sur les principes de la république, et dise non à tous les fondamentalismes, Chrétiens inclus.

Ou alors il restera dans les mémoires, à l'instar de son ami George W. Bush, comme un traître à la nation.

blogules 2010

* ils demeurent évidemment prioritaires aux yeux des Français, mais comptent bien moins aux yeux de la Nation (par ailleurs, je n'ose même pas imaginer dans quel état serait l'économitude tricolore aujourd'hui si l'on avait confié la nation en question à Ségo)

** voir "
Sarko triomphe - Blogule blanc aux reformes"

20091121

Herman van Rompuy, les haikus, l'humour et la religion

Le nouveau Président du Conseil européen est loué pour ses qualités de négociateur, son humour et son goût pour les haikus, mais ce qui m'intéresse avant tout de savoir, c'est quel a été le véritable critère de choix déterminant pour la nomination de Herman van Rompuy.

J'ai bien peur d'avoir la réponse.

Si je m'étais fortement opposé à une nomination de Blair à ce nouveau poste prestigieux, c'était moins pour son rôle dans l'invasion de l'Irak que pour son appartenance au clan des fondamentalistes Chrétiens qui, après avoir
contribué à mettre à feu et à sang le monde en partenariat avec leurs collègues islamistes, sont en train de mettre le grappin sur la politique continentale (voir "Tony Blair : un Fondamentaliste Président de l'Europe ?").

Or si HVR passe pour un modéré et "déteste les extrémistes", il a la fâcheuse tendance à prôner une relation fusionnelle entre politique et religion.

A la base, son appartenance au CD&V (Christen-Democratisch en Vlaams), le parti démocrate-chrétien flamand belge, signale un mélange des genres. Certes, les PDC européens présentent généralement des plateformes plutôt saines et équilibrées tant sur les plans politiques, économiques et sociaux... mais par construction, ils illustrent une vision de la politique soumise à une pensée religieuse, incompatible avec le principe même d'une démocratie républicaine laïque.

Difficile de parler de fondamentalisme à ce stade, je vous le concède volontiers. Je note toutefois que l'ami Van Rompuy, qui s'écharpe régulièrement avec Luc Van den Brande sur l'avenir politique de la Belgique, soutient son collègue du CD&V au niveau européen, là où cet ayatollah défend le plus efficacement la destruction de l'idéal démocratique en assurant la
promotion de l'Intelligent Design.

De plus, ce modéré qui "déteste les extrémistes" n'hésite pas à employer le discours des ultra-conservateurs fondamentalistes chrétiens partisans de la ligne dure en Europe. Les Turcs n'ont pas oublié sa sortie à l'occasion des débats sur l'entrée de leur pays dans l'Union : "les valeurs universelles de l’Europe, et qui sont aussi des valeurs fondamentales du christianisme, perdront de leur vigueur avec l’entrée d’un grand pays islamique tel que la Turquie".

Par ailleurs, le sieur Herman Van Rompuy ne montre son KUL que sous un certain angle : si tout le monde sait qu'il a été diplômé en économie à l'Université Catholique de Louvain (Katholieke Universiteit Leuven), moins nombreux sont ceux qui savent qu'il a aussi brillé en philosophie. Et que là aussi, il apprécie le mélange des genres.

En effet, si Monseigneur Van Rompuy affirme ne pas avoir fait campagne pour le poste de Président du Conseil européen, il donnait bien, en toute candeur, une conférence sur la dernière encyclique d'un certain Benoît XVI sur la Doctrine sociale de l’Eglise. Conférence qui ressemble bigrement à un examen de passage... le 19 Octobre 2009, un mois pile poil avant sa nomination.

Dans ce texte ("
Conférence de Herman Rompuy sur Caritas in Veritate", en ligne sur LaCroix.com), l'expert en économie et en philosophie Van Rompuy parle d'amour et d'humanisme, mais aussi et surtout, comme Benoît XVI, de politique :

. "Aucun régime politique, aucune organisation sociale et aucun système économique ne peut revendiquer la réalisation du salut ultime" - tout cela n'a aucune valeur face à la foi
. "Selon la Doctrine sociale, la communauté politique est au service de la société civile dont elle est née. Cette société civile représente l’ensemble des relations et des biens, culturels ou associatifs, qui sont relativement indépendants de la politique et de l’économie" - la politique ne saurait se placer au-dessus de tout, il existe quelque part le besoin de matérialiser un pouvoir supérieur
. "Le principe de subsidiarité est contraignant, chaque homme devant avoir la chance d’apporter sa contribution à la construction du bien-être et de la prospérité. La question difficile est cependant de savoir comment nous pouvons, aujourd’hui, réaliser ce principe au sein d’une Europe unifiée et dans un monde globalisé, où de plus en plus de décisions sont prises à un haut niveau inaccessible pour l’homme concret, sachant que, pourtant, elles sont déterminantes pour le bien-être et la prospérité de son environnement, de son travail et de sa responsabilité" - c'est marrant mais les religions sont à la fois pertinentes pour adresser ce sujet, et déjà organisées pour faire face à des contraintes de subsidiarité, au plus proche des individus.
. HvR prolonge très clairement l'appel de Benoît XVI, en reprenant les termes les plus directs de son encyclique : "Il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale telle qu’elle a déjà été esquissée par mon Prédécesseur, le bienheureux Jean XXIII".


Pour rappel, dans "Caritas in Veritate", Ratzie écrivait "Le développement intégral des peuples et la collaboration internationale exigent que soit institué un degré supérieur d’organisation à l’échelle internationale de type subsidiaire pour la gouvernance de la mondialisation et que soit finalement mis en place un ordre social conforme à l’ordre moral et au lien entre les sphères morale et sociale, entre le politique et la sphère économique et civile que prévoyait déjà le Statut des Nations Unies". J'ai déjà évoqué l'habileté du discours de ce fondamentaliste qui milite ardemment pour le retour de la religion au coeur de l'éducation, de la science et de la politique, les fondements de la démocratie (voir entre autres "Le mauvais plan de Benoît XVI"). Et il suffisait de le voir l'autre jour exulter à la tribune de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) pour comprendre ce qu'il entend par "une véritable Autorité politique mondiale" : une autorité politique où les autorités religieuses aient toute leur place. Il a dans cette perspective le soutien de Ban Ki-moon à l'ONU (discret sur sa propre foi mais militant acharné des dialogues inter-religieux dans le cadre des institutions dont il a la charge), et désormais de Herman van Rompuy au Conseil européen, en complément de sa dream team actuelle (Barroso, van den Brande & Co). Je suis curieux de savoir si ce "démocrate chrétien" sera plutôt "démocrate" ou "chrétien" au moment de défendre la Cour Européenne des Droits de l'Homme face aux prochaine attaques des fondamentalistes*...

Décidément un "Drôle de moine ce Van Rompuy", pour reprendre les termes de Paul Piret (in La Libre Belgique du 19/11/2009).

Maintenant, s'il n'était guère difficile de trouver le talon d'Herman Achille Van Rompuy, je n'ai pour le moment rien trouvé de bien suspect dans le profil de Cathy Ashton, alias Lady Catherine, a.k.a Baroness Ashton of Upholland, notre premier Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

blogules 2009

* voir "La Cour Européenne des Droits de l'Homme crucifie les fondamentalistes" puis "Traditions, conservatismes, obscurantismes et fondamentalismes"

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ADDENDUM

Dans la version Anglaise de ce post sur blogules en V.O. ("Herman van Rompuy, haikus, humor and religion"), je développe plus clairement le sujet, en particulier à travers un parallèle entre cette conférence de Van Rompuy pour Benoît XVI et celle de John McCain au Discovery Institute, en amont de sa campagne de séduction des theocons US.

SM

20091106

Traditions, conservatismes, obscurantismes et fondamentalismes

(discussions suite au blogule "La Cour Européenne des Droits de l'Homme crucifie les fondamentalistes")

Le "retard" Italien sur la présence des signes religieux dans les lieux publics relève plus du poids des traditions et conservatismes classiques que du fondamentalisme à proprement parler, mais ce sont bien les fondamentalistes qui montent le plus au creneau. Je note toutefois comment le Vatican de Benoît XVI se garde bien de s'exposer en première ligne, laissant ses proxys politiques habituels porter les attaques : l'idée est justement de gommer le caractère religieux du crucifix pour plaider la cause de la tradition nationale.

Je profite de l'occasion pour faire la distinction entre traditions, conservatismes, obscurantismes et fondamentalismes.

Le mot tradition relève plutot du domaine social et culturel, le mot obscurantisme du registre scientifique, et le conservatisme et le fondamentalisme de la sphère politique.

Il est essentiel de prendre la mesure de ce qui se passe à notre époque, où il n'est tout simplement plus possible de considérer un crucifix à l'école comme anodin. Associer un signe religieux à un Etat est un message politique majeur, un statement sur une certaine vision de la démocratie.

Nous ne sommes plus dans un débat sur les traditions mais au coeur d'une guerre.

Mais il ne s'agit certainement pas d'une guerre de religions, et encore moins du prétendu choc des civilisations, ces impostures inventées et orchestrées par les neocons, theocons et fondamentalistes : je parle de
la guerre menée par les fondamentalistes de tous poils contre la démocratie d'une part et la religion d'autre part.

Les vrais gens de foi ne doivent surtout pas se braquer et se tromper d'adversaires en se laissant abuser par l'imposture fondamentaliste : les modérés doivent agir de concert pour lutter contre le fondamentalisme, surtout pas le suivre en adhérant à son discours entretenant l'incompréhension, la division, la haîne de l'autre.

blogules 2009

20091104

La Cour Européenne des Droits de l'Homme crucifie les fondamentalistes

Les Italiens devront faire une croix sur les crucifix en classe, ainsi en a jugé la Cour Européenne des Droits de l'Homme en donnant raison à Mme Soile Lautsi contre l'Italie* :

CRUCIFIX DANS LES SALLES DE CLASSE : CONTRAIRE AU DROIT DES PARENTS D'ÉDUQUER LEURS ENFANTS SELON LEURS CONVICTIONS ET AU DROIT DES ENFANTS À LA LIBERTÉ DE RELIGION
Violation de l'article 2 du protocole n° 1 (droit à l'instruction) examiné conjointement avec l'article 9 (liberté de pensée, de conscience et de religion) de la Convention européenne des droits de l’homme.
En application de l'article 41 (satisfaction équitable) de la Convention, la Cour alloue 5 000 euros (EUR) à la requérante pour dommage moral.
D'origine Finlandaise, Mme Lautsi a obtenu gain de cause après avoir vainement plaidé sa cause pendant des années auprès de la justice italienne. Les crucifix devraient également disparaître des cours de justice, pour le plus grand plaisir du juge Luigi Tosti, qui militait lui aussi en faveur de cette marque de respect évidente envers les valeurs démocratiques et républicaines.

Car cette décision fera normalement jurisprudence pour l'ensemble des édifices publics européens, et le communiqué le stipule clairement : "L'Etat doit s'abstenir d'imposer des croyances dans les lieux où les personnes sont dépendantes de lui. Il est notamment tenu à la neutralité confessionnelle dans le cadre de l’éducation publique où la présence aux cours est requise sans considération de religion et qui doit chercher à inculquer aux élèves une pensée critique".

Inutile de préciser que La Ligue du Nord, l'Eglise ReRéformée de Benoît XVI, et l'ensemble des fondamentalistes (Chrétiens ou non) du continent ont modérément apprécié ce sursaut laïc à la veille de l'intronisation probable d'un des leurs à la tête de l'Europe (voir "Tony Blair : un Fondamentaliste Président de l'Europe ?").

Hier, Mariastella Gelmini, la Ministre de l'Education, a essayé de faire passer le crucifix pour un "symbole de la tradition italienne". On reconnait déjà la technique des néo-créationnistes : multiplier les écrans de fumée et bannir du vocabulaire tout référentiel religieux pour avancer ses pions plus discrètement en entretenant les confusions (cf "
En finir avec l'Intelligent Design").

La bataille n'est donc pas terminée : un jugement avait déjà interdit les crucifix dans les écoles et les cours de justice italiennes en 2003, avant que la Cour Suprême ne le casse en 2004 devant la levée de boucliers ultraconservateurs... sans pour autant étayer juridiquement cette décision. La Cour Européenne des Droits de l'Homme a bien une autorité supérieure, mais elle pourrait subir les assauts des fondamentalistes, de plus en plus influents dans la politique continentale.

Le combat n'est pas nouveau, mais c'est désormais officiel : comme l'Amérique avant elle, l'Europe joue sa survie en tant que symbole démocratique face à ses pires ennemis, les imposteurs qui la minent de l'intérieur.

blogules 2009

* "
Communiqué du Greffier - Arrêt de chambre - Lautsi c. Italie (requête n° 30814/06)"

20091015

Sumatra mûre pour la guerre d'indépendance

Comme on pouvait le redouter au lendemain du tsunami*, l'île de Sumatra a sombré dans le fondamentalisme avec une facilité déconcertante.

La province d'Aceh, qui avait déjà adopté une partie de la Shariah en 2001, l'a récemment étendue à l'une de ses punitions les plus controversées : la lapidation pour adultère.

Dans son article dans l'International Herald Tribune**, Norimitsu Onishi évoque la peur des législateurs de passer pour des infidèles s'ils émettent la moindre critique sur cette pratique barbare et d'ailleurs logiquement dénoncée comme une forme de torture par Human Rights Watch. Il évoque aussi le malaise des leaders religieux : pas très bon pour l'image de la région, y compris auprès des fidèles.

De toute évidence cet étrange import provoque un choc culturel dans un pays autrefois célébré pour son Islam ouvert et tolérant. Les fondamentalistes font donc le dos rond et continuent à former les jeunes générations à leur doctrine radicale pour assurer leur avenir.

Dans ces conditions, l'avenir de Banda Aceh et de Sumatra au sein d'une Indonésie démocratique parait mal engagé.
Le fondamentalisme ne se fond pas dans la démocratie : il la dissoud.

Le pays tout entier file un sale coton - si l'on peut dire. Je l'ai connu sous la dictature Suharto, il y a pile poil vingt ans. La terreur était alors pratiquée au niveau de l'Etat, mais l'argent des wahhabites n'avait pas encore détruit l'héritage religieux / culturel, et les femmes n'étaient pas encore obligées de circuler sous un voile.

La principale nation musulmane au monde bascule, son fragile équilibre mis à mal par ceux qui par ailleurs continuent de miner les autres pays jusqu'ici pivots dans la résistance contre le prétendu choc des civilisations (une autre imposture des fondamentalistes, chrétiens ceux-là) : la Turquie ou la France.

Barack Hussein Obama serait inspiré d'en remettre une couche sur un pays qui lui a ouvert les yeux sur l'importance de l'apprentissage du respect mutuel entre religions dès le plus jeune âge.


blogules 2009

* "
Exploiteurs de la misère humaine - les trois plaies de Sumatra"
** "Strict Islam inches ahead in Indonesia" (IHT 20091015)

20090907

Kaboul à zéro

Quelle stratégie pour l'Afghanistan ?

L'affaire semble aussi mal engagée que le laissaient supposer ces derniers temps.

Et sans surprise, l'ombre de George W. Bush continue à planer sur ce paysage de cauchemar :

- Pour rappel, ce fondamentaliste a délibérément torpillé la campagne d'Afghanistan :
son objectif était d'envenimer la situation dans la région, et c'est sous son autorité que la rupture a été définitivement consommée entre les forces étrangères et la population.

- C'est également W. qui a imposé le calendrier délirant des premières élections de 2004 dans le cadre de sa propre campagne électorale (cf "
La Démocratie du Calendrier"). Les caricatures d'élections du mois dernier (voir "Afghanistan, Ground Zero" / "Afghanistan, morne plaine") sont survenues beaucoup trop tôt, et Karzai savait parfaitement qu'il était essentiel d'accélérer le processus.

De fait, Obama n'a rien pu faire depuis janvier, ou pas grand chose : simplement limiter le carnage humain... à défaut d'éviter la Berezina démocratique.

La question c'est où aller en partant de ce nouveau ground zero ?

L'avantage, c'est qu'il n'est plus nécessaire de faire miroiter une utopie à laquelle plus personne ne peut croire.

Je ne serais pas surpris d'assister au passage à une nouvelle étape dans le style on fait une croix sur la démocratie et on laisse progressivement s'installer un régime plus dur. Certes maffieux, mais capable de tenir plus ou moins la baraque.

Et peu a peu, les Occidentaux s'éclipseront sur la pointe des pieds, en prenant soin de refermer la porte derrière eux et éventuellement de signer quelques contrats.

Les Talibans ? Peu à peu leur no-man's land se cristalisera a la frontière avec le Pakistan. Une fois les troupes étrangères parties, seuls les radicaux locaux demeureront, et ceux-là parviendront à trouver un terrain d'entente avec des régimes corrompus (avec la bénédiction du Vice(!)-Président de Karzai en charge du narco trafic). L'internationale jihadiste en herbe, elle, pourra alors mettre à profit son expérience du terrain et sa formation aux frais du contribuable américain pour essaimer un peu partout dans le monde. Quant au fantôme de Ben Laden, il continuera à faire trembler ses chaînes de montagne les jours de grand vent.

L'Occident pourra toujours exhiber des preuves de stabilisation et de normalisation : une capitale en plein boom économique, des échanges internationaux florissants, des étudiants reconnus au niveau international (bon, difficile de reconnaitre les étudiantes sous leur burqa mais pour faire plus simple on aura interdit l'école aux filles)...

Et si une bombinette explose de temps en temps, elle relèvera du droit commun : un règlement de compte entre maffia pachtoune et maffia russe, une livraison d'AK47 en retard...

On parlera moins souvent de la frontière avec le Pakistan, l'Iran, ou même la Chine, et plus des échanges avec les autres voisins : Turkménistan, Ouzbékistan, Tadjikistan...

Karzai ne décèdera probablement pas dans son lit, mais un autre prendra avantageusement le relais.

Ce scénario de base, un grand classique pour l'Oncle Sam, s'appelle "Afghanisation".

Pas vraiment la tasse de thé du père Barack, mais a-t-il seulement le choix ?

20090716

Tony Blair : un Fondamentaliste Président de l'Europe ?

Sans surprise, Tony Blair a fait son coming out comme candidat à la Présidence de l'Union Européenne.

Le problème c'est qu'auparavant, il a fait son coming out comme nouveau converti au Christianisme, et que pour certains (dont je fais partie), il a tout du "born again" fondamentaliste à l'Américaine.

Après avoir partagé ses visions illuminées et ses prières avec le très fondamentaliste George W. Bush, après avoir courtisé le très fondamentaliste Benoît XVI (voir "Tony Blair - la Cherry sur le Catho"), Le Très Honourable Anthony Charles Lynton Blair (ça jette un peu plus que son simple blase à la Pif le chien) va être accueilli à bras ouverts par le très fondamentaliste Luc van den Brande, qui avait réussi à censurer le rapport Lengagne sur le noyautage des gouvernements européens par le lobbie créationiste / Intelligent Design .

Alors le père Tony peut toujours faire campagne sur de nobles causes consensuelles (il vient de publier "Technology for a Low Carbon Future" sur son site tonyblairoffice.org), il n'abuse personne : cet homme a pour mission d'ouvrir les vannes pour les fondamentalismes en Europe, et de transformer le vieux continent en havre de paix pour les sectes et megachurches US.

Tony Blair, porteur de la voix de l'Europe ? J'entends surtout résonner son silence pendant les campagnes d'Olmert au Liban et à Gaza.

Il serait tout simplement dramatique que l'Europe soit représentée par un ticket Tony Blair - Jose Manuel Barroso.

Sinon, d'autres nouvelles "politiques" ? Le nouveau Président de l'Assemblée Européenne, Jerzy Buzek, est un ancien de Solidarnosc (ligne directe avec Ben 16) et fréquente l'Eglise Evangélique d'Augsburg.

Amen.

NB: initialement publié sur blogules en V.O.

20090620

Non à la Burqa = Non au fondamentalisme... Chrétien y compris

Faut-il interdire le port de la Burqa dans les lieux publics en France ?

Cela me semble une évidence, et ce avant même d'aborder les questions, pourtant essentielles à ce titre, de religions ou de Droits de l'Homme*.

En France plus encore qu'ailleurs, le port de la burqa relève au-delà de la religion d'un acte politique. La burqa ne soustrait pas la femme aux regards des hommes pour la protéger : elle soustrait avant tout un individu au regard de la société et nie à celle-ci la légitimité, le pouvoir, et la responsabilité de connaître et protéger cet individu. Homme ou femme, peu importe là aussi... et de toute façon, il serait impossible de faire la distinction sous une telle chappe**.

Que cet individu soit consentant ne change rien sur le fond de cette évidence : fondamentalement - et le terme s'impose -, la burqa marque la négation absolue de la République en inscrivant un individu en-deçà ou au-delà des lois. A travers son autorisation, c'est bien au-delà de la femme asservie la République elle-même qui fait acte de soumission à une loi fondamentaliste par essence vouée à sa destruction. Ni Putes Ni Soumises, c'est aussi vrai pour Marianne.

Comme toujours ("
Universal Declaration of Independence from fundamentalism"), le coeur de l'imposture fondamentaliste consiste à faire passer un agenda politique pour de la religion. Et puisqu'il vise à se substituer au pouvoir de l'Etat, le fondamentalisme religieux sous toutes ses formes est tout bonnement anti-légal et anticonstitutionnel en France.

Peu importe donc ce que dit le Coran à propos de la burqa. Bon... Il me semble bien que le concept de burqa intégrale a été inventé au Pakistan des lustres après la mort du Prophète (le tristement célèbre chadri Afghan arrivant bien plus tard encore)... mais enfin passons. Loin de moi l'idée de vouloir (et a fortiori la légitimité pour) interprêter Le Livre*...

Une fois de plus, le choix n'est pas entre la religion et la république mais entre la religion et le fondamentalisme d'une part, la démocratie et le fondamentalisme d'autre part.

Par ses fonctions au sein du CFCM, Dalil Boubakeur se devait de prendre toutes les précautions pour dénoncer la recrudescence du phénomène burqa en France. Mais s'il déplore au départ le repli "identitaire" puis le "communautarisme", il n'hésite pas à évoquer la progression du "fondamentalisme".

Ceci vaut naturellement également pour le fondamentalisme Chrétien, en pleine offensive en Europe, comme on a pu le voir ("
N'ayez pas peur"), avec le soutien sans réserve de deux fondamentalistes déclarés (George W. Bush puis Benoît XVI), la complicité de gouvernements noyautés parfois au plus haut niveau... et un soin particulier pour l'exception laïque française. La France doit donc résister avec fermeté tout en évitant les pièges de la victimisation et des faux débats : comme toujours, les fondamentalistes cherchent à faire croire que la religion est en danger alors même que ce sont eux-même qui la menacent en priorité.

La propagation des burqas sur le territoire conforte naturellement les fondamentalistes Chrétiens et les partisans du "Choc des Civilisations", l'imposture théocon / néocon par excellence. Et quand le très peroxydé nazillon néerlandais Geert Wilders exige l'interdiction du port de la burqa, il ne cherche pas à protéger la démocratie mais bien au contraire à l'affaiblir en alimentant ce fameux "choc", en provoquant des fractures confessionnelles au sein de la société. Wilders demande tout simplement l'interdiction de l'ensemble des manifestations de l'Islam (la religion authentique, ses fidèles, ses mosquées...) en les amalgamant de façon délibérément mensongère avec les manifestations de l'imposture Islamiste (les signes extérieurs de fondamentalisme).

Alors oui, au Caire, Barack Obama a défendu les droits des femmes musulmanes à se couvrir les cheveux quand elles le voulaient vraiment (
"State of The World Union : The Obama Doctrine"). Et un jour ou l'autre, il sera bien obligé de se prononcer sur la question autrement plus délicate de la burqa. Mais comme on a hélas pu le déplorer trop souvent, la démocratie américaine est la moins bien armée pour résister au fondamentalisme, et sa constitution favorise l'émergence de mouvement radicaux à tous les niveaux, au-delà de la religion (voir encore récemment "Intelligence supremacy").

La France a la chance de pouvoir s'appuyer sur des textes sans ambigüité...
- Article X de la Déclaration des Droits de l'Homme : "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi." Le droit administratif définit l'Ordre Public comme "le bon ordre, la sécurité, la salubrité et la tranquilité publique".
- Article IV de la Déclaration des Droits de l'Homme : "La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société, la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi".
- Préambule de la Constitution : "La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme"
Article premier de la Constitution Française : "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée."
- ...

... donc idéalement, on ne devrait pas avoir besoin de légiférer. Mais la tradition veut que l'on adresse sans délai chaque sujet avec une loi spécifique, quitte à alourdir encore plus une barque déjà impossible à manoeuvrer. Il convient donc de ne pas tergiverser et empêcher au plus vite les marchands de haîne de se nourrir du moindre flou ambiant. L'exemple Belge démontre la nécessité de légiférer au niveau national : l'intégrité de la République est du ressort de l'Etat et non des collectivités.

Naturellement, il faudra faire preuve de plus de tact, de diplomatie et de pédagogie que dans ces misérables lignes.

Naturellement, je n’ai aucune confiance en Nicolas Sarkozy pour sortir de lui-même la loi idéale. Jusqu’à présent, il a surtout démontré
sa capacité à faire le jeu des fondamentalistes, en particulier depuis que Chirac est sur la touche.

Mais c’est depuis la touche que les juges de ligne signalent les hors jeu. Et l’éternel oublié de la justice se retrouve reconverti gardien du temple laïc ! Alors en attendant que Le Petit Nicolas installe Emmanuelle Mignon au Conseil Constitutionnel, esperons que ce qu’il reste de media independants expose ses tentatives répétées - et pour le coup à peine voilées - pour faire tomber le bastion.

Bas les masques. Y compris en dehors des périodes de carnaval.


* rassurez-vous, il est toujours et plus que jamais question de défendre la liberté religieuse et les droits des femmes
** s'il n'occulte pas le reste du corps, le niqab relève de la même logique
*** je n'ai d'ailleurs lu le Coran qu'une fois en entier, il y a un quart de siècle, et dans une version française remontant qui plus est aux calendes grecques (1970)

20090603

Bientôt un Bac C comme Créationniste ?

Edifiant message d'alerte de Catherine Kintzler au nom du Collectif pour la promotion de la laïcité* :

Dans la lignée des discours sur la « laïcité positive » prononcés par Nicolas Sarkozy à Latran et à Riyad, la France a signé le 18 décembre avec le Saint-Siège un accord ayant pour objet « la reconnaissance mutuelle des grades et des diplômes de l'enseignement supérieur délivrés sous l'autorité de l'une des parties ».

Cela veut dire qu'un diplôme délivré par l'enseignement supérieur catholique habilité par le Saint-Siège sera reconnu, à niveau comparable, par la République.
Cette inquiétante nouvelle s'accompagne fort heureusement d'un appel à la mobilisation et à la signature d'une pétition. Le Collectif envisage de saisir le Conseil d'Etat, mais j'aimerais assez connaitre le point de vue du Conseil Constitutionnel sur cette nouvelle forfaiture : je ne me lasse pas de voir Debré métamorphosé dans ses fonctions actuelles... et suis curieux de voir si Le Petit Nicolas osera nommer Emmanuelle Mignon l'an prochain (plus vraisemblablement, un hérault fondamentaliste un peu moins marqué).

Pour le cas où le duo infernal Sarkozy - Benoît XVI venait à concrétiser ce nouveau succès pour le fondamentalisme en Europe (voir épisodes précédents, en particulier "
Le mauvais plan de Benoît XVI"), je suggère que l'on officialise tout de suite les réformes suivantes :

=> Réforme du Primaire et du Secondaire : enseignement obligatoire de l'Intelligent Design**

=> Réforme du Baccalauréat : retour aux Bacs C et S (Bac Creationniste, Bac Scientologue)

=> Réforme de l'Enseignement Supérieur : restructuration de l'ENST (Ecole Normale Scientologue pour Thétans), de l'ENA (Etudes Négationnistes Avancées), d'HEC (Hautes Etudes Creationnistes)...


* voir "
Diplômes du Vatican homologués en France : la riposte s'organise" (Rue89 20090602):

** sur cette dangereuse imposture, (re)voir "
En finir avec l'Intelligent Design"

20090209

Le Pape, combien de Révisions ?

L'Allemagne a bien raison de poser des questions à son cher Joseph Ratzinger : à quel vilain jeu Benoît XVI se livre-t-il en réhabilitant les intégristes et en invitant presque Richard Williamson à diffuser son abominable (ré)vision de l'Histoire ?

Je suis tout simplement étonné que l'on s'étonne encore des prétendues erreurs du successeur de Jean-Paul II.

C'était pourtant clair depuis le début (cf "Benoît XVI - I smelled a Ratz"), et son récent passage en France n'a fait que confirmer l'absence totale de doute à ce sujet (cf "
Le mauvais plan de Benoît XVI") : Benoît XVI ne fait aucune erreur et remplit bien au contraire parfaitement sa mission. Simplement, il ne s'agit pas de la mission pour laquelle il a été élu mais de celle qu'il s'est fixée dans le cadre de son "hidden agenda".

Ses actions paraissent aussi suicidaires pour un Pape que celles de George W. Bush pour un Président des Etats-Unis, mais tout aussi cohérentes et pertinentes quand on considère ces individus sous leur vrai jour de dangereux fondamentalistes.

On a vu comment Bush a méthodiquement cherché à affaiblir la démocratie et ses garde-fous, et comment Ratzinger suit la même logique pour l'Eglise. Tout comme Bush, il ne s'attend probablement pas à une restauration de la théocratie de son vivant mais tout comme lui, il cherche à préparer le terrain en réintroduisant la religion dans l'éducation et la science (cf "En finir avec l'Intelligent Design"). L'un rêvait de faire sauter Roe v. Wade, l'autre mine consciencieusement (!) les fondements de Vatican II. L'un comme l'autre prétendent lutter contre le terrorisme et l'obscurantisme tout en faisant clairement leur jeu.

Bush a échoué de peu au bout de ses deux mandats (cf "
The Stolen Election"), Ratzinger sait que le temps lui est aussi compté. Cet homme pressé exsude l'ambition d'en finir au plus vite et cela commence à se voir...

Les Catholiques allemands ne s'y trompent pas, et certains quittent déjà l'Eglise comme un navire en perdition.

Reste à voir si les modérés survivants parviendront à récupérer le gouvernail à temps.

20090115

De La Justice En Amérique - De La Démocratie En Israël

A quelques jours de l'Inauguration d'Obama, sa Dream Team poursuit ses auditions devant des comités plutôt coulants sur les parties les moins glorieuses des C.V. présentés : Hillary décrochera probablement son Secrétariat d'Etat malgré Bill, et Timothy F. Geithner son Secrétariat au Trésor en dépit de ses petits soucis avec les services du fisc et de l'immigration.

Mais les Républicains et en particulier les supporters de George W. Bush tenteront tout pour éviter la confirmation d'Eric Holder à la Justice. Ses liens avec Rod Blagojevich, sa permissivité sur les pardons accordés par Bill Clinton pendant les dernières heures de son second mandat... rien ne lui sera épargné.

Il faut dire que le programme de Holder a de quoi leur faire peur : au lendemain de la confirmation officielle d'actes de torture à Guantanamo, cette antithèse d'Alberto Gonzales ose proclamer ceci : "l'adhésion à la règle de la loi renforce la sécurité en privant les organisations terroristes de leurs meilleurs outils de recrutement" ("Adherence to the rule of law strengthens security by depriving terrorist organizations of their prime recruiting tools").

En d'autres termes : l'Administration Bush-Cheney a favorisé le développement du terrorisme en s'écartant des principes mêmes qu'elle était supposée défendre.

Rien de nouveau sous le soleil (cf "Universal Declaration of Independence from Fundamentalism"): le seul moyen de lutter contre le terrorisme et le fondamentalisme reste de lutter à leur source, contre la pauvreté, l'injustice, et les dérives de démocraties supposées modèles...

L'Amérique semble vraiment sur la bonne voie. Une fois de plus (cf "The Stolen Election"), elle n'a fait qu'une partie du chemin en élisant Obama et ne se rachètera vraiment qu'en traînant en justice ceux qui l'ont bafouée. Gonzales doit payer, Cheney doit payer, Rumsfeld doit payer. Bush tente désespérément de plaider l'innocence et de réécrire l'Histoire mais lui-aussi devra payer...

Pendant ce temps, Israël confirme ses mauvais choix (cf "Le 10 Février 2009, Israël vote Obama '08 ou Bush '04 ?") : en interdisant deux partis arabes de participer aux élections, le gouvernement affiche enfin clairement son mépris de la démocratie et sa volonté d'exclure de la nation ses citoyens non juifs.

Les Israéliens musulmans se posaient déjà sérieusement des questions : ils payent des impôts mais ne les voient pas vraiment employés à des projets bien positifs. Il représentent autour de 16% de la population, et c'est encore trop pour certains... En fait, les extrémistes des deux camps seraient ravis qu’ils déchirent leurs cartes d’électeurs et se radicalisent.

A ce stade, l'alibi Hamas ne tient plus. Le vrai conflit n'est pas entre Israël et le Hamas mais entre Israël et la justice, entre Israël et la démocratie. Les électeurs sont en droit de savoir où ce gouvernement souhaite réellement aller. Il n’est plus possible d’avancer comme si tout était permis ; c’est totalement suicidaire.

Israël ne peut plus faire l’économie d’une déclaration officielle sur sa définition même, sa nature, ses valeurs, son projet politique pour le nouveau millénaire.

Présenté à sa naissance comme l'Etat du peuple juif, ce pays a adopté la démocratie et la république, et sa population compte près de 20% de citoyens non-juifs.

Mais le projet de Constitution de 1948 a échoué à cause des divergences entre fondamentalistes et partisans de la laïcité, et le moins que l'on puisse dire est que rien n'a changé depuis.
Il est temps de jouer cartes sur tables : Israël veut-il devenir une démocratie comme les autres ou un pendant juif aux Républiques Islamiques ?

Si Israël préfère s'enfoncer dans une voie sans issue, elle n'a pas grand chose à faire : continuer à fouler aux pieds les principes et les droits les plus fondamentaux, à refuser de reconnaître la Cour Pénale Internationale, et bien sûr continuer à donner aux terroristes "leurs meilleurs outils de recrutement" en multipliant les exactions et l'usage de pratiques et d'armes interdites par le droit international...

... En s'en remettant comme d'habitude au droit de veto du grand frère Américain...

Obama s'engage à fermer Guantanamo et rétablir la justice dans son pays. J'espère sincèrement qu'il va aider la démocratie israélienne à se sauver au plus vite.

20081201

Fondamentalisme : la nouvelle donne

Il y a quatre ans, le triomphe de George W. Bush aux élections présidentielles laissait présager le pire pour l'Amérique et le monde : le pays supposé mener la lutte en faveur de la démocratie et contre le terrorisme confirmait à sa tête un fondamentaliste menant délibérément une politique favorable à la montée des extrémismes au sein de chacune des grandes religions monothéistes, et imposant à son propre pays d'inquiétants accents de théocratie fascisante*.

Il y a quatre semaines, le triomphe de Barack H. Obama aux élections présidentielles apportait un formidable message d'espoir : ce même pays, les Etats-Unis d'Amérique, embrassait massivement un discours de respect, de tolérance et d'espoir, renvoyant dans l'ombre le discours de haîne et de peur dans lequel ses dirigeants l'avaient enfermé au lendemain du 11 Septembre, faisant ainsi le jeu des auteurs des attentats**.

S'ils se trouvent bientôt privés de leur principal leader ou partenaire, les fondamentalistes n'ont pas pour autant perdu la guerre, comme en attestent la semaine dernière la vague d'attentats à Mumbai, les tueries de Jos au Nigeria, ou les violences quotidiennes aux quatre coins de la planète.


La logique ne change pas : entretenir la haîne et la peur, affaiblir les modérés et renforcer les radicaux, encourager le repli sur soi et la crainte de l'autre, placer le débat sur le terrain de la religion alors qu'il est avant tout question de politique.

George W. Bush a délibérément apporté la pire des réponses possibles au 11 Septembre, et Manmohan Singh doit surtout se garder de montrer du doigt le Pakistan. Il lui faut bien au contraire tendre la main à Asif Ali Zardari et l'aider à vaincre les ennemis communs, à condition naturellement que celui-ci joue la carte de la transparence et de l'ouverture. L'objectif recherché à travers les attaques de Mumbai, c'est bien sûr d'attiser la haîne au sein de la plus grande démocratie du monde, et de fragiliser toute dynamique de paix dans la région, mais aussi et avant tout de faire basculer le Pakistan du mauvais côté.

Les maillons faibles, ce sont bien sûr la Palestine, le Liban ou l'Afghanistan, mais aussi des pays souvent pointés du doigt comme le Pakistan ou l'Iran. Des pays condamnés à évoluer en renonçant à l'extrémisme, mais minés de l'intérieur et de l'extérieur par des ennemis qui ne peuvent pas se permettre que les modérés et les réformateurs sauvent un maillon aussi essentiel de leur stratégie globale.

On ne peut pas empêcher les actes terroristes, mais on peut en annihiler la portée. Chaque attaque ne doit pas nous éloigner mais nous rapprocher les uns des autres.

L'Afghanistan n'était pas responsable des attentats du 9/11, c'est le monde qui a abandonné l'Afghanistan aux mains de ceux qui les ont fomenté. A son tour, le Pakistan a besoin d'aide, mais pas d'une aide contre-productive comme celle qui a conforté Pervez Musharraf dans la dictature et légitimé les Islamistes dans leur quête du pouvoir : l'effort doit être total, moins militaire que politique, économique, culturel et social - il doit embrasser tous les acteurs de la région et réintégrer le Pakistan dans le camp des démocraties victimes du fondamentalisme.

Celui-ci s'étiolera lorsque l'opinion publique le rejettera comme un corps étranger nocif. L'exemple viendra du haut avec des leaders sains oeuvrant réellement au bien de la communauté et collaborant au-delà des différences pour lutter à la source contre la pauvreté et l'injustice. L'exemple viendra aussi du terrain par la reconquête d'esprits séduits par l'aide apportée au quotidien par les vitrines caritatives des mouvances fondamentalistes. Pas seulement Islamistes : les fondamentalistes Chrétiens contribuent tout autant à attiser les flammes en envoyant des armées de prosélytes dans les régions défavorisées d'Asie, d'Afrique ou d'Amérique du Sud. C'est la version ONG des croisades, ou plutôt du "Choc des Civilisations" d'Huntington, cette nouvelle bible célébrant l'alliance des néocons et des théocons.

Ce que l'on attend du nouveau président Américain, ce n'est pas qu'il renforce les clivages actuels mais qu'il apporte un éclairage plus objectif sur une situation complexe. Il suffit de prendre un minimum de recul pour exposer l'imposture fondamentaliste. I
l faut du courage et des caractères forts pour remettre des pays en miettes dans le sens positif de l'Histoire.

Mais quelque part tout le monde est aujourd'hui suffisamment meurtri pour que chacun accepte de faire un pas. Et si la dynamique prend vite, si la diplomatie reprend ses droits, si la politique regagne ses lettres de noblesse, si l'Amérique elle-même montre la voie du soft power y compris dans la sphère économique, même la Russie et même la Chine seront obligés de suivre.



* cf "
Universal Declaration of Independence from Fundamentalism"
** cf "
The Stolen Election"

20081126

Démocratie et conservatisme

(discussion sur la pertinence d'un nouveau clivage entre "démocrates" et "conservateur")

Opposer "démocrate" et "conservateur" n’a pas de sens : cela revient à mélanger deux plans au risque d’introduire de la confusion.

1) Pour sortir du schéma gauche / droite, j’avais proposé les distingos suivants : "Comme ce qui compte au fond, c’est la vision de l’avenir et la vision de l’homme, je suggère d’abandonner l’axe gauche / droite pour retenir les deux suivants : réformateur / conservateur et humaniste / déterministe.*" Cela permet de "mapper" les principaux partis en France et d’acter l’inéluctable** scission du PS, par exemple.

2) Ces nuances demeurent naturellement secondaires par rapport au clivage démocrate / théocrate, au coeur de la plupart des crises politiques de ce jeune siècle***. Les Etats-Unis viennent de faire un choix très positif (cf "The Stolen Election" ), mais la France doit rester particulièrement vigilante.

Et à l’instar du Parti Républicain (cf "GOP : time to split"), l’UMP pourrait à son tour imploser si Sarko venait à persister dans ses dérives bushiennes.

La chance de Sarkozy, c'est de ne pas avoir de rival capable de mobiliser les énergies positives comme Obama a su le faire si brillamment. Le Président a réussi à assassiner politiquement François Bayrou et à imposer par ses amis media interposés Ségolène Royal pour torpiller l'opposition. Je ne vois pas pour le moment de talent suffisamment prometteur à la fois au niveau des valeurs et du leadership.

La surprise pourrait venir de son propre camp pendant son second mandat, voire plus tôt s'il tente à nouveau d'attaquer la laïcité. Pour peu que la vague Obama emporte ses alliés européens comme Berlusconi ou Barroso, ce grand opportuniste pourrait finir par suivre le courant de l'Histoire et surfer sur la reprise de l'économie à temps pour les prochaines élections présidentielles de 2012.


* cf "De l’hémiplégie à la paralysie "
** pour rappel (cf "Blogule blanc a Michel Rocard - si six cent six scissions" ) : mai 2005 a marqué la mort du PS et la naissance du NPA. Les réformateurs n'en ont pas pris acte depuis, avec les résultats que l'on connait en 2007.
*** cf "Universal Declaration of Independence from fundamentalism"

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