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20100304

Horror, Horror, Horror

Exposition temporaire "Hélène Berr - Une vie confisquée" consacrée à l'une des victimes de la barbarie nazie au Mémorial de la Shoah (jusqu'au 31 mars 2010).

Les Nazis ont assassiné Hélène Berr mais pas détruit son esprit, qui nous interpelle à travers ses notes d'une lucidité terrifiante. Que ce soit sur le port de l'étoile jaune, la tentation communautariste, le repli sur des valeurs religieuses qui n'en sont pas... son regard sur la société qui a laissé faire l'horreur me parait atrocément moderne.

"Quand j'écris 'juif', je ne traduis pas ma pensée, car pour moi une pareille distinction n'existe pas : je ne me sens pas différente des autres hommes, jamais je n'arriverai à me considérer comme faisant partie d'un groupe humain séparé. Peut-être est-ce pour cela que je souffre tellement, parce que je ne comprends plus. Je souffre de voir la méchanceté humaine. Je souffre de voir le mal s'abattre sur l'humanité ; mais comme je ne sens pas que je fais partie d'aucun groupe racial religieux, humain (car cela implique toujours de l'orgeuil), je n'ai pour me soutenir que mes débats et mes réactions, ma conscience personnelle. Je me souviens de ce mot de Lifschiftz lorsque nous étions rue Claude Bernard, et que ses discours en faveur du sionisme m'avaient révoltée : "vous ne savez plus pour quoi vous êtes persécutés." C'est vrai. Mais l'idéal sioniste me parait trop étroit, tout groupement exclusif, que ce soit le sionisme, l'effroyable exaltation du germanisme auquel nous assistons, ou même le chauvinisme, contiennent un orgueil démesuré. Je n'y peux rien, mais jamais je ne me sentirai à l'aise dans des groupes pareils."

"Est-ce que les catholiques méritent le nom de chrétiens, alors que s'ils appliquaient la parole du Christ, il ne devrait pas exister une chose qui s'appelle : différence de religion et de race même. (...) Quelquefois je pensais que j'étais plus près du Christ que beaucoup de Chrétiens".


blogules 2010

20091121

Herman van Rompuy, les haikus, l'humour et la religion

Le nouveau Président du Conseil européen est loué pour ses qualités de négociateur, son humour et son goût pour les haikus, mais ce qui m'intéresse avant tout de savoir, c'est quel a été le véritable critère de choix déterminant pour la nomination de Herman van Rompuy.

J'ai bien peur d'avoir la réponse.

Si je m'étais fortement opposé à une nomination de Blair à ce nouveau poste prestigieux, c'était moins pour son rôle dans l'invasion de l'Irak que pour son appartenance au clan des fondamentalistes Chrétiens qui, après avoir
contribué à mettre à feu et à sang le monde en partenariat avec leurs collègues islamistes, sont en train de mettre le grappin sur la politique continentale (voir "Tony Blair : un Fondamentaliste Président de l'Europe ?").

Or si HVR passe pour un modéré et "déteste les extrémistes", il a la fâcheuse tendance à prôner une relation fusionnelle entre politique et religion.

A la base, son appartenance au CD&V (Christen-Democratisch en Vlaams), le parti démocrate-chrétien flamand belge, signale un mélange des genres. Certes, les PDC européens présentent généralement des plateformes plutôt saines et équilibrées tant sur les plans politiques, économiques et sociaux... mais par construction, ils illustrent une vision de la politique soumise à une pensée religieuse, incompatible avec le principe même d'une démocratie républicaine laïque.

Difficile de parler de fondamentalisme à ce stade, je vous le concède volontiers. Je note toutefois que l'ami Van Rompuy, qui s'écharpe régulièrement avec Luc Van den Brande sur l'avenir politique de la Belgique, soutient son collègue du CD&V au niveau européen, là où cet ayatollah défend le plus efficacement la destruction de l'idéal démocratique en assurant la
promotion de l'Intelligent Design.

De plus, ce modéré qui "déteste les extrémistes" n'hésite pas à employer le discours des ultra-conservateurs fondamentalistes chrétiens partisans de la ligne dure en Europe. Les Turcs n'ont pas oublié sa sortie à l'occasion des débats sur l'entrée de leur pays dans l'Union : "les valeurs universelles de l’Europe, et qui sont aussi des valeurs fondamentales du christianisme, perdront de leur vigueur avec l’entrée d’un grand pays islamique tel que la Turquie".

Par ailleurs, le sieur Herman Van Rompuy ne montre son KUL que sous un certain angle : si tout le monde sait qu'il a été diplômé en économie à l'Université Catholique de Louvain (Katholieke Universiteit Leuven), moins nombreux sont ceux qui savent qu'il a aussi brillé en philosophie. Et que là aussi, il apprécie le mélange des genres.

En effet, si Monseigneur Van Rompuy affirme ne pas avoir fait campagne pour le poste de Président du Conseil européen, il donnait bien, en toute candeur, une conférence sur la dernière encyclique d'un certain Benoît XVI sur la Doctrine sociale de l’Eglise. Conférence qui ressemble bigrement à un examen de passage... le 19 Octobre 2009, un mois pile poil avant sa nomination.

Dans ce texte ("
Conférence de Herman Rompuy sur Caritas in Veritate", en ligne sur LaCroix.com), l'expert en économie et en philosophie Van Rompuy parle d'amour et d'humanisme, mais aussi et surtout, comme Benoît XVI, de politique :

. "Aucun régime politique, aucune organisation sociale et aucun système économique ne peut revendiquer la réalisation du salut ultime" - tout cela n'a aucune valeur face à la foi
. "Selon la Doctrine sociale, la communauté politique est au service de la société civile dont elle est née. Cette société civile représente l’ensemble des relations et des biens, culturels ou associatifs, qui sont relativement indépendants de la politique et de l’économie" - la politique ne saurait se placer au-dessus de tout, il existe quelque part le besoin de matérialiser un pouvoir supérieur
. "Le principe de subsidiarité est contraignant, chaque homme devant avoir la chance d’apporter sa contribution à la construction du bien-être et de la prospérité. La question difficile est cependant de savoir comment nous pouvons, aujourd’hui, réaliser ce principe au sein d’une Europe unifiée et dans un monde globalisé, où de plus en plus de décisions sont prises à un haut niveau inaccessible pour l’homme concret, sachant que, pourtant, elles sont déterminantes pour le bien-être et la prospérité de son environnement, de son travail et de sa responsabilité" - c'est marrant mais les religions sont à la fois pertinentes pour adresser ce sujet, et déjà organisées pour faire face à des contraintes de subsidiarité, au plus proche des individus.
. HvR prolonge très clairement l'appel de Benoît XVI, en reprenant les termes les plus directs de son encyclique : "Il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale telle qu’elle a déjà été esquissée par mon Prédécesseur, le bienheureux Jean XXIII".


Pour rappel, dans "Caritas in Veritate", Ratzie écrivait "Le développement intégral des peuples et la collaboration internationale exigent que soit institué un degré supérieur d’organisation à l’échelle internationale de type subsidiaire pour la gouvernance de la mondialisation et que soit finalement mis en place un ordre social conforme à l’ordre moral et au lien entre les sphères morale et sociale, entre le politique et la sphère économique et civile que prévoyait déjà le Statut des Nations Unies". J'ai déjà évoqué l'habileté du discours de ce fondamentaliste qui milite ardemment pour le retour de la religion au coeur de l'éducation, de la science et de la politique, les fondements de la démocratie (voir entre autres "Le mauvais plan de Benoît XVI"). Et il suffisait de le voir l'autre jour exulter à la tribune de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) pour comprendre ce qu'il entend par "une véritable Autorité politique mondiale" : une autorité politique où les autorités religieuses aient toute leur place. Il a dans cette perspective le soutien de Ban Ki-moon à l'ONU (discret sur sa propre foi mais militant acharné des dialogues inter-religieux dans le cadre des institutions dont il a la charge), et désormais de Herman van Rompuy au Conseil européen, en complément de sa dream team actuelle (Barroso, van den Brande & Co). Je suis curieux de savoir si ce "démocrate chrétien" sera plutôt "démocrate" ou "chrétien" au moment de défendre la Cour Européenne des Droits de l'Homme face aux prochaine attaques des fondamentalistes*...

Décidément un "Drôle de moine ce Van Rompuy", pour reprendre les termes de Paul Piret (in La Libre Belgique du 19/11/2009).

Maintenant, s'il n'était guère difficile de trouver le talon d'Herman Achille Van Rompuy, je n'ai pour le moment rien trouvé de bien suspect dans le profil de Cathy Ashton, alias Lady Catherine, a.k.a Baroness Ashton of Upholland, notre premier Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

blogules 2009

* voir "La Cour Européenne des Droits de l'Homme crucifie les fondamentalistes" puis "Traditions, conservatismes, obscurantismes et fondamentalismes"

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ADDENDUM

Dans la version Anglaise de ce post sur blogules en V.O. ("Herman van Rompuy, haikus, humor and religion"), je développe plus clairement le sujet, en particulier à travers un parallèle entre cette conférence de Van Rompuy pour Benoît XVI et celle de John McCain au Discovery Institute, en amont de sa campagne de séduction des theocons US.

SM

20080915

Le mauvais plan de Benoît XVI

A en croire certains media, un gouffre béant se serait ouvert entre la "laïcité positive" version Saint Nicolas, Martyr du Jet de l’Huile sur le Feu, et l’apparent appel au calme entonné par Saint Bénito (pardon, Benedetto), patron des pompiers appelé à son chevet par la fille aînée de l’Eglise, affolée devant l’étendue du sinistre.

Il suffit de prendre un minimum de recul pour constater que ces deux compères oeuvrent de concert au développement d’une plateforme de plus en plus envahissante. Leur objectif commun ? Repositionner la religion au coeur du débat politique, culturel, philosophique et scientifique, pour mieux préparer le terrain aux fondamentalismes.

Ce week-end et à l’occasion de la visite du Pape en France, je faisais part à un ami Américain expert en fondamentalisme de mes inquiétudes pour l’Europe et la France (leur cible prioritaire puisque terre de laïcité), mais lui ne voyait pas de danger clair et immédiat pour notre pays, chiffres à l’appui (40% des Français se déclarent non croyants, seuls 18% vont à la messe, la majorité des Beurs n’est pas religieuse, et on est effectivement loin des US où 88% croient en Dieu et où les Evangélistes représentent peut-être 15% de l’électorat).
En réalité, nous avons tous les deux raison : les fondamentalistes constituent une minorité ne trouvant que peu d’écho en France, et ils ne deviendront pas majoritaires du jour au lendemain, mais ils n’en ont pas besoin pour affaiblir la démocratie, ils ont une stratégie très claire pour changer l’ordre des choses, et ils bénéficient du soutien inconditionnel d’un ami à la tête du pays.

C’est aujourd’hui que notre territoire, jusqu’à présent impropre à leur anti-culture, redevient fertile comme aux plus belles heures de l’obscurantisme médiéval. Et la visite du Pape ne fait que confirmer que tout le monde est en train de foncer tête baissée dans le piège des fondamentalistes, à commencer par les plus ardents défenseurs de la laïcité.
La stratégie des fondamentalistes en France est à la fois "top down" et "bottom up" :
  • Top down ? l’objectif est de rendre les choses possibles, d’ouvrir les vannes, de supprimer quelques verrous essentiels de la démocratie (ex l’obsession de Sarkozy de réformer la Loi de 1905), d’autoriser des cultes jusqu’à présent illégaux. Sarkozy a par ailleurs créé le Conseil Français du Culte Musulman pour offrir une tribune aux minorités radicales, une légitimité politique, et au-delà pour introduire le politique au coeur du religieux et inversement. Le résultat ? Alors qu’il n’y avait aucun débat public entre religion et fondamentalisme, la majorité silencieuse assiste à un déversement d’idées plus radicales, et le Conseil est au bord de l’implosion. La majorité écrasante des modérés est politiquement mise en péril pour la bonne et simple raison qu’elle ne se positionne pas sur le terrain politique alors que c’est la raison d’être du fondamentaliste*.
  • Bottom up ? Le fondamentalisme pur et dur gagne bien quelques adeptes à la marge (de bons soldats prêts à prêcher dans les banlieues ou l’arme au poing face aux troupes de l’Oncle Sam), mais l’essentiel se passe au grand jour. Je ne reviendrai pas sur "ces filles et ces fils de la République" délaissant cette grande ingrate au profit d’une religion plus stricte et protectrice de chacun de ses membres, ni sur les pressions communautaristes gagnant du terrain sur la dynamique d’intégration et creusant d’authentiques fossés inter et intragénérationnels, mais avant de pointer du doigt la montée des intégrismes même light au sein de l’Islam français, les Catholiques bon teint seraient inspirés de se demander sur quelle pente leur "nouveau" Pape veut les entraîner. Bien sûr, les Intégristes demeurent un club minoritaire, mais ils ont de nouveau leur couvert à la grande table. Et surtout, le prosélytisme agressif est de retour, et pas seulement pour résister à la concurrence jusqu’ici anecdotique des Evangélistes et Pentecôtistes (désormais florissants sur le territoire, en particulier dans la Capitale et parmi les communautés Africaines et Caraïbiennes)... Il ne s’agit plus de "vendre" le Christianisme apaisé post-Vatican II, mais un ersatz simplifié bourré d’agents conservateurs.

Le succès des fondamentalistes en France ne doit surtout pas se mesurer au nombre de convertis à leur idéologie. De toute façon, ces patients travailleurs de l’ombre en sont encore au stade du labourage, avec ci et là quelques semailles d’Organistes Génétiquement Modifiés... Mais de toute évidence (et avec, il est vrai, le "sacré" coup de pouce du fondamentaliste le plus puissant du monde), ils ont déjà totalement bouleversé le paysage.

La religion était un sujet sinon tabou du moins personnel, et la voilà au coeur de toutes les discussions. De plus en plus de personnes (parmi les pipoles comme parmi les gens que vous croisez au jour le jour) parlent ouvertement de la religion et de leur foi, et de plus en plus souvent "à l’Américaine" : non seulement de façon décomplexée, mais avec des accents de fierté et d’appartenance, dans le cadre d’un discours très basique exposant à la fois une connaissance très limitée du fond théologique, et une foule de repères plantés comme autant de piquets autour d’un noyau idéologique très resserré et plutôt conservateur.

Ces "born again light" présentent leur retour à la religion comme un enrichissement, mais dans la plupart des cas il apparaît comme un apauvrissement, une défaite intellectuelle : ce n’est pas une adhésion positive mais réactive, j’adhère à un courant porteur parce que je sens qu’il résonne en moi, mais au fond s’il résonne en moi c’est parce que je suis vide, tout juste bon à servir de caisse de résonnance, à répercuter un écho. Je ne réapprends pas ma culture : j’apprends à évoluer dans un espace plus réduit mais plus confortable puisque connu et contrôlé, j’apprends à désapprendre tout ce qui me rattache au vrai monde, un monde beaucoup plus riche et ouvert, mais aussi plus complexe, incertain, et d’autant plus effrayant qu’il est peint en des termes négatifs par les prosélytes.

Pris isolément, ces phénomènes marquent déjà une rupture. Mais l’on retrouve ce même phénomène au sein des trois grandes religions monothéistes, et l’on peut se demander s’il n’est pas déjà trop tard à voir les plus jeunes générations baigner dans cette soupe où naviguent toutes les idées et toutes les tendances. Ce n’est pas un melting polt multicultuel au sens stimulant et positif du terme du terme, mais un bouillon d’inculture réduisant à néant des siècles de progrès de la science et de la religion. Le véritable "relativisme", le voilà : en fait de "laïcité décomplexée", un revival médiéval où la foi trouve son mot à dire sur tout et sur rien, et où plus personne ne s’étonne d’entendre parler de religion à propos de politique, de science ou d’économie.

On le voit tous les jours, la République semble perdre la bataille sur le terrain. Certes, sur le front "top down", les défenseurs de la laïcité veillent au grain, et ils sont brillamment parvenus à sauver la République de l’abdication sur la Loi de 1905. Mais ils font totalement le jeu des fondamentalistes dès qu’ils entrent dans le faux débat entre laïcité et religion.

Il n’y a aucun conflit possible entre les deux pour la bonne et simple raison qu’ils n’évoluent pas sur le même plan : la laïcité relève de la politique et la religion du domaine de la foi. Le vrai conflit se joue en réalité entre ce que tout oppose :
- sur le plan politique : entre démocratie et théocratie, et
- sur le plan de la foi : entre religion et
fondamentalisme.

Pour rappel**, les fondamentalistes nous proposent exactement le même piège avec leur fameux "Intelligent Design" : là aussi, ils rallument artificiellement les faux débats du XIXe siècle, entre de prétendus opposés qui sont en fait pas sur le même plan. Et pendant que les esprits s’animent autour du faux débat entre science et religion ou entre Darwin et l’ID, les partisans de l’ID continuent leur travail de sape contre leur véritable ennemi : non pas le défenseur de Darwin, mais le défenseur de la religion libre et modérée.

En revanche, Nicolas Sarkozy et Benoît XVI se positionnent totalement sur le même plan, et leur dialogue est tout sauf un dialogue de sourds. Les media présentent leurs échanges sur le mode du débat, mais ce débat est une nouvelle imposture, un faux débat destiné justement à obtenir un maximum de retombées dans les media.

Sarkozy dénonce ce "relativisme qui exerce une séduction croissante", mais le véritable relativisme, c’est celui que je décrivais plus haut, le terreau fertile dont se nourrit et que nourrit le fondamentalisme, qui prive de leur essence le débat démocratique comme le débat théologique en s’invitant à leurs tables. Quand notre ancien Ministre des Faux-Cultes*** dit : "La laïcité positive, la laïcité ouverte, c’est une invitation au dialogue, à la tolérance et au respect. C’est une chance, un souffle, une dimension supplémentaire donnée au débat public", il ne dit rien d’autre que "la religion doit être au coeur du débat politique". Autrement dit : "ma laïcité positive, c’est la négation de la laïcité".

Pour sa part, Benoît XVI a semblé vouloir à tout prix désamorcer la bombe destinée à faire sauter la laïcité française : "l’Eglise ne revendique pas la place de l’Etat", et "Dans le cadre institutionnel existant et dans le plus grand respect des lois en vigueur, il faudrait trouver une voie nouvelle pour interpréter et vivre au quotidien les valeurs fondamentales sur lesquelles s’est construite l’idée de la nation"...

Autrement dit, il ne serait pas question de toucher à la Loi de 1905 ? On respire ! Mais... pas si vite : si je ne touche pas à la loi, c’est tout simplement parce que c’est inutile. Benoît XVI l’a répété à maintes reprises, nos petites lois issues de nos petites démocraties n’ont absolument aucune valeur au regard de celles qu’il représente. Et ce week-end, il a donné sa définition toute en subtilité de "l’Eglise : une société basée sur des convictions, qui se sait responsable de tout et ne peut se limiter à elle-même". Avec un panzer comme ça, il n’y a effectivement plus besoin de dynamite...

Et puis, qu’est-ce que c’est que cette "voie nouvelle" ?

Visiblement, Benoît XVI ne se contente pas du dialogue établi en 2002 entre l’Etat et l’Eglise. Et à ceux qui ont cru que, sur le perron de l’Elysée, il donnait à son hôte des leçons sur la séparation du politique et du religieux...

  • "De nombreuses personnes en France se sont arrêtées pour réfléchir sur les rapports de l’Eglise et de l’Etat. Sur le problème des relations entre la sphère politique et la sphère religieuse, le Christ avait déjà offert le principe d’une juste solution lorsqu’il répondit à une question qu’on Lui posait : "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu" (Mc 12, 17). L’Eglise en France jouit actuellement d’un régime de liberté. La méfiance du passé s’est transformée peu à peu en un dialogue serein et positif, qui se consolide toujours plus. Un nouvel instrument de dialogue existe depuis 2002 et j’ai grande confiance dans son travail, car la bonne volonté est réciproque. Nous savons que restent encore ouverts certains terrains de dialogue qu’il nous faudra parcourir et assainir peu à peu avec détermination et patience."
    "Vous avez d’ailleurs utilisé, Monsieur le Président, l’expression de "laïcité positive" pour qualifier cette compréhension plus ouverte. En ce moment historique où les cultures s’entrecroisent de plus en plus, je suis profondément convaincu qu’une nouvelle réflexion sur le vrai sens et sur l’importance de la laïcité est devenu nécessaire. Il est en effet fondamental, d’une part, d’insister sur la distinction entre le politique et le religieux,..."

... j’invite à lire la suite de son discours :

  • "... afin de garantir aussi bien la liberté religieuse des citoyens que la responsabilité de l’Etat envers eux, et d’autre part, de prendre une conscience plus claire de la fonction irremplaçable de la religion pour la formation des consciences et de la contribution qu’elle peut apporter, avec d’autres instances, à la création d’un consensus éthique fondamental dans la société".

Comme quoi, la "laïcité positive" à la sauce Ratzinger place bien la religion au coeur du dispositif pédagogique, et de toute discussion portant sur l’éthique. Le discours élyséen peut donc se résumer ainsi : "la laïcité à la française, c’est joli mais ça ne peut plus durer ; la religion doit être de nouveau présente au coeur du débat politique, du processus éducatif, et bien évidemment des questions portant sur l’éthique".

Manque à l’appel le domaine scientifique cher aux créationnistes, me direz-vous.

Pour ce morceau de choix, ou plutôt cette pièce de résistance, Benoît XVI a choisi le cadre des Bernardins et un parterre de brillants penseurs (agrémenté de la présence de sommités du calibre de Didier Barbelivien).

Dans son adresse marquée par la mantra "Quaerere Deum", le Pape nous a resservi un coup de billard à sept bandes pour défendre la présence de la religion dans le débat scientifique (comme toujours en jouant sur l’ambiguïté du mot "raison"), non sans rappeler le rôle fondamental du Christianisme dans la civilisation et la culture européenne****.

A peine remis de cette envolée lyrique, Ratzinger nous a livré les secrets de sa fameuse troisième voie, un havre de paix à mi-chemin entre "l’arbitraire subjectif" et "le fanatisme fondamentaliste" :

  • "Cette tension entre le lien et la liberté, qui va bien au-delà du problème littéraire de l’interprétation de l’Écriture, a déterminé aussi la pensée et l’œuvre du monachisme et a profondément modelé la culture occidentale. Cette tension se présente à nouveau à notre génération comme un défi face aux deux pôles que sont, d’un côté, l’arbitraire subjectif, de l’autre, le fanatisme fondamentaliste. Si la culture européenne d’aujourd’hui comprenait désormais la liberté comme l’absence totale de liens, cela serait fatal et favoriserait inévitablement le fanatisme et l’arbitraire. L’absence de liens et l’arbitraire ne sont pas la liberté, mais sa destruction."

Mais ne nous y trompons surtout pas : loin de marquer une nouvelle ère, cette "nouvelle" 3e voie de Benoît XVI ne fait que ressusciter le faux débat des années 1850 opposant le scientisme au créationisme. Par un tour de passe passe digne des illusions graphiques d’Escher, Ratzinger nous invite ni plus ni moins à bâtir en dur sur un pont impossible entre le plan scientifique et le plan théologique, et en opposant les caricatures des extrêmes de chaque plan, il essaye de nous fait croire que cette (im)posture est à la fois équilibrée, juste et raisonnable.

Quand il reprend le lendemain à Lourdes le fameux "Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout petits", il faut donc comprendre : "heureux les simples d’esprit, ils seront plus faciles à tromper. N’écoutez pas surtout pas ceux qui vous invitent à réfléchir par vous même". En quelques mois à peine, Ratzinger est parvenu à faire passer Vatican II à la trappe, et à renvoyer ses ouailles quelques siècles en arrière.

Décidément, l’Amérique a vraiment valeur à envoyer le bon message à la France et à l’Europe en Novembre prochain.


* cf "En finir avec le fondamentalisme" et surtout "Universal Declaration of Independence from fundamentalism"

** cf "En finir avec l’Intelligent Design"

*** cf "N’ayez pas peur", "Blogule rouge au ministre des faux cultes"

**** pas un mot naturellement sur le côté obscur / obscurantiste de cette force, mais personne dans l’assistance n’était là pour soumettre ce Pontifiant Souverain à la Question :

  • "Une culture purement positiviste, qui renverrait dans le domaine subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison, le renoncement à ses possibilités les plus élevées et donc un échec de l’humanisme, dont les conséquences ne pourraient être que graves. Ce qui a fondé la culture de l’Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à L’écouter, demeure aujourd’hui encore le fondement de toute culture véritable"
    "en raison même de la recherche de Dieu, les sciences profanes, qui nous indiquent les chemins vers la langue, devenaient importantes"
    "L’école et la bibliothèque assuraient la formation de la raison et l’eruditio, sur la base de laquelle l’homme apprend à percevoir, au milieu des paroles, la Parole."
    "De cette exigence capitale de parler avec Dieu et de Le chanter avec les mots qu’Il a Lui-même donnés est née la grande musique occidentale. Ce n’était pas là l’œuvre d’une « créativité » personnelle où l’individu, prenant comme critère essentiel la représentation de son propre moi, s’érige un monument à lui-même. Il s’agissait plutôt de reconnaître attentivement avec les « oreilles du cœur » les lois constitutives de l’harmonie musicale de la création, les formes essentielles de la musique émise par le Créateur dans le monde et en l’homme, et d’inventer une musique digne de Dieu qui soit, en même temps, authentiquement digne de l’homme et qui proclame hautement cette dignité"
    "La Parole de Dieu, en effet, n’est jamais simplement présente dans la seule littéralité du texte. Pour l’atteindre, il faut un dépassement et un processus de compréhension qui se laisse guider par le mouvement intérieur de l’ensemble des textes et, à partir de là, doit devenir également un processus vital. Ce n’est que dans l’unité dynamique de leur ensemble que les nombreux livres ne forment qu’un Livre. La Parole de Dieu et Son action dans le monde se révèlent dans la parole et dans l’histoire humaines."

20080118

N'ayez pas peur

Les soutiens de Sarkozy troublés par ses prises de position sur la laïcité ne doivent surtout pas avoir peur d'exprimer leur désaccord : ils ont le droit de perdre une élection, mais surtout le devoir de ne pas trahir leur pays.

Ne nous y trompons pas : le fondamentalisme Chrétien est de retour en Europe, et l'année 2008 pourrait bien s'avérer décisive pour la démocratie sur le continent et en particulier en France, qui héritera d'ailleurs de la présidence tournante cet été. Encouragés par les percées obscurantistes aux Etats-Unis sous la férule d'un président plaçant ses intérêts de fanatique avant ceux de son pays et même ceux de son parti, capitalisant sur la montée des fondamentalistes au sein des autres grandes religions pour entretenir le climat de peur et de haîne indispensable à leur survie, ces partisans d'un grand retour en arrière testent subtilement les résistances du "vieux continent" et placent des banderilles suivant un calendrier savamment rythmé.

Comme aux Etats-Unis, les éléments les plus dangereux ne sont pas les épouvantails habituels, ces ayatollahs prônant ouvertement la suprématie du religieux sur le politique : cette stratégie basique a échoué au XIXe siècle et n'aurait aucune chance au XXIe. A l'image du créationnisme relooké en Intelligent Design par le Discovery Institute (1), le fondamentalisme suit désormais une stratégie pervasive et diffuse, avance masqué derrière des écrans de fumée, et mène en parallèle d'un intense lobbying de véritables opérations de guerilla marketing.

Comme aux Etats-Unis, ces ennemis de la démocratie, de la liberté et de la paix excellent dans l'art de la propagande pour se présenter comme des défenseurs de la démocratie, de la liberté et de la paix. D'un côté, ils usent de formules choc pour imprimer leurs principaux mensonges dans les esprits les plus crédules (c'est un choc de civilisations, nous sommes en guerre, nous agissons pour le dialogue et pour la paix, nous voulons moderniser la laïcité...). De l'autre, ils abusent de formules alambiquées et de discours inaccessibles au commun des mortels pour semer la confusion dans les esprits et faire passer leur programme médiéval pour une démarche de progrès (2).

Comme aux Etats-Unis, leur montée en puissance s'accélère avec des relais plus influents que jamais dans les cercles médiatiques et politiques. Et puisque le fondamentalisme soumet la politique à la religion, la couleur politique est secondaire. Les relais ne se trouvent plus seulement à la droite de la droite (comme récemment encore avec Luc van den Brande - 3) : on a vu comment l'ultra conservateur Rupert Murdoch pouvait apporter tout son soutien au candidat Travailliste Tony Blair - parce qu'il avait décelé en lui le futur Born Again facilement influençable, prêt à partir en croisade pour une cause mystique ?

Depuis maintenant plusieurs années, les faux incidents et les vraies provocations se multiplient aux Pays-Bas, en Italie, en France ou en Espagne (4), et bien sûr au niveau européen, comme l'attestent le lobby en faveur d'une mention des racines chrétiennes dans la Constitution (5) ou plus récemment la censure du rapport Lengagne dénonçant les attaques créationnistes contre la démocratie (3). Les réactions les plus vives déclenchent une mise en veille temporaire, l'absence de réaction encourage à pousser le bouchon un peu plus loin et un peu plus vite.

En publiant "La République, les religions, l’espérance" la veille des Présidentielles américaines 2004, le Ministre des Cultes Nicolas Sarkozy avait poussé le bouchon un peu loin. La levée de boucliers pour protéger la Loi de 1905 lui avait clairement indiqué les territoires à éviter pour sa campagne présidentielle. Le candidat Sarkozy a donc dû montrer patte blanche pour obtenir son investiture, et affirmer clairement sa volonté de défendre la laïcité.

Nous savons aujourd'hui quel sens il donnait à ce terme. Le président Sarkozy défend la laïcité comme le président Bush défend la démocratie, et si personne ne dit stop, il risque d'obtenir les mêmes résultats. Le Chrétien François Bayrou, qui a milité en faveur d'une Constitution Européenne laïque et sans référence aux racines chrétiennes, a totalement raison de comparer sa "laïcité positive" à la vision fondamentaliste de Bush. Mais des voix se sont élevé avec fermeté à travers tout l'hémicycle, à gauche comme à droite, pour dénoncer les récents dérapages contrôlés du président en Arabie Saoudite.

Ce n'est peut-être pas un hasard si Nicolas Sarkozy souhaite s'engager dans les élections locales cette année : plus que jamais dans notre histoire, les municipales 2008 ont valeur de test national. Pas tant pour déterminer les vainqueurs entre gauche et droite ou entre gouvernement et opposition, mais entre défenseurs de la république et de la démocratie d'un côté, et candidats soutenus par les fondamentalistes de l'autre.

Comme aux Etats-Unis, il deviendra de plus en plus commun de voir un candidat saupoudrer son discours politique de références appartenant au registre de la religion et de la foi. De nombreux candidats risquent de se voir proposer un choix comparable à celui imposé aux Républicains en 2004 : faire allégeance à une administration corrompue ou se voir refuser l'investiture présidentielle. Risquer de ne pas pouvoir se présenter, ou risquer d'être élu pour servir une cause amorale.

Parmi eux sans doute, des croyants tiraillés par leur conscience : si je dis non je me fais accuser de mauvais chrétien et si je dis oui je vend mon âme. Pour paraphraser le prédécesseur de Benoît XVI je leur dirai "n'ayez pas peur". Le fondamentalisme relève de la politique et non de la religion. Si vous avez réellement la foi et si vous êtes réellement démocrate et républicain, affirmez le en dénonçant l'imposture morale qui vous est proposée ; en déclarant votre indépendance contre le fondamentalisme (6).

Il est temps d'inverser la charge de la preuve. Ce n'est pas aux politiques de prouver leur bonne foi mais aux fondamentalistes de faire leur "coming out" : si vous considérez que la religion a quelque part une place dans la politique, la science ou l'éducation, assumez le clairement et fondez un parti religieux comme il en existe dans de nombreux pays. Mais ne cherchez pas à tromper le public en vous réclamant de la démocratie ou de la république.

Oui, la laïcité respecte les religions, mais elle respecte tout autant la démocratie, parce que justement elle respecte la séparation du religieux du politique. Oui, la France a un héritage chrétien, mais ce n'est pas son seul héritage religieux et il n'a pas toujours été positif (guerres de religions, croisades, colonisation, collaboration...)... et si la France a aujourd'hui valeur d'exemple dans le monde, c'est pour son héritage d'une république laïque, moderne et apaisée aux antipodes de ce qu'entend la "laïcité positive".

S'il est désormais clair que Nicolas Sarkozy a rompu ses engagements de campagne et qu'il agit en faveur des fondamentalismes, j'ai encore du mal à le situer sur un plan personnel : est-il "simplement" un être amoral prêt à toutes les compromissions pour parvenir à ses fins ou avons-nous réellement affaire à un mystique convaincu ?

D'une façon générale, notre Hyper-hype-président ne fait guère d'efforts pour masquer sa totale absence de scrupules : il est prêt à protéger les scientologues pour devenir l'ami de Tom Cruise, à prostituer la république dans les bras d'un dictateur pour faire briller Cécilia en Libye, ou encore à nier l'existence de Taïwan pour signer des contrats en Chine (7)...

Mais notre ancien Ministre des Faux Cultes (8) a aussi la fâcheuse habitude de s'entourer de mystiques. Sarko n'est pas l'ami des Etats-Unis mais l'ami de certains personnages sulfureux : le scientologue Tom Cruise, le fondamentaliste Bush. Sarko n'est pas l'ami d'Israël mais l'ami des partisans de la ligne dure à Tel Aviv comme à New York et Paris. Sarko ne lutte pas contre le terrorisme mais en attise les flammes à la source en favorisant le basculement vers les extrêmes par les actes (ex logique de rupture par la suppression des polices de proximité en faveur d'opérations commandos purement répressives, abandon de la position d'équilibre de la France dans le conflit Israëlo-Palestinien) comme par la parole (ex privilégier le registre belliciste au registre diplomatique vis à vis de l'Iran). Plus grave encore, les theocons sont au Château : comme à la Maison Blanche, ce club hyperinfluent verrouille les points d'entrée et de sortie stratégiques de l'Elysée.

Puisque Nicolas Sarkozy s'obstine à revenir à la charge sur le territoire hautement sensible de la religion, il est temps de lui demander clairement de faire son "coming out". Pas sa parade nuptiale à Disneyland, mais sa position vis à vis du fondamentalisme religieux, et en particulier sa volonté de maintenir les frontières entre politique et religion (remises en cause de la laïcité), science / éducation et religion (impostures créationnistes / intelligent design)...

Comme George W. Bush, Nicolas Sarkozy a l'occasion de laisser une trace majeure dans l'Histoire de l'Occident. Comme lui, il risque que cette trace soit une tâche indélébile en inscrivant son mandat sur le terrain de la religion.

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(1) cf "
En finir avec l'Intelligent Design" (20070905)
(2) champion toute catégorie : Benoît XVI - cf "
Le coming out de Benoit XVI" (20071007)
(3) cf "
Red blogule to Luc van den Brande" (20070627)
(4) nos voisins peuvent se féliciter du courage de Zapatero qui dès son serment d'investiture a tenu à affirmer la séparation du politique et du religieux
(5) au-delà du lobby très puissant des fondamentalistes chrétiens, celui d'autres partisans du choc des civilisations, toujours prompts à cristalliser les haînes et dresser les communautés les unes contre les autres
(6) cf "
Universal Declaration of Independence From Fundamentalism" (20070809)
(7) cf "
Merde in Taiwan" (20071127)
(8) cf "
Blogule rouge au ministre des faux cultes" (20050619)

20071117

Blair et Sarkozy - reformes et indulgences

A mes yeux, le personnage de Blair se cerne réellement à travers deux actes fondateurs, deux actes d'allégeance décisifs. Je ne parle pas du plus célèbre (envers Bush dans le cadre de sa croisade suicidaire en Irak), mais de deux autres, qui permettent de mieux le saisir de part et d'autre de ses mandats de Premier Ministre :

- le premier acte d'allégeance, avant de prendre le pouvoir et pour le prendre : se compromettre avec Murdoch

- le second acte d'allégeance, juste après avoir rendu le pouvoir : se convertir au Catholicisme Romain version Benoît XVI*

A juste titre, Blair bénéficie d'une réputation de réformateur et Murdoch de conservateur, mais ce que je retiens de Blair, c'est le décalage entre son très pragmatique esprit de réforme et son très utopique mysticisme... et Murdoch n'est pas omnubilé que par l'argent - ce Citizen Kane a le talent méconnu de soutenir des candidats "habités" ; des theocons aussi réputés que Pat Robertson ou George W. Bush. Des illuminés très dangereux, mais des leaders inspirés pour le Pape le plus controversé depuis la Seconde Guerre Mondiale...

Raison de plus pour surveiller de près Nicolas Sarkozy, ce grand admirateur de Tony Blair le réformateur, ce grand ami de Bush le manipulateur, ce grand soutien de Ratzinger le contempteur de la Loi de 1905.

* cf "Tony Blair - La Cherry sur le catho" (20070626)

20071007

Le coming out de Benoit XVI

A ceux qui doutaient, le pape vient d'apporter une preuve éclatante. Pas de l'existence de Dieu, mais du caractère profondément fondamentaliste du successeur de Jean-Paul II : après avoir attaqué l'indépendance de la science et de l'éducation*, Benoît XVI s'en prend au fondement de la démocratie ou plutôt des "majorités d'un instant" qui ne sont à ses yeux pas légitimes pour faire la loi sur tout ce qui touche à l'éthique. La "loi civile" n'a donc pas le droit à ses yeux de légiférer sur l'avortement, l'euthanasie, l'éthique, la morale, et tout ce que ces termes à la fois très vagues et très vastes peuvent couvrir. Et inversement, seule la "loi de Dieu" peut trancher en la matière.

Nouvelle irruption du religieux au coeur de la société, nouvelle confusion des genres et nouvelle dérive inquiétante d'un intégriste qui ne se cache plus derrière son petit doigt ni même son gros index.


* cf "Blogule rouge a Benoit XVI - I smelled a Ratz" suite à l'"incident" de Ratisbonne (20060915), et épisodes précédents concernant Benito le 16ème du nom.

20070627

En finir avec le fondamentalisme

Jamais depuis le Moyen-Age les fondamentalismes ne se sont aussi bien portés à travers le monde. En s’adaptant parfaitement à une société mondialisée et en réseau(x), des mouvements jusqu’alors marginaux sont parvenus à s’imposer comme quasi-dominants dans les media, régentant l’actualité à défaut de pouvoir contrôler le pouvoir réel. Un noyau d’initiés suffit désormais à animer des multitudes soigneusement maintenues dans l’ignorance grâce à une propagande efficace déclinant une idéologie simpliste autour d’une caricature de religion. L’argumentaire passe d’autant plus facilement que cette multitude subit au quotidien des injustices flagrantes, la moindre illusion d’espoir rendant plus supportable la misère absolue.

Ces phénomènes ne datent pas d’hier, mais la frustration a été récemment exacerbée par de trop nombreux espoirs déçus. Par incurie parfois, mais souvent aussi par le torpillage systématique des rares initiatives de résolution, ou encore l’élimination méthodique des rares personnes susceptibles de concrétiser un mince espoir de réconciliation. Ce n’est pas un hasard si Yitzak Rabin en Israël et Ahmed Chah Massoud en Afghanistan ont été assassiné par des courants supposés partager la même religion : le principal ennemi d’un fondamentaliste c’est le modéré dans ses rangs, certainement pas le fondamentaliste d’en face. Car le fondamentaliste d’en face, c’est le miroir qui renvoie de lui aux yeux du monde une image encore plus grande et plus belle. A eux deux, les fondamentalistes se faisant face captent toute la lumière, masquent leur desseins obscurantistes, et focalisent leurs rayons pour réduire en poussière tout ce qui ose bouger dans leur terrain de jeu commun...

Le coup d’envoi de la ligue mondiale nouvelle formule a été donné par Osama Ben Laden le 9 septembre 2001. Il n’en était certes pas à son coup d’essai mais cette fois-ci, il savait à quel genre de "wi(l)d receiver" il avait affaire : un "born again Christian" proche des cercles les plus fanatiques, comme ces fous furieux qui soutiennent les fondamentalistes Israëliens dans l’espoir de déclencher la guerre finale supposée provoquer le retour du Christ... un homme qui se présente comme le simple exécutant de la volonté divine, inscrivant dès le départ son mandat sous le signe de la théocratie.

L’accusé de réception n’a pas traîné : dès son premier discours suivant l’attentat, George W. Bush a lâché le signal que tous les Islamistes attendaient, et que les fondamentalistes Chrétiens appelaient de tous leurs voeux ; le mot "croisade".

On peut critiquer Bush sur de nombreux points, mais pas sur sa stratégie à l’international. Le bourbier et la partition de l’Irak, l’avènement d’un illuminé en Iran, le sinistre remake de la partition Pakistan-Bangladesh en Palestine ou le renforcement des extrémistes en Israël ne constituent pas des échecs mais des succès éclatants. Car George W. Bush n’a pas agi en Président des Etats-Unis dans l’intérêt de son pays, ni même en Républicain dans l’intérêt de son parti, mais avant tout en fondamentaliste dans l’intérêt du fondamentalisme. Et donc des fondamentalismes.

Ce Commandeur des Crédules a ainsi permis à des courants pour le moins alternatifs d’étendre durablement leurs congrégations sur l’ensemble du territoire américain et en particulier en son coeur, dans les régions en forte croissance démographique. Bush a également prêché par l’exemple en s’attaquant aux piliers de la démocratie au plus haut niveau de l’Etat : la justice, la science ou l’éducation ne doivent pas faire obstacle à l’avènement d’une authentique théocratie. Au niveau international, il aura systématiquement cherché à s’affranchir de toute contrainte ou interdépendance, à rendre caduques les accords de toute nature (de Kyoto à Genève), à vider de leur sens les véhicules de la communauté internationale (l’ONU, bien sûr, mais même l’OMC en lui substituant une raffale sans précédent d’accords bilatéraux de - plus ou moins - libre échange)...

Le maintien d’un état permanent de guerre et de terreur est essentiel pour le fonctionnement de la propagande et l’affirmation d’un pouvoir faisant parfaitement écho au Grand Satan d’en face, qualifié par un habile effet de miroir d’Islamo-fascisme. Les amis de Bush doivent toutefois lui conseiller régulièrement de ne pas trop en faire dans le maniement de l’épée : d’accord pour supprimer des ennemis communs, du menu fretin et des petites frappes élevées au rang de martyr par la propagande, mais attention à ne pas décapiter tout le monde... C’est d’abord Ben Laden qui lui rappelle que son ennemi n’est pas le peuple américain mais les musulmans corrompus par les infidèles, puis Mahmoud Ahmadinejad qui lui écrit pourquoi tant de haîne ? nous avons tant de choses en commun dans notre approche de la foi...

Certes, les Américains ont sanctionné le sanctifié de la Maison Blanche, mais essentiellement sur son bilan militaire, et la victoire Démocrate de 2006 demande confirmation. En attendant, les fondamentalistes US sont enfin montrés du doigt, et deviendraient presque moins fréquentables : aucun candidat cherchant leur soutien ne prendra le risque d’un "coming out" trop marqué... La déroute irakienne a par ailleurs provoqué le divorce neocons - theocons : ce sont les "religieux" de la Maison Blanche qui avaient vendu la guerre aux néocons, qui l’avaient à leur tour vendue aux grands lobbies économiques... ces derniers s’étaient alors logiquement retournés contre leurs vendeurs en constatant les vices cachés.

Le poids des fondamentalistes demeure cependant... fondamental. Et Démocrate ou Républicain, aucun candidat à la présidence en 2008 ne voudra se les mettre à dos.

Une chose est sûre : Bush ne sera pas réélu, et le mouvement a besoin de nouveaux leaders pour poursuivre la croisade.

Si Benoît XVI peut difficilement incarner l’avenir, il a déjà prouvé sa capacité à relayer le témoin sur quelques précieux mètres. Et en dépit des apparences, ce théologien possède lui aussi un sens aigü de la communication. De sa "malheureuse gaffe" de Ratisbonne, le commun des mortels n’aura retenu que la citation d’un texte critique envers Mahomet (Controverse de Manuel II Paléologue relative à la violence dans l’Islam), mais il ne s’agissait là que de la caisse de résonnance généreusement offerte aux prêcheurs radicaux derrière le "miroir d’en face". Le coeur de son message résidait dans la primauté de la religion sur la raison. La profession de foi d’un fondamentaliste à l’attention de fondamentalistes, discrètement formulée par un érudit à l’attention d’érudits... et au passage, une authentique bénédiction urbi et orbi accordée à ces révisionnistes de la science qui prônent l’imposture du Créationnisme et de l’Intelligent Design.

Tout ceci quelques jours après avoir réhabilité les traditionnalistes jusqu’ici considérés comme déviants et archaïques. Et quelques jours avant de rendre visite à la Turquie, cette clef de voûte de la laïcité au carrefour de l’Orient et de l’Occident, cette pierre que tant de fous souhaitent faire tomber, cette pierre sur laquelle tant de fous veulent construire leur caricature d’église...

Le fondamentalisme se nourrit du fondamentalisme et pour imposer des idées radicales, il n’est de meilleur allié qu’une idéologie radicale rivale. Les modérés sont trop longtemps restés silencieux et il est temps de faire tomber les miroirs et les masques, d’exposer les manoeuvres destinées à miner la société dans son ensemble et dans toutes ses composantes, d’exiger des représentants du peuple un engagement formel sur leur respect des principes de la démocratie. Il ne s’agit surtout pas de s’engager dans une contre-croisade, une chasse aux sorcières, ou d’interdire la religion pour satisfaire les ayatollahs de l’ultra-laïcité mais au contraire d’ouvrir les bras aux autres, de faire triompher le respect, la tolérance et surtout la transparence.

Dans ce contexte, le retrait d'un texte condamnant le Créationnisme de l'ordre du jour de l'Assemblée du Conseil de l'Europe sonne comme un bien inquiétant signal.

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addendum : ce texte a évolué dans sa version anglaise vers une "Universal Declaration of Independence From Fundamentalism".

20070315

Kurdistan, l'autre Irak - blogule rouge aux theocons US

"Kurdistan - The Other Iraq". Ce slogan relevé par le PRWatch sonne certainement mieux que "The Other Other Vietnam", mais je me demande si cela ne présage pas d'une désastreuse répétition des erreurs commises sur l'ensemble du pays. Erreurs qui, pour rappel, n'en étaient pas mais constituaient des choix délibérés.

A travers la Kurdistan Development Corporation, le gouvernement régional du Kurdistan irakien vient d'ouvrir un bureau de représentation à Washington avec à sa tête Qubad al-Talabani, le fils du président Jalal Talabani. Si officiellement, il s'agit de promouvoir les investissements et le tourisme dans la région, l'autonomie voire l'indépendance du Kurdistan figurent nécessairement au programme.
J'éprouve beaucoup de sympathie pour les Kurdes et je leur souhaite l'avenir paisible auquel ils aspirent depuis si longtemps, mais j'émets quelques doutes sur le type de soutien recherché à DC.

On se souvient de l'intense lobbying pro-Irakien mené entre les deux guerres, et surtout du choix délibéré par les theocons US des factions les mieux armées pour causer le maximum de dégats. La partition de l'Irak et le renforcement des fondamentalistes dans la région (et en particulier en Iran et en Israel) était non seulement prévus mais souhaités.

Si j'étais un fondamentaliste US, je ne laisserais certainement pas émerger un Kurdistan démocratique et pacifique au beau milieu de mon terrain de jeu. Au contraire, j'en profiterais pour créer un nouveau pôle d'instabilité dans la région irakienne la plus épargnée par le chaos ambiant. Surtout, j'en profiterai pour exacerber les nationalistes et les fondamentalistes turcs puisque, et nous le constatons chaque jour, la radicalisation de la Turquie constitue le meilleur vecteur de la renaissance du fondamentalisme chrétien en Europe.

Comme pour l'invasion de l'Irak, l'enjeu dépasse largement les champs pétrolifères de Kirkuk : l'objectif est ni plus ni moins de se débarasser de la laïcité en Turquie.

20070227

Ijtihad - Blogule blanc a Mohammed Talbi

Le Tunisien Mohammed Talbi a fait bon usage de la tribune offerte par Le Monde des Religions sur un thème qui me tient à coeur : le réformisme dans l'Islam. Je me réjouis de ces moments si rares où un modéré s'exprime avec clarté et fermeté en plus de la douceur et de l'honnêteté ; avec une force de conviction plus que de persuasion. Face à l'Islamisme qui impose en abusant de l'ignorance des plus faibles, voici l'Islam authentique, qui propose en sollicitant l'intelligence et le bon sens de tous et de chacun. "L'Ijtihad (interprétation) par la confrontation intellectuelle : voilà la voie".

Ce n'est pas à mes lecteurs que je vais l'apprendre, les autres religions monothéistes sont également gangrénées par des Ijtihadistes déviants. Certains se retrouvent au carrefour du "Christian Zionism", comme ces fous furieux prônant l'invasion de l'Iran pour provoquer le retour du Christ**. Mais saviez vous que l'un de leurs théoriciens les plus éminents, à la source du rapprochement entre les fondamentalistes chrétiens US et les fondamentalistes d'Eretz Israel vers le milieu du XIXe siècle, s'appelait George Bush ?

Ce professeur d'Hébreu a publié "The Valley of Vision; or, The Dry Bones of Israel Revived" en 1844 et son frère, Timothy Bush, s'avère un ancêtre direct de deux George Bush plus célèbres, 41 et 43. Comme le monde est petit...

Cette oeuvre de George Bush the Elder avait déjà été mentionnée fin 2004 lors d'une exposition à la NYPL ("Jewes in America: Conquistadors, Knickerbockers, Pilgrims, and the Hope of Israel" - The New York Public Library). Je n'en ai pris connaissance qu'il y a quelques jours en lisant un très stimulant article*** faisant écho à la sortie d'un bouquin de Michael B. Oren sur les relations entre l'Amérique et le Moyen Orient : "
Power, Faith, And Fantasy: America in the Middle East, 1776 to the Present".

Au delà des anecdotes (ex la Statue de la Liberté devait initialement orner le Canal de Suez et représenter une femme voilée), quelques éclairages précieux sur un tumultueux passé et autant de confirmations pour notre turbulent présent.




*
Le Monde des Religions Hors Série n°4 : "20 clés pour comprendre l'Islam". Dans la série vulgarisation, on fait pire.
** cf mon blogule en VO "
Jesus vs Mahdi" Prophecy - Red blogule to Bush-Cheney's war on Iran" (20070122)
** "
Intimate Strangers" by By Christopher Dickey (Newsweek 20070219).

20060915

Blogule rouge a Benoit XVI - I smelled a Ratz

J'avais hélas raison de me méfier de la nomination du Cardinal Ratzinger à la tête du Vatican* : sa citation hier à Ratisbonne de la Controverse de Manuel II Paléologue (relative à la violence dans l'Islam) n'a absolument rien de fortuit et s'inscrit d'ailleurs dans le cadre du discours raisonné d'un théologien auprès d'érudits. Faire écho à une vision médiévale et réductrice de l'Islam à ce moment de l'Histoire, quelques jours à peine après avoir réhabilité des traditionalistes et à quelques semaines d'un déplacement en Turquie relève de la pure provocation. Inutile de préciser qu'à l'heure de lancer ses attaques sur la France le GSPC boit du petit lait.
Pour ceux qui en doutaient, l'Eglise a malheureusement fait le choix de la surenchère au moment où il était crucial (sans jeu de mot) de se démarquer du fondamentalisme. Au lieu de tendre la main aux modérés de toutes confessions, Benito XVI tend le bras vers les radicaux et attire délibérément sur l'Eglise les foudres des Islamistes.

Car comme pour Bush avec l'Irak, il ne s'agit pas une erreur stratégique mais bien d'un choix délibéré et totalement justifié de la part de fondamentalistes agissant contre les intérêts mêmes des peuples dont ils ont la responsabilité.

Non seulement je regrette d'avoir été baptisé, mais j'invite les catholiques du monde entier à exprimer leur indignation et à prendre leurs distances avec un Pape aussi dangereux pour la paix des peuples.



* "
Red blogule to the Red Army - I smell a Ratz" (20050420)

20060816

Blogule rouge a la prochaine fois

"La prochaine fois - parce qu'il y aura une prochaine fois -, on fera mieux". Dans ce surréalite aveu d'échec devant la Knesset, Ehoud Olmert signe déjà sa lettre de démission. Il sera remplacé par un faucon encore pire que Nettanyahu mais c'était l'objectif visé. Le Hezbollah, organisation terroriste sponsorisée par des états, sera quant à elle remplacée par des clônes d'al Qaida, groupuscules informels incontrôlables et plus dangereux encore pour l'équilibre de la région, mais c'était là aussi l'objectif visé : pour survivre durablement, l'extrème droite israelienne a besoin d'ennemis terrifiants à ses portes.
Le bilan du liban était écrit d'avance : Israël passe pour la puissance de destruction et renforce le Hezbollah comme force de reconstruction. Désormais, même les Chrétiens le soutiennent dans le pays. Si au lendemain du meurtre d'Hariri les modérés étaient majoritaires dans le pays, nul doute qu'ils seront marginalisés à la prochaine consultation. Sans attendre que le gouvernement libanais se remette au travail, Nassan Nasrallah offre déjà $20.000 à quiconque souhaite reconstruire sa maison. Ce n'est certainement pas le genre de preuve de faiblesse qu'attendait l'opinion publique israëlienne... et d'ailleurs celle-ci commence enfin à réaliser l'ampleur de la contre-productivité de l'offensive menée par son gouvernement. Les pires ennemis d'Israël ? Ils se partagent le pouvoir depuis l'assassinat de Rabin et n'ont aucune intention de le lâcher.
De l'autre côté de l'Atlantique, le discours messianique de Saint George célébrant le cessez le feu résonne comme une nouvelle invitation "Bring'em on" lancée aux terroristes de tous horizons : venez passer vos vacances au Liban les gars, c'est là qu'il faut être, là qu'il faut se montrer. Sans rire, Dubya élève la déroute de Beyrouth au même plan que la débandade de Baghdad, au plus haut niveau des succès de sa diplomatie au Moyen-Orient. Voici un deuxième pôle de démocratie et de liberté où chaque individu sera enfin libre de choisir sa confession : le respect du fanatisme ou la tombe.

Dans ces conditions, on comprend mieux que dans un pays comme l'Egypte, même l'opposition modérée en vienne à souhaiter qu'Hosni Moubarak reste en bonne santé...

20060226

Blogule rouge a Silvio Berlusconi - Karl Rove - de boue l'Italie !

Karl Rove spécialiste de la réelection de monarques menacés empêtrés dans des coulées de boue ? "Turd Blossom" vient dispenser ses précieux conseils à "Sua Emittenza", un élève qui maîtrise pourtant déjà parfaitement les Armes de Désinformation Massive, et façon écran total.
Berlusconi expose à longueur de journée sa mine bronzée, botoxée, brillantinée, Berlusconi se compare à Napoléon, à Jésus Christ, et même, orgueil ultime, à l'immense Silvio Berlusconi, Berlusconi parle foot, parle cul, appelle Mussolini à son secours... Et quand on pense atteindre le fond de la politique, le tandem continue à creuser avec des ongles pourtant élimés par des années de combats contre la démocratie, la justice et la liberté des médias.
Avec son passif, il est impossible que Silvio Berlusconi soit réélu. Tout comme George W. Bush en 2004. En 2005, l'Amérique à placé à la tête de sa justice un apôtre de la torture. Quel maroquin pour Paolo di Canio* en 2007 ?



* voir également "When Harry met Nazis" (20050116)

20051108

Blogule blanc a France3 - bienvenue à Taliban City, CO

J'avais modérément apprécié la diffusion par Arte en prime time d'un documentaire proto-créationniste le mois dernier (où une pseudo-scientifique française tentait habilement de remettre la théorie de l'évolution dans le giron de l'Intelligent Design - en gros : l'évolution est programmée et se déroule d'ailleurs à l'échelle d'une vie).
J'ai nettement préféré le documentaire de Diego Bunuel d'hier soir sur France 3 sur les évangélistes US ("Dieu superstar : le nouveau rêve américain"). Devant un sujet aussi vaste, il y avait beaucoup d'angles possibles et Bunuel a préféré à l'approche "top down" (la litanie des innombrables dérives de l'Administration Bush : révisionnisme dans l'éducation, les sciences, la justice, prière à tous les étages et substitution de la corruption classique par un népoto-copinage intra-communautaire...) une approche "bottom up" assez efficace : le même idéal fondamentaliste d'un pays régi par la religion vu au niveau du terrain par les millions de bras à son service (pour les cerveaux, on repassera).

A voir les gosses endoctrinés dès leur plus jeune âge et la capacité de pondeuse des égéries de la bannière étoilée à tête d'aigle (il faut bien rattrapper les années d'abstinence), on frémit devant ce rouleau compresseur démographique lancé dans une logique en tout point comparable à celle de leurs cousins de Wahab ou d'Eretz Israël. 10% de la population aujourd'hui, combien dans vingt ans ?

20050825

Blogule rouge a Ayatollah Pat Robertson

Que quelqu'un m'explique la difference entre les fondamentalistes chrétiens US et les fondamentalistes islamistes, maintenant que tous lancent leurs fatwahs.
D'après l'Ayatollah Pat Robertson, tuer Chavez "coûterait moins cher que de partir en guerre". Et le fanatique de préciser : "et je ne pense pas que les livraisons de pétrole soient stoppées".
Dubya, Grand Commandeur des Crédules, devrait prochainement lancer des fatwahs contre des canards comme The Lancet ou Nature, coupables de diffuser des théories blasphématoires sur l'origine du monde.
Pendant ce temps-là, Salman Rushdie en appelle à une réforme de l'Islam. On a envie de lui rappeler qu'elle a déjà eu lieu au 10e siècle mais que des siècles d'obscurantisme en ont eu raison.
Un peu comme ce qui est en train de se produire aux Etats-Unis.

20050619

Blogule rouge au ministre des faux cultes

Non content d'avoir caressé dans le sens du poil les fondamentalistes chrétiens US et ouvert les tribunes aux islamistes radicaux français, un ancien-et-nouveau-mais-toujours-aussi-ambitieux Ministre de l'Interieur bien connu (Sarkozy pour ne pas le nommer) se permet d'accorder d'étranges faveurs à une secte bien connue des hauteurs de Hollywood, CA (Scientologie pour ne pas la nommer) : surveillance relachée sur les pratiques douteuses et tapis rouge déroulé sur un acteur bien connu au nom et au profil de missile (Cruise pour ne pas le nommer).
L'ancienne épouse de cet acteur, un top model bien connu reconverti sans grand succès ni grand talent en actrice (Kidman pour ne pas la nommer), l'avait menacé au beau milieu de leur divorce de faire un film sur le danger des sectes avant de se rétracter. Grand bien lui en prit puisque du coup elle enchaîna les premiers rôles prestigieux, récoltant même la bien connue statuette dorée de la meilleure prothèse nasale (Academy Award pour ne pas la nommer - son ex joue tout aussi mal mais comme lui n'a pas besoin de prothèse nasale il peut toujours courir pour l'Oscar).
Moralité : il n'y en a pas en politique ni dans le cinéma, et c'est bien connu.

20050405

Blogule rouge à Saint George

Les petits hommes aiment souvent rencontrer les grands hommes - sait-on jamais, avec leur rayonnement, il est toujours possible d'attraper un coup de soleil et une meilleure mine -, mais George II n'aimait pas trop rencontrer Jean Paul II de son vivant : un homme aussi têtu que lui mais un authentique homme de foi et de compassion, très critique envers son action en Irak... voilà qui lui renvoyait en pleine figure ses contradictions.
Alors Bush viendra se recueillir sur sa dépouille sans risquer grand chose : une couche de plomb filtre les rayonnements les plus nocifs entre les deux cercueils de bois. Saint George déploiera son immaculée auréole en faisant l'éloge d'un défenseur de la liberté (lui qui a aboli les droits de l'homme dans sa folie totalitaire), qui aura oeuvré pour le rapprochement des peuples (lui qui a attisé les haînes et les rancoeurs au service des fondamentalistes de tous bords), et d'un homme de compassion défendant la vie jusqu'au bout de l'espérance (lui qui a exécuté en masse les détenus dans les couloirs de la mort au Texas, en refusant systématiquement tout recours et toute grâce)... enfin, tous deux auront partagé quelques privilèges : se déclarer élus par Dieu et célébrer tout cela en brûlant quelques bulletins de vote.
Amérique, fille aînée de l'Eglise Télévangélique, qu'as-tu fait de ton prime time ? Mais je défends la liberté, très Saint Père, je défends la liberté, et par tous les moyens : agent orange hier, torture aujourd'hui... et si nécessaire, habemus napalm.

20050117

(discussion suite au blogule "when Harry met nazis")

(en reponse a la critique les US n'ont rien a voir la dedans)
C'est parce que je respecte profondement les Etats-Unis que je m'inquiete lorsqu'ils tournent le dos a leurs valeurs. J'adore ce pays mais je n'aime pas du tout ce que j'y ai vu recemment.
Pour revenir a l'impact des elections : le 2 novembre 2004 a clairement ete interprete par les fondamentalistes US comme leur victoire. Ils la revendiquent et poussent leur agenda avec une force qui embarrasse meme ceux qui ont ouvert la boite de Pandore, Karl Rove en tete. Si le debat a deja ete nauseabond l'annee derniere, il promet d'etre violent cette annee. Des ligues se mettent en place dans la perspective des prochaines elections de 2006 afin de faciliter le succes de la ligne dure, des "labels" seront accordes aux candidats en fonction de leur programme et de leur bilan pour concentrer le financement des fondamentalistes, desormais courtises par trop de monde... que ce soit aux US, en Europe ou dans le reste du globe, puisqu'ils adoptent desormais la strategie expansionniste des Wahabbites. Eux aussi vont recruter chez les plus demunis tout en soutenant des personnalites avides de pouvoir.
Cet extremisme n'est evidemment pas nouveaux aux US, mais jamais il n'a atteint un tel niveau ni une telle influence au quotidien. Ce fougueux torrent s'est decomplexe au point de vouloir quitter l'"underground" pour s'imposer comme "mainstream".
Au-dela des fondamentalistes chretiens et des ultra-conservateurs US, la reelection de Bush conforte d'ailleurs les radicaux islamistes, tout heureux de voir leur meilleur "ennemi" en place. Jamais ils n'ont pu mobiliser avec tant de facilite - partout les moderes sont maintenus sous l'eteignoir et les discours radicaux tiennent le haut du pave. Sans aller jusqu'a Aceh, regardez combien la croisade de Bush a facilite le travail des immams fondamentalistes en France. Stephane MOT

20050116

When Harry met nazis

La premiere fois que j'ai vu la photo du Prince la swastika au bras j'ai cru a un nouveau photomontage des tabloids petits-bretons. Puis le salut fasciste de Di Canio aux supporters laziales. Puis la nouvelle provocation de Jean-Marie Le Pen. Des personnages deja controverses derapent a l'unisson a travers l'Europe. Le hasard n'y est pour rien. Et partout dans le monde, l'extremisme s'enhardit. Les fondamentalistes chretiens et islamistes se battent pour recruter les survivants d'Aceh. Mauvais depart pour 2005. Sans surprise : 2004 s'etait termine sur un mauvais message venu des US.
Stephane MOT

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