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20120118

Ruppert Murdoch: un seul être vous manque...

Sarah Palin vient d'apporter son soutien à Newt Gingrich.

Et la seule personne sensée dans cette course à l'investiture Républicaine US a retiré sa candidature (pas Stephen Colbert, l'autre: Jon Huntsman*).

Ce qui nous laisse avec 6 gusses: Romney, Gingrich, Paul, Santorum, Perry, et la future Guest Star.

Qui sait dans quel asile de fous le nominé va pêcher son Vice Président? Et pourquoi pas un troisième larron, un Ross Perot / Ralph Nader? Un membre du INEPT (INdependent Evangelical Tea Party), ou du LGBT Party cher à Sarah Palin**?

Vous savez ce qui manque aux candidats du GOP cette année?

Je devrais reformuler: vous savez QUI manque aux candidats du GOP cette année?

Rupert Murdoch.

Le Grand Faiseur de Rois est hors course. Il pose en moine rasé méditant sur quelque montagne reculée, à twitter des perles de sagesse à la chaîne, mais détaché des choses de ce monde. Tout juste, peut-être, une petite écoute de temps à autre - on ne se refait pas.

Mais chez Fox News, toute l'équipe semble courir en tous sens comme une bande de poules décapitées. Même les Théocons semblent avoir besoin d'une Qibla.

Question idéologie, les survivants de l'asile de fous ne parviennent à s'accorder que sur leurs plus petits diviseurs communs:

1) Ils veulent déloger Obama, au motif que...
... ce type est une tapette (il a gagné un Prix Nobel, il n'a utilisé que deux hélicos pour zigouiller Osama, et il n'a même pas envahi la Libye pour se débarrasser de Khadafi)
... il pousse des cris d'orfraie dès qu'une compagnie pétrolière déverse un verre de pétrole ou deux dans le Golfe du Mexique
... c'est une personnalité qui divise: notre cher Parti Républicain n'a jamais aussi déchiré
... il n'est pas né aux Etats Unis d'Amerika, et au nom du Grand Sorcier, ça s'appelle la Maison BLANCHE pour une bonne raison, non?

2) Ils veulent Restaurer l'Honneur de l'Amerika. En d'autres termes...
... restaurer les grandes valeurs Amerikaines (enseigner le créationisme à l'école, le waterboarding à West Point),
... restaurer la "saine économie" de 2008,
... restaurer l'orthodoxie budgétaire consistant à supprimer tous les impôts et à lancer une guerre illégale
... investir moins dans les écoles (pour empêcher les Steve Jobs de demain d'émerger), et supprimer toutes les règlementations (pour offrir plus d'opportunités aux Kenneth Lay, Bernie Ebbers, et Bernie Maddoff de demain)

Six bouffons en quête d'auteur...

blogules 2012 (initialement publié sur blogules en V.O. ('Six Buffoons in Search of a Kingmaker')
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* qui, finalement, n'a pas obtenu son ticket jusqu'en Floride (voir "Grand Old Parting: fix your party before causing more damage to your country")
** voir "Mid-Term Elections : Sarah Palin to run in West Dakota"

20100713

RightNetwork

Une filiale de Comcast va prochainement lancer sur les réseaux câblés RightNetwork, une chaîne TV déjà partiellement en place sur le web, et qui comme son nom l'indique penche plutôt à droite et n'envisage pas un instant de douter d'elle-même.

La bande-annonce ci-dessous donne un aperçu du positionnement : conservateur de chez conservateur, revendiquant clairement l'héritage Washington, Lincoln, Reagan, et une ligne éditoriale "pro-America, pro-business and pro-military", également formulée "All that's right with the World" (! ... RightNetwork a au moins la décence de ne pas se présenter comme pro-oil en pleine crise au Golfe du Mexique) :



Vous l'avez reconnue, c'est l'Amérique qui se lève tôt et travaille plus pour gagner plus, les bonnes industries qui font les bons emplois, la bonne agriculture qui nourrit de bons gros bébés, la bonne TV qui éduque les bonnes masses : des sport de real men, de l'humour "Right2Laugh", et un cocktail "Politics&Poker" auquel ne manquent que le whisky et les petites pépées. Comme souvent avec les trailers politicards US, on se voit infliger une musique et des sourires aussi naturels qu'une parodie Naked Gun, et ça marche. L'oeil exercé notera la quasi absence de mystique religieuse, une rupture assumée avec la mouvance Bush Fils - Palin.

Derrière ce nouveau venu du paysage audio-visuel américain : l'acteur Kelsey Grammer, alias "Frasier" ou plus récemment le Stinky Pete de Toy Story 2... et ces derniers temps "La Cage aux Folles", dans le rôle "viril" de Georges - pas très Bible Belt non plus.

Ce Républicain bon ton se verrait bien faire carrière dans la politique : à 55 ans, il est plus jeune que Schwarzie et a l'avantage d'être né aux States. Enfin dans les Iles Vierges US, qui ont techniquement été rattachées aux Etats-Unis en 1917, pour les ceusses qui voudraient refaire le coup du passeport haïtien d'Obama. Question notoriété et légitimité politique, il part avec un handicap par rapport à Lou Dobbs, candidat possible pour 2012, mais Grammer tentera probablement d'abord un job de Gouverneur plus à sa portée. Difficile de faire aussi bien qu'Al Franken, l'ancien de SNL élu Sénateur du Minnesota pour les Démocrates.

Tout cela confirme quelque part le néant idéologique dans lequel navigue le Parti Républicain, et le fait que la politique relève plus de l'entertainment de ce côté-là de l'Atlantique.

Quoique.

Notre comique sur talonnettes et son compère italien ne se défendent pas mal non plus.

blogules 2010

20100523

10bis Downing Street vs The Rand Paul Corporation

La lune de miel entre John Steed / David Cameron et Emma Peel / Nick Clegg ne devrait pas durer bien longtemps. S'ils ne s'étripent pas sur les réformes électorales, les co-locataires du 10 et du 10bis Downing Street ont suffisamment de points de discorde pour en venir aux mains.

Le budget et les impôts, tiens : de quoi renforcer la côte de popularité de Gordon Brown, désormais voué au rôle de sage de Saint Chamond Ecossais. Les électeurs ont la mémoire courte : ils retiendront le Brown de 2008, pas celui qui torpillait l'économie de la nation aux côtés de Tony Blair...

Aux States, Ron Paul vient de placer son fiston Rand en contrepoids à Sarah Palin pour récupérer le Tea Party. Et si Junior a la capacité d'animateur de réseaux sociaux de papa, Palin a du souci à se faire pour 2012. Les électeurs de la droite alternative US auront le choix entre deux dystopies : l'anarchie "libertaire" des Paul et la dictature théocratique des Bush-Cheney.

Cette dernière vient de marquer des points au Texas : le State Education Board vient de passer des réformes pour apprendre aux jeunes élèves que la séparation de l'église et de l'Etat ne figure pas dans la Constitution, ouvrant la porte au fondamentalisme et à son avatar l'Intelligent Design. Espérons que la Cour Suprême mettra un terme à cette nouvelle attaque contre la démocratie.


Mais revenons à nos Shetlands. Tout le mal que je souhaite aux Travaillistes britanniques est de profiter de ce moment de repit pour revoir leurs fondamentaux. Ils ont fait un premier pas au milieu des années 90 en introduisant un peu de réalisme dans leur programme économique, mais à l'instar des Travaillistes israéliens**, c'est plus sur le plan moral que le gros du travail reste à faire.

blogules 2010

* voir "
The Avengers (2010)"
** voir "
Il est encore temps de sauver Israël"

20100428

Arizona Dream

De retour de l'inauguration de sa Grande Muraille d'Arizona, le Président McCain a inspecté la marée noire en Louisiane depuis l'hélicoptère de Marine One : "Quel gâchis ! Tous ces hectolitres se perdant bêtement le long de nos côtes au lieu de contribuer activement aux fondamentamentaux sains de notre économie..."

Pendant ce temps-là...

- La Vice-Présidente Palin visitait une école créationniste : "un de ces gosses avait écrit un truc pas croyable : 'il y a quatre mille ans, quand les dinosaures foulaient le sol de la terre, les hommes utilisaient leurs os pour jouer au baseball'. Bien sûr, j'ai corrigé tout de suite au tableau en rajoutant le e à 'dinoes'."

- Le Secrétaire du Trésor Lloyd Blankfein participait à une réunion préparatoire au sommet du G20 : "un petit Frenchie a sorti une idée géniale pour Jean-Claude Trichet : enrouler la Grèce dans du papier toilette et le vendre à Abu Dhabi avec le Pont de Brooklyn en cadeau. J'ai suggéré d'ajouter les New York Mets mais Fabulous Fab Tourre m'a sagement fait comprendre que ça pouvait paraître suspect."

- George W. Bush inaugurait sa Librairie Présidentielle : "tous les 10.000 bouquins que j'ai lus sont ici. Je n'utilise jamais deux fois le même exemplaire de la Bible, et quant à l'autre livre, 'My pet goat', j'ai cette année l'ambition d'attaquer la page 5."

- Le Sénateur Obama assistait à une Milk Party : le mouvement de Michelle Obama revendique 10.000 nouveaux membres chaque jour, et tous les sondages la donnent favorite pour 2012.

blogules 2010 - voir l'original en V.O.

20081228

Bonne Année 2010

Mes voeux de l’an dernier (voir "Bonne Année 2009" - 20080102) n’ont visiblement pas porté leurs fruits : 2009 a été encore pire que 2008.

Comme on pouvait s’y attendre, les faucons de Tel Aviv ont mis à profit les dernières journées de l’ère Bush-Cheney pour achever leur offensive sur Gaza. Le 20 Janvier, au moment où Obama prêtait serment sur la Bible de Lincoln, l’affaire était déjà entendue : la 3e initifada tant espérée par l’extrême droite israélienne donnera le 10 février la majorité absolue à leur nouveau mouvement, désormais libre de dérouler son programme de "Redressement" du pays :
- dissolution du Likud, jugé trop à gauche
- poursuite de la construction du mur en incluant les Plateaux du Golan
- bouclage total du ghetto de Gaza et interdiction absolue de toute livraison depuis l'extérieur

- tout Israëlien d’origine Palestinienne perd sa nationalité et ses droits à la propriété ou aux Conventions de Geneve
- nomination d’Alberto Gonzales a la justice (c’est un "goy" mais entre fondamentalistes on se comprend)
- fête nationale le 4 novembre en hommage à l’assassinat de Yitzhak Rabin par Yigal Amir, le leader du Parti National-Nationaliste

Entretemps, et pour fêter les 200 ans de Charles Darwin le 12 Février, Sarah Palin avait trouvé le moyen de mettre le feu simultanément à la Librairie du Congrès et au Museum d’Histoire Naturelle : « il faut brûler tous ces hérétiques, et tous les scientifiques, à commencer par ce type aux faux airs de Père Noël : pour lui, on descend tous du singe, mais jusqu’à preuve du contraire, les animaux c’est moi qui les descend, et avec du gros calibre – you betcha ! »

En Mars, ça n’avait guère volé plus haut, souvenez-vous : Jean-Claude Trichet incarcéré pour détournement de fonds... Depuis près de dix ans, cet escroc nous avait fait croire que l’Euro valait 6,55957 FF au lieu de 6,55956 et encaissé la différence. Lamentable...

Avril ? Parlons-en, d’avril. Personne n’a oublié les 60 ans de l'OTAN le 4, avec l’annonce par Sarkozy de l’envoi de troupes supplémentaires en Brunie le lendemain de son divorce avec Géorgi. Ni Gordon Brown choisissant le 18, 60e anniversaire de la République d'Irlande, pour se faire couronner Roi d’Ecosse.

Avril toujours : le 21, 20 ans pile poil après Tiananmen, le Politburo propose un nouveau contrat social au Peuple Chinois : encore moins de liberté et encore moins de croissance. Hu Jintao est renversé dans l’heure par Wen Jiabao, dont la Révolution Cultuelle fera probablement un Dalaï Lama d’ici trois ans. Des mois comme ça on en redemande.

En mai, je suis allé voir Ségolène en concert et ça m’a fait quelques vacances. J’ai bien aimé son speech rédigé par son hamster, désormais son collaborateur le plus fidèle depuis que Julien Dray a rejoint les FARC cigare au bec et déguisé en Che.

En juin, les Elections Européennes se sont avéré plutôt déconcertantes : 75% d’abstention et 95% de NON alors qu’il s’agissait d’élire des députés, pas d’un référendum.

De toute façon, on aurait eu droit à un remaniement ministériel en juillet. Dati à la Santé, c’était une évidence, ne serait-ce que pour se faire rembourser ses frais dentaires. Mais Bigard à l’Economie, difficile de tomber plus bas... remarquez, cet abruti a bien rempli le Stade de France, pourquoi pas lui pour renflouer Bercy.

Vladimir Poutine nous a refait un joli blitz au mois d’août : le 4 il envahit le Vatican, le 5 il s’autoproclame Pape, et le 6 il canonise Staline. Il va devoir se creuser la cervelle pour faire pire l’an prochain.

Septembre, maintenant. Bon, je vous épargnerai le topo sur le 24 et ce nième Jeudi Noir. A ce jour, la cotation du CAC40 est toujours suspendue faute de combattants et la question est de savoir si l’indice doit être rebaptisé CAC30 ou CAC20, histoire pour une fois d’avoir un temps d’avance sur les marchés.

C’est peut-être en Octobre qu’on a touché le fond en France. A Guingamp, en faisant match nul contre les Iles Feroe. Ou peut-être la semaine d’après en reconduisant le bail de Domenech jusqu’en 2014.

Pour Novembre, comment ne pas retenir ces images de George W. Bush s’effondrant, inanimé, à la fin d’une gigamesse en son honneur à Colorado Springs ? L’autopsie démontrera qu’il s’est étouffé avec l’hostie mais dans l'histoire, ce sont ceux qui voulaient le voir traîné en justice comme Cheney ou Rumsfeld qui l'ont en travers de la gorge.

Pour dignement fêter cette année maudite, Robert Mugabe a décroché le Prix Nobel de la Paix en décembre pour avoir réconcilié le COPE avec l’ANC en Afrique du Sud, et le Prix Nobel de Médecine pour avoir éradiqué le SIDA du Zimbabwe en éradiquant tous les Zimbabwéens.

Ça peut pas être pire en 2010, rassurez-moi... ?


20081016

Obama adopte Joe Le Plombier

"Lui c'est lui, moi c'est moi".

Voici la VF du "Senator Obama, I'm not President Bush" de John McCain.

Si on prend ce dernier débat comme un match de boxe, le Sénateur de l'Arizona l'a clairement emporté. Mais il ne s'agit pas d'un match de boxe, et les Américains n'ont pas vraiment la tête à compter ce type de points dans le contexte actuel. Obama, pourtant dans un jour assez médiocre, en a sans doute marqué beaucoup plus en confortant son profil présidentiel face à un adversaire toujours aussi tendu et peu sincère.

McCain a mené la première moitié du débat en essayant de tenir son adversaire dans les cordes, sur la défensive. Ce vieux catcheur a cherché à lui imposer un troisième larron sur le ring : "Joe The Plumber", un plombier de l'Ohio supposé déçu de l'Obamisme, incapable de racheter l'affaire où il travaille depuis des années sous prétexte que ce vilain bonhomme chercherait à l'accabler de taxes. Obama a poliment intercepté l'intrus en dégainant calmement son programme et en continuant à s'adresser aux Américains les yeux dans les yeux... un privilège que Mac n'aura réservé qu'à son seul ami plombier (à part dans un emballage final moins plat que celui de son concurrent).

John a tout de même survécu au sujet casse-gueule par excellence : la pertinence du choix de Vice-Président. Obama a tout simplement oublié de rappeler que Joe Biden était prêt à tout moment à assumer le job le plus dur du monde... Dommage.

Le Sénateur de l'Illinois a une fois de plus dominé le débat sur les questions de santé et d'éducation, et une fois de plus laissé échapper de belles occasions sur l'économie et la façon de mener une campagne. Il a savoureusement rappelé qu'il avait fréquenté le "terroriste" Bill Ayers dans un organisme piloté par des Républicains, et parfaitement exprimé sa pensée sur Roe v. Wade (au fond, "personne n'est pro-avortement"). Et sa façon de courtiser l'Ohio et le Michigan était un poil plus subtile.

Au final, McCain donnait l'impression de savourer sa victoire, mais Obama était venu pour débattre, pas pour se battre. Il est amusant de voir comment tous les adversaires d'Obama finissent par s'énerver et se tirer une balle dans le pied en dépassant les limites. S'il n'a pas franchi la ligne jaune ce soir, McCain apparaît de nouveaux comme un vieux grincheux et le perdant dans l'histoire.

---

Les débats précédents pour rappel :
"
Second débat : le XXIe siècle l'emporte sur le XXe"
"
Palin dans la peau de Ross Perot "
"
Premier débat Présidentiel - un air de déjà vu"

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retrouvez cet article sur blogules en V.O. "Debate #3 : That One tamed The Whipper"

20081008

Second débat : le XXIe siècle l'emporte sur le XXe


Mac est parvenu à ne pas péter les plombs... mais la caméra a fini par le trahir, vert de rage en arrière-plan, à se cramponner au dossier de sa chaise pendant qu'Obama déroulait son propre tapis rouge vers la Maison Blanche (le matériel n'a pas cédé et c'était bien là la seule différence avec Amy Poehler / Hillary Clinton pendant le premier sketch de Tina Fey / Sarah Palin sur SNL).

Peu importe. John McCain n'était pas là ce soir. On a eu droit à une espèce de débat très, très, très mal géré par Tom Brokaw*, mais le héros était Missing In Action. Inaudible, ratatiné dans une moquette aux couleurs d'un parti trop grand pour lui, sonnant creux dans toutes ses attaques comme dans toutes ses envolées supposées lyriques, scotché avec Teddy Roosevelt et Reagan quand son adversaire parlait du XXIe siècle. Ringard, fini, avec un énorme "loser" imprimé sur le front. 

Il n'a même pas osé prononcer une seule fois le mot "maverick", c'est tout dire. "I know how to" ("je sais comment faire"), ça, oui, à maintes reprises... mais sans plus de précisions. Barack Obama s'est permis de concéder ironiquement qu'effectivement, "il ne comprenait pas"... pourquoi Bush et McCain avaient engagé l'invasion de l'Irak au lieu de lutter contre le terrorisme là où il était réellement, qu'effectivement, il était en faveur d'un "gouvernement plus intrusif"... pour s'intéresser de près à ce que les grosses entreprises faisaient des faveurs qu'il leur accordait.

Barack Obama n'a rien apporté de vraiment nouveau depuis le dernier débat, mais il est autrement plus clair sur qui il est, où il veut aller et comment il compte le faire. Surtout, le public américain doit se sentir de plus en plus confortable avec l'idée de l'avoir pour Président. 

Quelques cheveux blancs de plus (merci Hurricane Hillary), un costume mieux taillé (moins de galons sur les épaules, mais quelles épaules !), et un discours sans équivoque sur son rapport aux vrais terroristes ("kill Bin Laden")... Obama en impose, il a les idées claires, il est le Commandant en Chef qu'on a envie d'écouter, le leader auquel on a envie de confier la barre dans la tempête.

Inversement, la "vision du futur" de John McCain ressemble de moins en moins à la Maison Blanche. A la limite, une "october surprise" à la Dick Cheney (genre Ben Laden sort un CD de ses greatest hits) ne suffirait pas à le sortir du trou.

McCain a perdu la bataille sur l'économie. McCain a perdu la bataille sur la santé. McCain a perdu la guerre sur l'Irak et l'Afghanistan***...

McCain a tout simplement perdu la guerre en McCainistan.


* le grand perdant du soir : incapable de respecter les règles du jeu (y compris quand McCain a serré la main d'un membre de l'audience), et ridicule sur le coup du prompteur à la fin du débat.
** merci Sarah d'avoir définitivement grillé cette cartouche contre Biden le 2 octobre
*** Il a limité la casse sur la Géorgie de son ami Sakashvili ; drôle de compensation

20081003

Palin dans la peau de Ross Perot


Après quelques jours de fine tuning dans le ranch de McCain à Sedona, AZ, la dernière version de Sarah Palin a été présentée à la presse.

Moins crispé que lors de ses dernières sorties, et désormais autoproclamé expert national sur les questions énergétiques, le Gobernator d'Alaska nous a joué la partition du pitbull mâtiné de Ross Perot.

Quelques clins d'oeil forcés, une floppée de "Maverick" en veux-tu en voilà, et puis un déluge de Joe Six Pack, Hockey Mom, Heck of a lot, mainstreeter, walk-the-walk-talk-the-talk... décochés avec un accent résonnant de façon beaucoup moins "naturelle" que chez George W. Bush (ce fameux "Texan du peuple" élevé avec une cuiller d'argent dans la bouche en Nouvelle Angleterre).

Joe Biden a joué la sobriété. Comme Obama lors du débat précédent**, il a manqué d'incisivité sur l'économie - son adversaire s'inscrivait en plus totalement dans le registre de la "peur" pour gagner l'audience.

Pour le plus grand plaisir de Mme Palin de Main Street Wasilla, AK, Mr Biden s'est parfois embarqué tout seul dans le jargon d'arrière-cuisine des Sénateurs au long cours, et il a une fois de plus gaffé en s'aliénant une partie de sa base sur la question-piège du mariage gay-lesbien (Palin se félicitant de le compter dans son camp), mais il n'a pas mâché ses mots au moment de régler leurs comptes à l'héritage de George W. Bush ("un échec abject") et de son âme damnée Dick Cheney ("le Vice-Président le plus dangereux de l'Histoire").

Surtout, il est apparu comme l'authentique "natural" dans ce débat. Quand le "body language" de Sarah Palin hurlait à l'imposture, son seul moment d'émotion à lui a sonné fort et juste**. Avec lui, le soutien à Israël (un passage obligé dans toute campagne) semble venir du coeur ; avec elle, tout droit d'une brochure de l'AIPAC.

Comme prévu, Sarah Palin a plus que tenu le choc, retrouvant la confiance en soi qui avait dynamisé la base conservatrice il y a un mois. Les comtés reculés sont donc saufs pour le ticket McCain. Reste à rebâtir une dynamique de victoire sur cette nouvelle non-défaite.


* cf "
Premier débat Présidentiel - un air de déjà vu"
** l'équivalent US du "vous n'avez pas le monopole du coeur" : quand Palin joue très basiquement sur la fibre maternelle, lui a la gorge serrée au moment d'évoquer sa responsabilité d'élever seul ses enfants (il avait à l'époque considéré le suicide).

20080928

Un Maverick ou un joueur invétéré ?

Jo Becker et Don van Natta Jr du The New York Times viennent de nous livrer un édifiant papier sur John McCain, ses relations au jeu et à l'industrie du jeu*.

Cet homme est un joueur, et une quarantaine de membres de son équipe de campagne ou de ses principaux donateurs présente des liens étroits avec l'industrie du jeu.

Cela ne surprendra vraiment personne, et explique beaucoup de choses sur le personnage et son comportement, en particulier pendant cette semaine où la chance ne l'a pas vraiment servi (cf son coup de poker manqué sur le plan de sauvetage de Wall Street).

Au-delà du "quoi" (un vice peu glamour pour une personne ayant accès aux codes nucléaires), il convient de se poser la question du timing. Pourquoi ce type de sujets ressort maintenant ?

Les media avaient jusqu'à présent relativement épargné John McCain sur la question du "character". Sa nervosité lors du premier débat ravive certes le spectre de ses colères légendaires, mais je ne serais pas surpris de lire beaucoup de sujets relatifs à la moralité du personnage : un joueur invétéré, coureur de jupons, capable de plaquer sa femme, défigurée par un accident de voiture, pour une plus jeune, plus belle et plus riche... pas vraiment le candidat modèle pour la droite religieuse US.

Cette droite religieuse US ne l'a rallié que grâce à la bénédiction officielle du très theocon George W. Bush à la Convention Républicaine**, et la nomination de la tout aussi illuminée Sarah Palin.

Pour obtenir la nomination, Maverick John a tenté le grand écart entre son passé d'indépendant et un futur totalement soumis à ses ennemis d'hier, et ça commence à se voir. La nullité crasse de Palin aussi : elle n'a accordé que 3 interviews depuis sa nomination contre une centaine pour Biden, et chaque sortie la montre moins crédible et plus fébrile. McCain et Bush devront trouver une sacrée diversion (une petite bombe sur Téhéran ?) pour faire annuler le prochain débat supposé opposer Joe et Sarah***.

Pour peu que les media braquent encore plus les projecteurs sur ses contradictions et sur le profil réellement effrayant de sa colistière, McCain pourrait bien perdre le soutien d'une partie des fondamentalistes sur sa droite, et de sa base indépendante au centre.

Il semble que de plus en plus de Républicains ne voient pas d'un mauvais oeil un échec de ce ticket contre nature : s'ils souhaitent réformer le parti, le purger des théocons et néocons, et accessoirement sauver leur pays, il est préférable que McCain-Palin échoue et si possible lourdement.

Si les media veulent se racheter de leur compromission avec l'administration Bush pendant les années 2002-2006, c'est le moment de faire du journalisme d'investigation et d'éclairer l'électeur US sur qui sont réellement Barack Obama, Joe Biden, John McCain et Sarah Palin.


* cf "
McCain and Team Have Many Ties to Gambling Industry" (NYT 20080928)
** cf "
Le véritable "changement" selon McCain-Palin-Bush " / "Change is coming" and Mac "will fight", but for whom and for what ?"
*** elle pourra néanmoins réciter les mantras pondues par Steve Schmidt sans risquer d'être contredite par son adversaire : les Républicains ont obtenu un format excluant le débat direct pour protéger leur candidate.

---
initialement publié sur blogules VO ("
A Maverick or a Gambler ? ")

20080904

Le véritable "changement" selon McCain-Palin-Bush


George W. Bush a parlé à la Convention Nationale Républicaine.

Pas le Président, ni le Républicain, mais le leader fondamentaliste.

Son message est clair : le ticket McCain - Palin doit impérativement lui succéder pour poursuivre son oeuvre et parachever sa transformation du pays amorcée il y a huit ans.

Ce "changement" n'a pas grand chose à voir avec celui que propose Obama.

Ce "changement" va bien au-delà de détails comme l'économie ou la guerre en Irak : il est ni plus ni moins question de faire basculer les Etats-Unis d'Amérique dans le camp des théocraties.

Ce "changement" est vraiment à portée de main, à un battement de coeur. Pas celui du Président, mais celui des membres de la Cour Suprême. Les récentes décisions l'ont prouvé, cela se joue désormais à une voix*, et même les juges progressistes font des faux pas.

Le discours de Dubya fourmille de références religieuses et insiste sur un point : comme il l'a prouvé sur le dossier Irakien, McCain exécute désormais ses ordres et on peut lui faire confiance**.

La question ne se pose même pas pour Sarah Palin, une born again Christian aussi illuminée que W himself : cette ayatollette ne se contente pas de soutenir l'Intelligent Design***, elle a essayé de virer un bibliothécaire qui refusait de censurer des livres ne correspondant pas avec sa vision du monde. Au passage : je ne vois pas comment une personne refusant l'évolution peut prétendre symboliser le changement...

Même s'ils ne sont pas convaincus de l'"intégrité / intégrisme" de John et Sarah, et même s'il doivent chaque jour avaler de nouvelles couleuvres concernant le passé de Palin, les theocons sont obligés de monter au créneau pour les défendre becs et ongles. Une fois de plus, c'est de l'avenir du pays et du monde qu'il est question et si les fondamentalistes loupent ce coche, une aussi belle occasion ne risque pas de se représenter de sitôt.

Il y a quatre ans, le choix était le même : pas Républicains contre Démocrates mais défenseurs de la république et de la démocratie d'un côté, théocrates de l'autre. Ce qui a changé, c'est la composition de la Cour Suprême : les conservateurs John Roberts et Samuel Alito ont remplacé William Rehnquist (pas vraiment une perte) et surtout Sandra Day O'Connor, une modérée plutôt pro-choice.

Espérons que cette fois-ci, les électeurs américains ne se laisseront plus prendre à un piège aussi grossier. Espérons que cette fois-ci, l'Amérique déclare enfin son indépendance contre le fondamentalisme****.


* ex "5-4. Still standing" (20080613)
** pour vanter l'indépendance d'esprit du candidat McCain dans son discours à la Convention, Dubya n'a pas trouvé de meilleur exemple que sa montée au créneau pour défendre la loi qu'il avait ordonné. Une nouvelle humiliation pour l'ex-Maverick, désormais réduit à picorer dans la main de celui qu'il haïssait, et à embaucher "The Bullet", le bras droit de Karl Rove qui l'avait humilié en 1999-2000.
*** quelques rappels à propos de cette imposture : "
En finir avec l'Intelligent Design"
**** "
Universal Declaration of Independence from Fundamentalism"

20080830

Sarah Palin, le non choix de McCain

Il veut raccoler les déçues d’Hillary ? Prenons une femme. Peu importe si elle incarne tout ce qu’abhorrent les féministes (ex beauty queen, contre l’avortement)*.

Il fête ses 72 ans ? Prenons un jeune, quitte à ne pas être regardant sur l’expérience, principal sujet de ses attaques contre Obama.

Il veut rassurer les conservateurs ? Prenons un chasseur militant NRA géniteur de 5 enfants.

Il veut rassurer les théocons et fondamentalistes ? Prenons un adversaire acharné de l’avortement et de Roe vs Wade. Peu importe si Mac lui même est pro-choice et n’a rallié les adversaires de Roe vs Wade que récemment pour obtenir l’investiture...

Obama a choisi son co-listier sur son jugement et sa capacité à assumer la plus haute charge, sur sa capacité à former un véritable partenariat avec lui. Obama respecte sincèrement Joe Biden et réciproquement.

McCain-Palin ? Ce tandem improbable ne peut tout simplement pas fonctionner.

Mac a toujours méprisé le poste de VP et a fait un choix vilement calculateur**, ou plutôt un non-choix sur le plan stratégique : le "Maverick" a décidé à la dernière minute***, sur un coup de tête, exposant sa posture foncièrement défensive et son absence de vision à long terme.

Mac est en train de perdre sa guerre****. Mac est en train de se perdre.

* à Hillary de mener la campagne pour dénoncer cette imposture, histoire de prouver qu'elle veut vraiment une victoire Démocrate en Novembre, histoire de terminer le travail amorcé pendant la Convention ("Service Minimum")
** ne manque à l'appel que la dimension géographique : Palin n'apportera qu'une poignée de Grands Electeurs de son cher Alaska
*** il ne connait Palin que depuis 6 mois, et très superficiellement (cf "The story behind the Palin surprise" - Jonathan Martin sur Politico 20080829)
**** cf "The McCainistan War"

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