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20120118

Ruppert Murdoch: un seul être vous manque...

Sarah Palin vient d'apporter son soutien à Newt Gingrich.

Et la seule personne sensée dans cette course à l'investiture Républicaine US a retiré sa candidature (pas Stephen Colbert, l'autre: Jon Huntsman*).

Ce qui nous laisse avec 6 gusses: Romney, Gingrich, Paul, Santorum, Perry, et la future Guest Star.

Qui sait dans quel asile de fous le nominé va pêcher son Vice Président? Et pourquoi pas un troisième larron, un Ross Perot / Ralph Nader? Un membre du INEPT (INdependent Evangelical Tea Party), ou du LGBT Party cher à Sarah Palin**?

Vous savez ce qui manque aux candidats du GOP cette année?

Je devrais reformuler: vous savez QUI manque aux candidats du GOP cette année?

Rupert Murdoch.

Le Grand Faiseur de Rois est hors course. Il pose en moine rasé méditant sur quelque montagne reculée, à twitter des perles de sagesse à la chaîne, mais détaché des choses de ce monde. Tout juste, peut-être, une petite écoute de temps à autre - on ne se refait pas.

Mais chez Fox News, toute l'équipe semble courir en tous sens comme une bande de poules décapitées. Même les Théocons semblent avoir besoin d'une Qibla.

Question idéologie, les survivants de l'asile de fous ne parviennent à s'accorder que sur leurs plus petits diviseurs communs:

1) Ils veulent déloger Obama, au motif que...
... ce type est une tapette (il a gagné un Prix Nobel, il n'a utilisé que deux hélicos pour zigouiller Osama, et il n'a même pas envahi la Libye pour se débarrasser de Khadafi)
... il pousse des cris d'orfraie dès qu'une compagnie pétrolière déverse un verre de pétrole ou deux dans le Golfe du Mexique
... c'est une personnalité qui divise: notre cher Parti Républicain n'a jamais aussi déchiré
... il n'est pas né aux Etats Unis d'Amerika, et au nom du Grand Sorcier, ça s'appelle la Maison BLANCHE pour une bonne raison, non?

2) Ils veulent Restaurer l'Honneur de l'Amerika. En d'autres termes...
... restaurer les grandes valeurs Amerikaines (enseigner le créationisme à l'école, le waterboarding à West Point),
... restaurer la "saine économie" de 2008,
... restaurer l'orthodoxie budgétaire consistant à supprimer tous les impôts et à lancer une guerre illégale
... investir moins dans les écoles (pour empêcher les Steve Jobs de demain d'émerger), et supprimer toutes les règlementations (pour offrir plus d'opportunités aux Kenneth Lay, Bernie Ebbers, et Bernie Maddoff de demain)

Six bouffons en quête d'auteur...

blogules 2012 (initialement publié sur blogules en V.O. ('Six Buffoons in Search of a Kingmaker')
Armes de Desinformation Massive depuis 2003 (we also provide blogules transfusion in English)
NEW: rejoignez blogules sur Facebook!!! (V.F.) / join blogules on Facebook!!! (V.O.)

* qui, finalement, n'a pas obtenu son ticket jusqu'en Floride (voir "Grand Old Parting: fix your party before causing more damage to your country")
** voir "Mid-Term Elections : Sarah Palin to run in West Dakota"

20100325

Traitre à la nation

Nicolas Sarkozy a été élu sur un programme de réformes, mais certainement pas sur celles qu'il a poussées en contradiction avec son programme... et à mes yeux c'est moins la droite que la république qu'il a trahi.

A la limite, les sujets économiques sont secondaires* par rapport aux attaques portées à la république et à la démocratie, en particulier à travers des "réformes" ou plutôt tentatives de remise en cause de la justice et surtout de la laïcité (voir entre autres "
Le mauvais plan de Benoît XVI").

Pour le coup, une véritable rupture, mais un authentique rapprochement avec les theocons US.

A vrai dire, ces dérives ne surprennent guère, et j'avais d'ailleurs pris soin de prophétiser le jour même de son élection** : "Le pouvoir il le voulait il l'a désormais, à lui de prouver sa capacité à changer. Le pays comme lui-même. Je serai particulièrement vigilant sur sa notion du respect de la séparation des pouvoirs (exécutif - législatif, exécutif - judiciaire, exécutif - médias, temporel - intemporel...)."

Vigilant je demeure. Et d'ici 2012 l'hyper hype président devra faire un peu plus que compter sur la phénoménale capacité des peuples à oublier les dérives passées.

Je n'attends pas de Sarko qu'il nomme des ministrounets Chiraquiens (François Baroin) ou Villepinistes (Georges Tron), mais qu'il s'engage clairement sur les principes de la république, et dise non à tous les fondamentalismes, Chrétiens inclus.

Ou alors il restera dans les mémoires, à l'instar de son ami George W. Bush, comme un traître à la nation.

blogules 2010

* ils demeurent évidemment prioritaires aux yeux des Français, mais comptent bien moins aux yeux de la Nation (par ailleurs, je n'ose même pas imaginer dans quel état serait l'économitude tricolore aujourd'hui si l'on avait confié la nation en question à Ségo)

** voir "
Sarko triomphe - Blogule blanc aux reformes"

20091106

Traditions, conservatismes, obscurantismes et fondamentalismes

(discussions suite au blogule "La Cour Européenne des Droits de l'Homme crucifie les fondamentalistes")

Le "retard" Italien sur la présence des signes religieux dans les lieux publics relève plus du poids des traditions et conservatismes classiques que du fondamentalisme à proprement parler, mais ce sont bien les fondamentalistes qui montent le plus au creneau. Je note toutefois comment le Vatican de Benoît XVI se garde bien de s'exposer en première ligne, laissant ses proxys politiques habituels porter les attaques : l'idée est justement de gommer le caractère religieux du crucifix pour plaider la cause de la tradition nationale.

Je profite de l'occasion pour faire la distinction entre traditions, conservatismes, obscurantismes et fondamentalismes.

Le mot tradition relève plutot du domaine social et culturel, le mot obscurantisme du registre scientifique, et le conservatisme et le fondamentalisme de la sphère politique.

Il est essentiel de prendre la mesure de ce qui se passe à notre époque, où il n'est tout simplement plus possible de considérer un crucifix à l'école comme anodin. Associer un signe religieux à un Etat est un message politique majeur, un statement sur une certaine vision de la démocratie.

Nous ne sommes plus dans un débat sur les traditions mais au coeur d'une guerre.

Mais il ne s'agit certainement pas d'une guerre de religions, et encore moins du prétendu choc des civilisations, ces impostures inventées et orchestrées par les neocons, theocons et fondamentalistes : je parle de
la guerre menée par les fondamentalistes de tous poils contre la démocratie d'une part et la religion d'autre part.

Les vrais gens de foi ne doivent surtout pas se braquer et se tromper d'adversaires en se laissant abuser par l'imposture fondamentaliste : les modérés doivent agir de concert pour lutter contre le fondamentalisme, surtout pas le suivre en adhérant à son discours entretenant l'incompréhension, la division, la haîne de l'autre.

blogules 2009

20081201

Fondamentalisme : la nouvelle donne

Il y a quatre ans, le triomphe de George W. Bush aux élections présidentielles laissait présager le pire pour l'Amérique et le monde : le pays supposé mener la lutte en faveur de la démocratie et contre le terrorisme confirmait à sa tête un fondamentaliste menant délibérément une politique favorable à la montée des extrémismes au sein de chacune des grandes religions monothéistes, et imposant à son propre pays d'inquiétants accents de théocratie fascisante*.

Il y a quatre semaines, le triomphe de Barack H. Obama aux élections présidentielles apportait un formidable message d'espoir : ce même pays, les Etats-Unis d'Amérique, embrassait massivement un discours de respect, de tolérance et d'espoir, renvoyant dans l'ombre le discours de haîne et de peur dans lequel ses dirigeants l'avaient enfermé au lendemain du 11 Septembre, faisant ainsi le jeu des auteurs des attentats**.

S'ils se trouvent bientôt privés de leur principal leader ou partenaire, les fondamentalistes n'ont pas pour autant perdu la guerre, comme en attestent la semaine dernière la vague d'attentats à Mumbai, les tueries de Jos au Nigeria, ou les violences quotidiennes aux quatre coins de la planète.


La logique ne change pas : entretenir la haîne et la peur, affaiblir les modérés et renforcer les radicaux, encourager le repli sur soi et la crainte de l'autre, placer le débat sur le terrain de la religion alors qu'il est avant tout question de politique.

George W. Bush a délibérément apporté la pire des réponses possibles au 11 Septembre, et Manmohan Singh doit surtout se garder de montrer du doigt le Pakistan. Il lui faut bien au contraire tendre la main à Asif Ali Zardari et l'aider à vaincre les ennemis communs, à condition naturellement que celui-ci joue la carte de la transparence et de l'ouverture. L'objectif recherché à travers les attaques de Mumbai, c'est bien sûr d'attiser la haîne au sein de la plus grande démocratie du monde, et de fragiliser toute dynamique de paix dans la région, mais aussi et avant tout de faire basculer le Pakistan du mauvais côté.

Les maillons faibles, ce sont bien sûr la Palestine, le Liban ou l'Afghanistan, mais aussi des pays souvent pointés du doigt comme le Pakistan ou l'Iran. Des pays condamnés à évoluer en renonçant à l'extrémisme, mais minés de l'intérieur et de l'extérieur par des ennemis qui ne peuvent pas se permettre que les modérés et les réformateurs sauvent un maillon aussi essentiel de leur stratégie globale.

On ne peut pas empêcher les actes terroristes, mais on peut en annihiler la portée. Chaque attaque ne doit pas nous éloigner mais nous rapprocher les uns des autres.

L'Afghanistan n'était pas responsable des attentats du 9/11, c'est le monde qui a abandonné l'Afghanistan aux mains de ceux qui les ont fomenté. A son tour, le Pakistan a besoin d'aide, mais pas d'une aide contre-productive comme celle qui a conforté Pervez Musharraf dans la dictature et légitimé les Islamistes dans leur quête du pouvoir : l'effort doit être total, moins militaire que politique, économique, culturel et social - il doit embrasser tous les acteurs de la région et réintégrer le Pakistan dans le camp des démocraties victimes du fondamentalisme.

Celui-ci s'étiolera lorsque l'opinion publique le rejettera comme un corps étranger nocif. L'exemple viendra du haut avec des leaders sains oeuvrant réellement au bien de la communauté et collaborant au-delà des différences pour lutter à la source contre la pauvreté et l'injustice. L'exemple viendra aussi du terrain par la reconquête d'esprits séduits par l'aide apportée au quotidien par les vitrines caritatives des mouvances fondamentalistes. Pas seulement Islamistes : les fondamentalistes Chrétiens contribuent tout autant à attiser les flammes en envoyant des armées de prosélytes dans les régions défavorisées d'Asie, d'Afrique ou d'Amérique du Sud. C'est la version ONG des croisades, ou plutôt du "Choc des Civilisations" d'Huntington, cette nouvelle bible célébrant l'alliance des néocons et des théocons.

Ce que l'on attend du nouveau président Américain, ce n'est pas qu'il renforce les clivages actuels mais qu'il apporte un éclairage plus objectif sur une situation complexe. Il suffit de prendre un minimum de recul pour exposer l'imposture fondamentaliste. I
l faut du courage et des caractères forts pour remettre des pays en miettes dans le sens positif de l'Histoire.

Mais quelque part tout le monde est aujourd'hui suffisamment meurtri pour que chacun accepte de faire un pas. Et si la dynamique prend vite, si la diplomatie reprend ses droits, si la politique regagne ses lettres de noblesse, si l'Amérique elle-même montre la voie du soft power y compris dans la sphère économique, même la Russie et même la Chine seront obligés de suivre.



* cf "
Universal Declaration of Independence from Fundamentalism"
** cf "
The Stolen Election"

20080928

Un Maverick ou un joueur invétéré ?

Jo Becker et Don van Natta Jr du The New York Times viennent de nous livrer un édifiant papier sur John McCain, ses relations au jeu et à l'industrie du jeu*.

Cet homme est un joueur, et une quarantaine de membres de son équipe de campagne ou de ses principaux donateurs présente des liens étroits avec l'industrie du jeu.

Cela ne surprendra vraiment personne, et explique beaucoup de choses sur le personnage et son comportement, en particulier pendant cette semaine où la chance ne l'a pas vraiment servi (cf son coup de poker manqué sur le plan de sauvetage de Wall Street).

Au-delà du "quoi" (un vice peu glamour pour une personne ayant accès aux codes nucléaires), il convient de se poser la question du timing. Pourquoi ce type de sujets ressort maintenant ?

Les media avaient jusqu'à présent relativement épargné John McCain sur la question du "character". Sa nervosité lors du premier débat ravive certes le spectre de ses colères légendaires, mais je ne serais pas surpris de lire beaucoup de sujets relatifs à la moralité du personnage : un joueur invétéré, coureur de jupons, capable de plaquer sa femme, défigurée par un accident de voiture, pour une plus jeune, plus belle et plus riche... pas vraiment le candidat modèle pour la droite religieuse US.

Cette droite religieuse US ne l'a rallié que grâce à la bénédiction officielle du très theocon George W. Bush à la Convention Républicaine**, et la nomination de la tout aussi illuminée Sarah Palin.

Pour obtenir la nomination, Maverick John a tenté le grand écart entre son passé d'indépendant et un futur totalement soumis à ses ennemis d'hier, et ça commence à se voir. La nullité crasse de Palin aussi : elle n'a accordé que 3 interviews depuis sa nomination contre une centaine pour Biden, et chaque sortie la montre moins crédible et plus fébrile. McCain et Bush devront trouver une sacrée diversion (une petite bombe sur Téhéran ?) pour faire annuler le prochain débat supposé opposer Joe et Sarah***.

Pour peu que les media braquent encore plus les projecteurs sur ses contradictions et sur le profil réellement effrayant de sa colistière, McCain pourrait bien perdre le soutien d'une partie des fondamentalistes sur sa droite, et de sa base indépendante au centre.

Il semble que de plus en plus de Républicains ne voient pas d'un mauvais oeil un échec de ce ticket contre nature : s'ils souhaitent réformer le parti, le purger des théocons et néocons, et accessoirement sauver leur pays, il est préférable que McCain-Palin échoue et si possible lourdement.

Si les media veulent se racheter de leur compromission avec l'administration Bush pendant les années 2002-2006, c'est le moment de faire du journalisme d'investigation et d'éclairer l'électeur US sur qui sont réellement Barack Obama, Joe Biden, John McCain et Sarah Palin.


* cf "
McCain and Team Have Many Ties to Gambling Industry" (NYT 20080928)
** cf "
Le véritable "changement" selon McCain-Palin-Bush " / "Change is coming" and Mac "will fight", but for whom and for what ?"
*** elle pourra néanmoins réciter les mantras pondues par Steve Schmidt sans risquer d'être contredite par son adversaire : les Républicains ont obtenu un format excluant le débat direct pour protéger leur candidate.

---
initialement publié sur blogules VO ("
A Maverick or a Gambler ? ")

20080830

Sarah Palin, le non choix de McCain

Il veut raccoler les déçues d’Hillary ? Prenons une femme. Peu importe si elle incarne tout ce qu’abhorrent les féministes (ex beauty queen, contre l’avortement)*.

Il fête ses 72 ans ? Prenons un jeune, quitte à ne pas être regardant sur l’expérience, principal sujet de ses attaques contre Obama.

Il veut rassurer les conservateurs ? Prenons un chasseur militant NRA géniteur de 5 enfants.

Il veut rassurer les théocons et fondamentalistes ? Prenons un adversaire acharné de l’avortement et de Roe vs Wade. Peu importe si Mac lui même est pro-choice et n’a rallié les adversaires de Roe vs Wade que récemment pour obtenir l’investiture...

Obama a choisi son co-listier sur son jugement et sa capacité à assumer la plus haute charge, sur sa capacité à former un véritable partenariat avec lui. Obama respecte sincèrement Joe Biden et réciproquement.

McCain-Palin ? Ce tandem improbable ne peut tout simplement pas fonctionner.

Mac a toujours méprisé le poste de VP et a fait un choix vilement calculateur**, ou plutôt un non-choix sur le plan stratégique : le "Maverick" a décidé à la dernière minute***, sur un coup de tête, exposant sa posture foncièrement défensive et son absence de vision à long terme.

Mac est en train de perdre sa guerre****. Mac est en train de se perdre.

* à Hillary de mener la campagne pour dénoncer cette imposture, histoire de prouver qu'elle veut vraiment une victoire Démocrate en Novembre, histoire de terminer le travail amorcé pendant la Convention ("Service Minimum")
** ne manque à l'appel que la dimension géographique : Palin n'apportera qu'une poignée de Grands Electeurs de son cher Alaska
*** il ne connait Palin que depuis 6 mois, et très superficiellement (cf "The story behind the Palin surprise" - Jonathan Martin sur Politico 20080829)
**** cf "The McCainistan War"

20080520

Neocons, theocons et paleocons

En cette année électorale, un rapide point sur les trois familles de conservateurs les plus suivies aux Etats-Unis. Chacune "évoluant" avec ses tendances propres:

* le phénomène neocon retombe :
A l'opposé du conservatisme traditionnel relativement peu interventionniste à l'international, les neocons se sont vu confier les commandes du navire avec les résultats que l'on connait. Totalement déconsidérés (certains leaders charismatiques se sont désolidarisés du mouvement), les néocons ont été partiellement remplacés par des Reaganiens dans l'entourage de Bush. Dick Cheney lui-même commence à sentir le vent du boulet : des Républicains mettent l'inattendue défaite de Greg Davis au Congrès sur le compte de la récente visite du Vice-Président au Mississipi. De moins en moins en odeur de sainteté, Dick Perle et compagnie ne désespèrent pas d'un nouveau grand soir. Et à propos d'odeur de sainteté...

* la vague theocon se cherche un nouveau leader :
Ces fondamentalistes (à ne pas confondre avec les évangélistes light dont certains seraient près à suivre Obama) sont les véritables gagnants du double mandat Bush - l'un des leurs. En dépit des actes d'allégeance de McCain (conférence au Discovery Institute, déclarations en faveur d'une Cour Suprême ultraconservatrice révoquant Roe vs Wade, discours messianiques invoquant la lutte contre le Mal...), ils n'ont toujours pas confiance en lui et cherchent à le renverser d'ici la Convention Républicaine, ou a minima à lui imposer un véhicule plus proche de leurs "valeurs" à la Vice-Présidence (Huckabee ?). Sans leur soutien, McCain n'a aucune chance... et s'il obtenait leur soutien, il donnerait à Obama l'occasion idéale de le swiftboater en exposant ses contradictions fondamentales.

* les paleocons ne savent plus où donner de la tête :
Ils n'ont pas évolué depuis des lustres et avaient déjà beaucoup perdu d'influence après la révolution "idéologique" reaganienne. Ils conservent néanmoins un certain poids électoral et suivront le mouvement. Une partie pourrait rejoindre, à l'instar des Reagan Democrats, la voie Obamienne ou pourquoi pas - acte contestataire suprême -libertarienne avec Bob Barr (cf "
Bob Barr - pro-liberté ou anti-Obama ?" - 20080513).

En bref et comme prévu (cf "
Red Blogule to the Bush system - Prevent a New War of Secession" - 20041101, ou plus récemment "GOP : Time to Split" - 20080113), le GOP va mal, et la meilleure chose qui pourrait lui arriver serait une nette victoire d'Obama en Novembre.

Même si certaines valeurs conservatrices ont gagné du terrain sur l'échiquier, et même si la droite religieuse marque des points à gauche, le pays ne peut toujours pas faire l'économie d'une déclaration d'indépendance contre le fondamentalisme (cf "
Universal Declaration of Independence From Fundamentalism" - 20070809).

20080221

Surveillance zéro et tolérance réseau - les théocons de l'Elysée enfin exposés

Les masques sont tombés, et les théocons de l'Elysée sont désormais obligé de faire leur coming out.

Emmanuelle Mignon a enfin clairement dévoilé son avis sur les sectes dont la Scientologie, et personne n'ignore tout le bien qu'elle pense du fondamentalisme chrétien auquel elle adhère.

La DirCab que je maudissais encore pas plus tard que la semaine dernière* a même mouillé son patron en l'associant à son point de vue. David Martinon n'a pas vraiment démenti en disant que le Gouvernement n'avait "aucun projet tendant à relâcher la vigilance" (...) "Au contraire, il souhaite renforcer nos moyens d'actions afin que la justice puisse intervenir avec toute la sévérité requise contre les organisations ou mouvements qui troublent l'ordre public, ou qui exploitent la détresse psychologique, et peuvent faire l'objet de caractérisations pénales" (sce AFP).

Ne va-t-on plus s'intéresser aux organismes ne faisant pas encore "l'objet de caractérisations pénales" ? Et qui va réellement "renforcer nos moyens d'action" ? Les théocons de l'Elysée ? Michèle Alliot Marie, dont on comprend chaque jour comment elle a pu piquer le job d'Hortefeux à l'Intérieur (au rythme auquel MAM dérape, Mignon passera bientôt pour une modérée) ?

Nicolas Sarkozy himself ?

Je n'espérais pas que le Président fût obligé de se dévoiler aussi vite : j'attends des authentiques media (s'il en reste) et de ses soutiens authentiquement républicains (s'ils se décident enfin à le braver**) qu'ils le somment de se prononcer.

A lui de nous dire enfin s'il considère la Scientologie comme une secte dangereuse***.

A lui de nous dire enfin s'il compte remettre en cause l'indépendance du politique et du religieux, la république laïque, une et indivisible.

A lui de nous dire enfin s'il souhaite continuer à ouvrir les portes aux fondamentalistes et fanatiques de tous bois.


Les appels à la manifestation commencent à s'élever - et avec eux la cote de popularité de Bayrou, plus consistant et intransigeant que Hollande sur le sujet (Mignon, allons voir si la rose...?).


La République doit se défendre, en veillant à ne pas jouer le jeu des incendiaires qui veulent rallumer les guerres du XIXe siècle. Rappelons-le**** : nous ne devons pas rentrer dans le faux débat pour ou contre la religion, mais défendre la démocratie comme la religion du fondamentalisme.


* cf "
Laïcité sélective, mémoire sélective... ci gît la République Française" (20080218)
** cf "
N'ayez pas peur" (20080118)
*** sa première réponse n'en est pas une : "Ce n'est pas à moi de dire si la Scientologie est une secte. Il y a une commission" (oui, mais cette commission tu veux la soumettre à MAM) - "je n'ai jamais eu la moindre faiblesse avec (les Scientologues) quand j'étais ministre de l'Intérieur" (peut-être, mais en tant que Président ? Et c'est en tant que ministre de l'Economie que tu as reçu Tom Cruise, non ?)

**** cf "Universal Declaration of Independence From Fundamentalism" (20070809)

20080210

Le Super Saturday de Barack Obama

La Louisiane semble aussi bien partie que les autres scrutins du jour pour BHO : outre l'Etat du Sud, le Sénateur de l'Illinois raflerait donc la mise sur le Nord (Nebraska), le Nord-Ouest (Washington) et même par-delà les mers (Iles Vierges Américaines).

Nouvelle tendance ? Son solide Super Tuesday avait déjà été prolongé par une chasse aux donateurs plus fructueuse que celle de sa rivale Billary. S'il limite la casse en Nouvelle Angleterre ce soir (et a fortiori s'il l'emporte dans le Maine), Obama pourrait bien se présenter en position de force le 12 pour ce qui sera probablement la journée clef : le District de Colombia, la Virginie et le Maryland se prononceront, c'est à dire la capitale fédérale et ses alentours ; le coeur du pouvoir politique.

Bien au-delà des 240 délégués Démocrates en jeu sur ces trois Etats, une décision nette pourrait influencer de façon décisive les Superdélégués dans la perspective de la Convention. C'est confirmé depuis mardi, la différence se fera comme on le pressentait sur ces 796 représentants sur lesquels le commun des Démocrates n'a aucune prise les primaires et caucus en cours. Hillary Clinton aura le plus à perdre : le moindre signe de lâchage de l'establishment et de Washington, DC, et personne ne misera plus le moindre kopek sur elle.

Côté Républicains, le sursaut de Huckabee prouve à ceux qui en doutaient encore le poids des ultraconservateurs et des theocons dans le pays. McCain n'a plus Romney face à lui et les mathématiques ne sont pas en faveur de l'ex pasteur mais comme le rappelle fort justement Huck : "je n'ai pas réussi mes études dans les maths mais dans les miracles".

20071216

Lopsichose 2 - mon royaume pour un cheval de troie

MAM présentera tout début 2008 sa seconde version de la Loi d'Orientation et de Programmation pour la Sécurité Intérieure (Lopsi 2). Un volet important sera consacré à la nécessaire lutte contre la cybercriminalité et contre un crime organisé de plus en plus friand de nouvelles technologies. Dans le meilleur des mondes, la France pourrait bien se réveiller avec sa version locale du "Patriot Act" américain... dont les abus* constituent en eux-mêmes une nouvelle forme de cybercriminalité et de crime organisé. Contre le citoyen, mais bien au-delà contre la démocratie tout entière.

Nul ne peut contester la valeur potentielle des informations circulant sur le réseau pour résoudre certaines d'enquêtes criminelles, voire même pour empêcher un crime d'être commis. Le citoyen sent bien que l'explosion des technologies de l'information doit être accompagnée, qu'il est légitime d'équilibrer la balance des droits et des devoirs sur ces nouveaux media. Mais il doit rester ferme sur les conditions dans lesquelles ces réformes s'opèrent, et sur le maintien des nécessaires garde-fous. Le renforcement des contrôles doit bien comprendre le renforcement du contrôle des contrôleurs.

Et le temps presse.

Car les plombiers des futurs e-Watergate n'ont déjà plus à se déplacer pour placer leurs mouchards : il leur est possible d'activer la fonction micro d'ambiance d'un mobile à distance et à l'insu du plein gré de son propriétaire, et Lopsi 2 autoriserait même l'envoi de super spywares dans les ordinateurs ; des chevaux de troie dignes du plus vil pirate informatique ! Quant au bon vieux mouchard "hardware", il serait remis au goût du jour sous une forme de discret périphérique USB.

Que fait la police ? La question sera bien sûr posée, mais une autre brûle toutes les lèvres : la justice sera-t-elle capable de suivre ? On l'équipe de bornes interactives en même temps que l'on dote la police de commissariats virtuels, et les textes prévoient bien de donner le pouvoir suprême à la justice (Juge d'instruction ou Juge des Libertés et de la Détention), mais concrètement qui utilise quelle information et dans quelles conditions ?

Le dispositif serait limité au crime organisé, mais tout lecteur d'Astérix connait pertinement la relativité du concept de "bande". L'accord ne serait donné que dans le cadre d'affaires très graves (terrorisme, pédophilie, torture, meurtre, enlèvement...), mais où commence la torture et le terrorisme, et où s'arrête l'inventaire à la Prévert (l'aide à l'entrée et séjour d'un étranger figurerait déjà dans la liste) ?

Qu'advient-il de l'information ? Une copie de chaque donnée récoltée est-elle systématiquement sécurisée dans un espace non dépendant de l'exécutif et conservée au-delà de l'enquête, ou bien les écouteurs ont-ils la même capacité à détruire les preuves que ces agents de la CIA pour leurs séances d'interrogatoire les plus musclées ? Ce beau système est-il appelé à s'interfacer avec le réseau Echelon de la NSA** ?

On l'a vu, sous couvert de défendre la Liberté, la Justice et la Démocratie, le Patriot Act a essentiellement contribué à affaiblir ces piliers de la nation. Et sous couvert de protéger le pays de graves menaces extérieures, il a essentiellement contribué à la suppression méthodique de toutes ses défenses naturelles contre une menace intérieure bien pire encore : une Administration corrompue dirigée par un fondamentaliste rêvant de convertir la démocratie la plus puissante du monde en une théocratie belliqueuse***.

Dans notre pays, ces derniers temps, l'équilibre des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire, media...) fait pour le moins débat. Et l'équilibre exemplaire interconfessionnel (république laïque apaisée, sentiment d'appartenance à la communauté nationale avant la communauté religieuse...) subit de plus en plus d'assauts de l'intérieur et de l'extérieur permettant au fondamentalisme (à TOUS les fondamentalismes, en particulier Islamistes et Chrétiens) de prendre pied et de s'épanouir sur une terre jusqu'ici peu perméable à sa réthorique. Enfin, l'équilibre entre "soft" et "hard power" semble basculer, avec une nette primauté au registre martial dans les paroles (cf diplomatie façon Kouchner) comme dans les actes (cf nettoyage des banlieues façon Kärcher****).

J'ose espérer que nos dirigeants n'envisagent pas eux-aussi de convertir notre belle république en une théocratie belliqueuse... mais ces faits troublants doivent nous inviter à la plus grande précaution au moment d'ouvrir le cadeau du nouvel an du Ministère de l'Intérieur.


* petit florilège ? auprès du CMD / Sourcewatch, par exemple : http://www.sourcewatch.org/index.php?title=Patriot_Act_abuses

** l'épisode des Blackberrys de l'Elysée nous rassurerait plutôt : la méfiance semble de mise

*** pour rappel sur la dérive fondamentaliste : "Universal Declaration of Independence From Fundamentalism" (20070809)

**** ce qui n'exclut pas un effort sur la parole... cf "De la voyoucratie en France" (20071204)

20070715

USA - confusion entre Etat et Parti Républicain ?

(en réponse à un article dénonçant la confusion entre l'Etat US et le Parti Républicain depuis 2001)

Bush n’est pas un Républicain: il est avant tout un fondamentaliste. Et son premier mandat a été caractérisé par un shuntage systématique des organes de contrôle nationaux et internationaux à commencer par le Congrès, pourtant du même bord. Le cercle restreint autour du président s’est ainsi mis à dos les conservateurs reaganiens, dont certains ont même milité contre Bush en 2004.


Pendant cette campagne, j’essayais également de convaincre des Républicains de ne pas voter pour Bush puisqu’il ne défendait ni les intérêts ni les valeurs de leur parti, et qu’une victoire de Bush en 2004 signifierait une implosion du parti. Au-delà du rift conservateurs / néo-conservateurs / pragmatiques, la fracture s’annonçait entre démocrates (sans la majuscule) et théocrates.

Car si confusion il y a eu au plus haut niveau de l’Etat, c’est bien entre politique et religion... ce qui me semble autrement plus dangereux, comme en atteste le "succès" de cette dream team.

Si Dubya conserve tout son pouvoir de nuisance depuis les élections de 2006, son entourage direct se trouve sur la sellette et Cheney a quelque peu perdu de son influence au profit de l’arrière garde reaganienne et d’amis de papa George Herbert Walker Bush.

Notons que ce dernier n’est pas un fondamentaliste mais quelqu’un de plus pragmatique et porté sur l’argent, ce qui se sent au niveau de ses fréquentations (plutôt le Révérend Moon que Billy Graham). 41 a de qui tenir: son propre père Prescot Sheldon Bush aura plutôt bien travaillé avec les Nazis...

20070627

En finir avec le fondamentalisme

Jamais depuis le Moyen-Age les fondamentalismes ne se sont aussi bien portés à travers le monde. En s’adaptant parfaitement à une société mondialisée et en réseau(x), des mouvements jusqu’alors marginaux sont parvenus à s’imposer comme quasi-dominants dans les media, régentant l’actualité à défaut de pouvoir contrôler le pouvoir réel. Un noyau d’initiés suffit désormais à animer des multitudes soigneusement maintenues dans l’ignorance grâce à une propagande efficace déclinant une idéologie simpliste autour d’une caricature de religion. L’argumentaire passe d’autant plus facilement que cette multitude subit au quotidien des injustices flagrantes, la moindre illusion d’espoir rendant plus supportable la misère absolue.

Ces phénomènes ne datent pas d’hier, mais la frustration a été récemment exacerbée par de trop nombreux espoirs déçus. Par incurie parfois, mais souvent aussi par le torpillage systématique des rares initiatives de résolution, ou encore l’élimination méthodique des rares personnes susceptibles de concrétiser un mince espoir de réconciliation. Ce n’est pas un hasard si Yitzak Rabin en Israël et Ahmed Chah Massoud en Afghanistan ont été assassiné par des courants supposés partager la même religion : le principal ennemi d’un fondamentaliste c’est le modéré dans ses rangs, certainement pas le fondamentaliste d’en face. Car le fondamentaliste d’en face, c’est le miroir qui renvoie de lui aux yeux du monde une image encore plus grande et plus belle. A eux deux, les fondamentalistes se faisant face captent toute la lumière, masquent leur desseins obscurantistes, et focalisent leurs rayons pour réduire en poussière tout ce qui ose bouger dans leur terrain de jeu commun...

Le coup d’envoi de la ligue mondiale nouvelle formule a été donné par Osama Ben Laden le 9 septembre 2001. Il n’en était certes pas à son coup d’essai mais cette fois-ci, il savait à quel genre de "wi(l)d receiver" il avait affaire : un "born again Christian" proche des cercles les plus fanatiques, comme ces fous furieux qui soutiennent les fondamentalistes Israëliens dans l’espoir de déclencher la guerre finale supposée provoquer le retour du Christ... un homme qui se présente comme le simple exécutant de la volonté divine, inscrivant dès le départ son mandat sous le signe de la théocratie.

L’accusé de réception n’a pas traîné : dès son premier discours suivant l’attentat, George W. Bush a lâché le signal que tous les Islamistes attendaient, et que les fondamentalistes Chrétiens appelaient de tous leurs voeux ; le mot "croisade".

On peut critiquer Bush sur de nombreux points, mais pas sur sa stratégie à l’international. Le bourbier et la partition de l’Irak, l’avènement d’un illuminé en Iran, le sinistre remake de la partition Pakistan-Bangladesh en Palestine ou le renforcement des extrémistes en Israël ne constituent pas des échecs mais des succès éclatants. Car George W. Bush n’a pas agi en Président des Etats-Unis dans l’intérêt de son pays, ni même en Républicain dans l’intérêt de son parti, mais avant tout en fondamentaliste dans l’intérêt du fondamentalisme. Et donc des fondamentalismes.

Ce Commandeur des Crédules a ainsi permis à des courants pour le moins alternatifs d’étendre durablement leurs congrégations sur l’ensemble du territoire américain et en particulier en son coeur, dans les régions en forte croissance démographique. Bush a également prêché par l’exemple en s’attaquant aux piliers de la démocratie au plus haut niveau de l’Etat : la justice, la science ou l’éducation ne doivent pas faire obstacle à l’avènement d’une authentique théocratie. Au niveau international, il aura systématiquement cherché à s’affranchir de toute contrainte ou interdépendance, à rendre caduques les accords de toute nature (de Kyoto à Genève), à vider de leur sens les véhicules de la communauté internationale (l’ONU, bien sûr, mais même l’OMC en lui substituant une raffale sans précédent d’accords bilatéraux de - plus ou moins - libre échange)...

Le maintien d’un état permanent de guerre et de terreur est essentiel pour le fonctionnement de la propagande et l’affirmation d’un pouvoir faisant parfaitement écho au Grand Satan d’en face, qualifié par un habile effet de miroir d’Islamo-fascisme. Les amis de Bush doivent toutefois lui conseiller régulièrement de ne pas trop en faire dans le maniement de l’épée : d’accord pour supprimer des ennemis communs, du menu fretin et des petites frappes élevées au rang de martyr par la propagande, mais attention à ne pas décapiter tout le monde... C’est d’abord Ben Laden qui lui rappelle que son ennemi n’est pas le peuple américain mais les musulmans corrompus par les infidèles, puis Mahmoud Ahmadinejad qui lui écrit pourquoi tant de haîne ? nous avons tant de choses en commun dans notre approche de la foi...

Certes, les Américains ont sanctionné le sanctifié de la Maison Blanche, mais essentiellement sur son bilan militaire, et la victoire Démocrate de 2006 demande confirmation. En attendant, les fondamentalistes US sont enfin montrés du doigt, et deviendraient presque moins fréquentables : aucun candidat cherchant leur soutien ne prendra le risque d’un "coming out" trop marqué... La déroute irakienne a par ailleurs provoqué le divorce neocons - theocons : ce sont les "religieux" de la Maison Blanche qui avaient vendu la guerre aux néocons, qui l’avaient à leur tour vendue aux grands lobbies économiques... ces derniers s’étaient alors logiquement retournés contre leurs vendeurs en constatant les vices cachés.

Le poids des fondamentalistes demeure cependant... fondamental. Et Démocrate ou Républicain, aucun candidat à la présidence en 2008 ne voudra se les mettre à dos.

Une chose est sûre : Bush ne sera pas réélu, et le mouvement a besoin de nouveaux leaders pour poursuivre la croisade.

Si Benoît XVI peut difficilement incarner l’avenir, il a déjà prouvé sa capacité à relayer le témoin sur quelques précieux mètres. Et en dépit des apparences, ce théologien possède lui aussi un sens aigü de la communication. De sa "malheureuse gaffe" de Ratisbonne, le commun des mortels n’aura retenu que la citation d’un texte critique envers Mahomet (Controverse de Manuel II Paléologue relative à la violence dans l’Islam), mais il ne s’agissait là que de la caisse de résonnance généreusement offerte aux prêcheurs radicaux derrière le "miroir d’en face". Le coeur de son message résidait dans la primauté de la religion sur la raison. La profession de foi d’un fondamentaliste à l’attention de fondamentalistes, discrètement formulée par un érudit à l’attention d’érudits... et au passage, une authentique bénédiction urbi et orbi accordée à ces révisionnistes de la science qui prônent l’imposture du Créationnisme et de l’Intelligent Design.

Tout ceci quelques jours après avoir réhabilité les traditionnalistes jusqu’ici considérés comme déviants et archaïques. Et quelques jours avant de rendre visite à la Turquie, cette clef de voûte de la laïcité au carrefour de l’Orient et de l’Occident, cette pierre que tant de fous souhaitent faire tomber, cette pierre sur laquelle tant de fous veulent construire leur caricature d’église...

Le fondamentalisme se nourrit du fondamentalisme et pour imposer des idées radicales, il n’est de meilleur allié qu’une idéologie radicale rivale. Les modérés sont trop longtemps restés silencieux et il est temps de faire tomber les miroirs et les masques, d’exposer les manoeuvres destinées à miner la société dans son ensemble et dans toutes ses composantes, d’exiger des représentants du peuple un engagement formel sur leur respect des principes de la démocratie. Il ne s’agit surtout pas de s’engager dans une contre-croisade, une chasse aux sorcières, ou d’interdire la religion pour satisfaire les ayatollahs de l’ultra-laïcité mais au contraire d’ouvrir les bras aux autres, de faire triompher le respect, la tolérance et surtout la transparence.

Dans ce contexte, le retrait d'un texte condamnant le Créationnisme de l'ordre du jour de l'Assemblée du Conseil de l'Europe sonne comme un bien inquiétant signal.

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addendum : ce texte a évolué dans sa version anglaise vers une "Universal Declaration of Independence From Fundamentalism".

20070423

Tout sauf Royal - Blogule rouge a la Segosphere - Segobulle

Le premier tour d'hier me satisfait avec ses 84% de votants, les 31% accordés au premier et les millions d'électeurs reconquis par les partis républicains aux groupuscules extrémistes. Il m'eût comblé si la Ségobulle s'était dégonflée à temps, épargnant à la gauche le spectacle désolant de l'abandon des convictions les plus sincères à la recherche de compromis impossibles.
Mes lecteurs le savent, je ne porte pas précisément Nicolas Sarkozy dans mon coeur. Je n'apprécie guère ses liaisons dangereuses avec les theocons US et Israëliens, l'influence de son Architecte Brice Hortefeux, sa façon toute berlusconienne de contrôler son image dans les media, et tant d'autres signaux qui doivent appeler les démocrates à la plus grande vigilance.
Cela surprendra donc sans doute beaucoup d'entre vous d'apprendre que j'ai voté pour lui hier.

Le moins que l'on puisse dire est que je n'ai pas fait d'appel à voter pour lui, et ce n'était certainement pas le choix du coeur, mais le seul possible à mes yeux compte tenu de l'incapacité des socialistes à se réformer et de l'incapacité de Bayrou à affirmer une vision positive concrète (son discours d'hier soir a bien commencé, mais je doute que ses électeurs aient été satisfaits par l'absence de contenu).
Sarkozy a d'emblée joué cartes sur table, déroulé sa vision et sa stratégie, démontré sa capacité à mobiliser et à rassembler sur d'autres modes que la terreur. A convaincre parce qu'il est convaincu. A respecter l'enjeu et le débat - seule Marie George Buffet aura mené une campagne aussi cohérente.
Hier, il a prouvé qui était le leader et qui était le suiveur. Son discours assumé a fixé les règles du jeu : bas les masques pour tout le monde, place au débat d'idées. J'ai aussitôt imaginé Ségo et son Architecte trotskyste paniquant du côté de Melle, obligées de revoir totalement leurs notes pour répondre aux questions qu'elles éludent depuis tant de temps : qui est Ségolène Royal au-delà du label creux de "femme libre", quel est son programme au-delà des labels creux de "pacte présidentiel" ou d'"ordre juste", quelles sont ses idées au-delà des gadgets démagogiques piochés au hasard de sa pseudo-Wikicampagne, quelles sont ses convictions et sa vision au-delà du refus du Front National et de Sarkozy... A mesure que la soirée s'avançait sans signe de vie je la sentais calculer son coup pour minimiser l'audience et l'impact de sa prestation. Je l'ai imaginée à la tribune, dépassée par les événements et face à son propre néant...

Mais je ne m'attendais tout de même pas à un tel spectacle.
J'invite tous ceux qui envisagent ne serait-ce qu'un instant de voter pour Ségolène Royal au second tour de bien visionner son intervention d'hier soir. Du moment où elle apparaît à l'écran au moment où elle le quitte. Et je les mets au défi de me prouver que ce candidat mérite de prendre la plus haute charge de l'Etat.

Regardez bien cet automate face à une foule pourtant acquise à sa cause, regardez bien ce personnage totalement concentré sur l'image qu'il donne et sur la terreur qui l'anime : ces gens boivent mes paroles - pourquoi ne comprennent-ils pas que je n'ai rien à cirer de ce qu'ils disent et de ce qu'ils sont ? je ne crois ni à ce que je dis ni à ce que je fais et je ne suis pas à ma place ici, est-ce que ça va finir par se voir ? comment peuvent-ils être si crédules ? j'aurais presque envie de crier "réveillez vous et oubliez moi" !
Le danger pour la France, il est au moins autant sinon plus du côté de Royal que du côté de Sarkozy. Pour parodier Hélène Carrère d'Encausse je dirais que l'on risque d'un côté L'Empire Eclaté, de l'autre Le Pouvoir Confisqué.
Au moins, je sais comment et avec qui Sarkozy va gouverner. Je sais que seule cette équipe est aujourd'hui en mesure de mener les réformes nécessaires à ce pays et qu'elle le fera avec une véritable politique de centre droit à dimension sociale, majoritaire dans l'UMP et au-delà dans le pays.
Je sais aussi à quel prix cela se fera. Qu'au-delà de Nicolas, les grands vainqueurs s'appelleront Arnaud, Serge ou Martin.
Mais je sais aussi à quel point Sarkozy sera obligé de composer, quels soutiens il perdra s'il s'égare, qu'au delà des résultats il sera jugé sur le fond et la forme, et que ses principaux concurrents sont aujourd'hui dans son camp, à fond derrière lui mais qu'ils n'hésiteront pas à le mettre hors jeu s'il ne respecte pas les règles. Les compromis d'entre deux tours, il les a déjà concédés l'année dernière.
Et je sais aussi que seule une défaite provoquera la nécessaire recomposition de la gauche française, incapable de porter ses propres valeurs, de l'écologie à la justice sociale. Il est grand temps pour elle d'embrasser le troisième millénaire. Certes, Ségolène Royal peut gagner ces élections, mais elle ne pourra pas faire gagner le pays et certainement pas apporter la sérénité dans son propre camp. Son camp, d'ailleurs, c'est celui du oui ou celui du non ? celui des progressistes ou celui des réactionnaires ? celui de la relance suicidaire ou celui de la rigueur budgétaire ? L'ultra gauche ayant choisi son champion (Besancenot), n'est-il pas temps d'acter la mort du PS et du PCF et la renaissance au centre de la social démocratie pour redessiner le paysage ?

A ceux qui disent "Tout sauf Sarko" je réponds "Tout sauf Ségo", mais avec en prime "tout sauf un chèque en blanc pour Sarkozy".
Dans quinze jours, j'apporterai mon vote à Nicolas Sarkozy, assorti de ce message : le pouvoir tu le voulais tu l'as alors pas de blague - tu as l'occasion de devenir un grand président et peut-être même quelqu'un de bien*. Si tu dérapes je serai là et d'autres avec moi, bien plus forts et cohérents qu'aujourd'hui. Et tu seras seul. Très seul.


* on a tout de même senti de nouveau, dans son discours d'hier, qu'il avait toujours plus d'amour à prendre qu'à donner.

20070315

Kurdistan, l'autre Irak - blogule rouge aux theocons US

"Kurdistan - The Other Iraq". Ce slogan relevé par le PRWatch sonne certainement mieux que "The Other Other Vietnam", mais je me demande si cela ne présage pas d'une désastreuse répétition des erreurs commises sur l'ensemble du pays. Erreurs qui, pour rappel, n'en étaient pas mais constituaient des choix délibérés.

A travers la Kurdistan Development Corporation, le gouvernement régional du Kurdistan irakien vient d'ouvrir un bureau de représentation à Washington avec à sa tête Qubad al-Talabani, le fils du président Jalal Talabani. Si officiellement, il s'agit de promouvoir les investissements et le tourisme dans la région, l'autonomie voire l'indépendance du Kurdistan figurent nécessairement au programme.
J'éprouve beaucoup de sympathie pour les Kurdes et je leur souhaite l'avenir paisible auquel ils aspirent depuis si longtemps, mais j'émets quelques doutes sur le type de soutien recherché à DC.

On se souvient de l'intense lobbying pro-Irakien mené entre les deux guerres, et surtout du choix délibéré par les theocons US des factions les mieux armées pour causer le maximum de dégats. La partition de l'Irak et le renforcement des fondamentalistes dans la région (et en particulier en Iran et en Israel) était non seulement prévus mais souhaités.

Si j'étais un fondamentaliste US, je ne laisserais certainement pas émerger un Kurdistan démocratique et pacifique au beau milieu de mon terrain de jeu. Au contraire, j'en profiterais pour créer un nouveau pôle d'instabilité dans la région irakienne la plus épargnée par le chaos ambiant. Surtout, j'en profiterai pour exacerber les nationalistes et les fondamentalistes turcs puisque, et nous le constatons chaque jour, la radicalisation de la Turquie constitue le meilleur vecteur de la renaissance du fondamentalisme chrétien en Europe.

Comme pour l'invasion de l'Irak, l'enjeu dépasse largement les champs pétrolifères de Kirkuk : l'objectif est ni plus ni moins de se débarasser de la laïcité en Turquie.

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