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20120901

J'ai survécu à trois jours de Convention Républicaine sur FoxNews

J'en tremble encore: trois jours à me cogner la grand-messe républicaine sur Murdoch TV... pour vous donner une idée de la torture, même Dick Cheney a séché l'événement, et seul Karl Rove a semblé apprécier l'atmosphère irrespirable de Tampa, Fantasy Land*. Un peu normal pour celui que George W. Bush surnomme affectueusement "Fleur d'étron" ("Turd Blossom").

Dubya n'a fait qu'une apparition par écran interposé, son papa à ses côtés. Ron Paul voulait bien participer, mais le parti a jugé plus sage de le cantonner à une vidéo soigneusement éditée: un best of de ses messages à l'exception des plus dissonnants avec ceux du ticket Romney-Ryan... autant dire un clip musical parsemé de quelques courtes citations. Son fiston Rand a eu le droit de délivrer un discours totalement édulcoré. L'ouragan Ron s'est fait entendre par un discours dans son festival off de la Convention à Tampa, puis en refusant d'apporter ses délégués au candidat officiel: Romney n'aura que 90% des voix contre 99% pour son prédécesseur John McCain, pourtant loin de faire l'unanimité au sein de l'empire éclaté républicain en 2008.

Le vétéran du Vietnam a pour sa part succédé à Rand Paul à la tribune pour demander une augmentation du budget de la défense... à l'opposé de Paul Junior, qui venait de demander le contraire, mais c'est tout à fait cohérent pour un parti totalement divisé supposé soutenir un candidat aussi insaisissable qu'une girouette en folie, cyclone Isaac ou non.

Les messages de soutien des poids lourds du parti, au propre (Chris Christie) comme au figuré (Newt Gingrich) ont plus souvent tenu du coup de poignard dans le dos que de la tape amicale. Et à chaque fois qu'une idée sonnait juste, elle se trouvait contredire le programme de Mitt et renforcer celui de Barack. Le reste? Un storytelling saturé d'idéologies rétrogrades, un déni tragi-comique des réalités de ce jeune millénaire, l'ultime preuve que ce grand parti déchiré par des extrêmes totalement incompatibles ne peut plus retarder sa nécessaire réforme.

Condi Rice a eu le culot de venir donner des leçons de politique étrangère à Obama. Sans doute en soutien aux 17 des 24 conseillers de Romney en la matière ayant auparavant travaillé pour Bush-Cheney, la pire équipe de l'histoire des Etats-Unis. Peut-être Condi a-t-elle oublié que sa cible a entre autres reçu le Nobel de la Paix pour avoir restauré l'image des States à l'étranger, et contribué à débarrasser le monde de Ben Laden et Khadafi sans accuser la moindre perte militaire.

Plus fort: Condi Rice a souligné qu'il fallait un leader capable de bien réagir en cas de crise alors que son W. chéri avait fixé le standard absolu de l'absence de réaction au moment le plus critique de ses 2 mandats (revoir l'épisode "My Pet Goat"), puis qu'il fallait se tenir fermement debout face aux tyrans - oui, elle qui a joué assis au piano pour Vladimir Poutine!!!

La mission d'Ann Romney était d'humaniser "I, RomnBot" et de relever sa côte auprès des femmes. Elle n'a réussi qu'à rassurer la base ultra-conservatrice sur son appartenance à la famille des clones de femmes de candidates républicains:
 



Paul Ryan a objectivement réussi son grand oral. A l'aise, drôle, il a totalement mis la salle dans sa poche. Quitte à mentir sans vergogne, mais son texte était écrit par la même plume responsable des discours de Dan Quayle, Dick Cheney ou Sarah Palin, c'est dire. Ryan a même eu le culot d'accuser Obama de ne pas avoir tenu sa promesse de maintenir une usine de General Motors ouverte. Non seulement cette usine a fermé pendant la Présidence Bush, mais Obama a sauvé GM de la faillite que préconisait Mitt Romney.

Le dernier jour a été à la fois le plus long et le plus drôle. Aux comiques habituels invités par Sean Hannity sur FoxNews (Sarah Palin, Rick Perry, Karl Rove...) s'est ajouté Clint Eastwood. Cette caricature d'Inspecteur Harry mêlée du Charlton Heston au pire de ses années NRAlzheimer a tout simplement totalement torpillé la convention. Et avec son charisme d'enclume, Mitt Romney s'est fait voler la vedette par le fantôme d'une star hollywoodienne balbutiant une discussion sans queue ni tête avec une chaise vide.

Pour clore le spectacle, Romney a fait du Romney. Commençant par fendre la foudre avec la grâce d'un robot mal huilé (il n'a visiblement pas l'habitude de serrer des mains sans signer de contrat dans la foulée), puis terminant perdu dans une mer de ses congénères, des ballon d'hélium peinturlurés aux couleurs de l'Amérique.

Romney a pourtant failli atteindre le graal que les storytellers du GOP s'étaient fixés, humaniser une personnalité sans âme, mais au moment où l'émotion a pointé dans sa voix, il s'est mis à livrer sa vision ultra-conservatrice du rôle de la femme au foyer. Ce candidat du IIIe millénaire est visiblement resté scotché dans les années 1950 avec ses idées du XIXe siècle.

La dernière journée était supposée faire le double parallèle entre Reagan-Carter et Romney-Obama, elle n'a fait que renforcer le ticket Obama-Biden, et ridiculiser Romney-Ryan en caricature de Bob Dole - Dan Quayle.

Sur le fond comme sur la forme, il n'y a absolument aucune photo entre les deux propositions. Romney ne peut plus compter que sur l'Europe pour bénéficier d'une rechute brutale de l'économie, et bien sûr sur ses puissants SuperPACs pour arroser les écrans publicitaires d'une propagande mensongère un peu plus efficace que cette interminable farce odieuvisuelle.


blogules 2012
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* voir sur blogules en V.O.:
3/3 - Romney's big night? A bitter sleeping pill:
http://e-blogules.blogspot.com/2012/08/romneys-big-night-bitter-sleeping-pill.html
2/3 - Lies, damned lies, and RNCs:
http://e-blogules.blogspot.com/2012/08/lies-damned-lies-and-rncs.html
1/3 - Total Un-Recall: RNC 2012 In Denial, Welcome to Tampa, FL (Fantasy Land)
http://e-blogules.blogspot.com/2012/08/total-un-recall-rnc-2012-in-denial.html
Bonus: Attack of the GOP First Lady Wannabe Clones:
http://e-blogules.blogspot.com/2012/08/attack-of-gop-first-lady-wannabe-clones.html

20100428

Arizona Dream

De retour de l'inauguration de sa Grande Muraille d'Arizona, le Président McCain a inspecté la marée noire en Louisiane depuis l'hélicoptère de Marine One : "Quel gâchis ! Tous ces hectolitres se perdant bêtement le long de nos côtes au lieu de contribuer activement aux fondamentamentaux sains de notre économie..."

Pendant ce temps-là...

- La Vice-Présidente Palin visitait une école créationniste : "un de ces gosses avait écrit un truc pas croyable : 'il y a quatre mille ans, quand les dinosaures foulaient le sol de la terre, les hommes utilisaient leurs os pour jouer au baseball'. Bien sûr, j'ai corrigé tout de suite au tableau en rajoutant le e à 'dinoes'."

- Le Secrétaire du Trésor Lloyd Blankfein participait à une réunion préparatoire au sommet du G20 : "un petit Frenchie a sorti une idée géniale pour Jean-Claude Trichet : enrouler la Grèce dans du papier toilette et le vendre à Abu Dhabi avec le Pont de Brooklyn en cadeau. J'ai suggéré d'ajouter les New York Mets mais Fabulous Fab Tourre m'a sagement fait comprendre que ça pouvait paraître suspect."

- George W. Bush inaugurait sa Librairie Présidentielle : "tous les 10.000 bouquins que j'ai lus sont ici. Je n'utilise jamais deux fois le même exemplaire de la Bible, et quant à l'autre livre, 'My pet goat', j'ai cette année l'ambition d'attaquer la page 5."

- Le Sénateur Obama assistait à une Milk Party : le mouvement de Michelle Obama revendique 10.000 nouveaux membres chaque jour, et tous les sondages la donnent favorite pour 2012.

blogules 2010 - voir l'original en V.O.

20090827

Sarkozy: le grand emprunt

Françaises, Français,
Mes chers compatriotes,

J'ai décidé d'avoir recours à un Grand Emprunt National.

Pour votre plus grand plaisir, naturellement, puisque quand il y a de la GEN, il y a du plaisir à retrouver deux prestigieux anciens premiers ministres au service de la République.

C'est Barack Obama qui m'a donné l'idée d'une commission bi-partisane. Il m'a dit "si tu veux faire passer une réforme d'ampleur, appuie-toi sur des grands noms de chaque camp, des vieux lions comme Ted Kennedy ou John McCain".

Bon. Mon ambition n'est pas de faire passer une réforme d'ampleur mais de faire avaler une arnaque d'ampleur. Par ailleurs, le père Ted vient de casser sa pipe, le brave John McCain n'est plus très étanche, et des vieux lions ça ne court pas vraiment nos rues : VGE est grillé depuis que l'Europe est morte, Chirac pige que pouic aux questions financières depuis qu'il ne gère plus sa mairie et ses Méry... et la seule crinière blanche que j'aperçois à l'horizon est celle de ce fourbe de Villepin.

J'ai donc choisi en mon âme et conscience (c'est à dire sur un site de paris en ligne) Alain Juppé et Michel Rocard : ces deux croutons n'ayant aucun pouvoir législatif et parlant une langue qu'aucun Français ne comprend, ils chaponneront idéalement les 22 autres gusses que jusqu'à présent, je n'avais pas réussi à caser dans une commission bidon.

Pour encadrer la fine troupe, j'ai dépêché Christine Lagarde et Eric Woerth Michard : ces gardiens du temple ont pour mission de s'assurer que le dérapage budgétaire supplémentaire de 80 à 100 milliards d'euros soit avalé par Bruxelles.

Mes chers compatriotes, ma mission à moi, c'est de la faire avaler par vous.

Pour commencer, à quoi vont servir tous ces milliards ?

Il s'agit déjà de payer à leur injuste valeur les cabinets de conseil retenus par la commission pour dépanner les copains. Je compte également compenser la disparition de la taxe professionnelle, et j'ai même déjà trouvé un joli nom à cet effet : "lutte contre le déclassement", pas mal, non ? Je dois aussi offrir une nouvelle guitare à Carla en peau de pécari signée Berluti, mais ça c'est un secret.

Pour affecter les quelques millions restant, j'ai fixé à la Commission Juppé-Rocard trois directions politiquement consensuelles : l'économie de la connaissance, la compétitivité des entreprises, et les équipements industriels innovants - vous savez, ces nouvelles technos non virtuelles, qui plantent de belles cheminées et de beaux emplois au milieu de nos campagnes.

En fait, ce Grand Emprunt National reprend ce qui était déjà prévu au budget mais que l'on ne pouvait plus s'offrir après avoir laissé le déficit se creuser. Donc pour combler le trou j'en creuse un autre plus profond juste à côté, c'est pas plus compliqué que ça.

Je compte par ailleurs poursuivre les efforts dans le cadre de mes autres grands emprunts nationaux et dans les mois qui viennent, il n'est pas impossible que j'emprunte un ou deux nouveaux ministres au PS, ou que Henri Guaino emprunte quelques nouvelles figures historiques pour mes discours.

En vous remerciant pour votre incompréhension, je vous prie d'agréer, mes chers compatriotes, mon pied de nez le moins distingué.

Votre hyper hype président adoré,

Nicolas Sarkozy

Agence Fausse Presse - blogules 2009

20090228

Un Leader Pour Ce Millénaire

Aujourd'hui, le monde semble enfin avoir réalisé la nature fondamentale d'une crise trop longtemps déniée, et la nécessité de repenser l'économie sur des bases plus saines. Nous devons accueillir avec soulagement les vifs débats de fond actuels, signes qu'à défaut de corriger le tir, les économistes ont enfin recommencé à s'interroger sur leur coeur de métier (cf "Du free market au fair market").

Mais les risques de crises systémiques encore plus violentes à court terme persistent. Et Obama n'a pas totalement rassuré ses détracteurs sur sa capacité à assumer une tâche chaque jour plus décourageante dans un environnement toujours aussi instable et incertain.

Certes, Barack Obama a triomphé en 2008 sur des qualités reconnues et fortement éprouvées au cours d'une campagne d'exception face à Hillary Clinton puis John McCain*. Sa façon d'appréhender l'effondrement du système financier de l'automne dernier a par ailleurs renforcé la conviction qu'il était le mieux armé pour répondre aux défis de ce jeune siècle.

Mais le jeune président se retrouve aujourd'hui face à un challenge sans commune mesure avec sa brillante campagne électorale : "autant Obama For America relevait de la belle start-up monoproduit, autant Barack se trouve aujourd'hui à la tête d'un conglomérat infiniment diversifié. Avec un casting d'enfer à potentiellement tous les sens du terme" (cf "
Obamatrice").

Pourtant, si Obama devait échouer, je doute que ce soit pour ses qualités de leader. Pour avoir eu le plaisir d'évoluer dans des contextes professionnels extrêmes (environnements ultra innovants et ultra instables, enjeux financiers monstrueux, paysage concurrentiel / coopétitif inextricable, incertitudes maximales, disruptions majeures à tous les niveaux...), je me suis fait ma petite idée sur le profil idéal du dirigeant capable de réussir une révolution en douceur dans ce type de conditions anormales de température et de pression*. Et ce qui me frappe le plus chez Obama, c'est la présence combinée de qualités à la fois rares et essentielles dans cette perspective :

. Un charisme "ouvert" : Obama a conscience de son pouvoir quasi magnétique et sait en user, mais à bon escient. Il se sait capable de mettre ses fans en transe, mais refuse le rôle du gourou infaillible. Son charisme n'aliène pas mais au contraire stimule l'initiative personnelle et collective. Ce leader n'impose pas une foi mais réveille l'espoir et la volonté de penser par soi-même, d'aller vers l'autre et d'échanger. S'il semble rayonner, c'est pour mieux donner à chacun et chacune l'envie et l'énergie de rayonner, chacun et chacune à sa façon, indépendamment de lui.

. Un manager de l'intelligence : mobilisateur d'hommes, d'idées et d'énergie, Obama sait faire en sorte que chacun donne le meilleur de lui-même et que le collectif apporte un effet positif multiplicateur, ce qui est l'essence même du management. Ce Président 2.0 mettra sans nul doute à profit les acquis du Candidat 2.0, en particulier pour démultiplier la dynamique de changement au plus près de chaque comté de l'Union (cf "
Change - Mobilization Has Started"). Mais Obama sait au-delà manager la connaissance et l'intelligence, et fonctionne en réseau au sens ouvert du terme. Sa grande force est moins l'intelligence que la capacité à la stimuler et la mettre au travail, avec en prime la curiosité de toujours vouloir repousser les limites. En d'autres termes : Obama n'est pas nécessairement un génie, mais il a la tête remarquablement bien faite et une sacrée volonté pour l'exploiter au mieux. Ce n'est pas un visionnaire, mais il a la capacité de prendre et de donner du recul, de faire émerger une vision. Comme pour le charisme, il a conscience de ses atouts et de ses limites, et il optimise l'efficacité de la communauté en se tournant vers les autres. Sa décision d'organiser deux fois par mois un cocktail à la Maison Blanche traduit de façon presque caricaturale sa peur panique de tarir la source dans le cocon présidentiel : on voit la logique de privilégier des échanges informels au protocole rigide des dîners placés... mais je doute que le maître des lieux tienne le pari dans la durée.

. Un décideur ferme, un pilote agile : dans ce genre de contexte, beaucoup seraient paralysés par l'enjeu ou les incertitudes. Mais comme le prouve l'accélération de la crise, procrastiner n'est pas une option. Le leader doit donc trancher vite et assumer ses décisions. Obama annonce d'ailleurs la couleur : il sait qu'il fera des erreurs, mais il est essentiel qu'il les repère au plus vite et qu'il tire les enseignements au fil de l'eau pour corriger le tir en permanence et maintenir le cap. Tout cela demande à la fois de la fermeté et de la souplesse, une flexibilité et un pragmatisme en rupture totale avec le dogmatisme obtus de son fondamentaliste de prédécesseur. Mais le plus difficile pour le leader est de faire percoler cette agilité à travers toute l'organisation. Parce que cette organisation est intelligente et apprenante, elle amènera vers de meilleures décisions, génèrera de nouveaux processus et de nouveaux instruments de pilotage sans cesse challengés pour bien suivre et mieux encore, bien anticiper les ruptures dans l'environnement. Parce que le leader assume ses décisions et ses erreurs, cette organisation osera et créera des opportunités tout en faisant front face aux risques.

. Un pédagogue respectueux et respectable : Obama joue la carte de la transparence, s'efforce de rendre simple la complexité, et assure un service avant-vente et un service après-vente de chaque décision bien au-delà de l'obligation contractuelle. On l'a vu échouer dans cet exercice périlleux, mais on le voit surtout essayer avec sincérité parce qu'il respecte sa charge et tous ceux qui seront impactés par ses décisions. "Respect" n'est pas vain mot chez cet homme : Obama respecte son environnement à tous les sens du terme et cela inclut bien au-delà de ses électeurs, ses collaborateurs, ses partenaires, ses concurents et coopétiteurs, l'Histoire, le monde dans toute sa diversité**... Barack Obama a beaucoup de défauts (et il ne serait jamais là où il est sans certains d'entre eux), mais il a une vision du monde saine et fondée sur le respect. Ses valeurs peuvent paraître presque conservatrices sur certains plans, mais les personnes qui comptent le plus pour lui sont des gens biens qu'il respecte pour leur intelligence, leur intégrité, et leur capacité à le remettre à sa place quand il le mérite. S'il est un leader hors normes, il le doit à 100% à Michelle, et à quelques pourcents supplémentaires à David Axelrod. On l'a vu pendant les Primaires face à Clinton puis sur la route de DC face à McCain*** : Obama a tendance à attirer les gentils et repousser les méchants, pendant que ses adversaires, incapables de trouver un angle d'attaque durable, finissent par se tirer une balle dans le pied en sombrant dans le dénigrement le plus stérile.

Bon. Tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, et j'ai toujours quelques sérieux doutes sur le casting (rien à faire, Geithner n'a ni la pointure ni la vision).

Mais quitte à avancer dans le brouillard, je préfère que ce soit avec un bonhomme comme Obama à la barre.

* étant entendu que je ne corresponds bien évidemment pas du tout à ce profil idéal... d'autant plus que, désolé, je prends plus mon pied dans la conception et l'introduction du changement que dans sa mise en oeuvre opérationnelle et sa conduite.
** voir aussi "
True v. False vs Good v. Evil"
*** ex face à Hillary (cf "
Dial Hillary for murder") : "To me it's a question of character and management : Obama sticked to his principles and kept his team focused on the campaign guidelines he set from the start. Good guys tend to follow him. That's the difference between a pack leader and a great leader". ex face à John : "Second débat : le XXIe siècle l'emporte sur le XXe" / "Debate # 2 : XXIst Century wins".

20081105

L'Amérique est de nouveau une grande nation

Barack Hussein Obama est le 44ème Président des Etats Unis d'Amérique.

Cet homme (ou Joe Biden, ou au pire Hillary Clinton*) nommera les prochains membres de la Cour Suprême : des juges sains et non-partisans qui s'assureront que, pour les décennies à venir, le pays non seulement demeurera une démocratie, mais deviendra une démocratie meilleure.

L'Amérique a refusé l'
Amerika de Bush-McCain-Palin pour embrasser la démocratie dans un vote franc et massif**.

L'Amérique a décidé de mener l'Occident avec un leader solide doté d'une vision claire et d'une approche saine des challenges les plus complexes, et ce leader se trouve être un Afro-Américain né au milieu de l'Océan Pacifique et élevé en Asie du Sud-Est.

L'Amérique, qui avait insulté l'Histoire il y a quatre ans, a décidé de lui dire enfin "YES WE CAN"***.

Avec l'élection de Barack Obama, la plus vitale depuis celle d'Abraham Lincoln, l'Amérique vient tout simplement de faire le plus grand pas vers la rédemption.

Quoi qu'il arrive par la suite (et il ne faut pas s'attendre à une partie de rigolade), l'Amérique pourra à jamais chérir ce moment de grâce avec fierté.


* si un lunatique venait à réaliser son
rêve le plus fou (et mon pire cauchemar) avant le 20 Janvier, Biden lui cèderait probablement les commandes.
** et il le fallait pour écraser cette campagne odieuse, ces trucages de dernière minute, et les probables actions en justice en cas de décision au finish. Au passage, espérons que le Président Obama fera un petit quelque chose pour améliorer les élections fédérales US, de plus en plus dignes d'une république bananière

*** and YES I CAN take a break from this nut house. Grâce à Barack, mais aussi à ses David Plouffe et Axelrod - mais quelle campagne mes aïeux, quelle campagne ! La page Karl Rove est bien tournée.

20081026

Résumé des épisodes précédents

Récapitulons :

- le champion du monde capitaliste implore le champion du monde socialiste de lui éviter la banqueroute

- la moralisation de l'économie internationale repose sur les épaules d'un socialiste Français coureur de jupons hongrois

- la personne la mieux placée pour tenir la barre de l'occident et l'empêcher de se laisser submerger par la déferlante du siècle est un jeune Hawaïen même pas champion de surf

- la première puissance mondiale a peur d'élire un leader visionnaire, pragmatique et rassembleur, et se demande toujours si après tout il ne vaudrait pas prendre ce vieux grincheux buté, aux pulsions suicidaires, et qui sera probablement remplacé en cours de route par une dangereuse fanatique

- et Raymond Domenech est toujours à la tête des Bleus

- ...

Si vous voulez mon humble avis, on n'est peut-être plus très loin d'entrer enfin dans ce bon sang de IIIe millénaire.

20081022

Le dernier combat

John McCain n’a plus le choix : son seul moyen de gagner l’élection est de faire perdre Obama, et avec les moyens dont il dispose (quatre fois moins de staff que son rival en Floride, 3 fois moins d’investissements publicitaires), les robocalls et les rumeurs negatives ont de loin le meilleur rendement.

Et ça marche : McCain limite fortement la casse et remonte dans certains Etats clefs dont la Floride (du moins avant l’annonce du ralliement de Powell a Obama).

A ce stade, peu lui importe les moyens et les incoherences de son argumentaire :

Obama a fait ami-ami avec un "terroriste" ? Le Bill Ayers qu'il a connu est un ancien citoyen de l'année à Chicago, suffisamment respectable pour figurer au même conseil d'une association caritative gérée par des Républicains. McCain se garde bien de parler de sa présence au board de l'USWCF au moment précis où ce repaire de nazillons notoires semait la terreur en Amérique Centrale.

Obama "menace la démocratie" avec les faux électeurs d'ACORN ? Pour gonfler leurs stats de recrutement des indélicats ont bien enregistré des célébrités comme Mickey Mouse à l'insu de leur plein gré, mais ACORN n'a rien à voir avec la campagne Obama-Biden ni même avec le Parti Démocrate. Et McCain se garde bien de parler de YPM*, de ces 200,000 électeurs interdits de vote en Ohio avant que la Cour Suprême fédérale ne vole à leur secours**, de ce site chargé de gérer le vote (toujours en Ohio) piraté, ou encore de ces très étranges bugs constatés sur les machines de vote électronique dans la plupart des Etats proposant le vote anticipé***.

Obama propose une plateforme "socialiste" ? Mais bien au contraire, le Sénateur de l'Illinois se bat pour sauver l'économie de marché que John McCain a contribué à enfoncer dans la crise... et que je sache, John McCain a bien voté le même plan socialisant les pertes de Wall Street et autorisant les prises de participation dans les grands groupes privés US.

Obama ne partage pas les valeurs de l'Amérique profonde ? Mais justement, Barack veut restaurer les valeurs qui ont fait rayonner ce pays dans le monde, tandis que John McCain s'est littéralement prostitué auprès des pires ennemis de l'Amérique pour devenir président. Quant à la foi, celle d'Obama est sincère et profonde, tandis que l'opportuniste McCain se contente de réciter sans conviction les mantras de ceux qu'il cherche à séduire.

Comme le disait fort justement Bertrand Russell, "tout le problème de ce monde, c'est que les idiots et les fanatiques sont toujours tellement sûrs d'eux-même, alors que les sages sont tellement pleins de doutes".

* Young Political Majors : cette officine mandatée par le Parti Républicain fait l'objet de nombreuses enquêtes pour des fraudes électorales couvrant plusieurs états (ex plusieurs dizaines de Démocrates ont découvert qu'une pétition qu'ils avaient signée à la sortie d'un mall les avait fait basculer dans le camp Républicain). Le patron de YPM vient d'être arrêté au Canada (cf "
Drop ACORN, pick up YPM").
** d'où
une fois de plus l'importance vitale de cette élection
*** ex en Virginie Occidentale, le nom du candidat Républicain apparaît quand on choisit le candidat Démocrate - au New Jersey, la Cour Suprême enquête sur les défauts de sécurité des équipements de vote - en Floride, nombreuses pannes hier, jour d'ouverture et d'affluence record...

20081016

Obama adopte Joe Le Plombier

"Lui c'est lui, moi c'est moi".

Voici la VF du "Senator Obama, I'm not President Bush" de John McCain.

Si on prend ce dernier débat comme un match de boxe, le Sénateur de l'Arizona l'a clairement emporté. Mais il ne s'agit pas d'un match de boxe, et les Américains n'ont pas vraiment la tête à compter ce type de points dans le contexte actuel. Obama, pourtant dans un jour assez médiocre, en a sans doute marqué beaucoup plus en confortant son profil présidentiel face à un adversaire toujours aussi tendu et peu sincère.

McCain a mené la première moitié du débat en essayant de tenir son adversaire dans les cordes, sur la défensive. Ce vieux catcheur a cherché à lui imposer un troisième larron sur le ring : "Joe The Plumber", un plombier de l'Ohio supposé déçu de l'Obamisme, incapable de racheter l'affaire où il travaille depuis des années sous prétexte que ce vilain bonhomme chercherait à l'accabler de taxes. Obama a poliment intercepté l'intrus en dégainant calmement son programme et en continuant à s'adresser aux Américains les yeux dans les yeux... un privilège que Mac n'aura réservé qu'à son seul ami plombier (à part dans un emballage final moins plat que celui de son concurrent).

John a tout de même survécu au sujet casse-gueule par excellence : la pertinence du choix de Vice-Président. Obama a tout simplement oublié de rappeler que Joe Biden était prêt à tout moment à assumer le job le plus dur du monde... Dommage.

Le Sénateur de l'Illinois a une fois de plus dominé le débat sur les questions de santé et d'éducation, et une fois de plus laissé échapper de belles occasions sur l'économie et la façon de mener une campagne. Il a savoureusement rappelé qu'il avait fréquenté le "terroriste" Bill Ayers dans un organisme piloté par des Républicains, et parfaitement exprimé sa pensée sur Roe v. Wade (au fond, "personne n'est pro-avortement"). Et sa façon de courtiser l'Ohio et le Michigan était un poil plus subtile.

Au final, McCain donnait l'impression de savourer sa victoire, mais Obama était venu pour débattre, pas pour se battre. Il est amusant de voir comment tous les adversaires d'Obama finissent par s'énerver et se tirer une balle dans le pied en dépassant les limites. S'il n'a pas franchi la ligne jaune ce soir, McCain apparaît de nouveaux comme un vieux grincheux et le perdant dans l'histoire.

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Les débats précédents pour rappel :
"
Second débat : le XXIe siècle l'emporte sur le XXe"
"
Palin dans la peau de Ross Perot "
"
Premier débat Présidentiel - un air de déjà vu"

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retrouvez cet article sur blogules en V.O. "Debate #3 : That One tamed The Whipper"

20081008

Second débat : le XXIe siècle l'emporte sur le XXe


Mac est parvenu à ne pas péter les plombs... mais la caméra a fini par le trahir, vert de rage en arrière-plan, à se cramponner au dossier de sa chaise pendant qu'Obama déroulait son propre tapis rouge vers la Maison Blanche (le matériel n'a pas cédé et c'était bien là la seule différence avec Amy Poehler / Hillary Clinton pendant le premier sketch de Tina Fey / Sarah Palin sur SNL).

Peu importe. John McCain n'était pas là ce soir. On a eu droit à une espèce de débat très, très, très mal géré par Tom Brokaw*, mais le héros était Missing In Action. Inaudible, ratatiné dans une moquette aux couleurs d'un parti trop grand pour lui, sonnant creux dans toutes ses attaques comme dans toutes ses envolées supposées lyriques, scotché avec Teddy Roosevelt et Reagan quand son adversaire parlait du XXIe siècle. Ringard, fini, avec un énorme "loser" imprimé sur le front. 

Il n'a même pas osé prononcer une seule fois le mot "maverick", c'est tout dire. "I know how to" ("je sais comment faire"), ça, oui, à maintes reprises... mais sans plus de précisions. Barack Obama s'est permis de concéder ironiquement qu'effectivement, "il ne comprenait pas"... pourquoi Bush et McCain avaient engagé l'invasion de l'Irak au lieu de lutter contre le terrorisme là où il était réellement, qu'effectivement, il était en faveur d'un "gouvernement plus intrusif"... pour s'intéresser de près à ce que les grosses entreprises faisaient des faveurs qu'il leur accordait.

Barack Obama n'a rien apporté de vraiment nouveau depuis le dernier débat, mais il est autrement plus clair sur qui il est, où il veut aller et comment il compte le faire. Surtout, le public américain doit se sentir de plus en plus confortable avec l'idée de l'avoir pour Président. 

Quelques cheveux blancs de plus (merci Hurricane Hillary), un costume mieux taillé (moins de galons sur les épaules, mais quelles épaules !), et un discours sans équivoque sur son rapport aux vrais terroristes ("kill Bin Laden")... Obama en impose, il a les idées claires, il est le Commandant en Chef qu'on a envie d'écouter, le leader auquel on a envie de confier la barre dans la tempête.

Inversement, la "vision du futur" de John McCain ressemble de moins en moins à la Maison Blanche. A la limite, une "october surprise" à la Dick Cheney (genre Ben Laden sort un CD de ses greatest hits) ne suffirait pas à le sortir du trou.

McCain a perdu la bataille sur l'économie. McCain a perdu la bataille sur la santé. McCain a perdu la guerre sur l'Irak et l'Afghanistan***...

McCain a tout simplement perdu la guerre en McCainistan.


* le grand perdant du soir : incapable de respecter les règles du jeu (y compris quand McCain a serré la main d'un membre de l'audience), et ridicule sur le coup du prompteur à la fin du débat.
** merci Sarah d'avoir définitivement grillé cette cartouche contre Biden le 2 octobre
*** Il a limité la casse sur la Géorgie de son ami Sakashvili ; drôle de compensation

20081003

Palin dans la peau de Ross Perot


Après quelques jours de fine tuning dans le ranch de McCain à Sedona, AZ, la dernière version de Sarah Palin a été présentée à la presse.

Moins crispé que lors de ses dernières sorties, et désormais autoproclamé expert national sur les questions énergétiques, le Gobernator d'Alaska nous a joué la partition du pitbull mâtiné de Ross Perot.

Quelques clins d'oeil forcés, une floppée de "Maverick" en veux-tu en voilà, et puis un déluge de Joe Six Pack, Hockey Mom, Heck of a lot, mainstreeter, walk-the-walk-talk-the-talk... décochés avec un accent résonnant de façon beaucoup moins "naturelle" que chez George W. Bush (ce fameux "Texan du peuple" élevé avec une cuiller d'argent dans la bouche en Nouvelle Angleterre).

Joe Biden a joué la sobriété. Comme Obama lors du débat précédent**, il a manqué d'incisivité sur l'économie - son adversaire s'inscrivait en plus totalement dans le registre de la "peur" pour gagner l'audience.

Pour le plus grand plaisir de Mme Palin de Main Street Wasilla, AK, Mr Biden s'est parfois embarqué tout seul dans le jargon d'arrière-cuisine des Sénateurs au long cours, et il a une fois de plus gaffé en s'aliénant une partie de sa base sur la question-piège du mariage gay-lesbien (Palin se félicitant de le compter dans son camp), mais il n'a pas mâché ses mots au moment de régler leurs comptes à l'héritage de George W. Bush ("un échec abject") et de son âme damnée Dick Cheney ("le Vice-Président le plus dangereux de l'Histoire").

Surtout, il est apparu comme l'authentique "natural" dans ce débat. Quand le "body language" de Sarah Palin hurlait à l'imposture, son seul moment d'émotion à lui a sonné fort et juste**. Avec lui, le soutien à Israël (un passage obligé dans toute campagne) semble venir du coeur ; avec elle, tout droit d'une brochure de l'AIPAC.

Comme prévu, Sarah Palin a plus que tenu le choc, retrouvant la confiance en soi qui avait dynamisé la base conservatrice il y a un mois. Les comtés reculés sont donc saufs pour le ticket McCain. Reste à rebâtir une dynamique de victoire sur cette nouvelle non-défaite.


* cf "
Premier débat Présidentiel - un air de déjà vu"
** l'équivalent US du "vous n'avez pas le monopole du coeur" : quand Palin joue très basiquement sur la fibre maternelle, lui a la gorge serrée au moment d'évoquer sa responsabilité d'élever seul ses enfants (il avait à l'époque considéré le suicide).

20080928

Un Maverick ou un joueur invétéré ?

Jo Becker et Don van Natta Jr du The New York Times viennent de nous livrer un édifiant papier sur John McCain, ses relations au jeu et à l'industrie du jeu*.

Cet homme est un joueur, et une quarantaine de membres de son équipe de campagne ou de ses principaux donateurs présente des liens étroits avec l'industrie du jeu.

Cela ne surprendra vraiment personne, et explique beaucoup de choses sur le personnage et son comportement, en particulier pendant cette semaine où la chance ne l'a pas vraiment servi (cf son coup de poker manqué sur le plan de sauvetage de Wall Street).

Au-delà du "quoi" (un vice peu glamour pour une personne ayant accès aux codes nucléaires), il convient de se poser la question du timing. Pourquoi ce type de sujets ressort maintenant ?

Les media avaient jusqu'à présent relativement épargné John McCain sur la question du "character". Sa nervosité lors du premier débat ravive certes le spectre de ses colères légendaires, mais je ne serais pas surpris de lire beaucoup de sujets relatifs à la moralité du personnage : un joueur invétéré, coureur de jupons, capable de plaquer sa femme, défigurée par un accident de voiture, pour une plus jeune, plus belle et plus riche... pas vraiment le candidat modèle pour la droite religieuse US.

Cette droite religieuse US ne l'a rallié que grâce à la bénédiction officielle du très theocon George W. Bush à la Convention Républicaine**, et la nomination de la tout aussi illuminée Sarah Palin.

Pour obtenir la nomination, Maverick John a tenté le grand écart entre son passé d'indépendant et un futur totalement soumis à ses ennemis d'hier, et ça commence à se voir. La nullité crasse de Palin aussi : elle n'a accordé que 3 interviews depuis sa nomination contre une centaine pour Biden, et chaque sortie la montre moins crédible et plus fébrile. McCain et Bush devront trouver une sacrée diversion (une petite bombe sur Téhéran ?) pour faire annuler le prochain débat supposé opposer Joe et Sarah***.

Pour peu que les media braquent encore plus les projecteurs sur ses contradictions et sur le profil réellement effrayant de sa colistière, McCain pourrait bien perdre le soutien d'une partie des fondamentalistes sur sa droite, et de sa base indépendante au centre.

Il semble que de plus en plus de Républicains ne voient pas d'un mauvais oeil un échec de ce ticket contre nature : s'ils souhaitent réformer le parti, le purger des théocons et néocons, et accessoirement sauver leur pays, il est préférable que McCain-Palin échoue et si possible lourdement.

Si les media veulent se racheter de leur compromission avec l'administration Bush pendant les années 2002-2006, c'est le moment de faire du journalisme d'investigation et d'éclairer l'électeur US sur qui sont réellement Barack Obama, Joe Biden, John McCain et Sarah Palin.


* cf "
McCain and Team Have Many Ties to Gambling Industry" (NYT 20080928)
** cf "
Le véritable "changement" selon McCain-Palin-Bush " / "Change is coming" and Mac "will fight", but for whom and for what ?"
*** elle pourra néanmoins réciter les mantras pondues par Steve Schmidt sans risquer d'être contredite par son adversaire : les Républicains ont obtenu un format excluant le débat direct pour protéger leur candidate.

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initialement publié sur blogules VO ("
A Maverick or a Gambler ? ")

20080927

Premier débat Présidentiel - un air de déjà vu

John McCain n'a pas perdu le premier débat présidentiel, et cela peut être considéré comme une victoire compte tenu des circonstances.

Barack Obama a gentillement évité de s'étonner de sa présence alors que le plan de sauvetage de ses amis financiers n'est pas encore signé, ou de lui signaler que, pour changer les mauvaises habitudes de Wall Street, il serait plus urgent de virer ses nombreux conseillers lobbyistes (qu'il a choisi et nommé) que le patron de la SEC (que le Président des Etats Unis n'a pas le pouvoir de virer). Dommage qu'Obama n'ait pas été plus incisif sur l'économie. Il a mis du temps à se mettre en jambe, accusant visiblement le contrecoup de la fatigue (merci Dubya pour les heures de vol inutiles).

John a tiré le "meilleur" ou plutôt le maximum du peu dont il disposait, mais toujours en restant scotché au raz des pâquerettes et dans le registre émotionnel* là où Barack essayait de tirer le débat vers le haut et le registre rationel. A propos de l'Irak, McCain a focalisé son discours sur la "surge strategy", et Obama lui a rappelé que cela relevait du tactique et non du stratégique : la vraie question n'était pas pour ou contre plus de troupes en Irak mais bien plus fondamentalement pour ou contre l'invasion de l'Irak.

Si Obama a été plus présidentiel sur les affaires étrangères, le grand public aura pu se laisser abuser par la roublardise de son adversaire, étalant sa connaissance des théâtres des opérations comme autant de blessures de guerre.

J'ai franchement eu l'impression de revoir les débats Bush-Kerry, le fourbe malin comme un singe gagnant le public sur la forme face à un sage doté d'une véritable vision et de véritables valeurs morales, mais un peu trop professoral, un peu trop respectueux de son adversaire et de l'électeur, et donc forcément un peu trop sur la défensive.

Le candidat Républicain a usé et abusé des grosses ficelles à la Rove / Schmidt, par exemple en retournant de façon mensongère contre leur auteur les attaques portées sur lui de façon légitime : le "McCain ne comprend pas" / "he just doesn't get it"
asséné par le Sénateur de l'Illinois à la Convention Démocrate revenant plusieurs fois dans sa bouche comme "Obama ne comprend pas".

J'ai bien peur que ce soit l'électeur américain qui ne comprenne pas : il risque de se faire avoir une fois de plus, mais
cette fois-ci, il n'y aura plus de séance de rattrapage.

* avec le vocabulaire typiquement bushien dont raffolent les fondamentalistes ("evil", "greed", "Holocaust"...)

20080904

Le véritable "changement" selon McCain-Palin-Bush


George W. Bush a parlé à la Convention Nationale Républicaine.

Pas le Président, ni le Républicain, mais le leader fondamentaliste.

Son message est clair : le ticket McCain - Palin doit impérativement lui succéder pour poursuivre son oeuvre et parachever sa transformation du pays amorcée il y a huit ans.

Ce "changement" n'a pas grand chose à voir avec celui que propose Obama.

Ce "changement" va bien au-delà de détails comme l'économie ou la guerre en Irak : il est ni plus ni moins question de faire basculer les Etats-Unis d'Amérique dans le camp des théocraties.

Ce "changement" est vraiment à portée de main, à un battement de coeur. Pas celui du Président, mais celui des membres de la Cour Suprême. Les récentes décisions l'ont prouvé, cela se joue désormais à une voix*, et même les juges progressistes font des faux pas.

Le discours de Dubya fourmille de références religieuses et insiste sur un point : comme il l'a prouvé sur le dossier Irakien, McCain exécute désormais ses ordres et on peut lui faire confiance**.

La question ne se pose même pas pour Sarah Palin, une born again Christian aussi illuminée que W himself : cette ayatollette ne se contente pas de soutenir l'Intelligent Design***, elle a essayé de virer un bibliothécaire qui refusait de censurer des livres ne correspondant pas avec sa vision du monde. Au passage : je ne vois pas comment une personne refusant l'évolution peut prétendre symboliser le changement...

Même s'ils ne sont pas convaincus de l'"intégrité / intégrisme" de John et Sarah, et même s'il doivent chaque jour avaler de nouvelles couleuvres concernant le passé de Palin, les theocons sont obligés de monter au créneau pour les défendre becs et ongles. Une fois de plus, c'est de l'avenir du pays et du monde qu'il est question et si les fondamentalistes loupent ce coche, une aussi belle occasion ne risque pas de se représenter de sitôt.

Il y a quatre ans, le choix était le même : pas Républicains contre Démocrates mais défenseurs de la république et de la démocratie d'un côté, théocrates de l'autre. Ce qui a changé, c'est la composition de la Cour Suprême : les conservateurs John Roberts et Samuel Alito ont remplacé William Rehnquist (pas vraiment une perte) et surtout Sandra Day O'Connor, une modérée plutôt pro-choice.

Espérons que cette fois-ci, les électeurs américains ne se laisseront plus prendre à un piège aussi grossier. Espérons que cette fois-ci, l'Amérique déclare enfin son indépendance contre le fondamentalisme****.


* ex "5-4. Still standing" (20080613)
** pour vanter l'indépendance d'esprit du candidat McCain dans son discours à la Convention, Dubya n'a pas trouvé de meilleur exemple que sa montée au créneau pour défendre la loi qu'il avait ordonné. Une nouvelle humiliation pour l'ex-Maverick, désormais réduit à picorer dans la main de celui qu'il haïssait, et à embaucher "The Bullet", le bras droit de Karl Rove qui l'avait humilié en 1999-2000.
*** quelques rappels à propos de cette imposture : "
En finir avec l'Intelligent Design"
**** "
Universal Declaration of Independence from Fundamentalism"

20080830

Sarah Palin, le non choix de McCain

Il veut raccoler les déçues d’Hillary ? Prenons une femme. Peu importe si elle incarne tout ce qu’abhorrent les féministes (ex beauty queen, contre l’avortement)*.

Il fête ses 72 ans ? Prenons un jeune, quitte à ne pas être regardant sur l’expérience, principal sujet de ses attaques contre Obama.

Il veut rassurer les conservateurs ? Prenons un chasseur militant NRA géniteur de 5 enfants.

Il veut rassurer les théocons et fondamentalistes ? Prenons un adversaire acharné de l’avortement et de Roe vs Wade. Peu importe si Mac lui même est pro-choice et n’a rallié les adversaires de Roe vs Wade que récemment pour obtenir l’investiture...

Obama a choisi son co-listier sur son jugement et sa capacité à assumer la plus haute charge, sur sa capacité à former un véritable partenariat avec lui. Obama respecte sincèrement Joe Biden et réciproquement.

McCain-Palin ? Ce tandem improbable ne peut tout simplement pas fonctionner.

Mac a toujours méprisé le poste de VP et a fait un choix vilement calculateur**, ou plutôt un non-choix sur le plan stratégique : le "Maverick" a décidé à la dernière minute***, sur un coup de tête, exposant sa posture foncièrement défensive et son absence de vision à long terme.

Mac est en train de perdre sa guerre****. Mac est en train de se perdre.

* à Hillary de mener la campagne pour dénoncer cette imposture, histoire de prouver qu'elle veut vraiment une victoire Démocrate en Novembre, histoire de terminer le travail amorcé pendant la Convention ("Service Minimum")
** ne manque à l'appel que la dimension géographique : Palin n'apportera qu'une poignée de Grands Electeurs de son cher Alaska
*** il ne connait Palin que depuis 6 mois, et très superficiellement (cf "The story behind the Palin surprise" - Jonathan Martin sur Politico 20080829)
**** cf "The McCainistan War"

20080828

Meg Whitman avec McCain ?

John McCain vient d'annoncer qu'il avait fait son choix à la vice-présidence et Meg Whitman redevient populaire auprès des bookmakers.

L'ancien PDG de eBay apporterait deux dimensions-clef au ticket Republicain : une femme pour mieux récuperer les Hillaristes réfractaires à Obama, un dirigeant d'entreprise donnant le pouvoir aux consommateurs pour renforcer le volet économique en période de recession.

Les rumeurs sur Whitman ont commencé avec son retrait de la présidence de eBay, et se sont renforcés avec sa
récente et massive cession des actions qu'elle detenait a sa fondation caritative*. Son profil serait moins polémique que celui de Carly Fiorina, plus orienté GOP-friendly, mais ne résoudrait pas vraiment le déficit de Saint John auprès des fondamentalistes. A defaut, Meg se verrait bien jouer le rôle de Governator de Californie à la place de Schwarzie.

Quel que soit son choix au final, McCain compte le rendre public demain soir, histoire de limiter l'impact du discours de son concurrent à Denver.

Ce dernier a fait une courte apparition en solo aux côtés de son co-listier Joe Biden, nettement moins brillant au pupitre que son fils Beau. La performance de la soirée revient clairement au Big Fella : Bill Clinton a été absolument impeccable dans son soutien à Obama.


John Kerry, le meilleur quasi-président démocrate depuis Roosevelt, a également livré la meilleure charge contre deux hommes qu'il connait bien, George Bush et John McCain :

20080704

Propagande : premiers "swift boats" en direction d'Obama

Carol Eisenberg a sonné l'alarme sur Muckety* : un brûlot destiné à torpiller la campagne de Barack Obama sera publié cet été par la même maison qui avait craché "Unfit for command" à la face de John Kerry quatre ans plus tôt.

Personne n'a oublié comment ce récit bidonné de vétérans du Vietnam avait sali l'image du candidat Démocrate (un héros pourtant couvert de médailles pendant que Bush et Cheney se la coulaient douce à la maison) : l'expression "swift boat" est désormais un verbe couramment employé pour définir une opération réussie de "smear campaign".

C'est précisément pour se protéger contre ce genre d'attaques terroristes de propagandistes éhontés que Barack Obama a décidé de s'affranchir des contraintes de financement public pour sa campagne. Sa stratégie est à la fois offensive et défensive : d'un côté il va chercher McCain sur des terres traditionnellement acquises aux Républicains pour assécher les ressources de son concurrent (nettement plus limitées même s'il a bien redressé la barre ces derniers temps, et même si au niveau des Partis les Républicains sont mieux dotés que les Démocrates), et de l'autre il va investir massivement dans une vaste opération de transparence pour dénoncer les nombreux mythes et rumeurs diffusés sur son compte, mais aussi pour résister contre les opérations de propagande financées par des ultra-conservateurs en marge de la campagne officielle.

"The Case Against Barack Obama" sortira des presses en août, autour de la Convention du Parti Démocrate qui officialisera l'investiture du Sénateur de l'Illinois. L'auteur David Freddoso essayera de connaitre le même succès que John E. O'Neill quatre ans plus tôt, même s'il ne semble pas avoir levé de nouveau lièvre : il sera évidemment question des relations entre Obama et des figures controversées comme le Révérend Wright. Une vilaine surprise n'est évidemment pas à exclure, en avance sur le calendrier habituel (l'expression "october suprise" renvoie à l'histoire du base ball comme à celle des présidentielles US, avec un goût prononcé par l'envoi de "curve balls" par le pitcher dans le second cas).

Dans son papier, Eisenberg fournit d'intéressants éléments sur le profil ultra-conservateur des membres du commando en charge de l'opération. L'éditeur ne cherche pas vraiment à se camoufler ni à s'encombrer de scrupules déontologiques : Regnery Publishing Inc. se proclame sur son site "l'éditeur conservateur leader" et sa maison mère Eagle Publishing, Inc "la première source de l'Amérique pour les livres et périodiques avec un focus conservateur et libre-entreprise".

Je vous conseille de vous équiper d'un masque à gaz pour vous plonger dans la page dédiée par Regnery à sa collection
Politically Incorrect Guide™ (Guides Politiquement Incorrects). En Anglais, P.I.G. veut dire cochon, d'où le goret en guise de logo et la promesse d'aller chercher la vérité au milieu du purin de mensonges inventés par les partisans du politiquement correct.

En réalité, le lecteur est bien évidemment invité à patauger dans une fange nauséabonde reprenant tous les thèmes chers à l'extrème droite fondamentaliste US : révisionnisme historique et scientifique, Intelligent Design, irresponsabilité économique et environnementale, appel à la haîne inter religieuse et inter ethnique... un vrai paradis aux yeux d'un Bushite, mais l'un des cercles les plus bas de l'enfer pour tous les autres (probablement le 8e, celui où d'après Dante on trouve les menteurs... ou le 9e, où se retrouvent les traîtres à la patrie et les traîtres au parti**).

Avec de tels avocats, ce "Réquisitoire contre Barack Obama" n'a aucune chance. Les électeurs Américains se sont suffisamment fait avoir avec ce genre de tactiques sordides, et exposer au grand jour le vrai visage de tels porcs reste le meilleur moyen de leur faire comprendre qui se complait dans la boue et qui cherche réellement à faire sortir leur pays de cette période irrespirable.


* "
Regnery to publish ‘Case Against Barack Obama’ in August" (20080624), parfaitement relayé par le CMD le jour même ("The Swift Boating Begins in August").
** de vrais Républicains ne sauraient souscrire à un tel programme... du moins pour la plupart je le souhaite encore et toujours (cf "
Universal Declaration of Independence from Fundamentalism")

---
initialement publié sur
blogules en VO : "The Case Against Barack Obama ? More propaganda from mud loving PIGs " (20080703)

20080520

Neocons, theocons et paleocons

En cette année électorale, un rapide point sur les trois familles de conservateurs les plus suivies aux Etats-Unis. Chacune "évoluant" avec ses tendances propres:

* le phénomène neocon retombe :
A l'opposé du conservatisme traditionnel relativement peu interventionniste à l'international, les neocons se sont vu confier les commandes du navire avec les résultats que l'on connait. Totalement déconsidérés (certains leaders charismatiques se sont désolidarisés du mouvement), les néocons ont été partiellement remplacés par des Reaganiens dans l'entourage de Bush. Dick Cheney lui-même commence à sentir le vent du boulet : des Républicains mettent l'inattendue défaite de Greg Davis au Congrès sur le compte de la récente visite du Vice-Président au Mississipi. De moins en moins en odeur de sainteté, Dick Perle et compagnie ne désespèrent pas d'un nouveau grand soir. Et à propos d'odeur de sainteté...

* la vague theocon se cherche un nouveau leader :
Ces fondamentalistes (à ne pas confondre avec les évangélistes light dont certains seraient près à suivre Obama) sont les véritables gagnants du double mandat Bush - l'un des leurs. En dépit des actes d'allégeance de McCain (conférence au Discovery Institute, déclarations en faveur d'une Cour Suprême ultraconservatrice révoquant Roe vs Wade, discours messianiques invoquant la lutte contre le Mal...), ils n'ont toujours pas confiance en lui et cherchent à le renverser d'ici la Convention Républicaine, ou a minima à lui imposer un véhicule plus proche de leurs "valeurs" à la Vice-Présidence (Huckabee ?). Sans leur soutien, McCain n'a aucune chance... et s'il obtenait leur soutien, il donnerait à Obama l'occasion idéale de le swiftboater en exposant ses contradictions fondamentales.

* les paleocons ne savent plus où donner de la tête :
Ils n'ont pas évolué depuis des lustres et avaient déjà beaucoup perdu d'influence après la révolution "idéologique" reaganienne. Ils conservent néanmoins un certain poids électoral et suivront le mouvement. Une partie pourrait rejoindre, à l'instar des Reagan Democrats, la voie Obamienne ou pourquoi pas - acte contestataire suprême -libertarienne avec Bob Barr (cf "
Bob Barr - pro-liberté ou anti-Obama ?" - 20080513).

En bref et comme prévu (cf "
Red Blogule to the Bush system - Prevent a New War of Secession" - 20041101, ou plus récemment "GOP : Time to Split" - 20080113), le GOP va mal, et la meilleure chose qui pourrait lui arriver serait une nette victoire d'Obama en Novembre.

Même si certaines valeurs conservatrices ont gagné du terrain sur l'échiquier, et même si la droite religieuse marque des points à gauche, le pays ne peut toujours pas faire l'économie d'une déclaration d'indépendance contre le fondamentalisme (cf "
Universal Declaration of Independence From Fundamentalism" - 20070809).

20080507

Obama - Pelosi vs Operation Chaos

Cette fois c'est sans doute la bonne.

La courte victoire d'Hillary en Indiana avec l'aide décisive de Rush Limbaugh (une fois de plus - cf "
Les conservateurs poussent Clinton") ne pèse pas grand chose au regard de l'éclatant triomphe d'Obama en Caroline du Nord.

Le culbuto compte encore se relever en obtenant le 31 mai prochain la prise en compte de ses "victoires" au Michigan et en Floride (après avoir pendant des mois communiqué sur la barre des 2025 superdélégués nécessaires à la victoire, l'équipe de campagne mentionne désormais un "chiffre magique" de 2209)... mais la troupe des fidèles risque encore de s'amenuiser.

Les meilleurs ont déjà fui sa campagne persillentielle pour rejoindre le camp Obama ou attendre des jours meilleurs. Parmi les superdélégués non commis, plus grand monde ne voudra prendre le risque de prolonger inutilement la guerre de tranchées en affichant sa préférence pour Hillary.

Inversement, un tombereau de ralliements devrait venir gonfler les rangs d'Obama dans les heures qui viennent.

Aux supporters d'Hillary qui rêvaient d'une femme présidente, Obama pourrait apporter la meilleure des réponses en choisissant Nancy Pelosi comme co-listière. Pour le coup, un chef d'Etat dont on peut respecter le jugement.

Pendant ce temps-là, McCain a passé sa journée du 6 mai à courtiser l’extrème droite de son parti en se déclarant favorable à des nominations ultraconservatrices à la Cour Suprême (quitte à réviser sa position de 1999 sur Roe vs Wade).


A l’heure où le parti Démocrate termine sa petite guerre interne, le parti Républicain semble bien loin d’en avoir fini avec sa guerre civile.

20080301

3:10 pour Yuma et New York

Dans la guerre des Sénateurs, le Kid de l'Illinois vient de renvoyer le Old Timer de l'Arizona et la Calamity Jane de New York dans les cordes.

Mis en doute sur sa capacité à gérer les urgences du "téléphone rouge", Barack Obama s'avère un répondeur hors pair. On savait déjà que sa voix portait fort, il prouve maintenant que ses oreilles décollées servent à quelque chose - à capter la moindre faille de ses adversaires aujourd'hui, à être vraiment à l'écoute de ses concitoyens demain (et pas au sens Echelon du terme, comme le Président actuel).

Dans la dernière ligne droite avant les primaires décisives au Texas et dans l'Ohio, l'équipe de Hillary a diffusé un spot pour le moins anxiogène et digne de Terminator : au milieu de la nuit, un téléphone sonne avec insistance. Il est trois heures du matin et les enfants dorment, sans savoir la terrible menace qui pèse sur leur existence même. "Votre vote décidera de qui répondra à ce coup de fil". Sous entendu : c'est le téléphone rouge, qui symbolise la négociation avec les plus grands Chefs d'Etat et au-delà la décision de l'usage de l'arme nucléaire, vous votez pour le Commandant en Chef, celui qui doit décider seul à tout moment de la journée et de la nuit, vous devez voter pour quelqu'un d'expérience comme le Sénateur Clinton.

En réponse, Obama a décroché... un uppercut de toute beauté : "en fait, on a déjà eu un moment "téléphone rouge" : c'était la décision d'envahir l'Irak. Le Sénateur Clinton a donné la mauvaise réponse. George Bush a donné la mauvaise réponse. John McCain a donné la mauvaise réponse".

Boum, boum, boum - K.O., la concurrence... Les puristes apprécieront le titre accordé à la seule Hillary et l'ordre d'apparition à l'écran : Clinton veut la première place ? La voilà, qu'elle assume... on voit le résultat de façon encore plus éclatante.

Cité en troisième, John McCain avait déjà eu droit à un mauvais moment sur le ring. Rebondissant sur une remarque d'Obama, qui n'écartait pas de nouvelles opérations en Irak si al Qaeda revenait après le retraît des troupes américaines, le Sénateur de l'Arizona avait claironné : "j'ai des nouvelles : al Qaeda est en Irak (...), et ça s'appelle 'al Qaeda en Irak'."

La réplique du Sénateur de l'Illinois : "j'ai des nouvelles pour John McCain, c'est qu'il n'y avait aucune trace d'al Qaeda en Irak jusqu'à ce que George Bush et John McCain decident de l'envahir."

Ouille.

Cela fait penser à un certain Cassius Clay. Au-delà de la grande gueule et du jeu de jambes, le monde a compris qu'il avait affaire à un sacré puncheur.

Et à la différence de Mohammed Ali, cet homme n'aura probablement pas besoin de se convertir à l'Islam ni de changer de nom pour parler de paix.

20080225

Never say Nader again

C'est cette période de l'année. Au moment où tout le monde se prépare pour le duel final, Ralph Nader annonce sa candidature.

Cette fois-ci encore, son étiquette d'Indépendant n'est qu'un leurre.

Et cette fois-ci, sa cause est ouvertement personnelle : l'ancien avocat des nobles causes se déclare essentiellement motivé par une revanche contre le Parti Démocrate, coupable à ses yeux d'avoir comploté contre sa candidature en 2004, où il n'avait finalement pu se présenter que dans 34 Etats et ne récolter que quelques dizièmes de pourcent de votes au niveau fédéral.

Ralfie ne peut décemment pas blâmer le Parti Républicain, compte tenu du soutien sans faille que lui avaient accordé les lobbies conservateurs dans cette quête - je n'ai pas oublié non plus l'appel sans ambage des Citizens for a Sound Economy - see "
Red blogule to Ralf Nader - Independent Days are over" - 20040822).

L'assassin du Président Gore a une nouvelle mission : tuer le candidat Démocrate, homme ou femme, noir ou blanc. Et compte tenu de sa capacité à syphoner les votes "liberals" comme des termes presqu'élogieux employés pour qualifier Obama, Hillary peut réellement s'exclamer : "wow - ça c'est vraiment un mauvais signe".

Le Sénateur de l'Illinois est un poil plus précis dans sa lecture de l'événement : il rappelle amicalement à Nader la qualité de ses actions passées au service des plus faibles, un peu moins amicalement la qualité médiocre de son jugement en 2000, lorsqu'il qualifiait Bush et Gore de bonnet blanc et blanc bonnet, et termine en affirmant avec l'accent de populisme propre à cette dernière semaine de campagne avant le choc Texas-Ohio que "sa fonction d'éternel candidat n'apporte pas de quoi manger sur la table des travailleurs".

Dans une comédie de boulevard, Mike Bloomberg choisirait ce moment pour arriver par la fenêtre, sans attendre les résultats des Primaires : le duel Obama-Clinton risque de s'éterniser jusqu'à la Convention Démocrate, et les théocons sont en passe de réussir l'"impeachment" du candidat McCain (au point de remettre Huckabee en scène et de donner des regrets à Romney ?).

Et on n'en est même pas à cette époque de l'année où on commence à compter les trous dans les cartes de bingo dans les urnes en Floride...

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Initialement publié sur blogules en VO : "
Never say Nader again" (20080225)

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