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20120706

Mr Trierweiler, l'austère qui se marre

Mr Trierweiler a rempli ses promesses de campagne: virer Sarko de l'Elysée, remettre la croissance à l'ordre du jour en Europe, quitter le bourbier Afghan, rétablir la retraîte à 60 ans, regonfler les effectifs des profs dans le primaire, donner un coup de pouce au SMIC...


Bien sûr, tout cela c'est du vent:
- Ali Bongo a été reçu au Château, et Flanby au Redoutable,
- le volet "croissance" de l'Union a tout bonnement consisté à réemballer des dépenses déjà prévues dans un paquet cadeau pour éviter à la délégation française de perdre totalement la face de retour à la maison (l'Italie et l'Espagne n'ont pas laissé longtemps vacant le fauteuil de meneur poliment refusé par Hollande),
- la politique Française en Afghanistan n'a en rien été modifiée si ce n'est, de façon très marginale et purement symbolique, sur une partie du calendrier,
- seule une fraction tout aussi symbolique des retraîtés et des écoles primaires est concernée par les coûteuses opérations de com' accordées à l'aile gauche au printemps, et
- le relèvement tout aussi teinté d'idéologie du minimum salarial s'avère comme prévu totalement homéopathique et caduc au regard des impôts et taxes à venir.


Cela fait tout de même un peu cher payé pour du vent.


Concernant le passé, la Cour des Comptes a confirmé le montant de l'ardoise à régler, sans grosse surprise là aussi. Et le gouvernement va devoir déployer des trésors d'ingéniosité pour présenter ses futures 'solutions' comme des 'réformes' de fond cohérentes avec l'imposture marketing de la campagne.


Le déni et la fuite en avant continuent donc. Comme prévu, et comme acté dans les urnes dès le 22 avril (voir "La France dit non au changement").


Le bon côté de rétablir l'équilibre des pouvoirs dans la république, c'est que François Hollande peut envoyer son Ayrault au front assumer le message "La Rigueur C'est Maintenant" pour se consacrer pleinement au Salon de l'Agriculture et aux pince-fesses bruxellois (façon Chiraco-petit-père-de-la-nation plutôt que façon Sarko-petit-pair-des-pipoles). Peut-être ce Jospinien entame-t-il tout simplement sa phase "austère qui se marre".


Mais il ne fera rire personne. Et sa Valérie ne va pas toujours assurer le spectacle pour nous agiter les zygomatiques.

Décidément, ce quinquennat s'annonce hillarophobe au possible, et je m'étais d'ailleurs déjà épanché à ce sujet en prédisant "le plus triste dans l'histoire, c'est qu'au lendemain du 6 mai, on ne pourra même pas se dire "fini de rire": on n'aura jamais eu vraiment l'occasion de commencer"*.

Heureusement, la guéguerre de l'UMP, elle aussi annoncée de longue date, va nous occuper quelques mois, avec un duel Copé-Fillon arbitré par Alain 'Le Meilleur d'Entre Nous' Juppé, magistral dans le rôle de "l'homme au-dessus des miettes".


Est-ce ainsi qu'il convient d'appeler un "homme au-dessus des parties d'un parti"?


En parlant des parties de l'UMP, une institution bien peu respectueuse de la parité s'il en est, ça va de toute façon continuer à rigoler ferme grâce à nos 3 mousquetaires Nadine Morano, Rachida Dati, et Roselyne Bachelot. Au sabre, à l'épée ou au fleuret, au lancer du poids, du marteau ou du javelot, médailles et perles assurées.


blogules 2012
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* voir "Aidez moi !"

20090907

Kaboul à zéro

Quelle stratégie pour l'Afghanistan ?

L'affaire semble aussi mal engagée que le laissaient supposer ces derniers temps.

Et sans surprise, l'ombre de George W. Bush continue à planer sur ce paysage de cauchemar :

- Pour rappel, ce fondamentaliste a délibérément torpillé la campagne d'Afghanistan :
son objectif était d'envenimer la situation dans la région, et c'est sous son autorité que la rupture a été définitivement consommée entre les forces étrangères et la population.

- C'est également W. qui a imposé le calendrier délirant des premières élections de 2004 dans le cadre de sa propre campagne électorale (cf "
La Démocratie du Calendrier"). Les caricatures d'élections du mois dernier (voir "Afghanistan, Ground Zero" / "Afghanistan, morne plaine") sont survenues beaucoup trop tôt, et Karzai savait parfaitement qu'il était essentiel d'accélérer le processus.

De fait, Obama n'a rien pu faire depuis janvier, ou pas grand chose : simplement limiter le carnage humain... à défaut d'éviter la Berezina démocratique.

La question c'est où aller en partant de ce nouveau ground zero ?

L'avantage, c'est qu'il n'est plus nécessaire de faire miroiter une utopie à laquelle plus personne ne peut croire.

Je ne serais pas surpris d'assister au passage à une nouvelle étape dans le style on fait une croix sur la démocratie et on laisse progressivement s'installer un régime plus dur. Certes maffieux, mais capable de tenir plus ou moins la baraque.

Et peu a peu, les Occidentaux s'éclipseront sur la pointe des pieds, en prenant soin de refermer la porte derrière eux et éventuellement de signer quelques contrats.

Les Talibans ? Peu à peu leur no-man's land se cristalisera a la frontière avec le Pakistan. Une fois les troupes étrangères parties, seuls les radicaux locaux demeureront, et ceux-là parviendront à trouver un terrain d'entente avec des régimes corrompus (avec la bénédiction du Vice(!)-Président de Karzai en charge du narco trafic). L'internationale jihadiste en herbe, elle, pourra alors mettre à profit son expérience du terrain et sa formation aux frais du contribuable américain pour essaimer un peu partout dans le monde. Quant au fantôme de Ben Laden, il continuera à faire trembler ses chaînes de montagne les jours de grand vent.

L'Occident pourra toujours exhiber des preuves de stabilisation et de normalisation : une capitale en plein boom économique, des échanges internationaux florissants, des étudiants reconnus au niveau international (bon, difficile de reconnaitre les étudiantes sous leur burqa mais pour faire plus simple on aura interdit l'école aux filles)...

Et si une bombinette explose de temps en temps, elle relèvera du droit commun : un règlement de compte entre maffia pachtoune et maffia russe, une livraison d'AK47 en retard...

On parlera moins souvent de la frontière avec le Pakistan, l'Iran, ou même la Chine, et plus des échanges avec les autres voisins : Turkménistan, Ouzbékistan, Tadjikistan...

Karzai ne décèdera probablement pas dans son lit, mais un autre prendra avantageusement le relais.

Ce scénario de base, un grand classique pour l'Oncle Sam, s'appelle "Afghanisation".

Pas vraiment la tasse de thé du père Barack, mais a-t-il seulement le choix ?

20090826

Afghanistan, morne plaine

Ordoncques, Hamid Karzai serait officiellement sorti vainqueur du blackout du 20 août dernier.

Car le jour des élections présidentielles et régionales en Afghanistan, tous les feux de la démocratie étaient éteints : aux techniques déjà mises en oeuvre quelques semaines plus tôt en Iran (manipulations, résultats bidonnés, bourrage d'urnes...) se sont ajoutées quelques florentineries typiquement locales (alliances contre nature et cadeaux législatifs de dernière minute sur fond de corruption éhontée...), les spectaculaires démonstrations de force des Talibans (intimidations, menaces, bombardements, meurtres, mutilation de femmes ayant voté...), et surtout la complicité totale des grandes démocraties occidentales (tout le monde s'est bouché les yeux, les oreilles et le nez, les observateurs n'ont rien vu, les media ont parfaitement respecté les consignes de ne pas relater les violences...).

Résultat : une parodie de démocratie marquée par une faible participation et l'anéantissement des dernières illusions du peuple Afghan.

Le gouvernement a commencé par tester des rumeurs d'élection au premier tour de Karzai avec 68% des scrutins, un score de toute évidence aussi trafiqué que celui d'Ahmadinejad (cf "No you can't Mr Ahmadinejad") alors que pourtant, Karzai était difficilement battable au second tour par Abdullah Abdullah.

Devant l'indignation internationale, il a rétropédalé pour annoncer des premiers résultats partiels moins scandaleux : légère avance du président sortant au vu de 10% des votes, les 10% suivants étant détaillés demain. De toute évidence, le pouvoir et les puissances étrangères se sont accordé quelques jours de sursis pour bâtir un scénario de sortie de crise avant qu'elle ne dérape à l'Iranienne.

En Afghanistan, même le ridicule tue.

blogules 2009

20081206

Baggy Truthers

Comme on pouvait s'y attendre, mes récentes révélations exclusives (cf "11 Septembre français : l'incroyable vérité") n'ont pas été du goût des révisionnistes du 9/11 (le seul le vrai).

J'ai déjà eu l'occasion de dénoncer les marchands de haîne qui, tout en exploitant la masse des citoyens s'interrogeant de bonne foi sur l'affaire, font à la fois le jeu des terroristes et celui de l’Administration la plus abjecte de l’Histoire (cf "
Propagande + contre-propagande = tout bénef pour les extrémistes").

Dans cet étrange marigot évoluent des fondamentalistes auto-proclamés détenteurs de La Vérité sur l'affaire... sans doute doivent-ils leur nom de baptême "Truthers" au même gars qui a eu l'idée d'appeler "pro-life" les "anti-IVG". Et comme chez les fondamentalismes religieux, il existe une infinité de Vérités, de chapelles, et de prédicateurs enflammés. La différence c'est que chacun publie son propre Livre Sacré.

A la décharge du 9/11 Truther, le rapport de la 9/11 Commission s'avère une pantalonnade aux yeux de tout le monde à commencer par ses auteurs mais cela, on le savait dès le départ: le Congrès Républicain et la Maison Blanche ont traîné des pieds pendant plus d’un an avant de l’accorder sous conditions et le résultat, totalement édulcoré, a été publié au milieu de l’été 2004 sans égratiner le moins du monde le duo Bush-Cheney à quelques mois des élections.

A sa décharge également : le dossier comprend tous les ingrédients pour échaffauder les théories les plus folles. Les services secrets d'orient et d'occident savaient qu'une attaque allait avoir lieu et en avaient informé l'exécutif US, les néocons attendaient un prétexte pour dégourdir les jambes des GIs, l'opération s'est appuyé sur les soutiens de la nébuleuse al Qaeda dans de nombreux pays, et l'opinion publique a été bombardée par les Armes de Désinformation Massive de Dubya tout au long des dernières années... de quoi pondre un bon petit thriller de derrière les fagots (je ne me gène d'ailleurs pas pour échaffauder mes propres théories du complot quand ça m'amuse - pas lucratives, mais ça défoule).

Ordoncques, nos chers Truthers veulent faire toute la lumière sur le 11 Septembre. Enfin presque toute, puisqu'ils refusent de voir des débris d'avion autour du Pentagone, ou de trouver les liens de causalité entre les crashs et la destruction du WTC, ou encore d'imaginer qu'un paisible barbu soignant sa goutte dans les montagnes Afghanes puisse avoir le moindre lien avec cette tragédie.

Comme le résumait assez pertinement hier Michelle Malkin, "la vérité toute nue ne fera jamais douter un Truther"*.

Les Truthers produisent en revanche tous les jours un volume impressionnant de nouveaux documents, de nouvelles analyses et de nouvelles théories, au point de submerger les faits avérés sous une avalanche d'affirmations que l'on pourrait qualifier de gratuites si elles ne généraient un chiffre d'affaires suffisamment conséquent pour susciter les nouvelles vocations de prophètes en herbe**.


Essayer de discuter avec un Truther, c'est un peu comme subir la visite d'un Témoin de Jéhovah : au bout d'une minute on regrette déjà d'avoir ouvert la porte, le type déroule tout l'argumentaire, a une réponse toute faite à toutes les objections, et ne repartira pas tant qu'il n'aura pas convaincu ou au moins arraché la promesse de lire les tonnes de brochures avec lesquelles il est venu.

Et ça marche : le mouvement convertit de plus en plus de monde, et par l'effet réseau, les "sceptiques" deviennent statistiquement ceux qui persistent à refuser la nouvelle vérité. Plus on en parle, plus ça devient crédible. Vers la fin 2006, plus d'un tiers des Américains croyait le Gouvernement coupable des attentats (cf "Why the 9/11 Conspiracy Theories Won't Go Away" - Time Magazine 20060903). Cette propagande alternative atteignait alors les niveaux de la propagande officielle au moment de la campagne présidentielle de 2004. Par "propagande officielle", j'entends le spin monté par les néocons et théocons (c'est Saddam qui est derrière tout cela), pas les faits avérés (c'est al Qaeda qui a fait le coup).

La grande masse des "croyants" n'a évidemment rien à voir avec la minorité d'extrémistes (de gauche et de droite) qui a mis au point ce mouvement perpétuel que désormais plus rien ne peut arrêter. La fin n'est pas de révéler la vérité mais de tenir au chaud des masses de fidèles très remontés contre l'ordre établi, la démocratie, et la justice, et donc prêts à basculer pour d'autres types de projets.

Dans le meilleur des mondes possibles pour les ultra-conservateurs, le Parti Démocrate, qui était parvenu à se débarrasser des scories du passé et des "ultra-libéraux" plus ou moins nihilistes responsables de ses innombrables défaites électorales, pourrait se retrouver aussi profondément déchiré que le Parti Républicain avec ses encombrants fondamentalistes religieux (cf "
GOP : Time to Split"). Quelque part, dans l'histoire, c'est l'extrème droite US à bout de souffle qui ressusciterait l'extrème gauche US.

Non content de mettre en danger la démocratie, le mouvement affaiblit la foi des Américains en leur système judiciaire. Les pétitions se multiplient, mais les actions en justice n'aboutissent pas et pour cause.

Car les Truthers demandent justice très haut et très fort, mais faut croire qu'ils sont trop sûrs de leur coup pour l'obtenir.

Pourtant, au pays où les avocats sont rois et la Constitution autorise toutes les dérives***, chacun peut librement porter en justice qui il veut**** et/ou défendre les idées qu'il veut.

Le jour où quelqu’un aura réellement les preuves qu'al Qaeda n’a pas commis les attaques du 11 septembre, et qu'il aura réellement l'intention de porter sa Vérite en justice, il y arrivera.

Reste à savoir qui gagnera la course du siècle : les fondamentalistes qui attendent la venue du Messie du WTC, ou ceux qui veulent provoquer le retour du Christ ou du Mahdi***** ?


* "The plain truth will never mollify a Truther. There’s always a convoluted excuse – some inconsequential discrepancy to seize on, some photographic “evidence” to magnify into a blur of meaningless pixels – that will rationalize irrationality." ("Truthers to the left of me, truthers to the right" 20081205).
NB: oui, je sais, je suis abonné aux e-mails de Karl Rove, et je n'hésite pas à naviguer sur des mers et des sites a priori hostiles comme celui de cette très conservatrice partenaire de FOX News... mais ça fait voir du pays et il m'arrive même de ramener des souvenirs de voyage, tenez regardez cette ravissante pub trouvée sur la homepage de Malkin - c'est déjà Noël chez Santa GOP ! =>

** Le modèle économique s'avère donc éminemment plus viable que les théories en question. Celle du "false flag" (une pratique pourtant régulièrement employée par l'Oncle Sam ou le Cousin Langley), prête à sourire pour qui se souvient des efforts inhumains déployés par l'Administration BC pour tenter de lier les attentats du 9/11 avec l'Irak de Saddam, la cible prioritaire des théocons. Les théocons sont fous, mais pas stupides au point de se tromper dans le scénario de leur superproduction.

*** cf "
Blogule rouge au premier amendement - Les sorciers de Salem"

**** cf
récemment et pour mon plus grand plaisir Cheney et Gonzales (pas sur le dossier que j'attendais, mais l’Administration Bush finira bien par repondre devant l’Histoire de ses innombrables exactions)

***** cf "Iran : who wants war and why"

20081008

Second débat : le XXIe siècle l'emporte sur le XXe


Mac est parvenu à ne pas péter les plombs... mais la caméra a fini par le trahir, vert de rage en arrière-plan, à se cramponner au dossier de sa chaise pendant qu'Obama déroulait son propre tapis rouge vers la Maison Blanche (le matériel n'a pas cédé et c'était bien là la seule différence avec Amy Poehler / Hillary Clinton pendant le premier sketch de Tina Fey / Sarah Palin sur SNL).

Peu importe. John McCain n'était pas là ce soir. On a eu droit à une espèce de débat très, très, très mal géré par Tom Brokaw*, mais le héros était Missing In Action. Inaudible, ratatiné dans une moquette aux couleurs d'un parti trop grand pour lui, sonnant creux dans toutes ses attaques comme dans toutes ses envolées supposées lyriques, scotché avec Teddy Roosevelt et Reagan quand son adversaire parlait du XXIe siècle. Ringard, fini, avec un énorme "loser" imprimé sur le front. 

Il n'a même pas osé prononcer une seule fois le mot "maverick", c'est tout dire. "I know how to" ("je sais comment faire"), ça, oui, à maintes reprises... mais sans plus de précisions. Barack Obama s'est permis de concéder ironiquement qu'effectivement, "il ne comprenait pas"... pourquoi Bush et McCain avaient engagé l'invasion de l'Irak au lieu de lutter contre le terrorisme là où il était réellement, qu'effectivement, il était en faveur d'un "gouvernement plus intrusif"... pour s'intéresser de près à ce que les grosses entreprises faisaient des faveurs qu'il leur accordait.

Barack Obama n'a rien apporté de vraiment nouveau depuis le dernier débat, mais il est autrement plus clair sur qui il est, où il veut aller et comment il compte le faire. Surtout, le public américain doit se sentir de plus en plus confortable avec l'idée de l'avoir pour Président. 

Quelques cheveux blancs de plus (merci Hurricane Hillary), un costume mieux taillé (moins de galons sur les épaules, mais quelles épaules !), et un discours sans équivoque sur son rapport aux vrais terroristes ("kill Bin Laden")... Obama en impose, il a les idées claires, il est le Commandant en Chef qu'on a envie d'écouter, le leader auquel on a envie de confier la barre dans la tempête.

Inversement, la "vision du futur" de John McCain ressemble de moins en moins à la Maison Blanche. A la limite, une "october surprise" à la Dick Cheney (genre Ben Laden sort un CD de ses greatest hits) ne suffirait pas à le sortir du trou.

McCain a perdu la bataille sur l'économie. McCain a perdu la bataille sur la santé. McCain a perdu la guerre sur l'Irak et l'Afghanistan***...

McCain a tout simplement perdu la guerre en McCainistan.


* le grand perdant du soir : incapable de respecter les règles du jeu (y compris quand McCain a serré la main d'un membre de l'audience), et ridicule sur le coup du prompteur à la fin du débat.
** merci Sarah d'avoir définitivement grillé cette cartouche contre Biden le 2 octobre
*** Il a limité la casse sur la Géorgie de son ami Sakashvili ; drôle de compensation

20070902

Il y a six ans, une première tour s'effondre

Ahmed Chah Massoud est tombé le 9 septembre 2001. Une première victime vite oubliée sous le choc des attaques portées deux jours plus tard au coeur de l'hyperpuissance américaine. Avec Massoud disparait l'une des plus belles promesses de paix pour l'avenir d'un pays décidément peu épargné par la folie des hommes... et déjà privé de son passé par les mêmes méthodes expéditives (dynamitage des Bouddahs de Bamyan).

Désormais, le seul moyen de déloger les Talibans d'Afghanistan sera d'avoir recours à une puissance étrangère. Oussama ben Laden choisit ses ennemis et à un Musulman modéré et respecté de tous non seulement pour son courage et son humanité, mais aussi pour l'authenticité de sa foi et de l'amour de son pays, il préfère une armée occidentale plus en phase avec l'image qu'il souhaite donner à sa croisade... avec si possible à sa tête un digne héritier des croisés médiévaux les plus fanatiques.

Le 11 septembre 2001, ben Laden lance par voie des airs une invitation au fondamentaliste chrétien récemment porté à la tête des Etats-Unis. George W. Bush répondra au-delà de ses espérances en reprenant le registre de vocabulaire des croisades (1), et en proposant d'étendre leur terrain de jeu commun à de nouveaux horizons : non seulement j'accepte le rôle du Grand Satan, mais en plus je vous aide à faire basculer le monde musulman de votre côté. Et pour optimiser les dégats, je détruis tout espoir de résolution du conflit Israëlo-Palestinien et j'ouvre un nouveau front au coeur du Moyen-Orient ; au meilleur endroit pour attiser les haînes entre Sunnites et Chiites. En échange, vous m'aiderez à faire basculer mon pays sous mon autorité et à terme vers une théocratie plus garante de la pérennité de nos idéologies respectives, vous m'aiderez à faire rayonner ces idées dans un occident qui a depuis trop longtemps oublié les vertus de l'obscurantisme.

Bush ne reculera devant rien pour parvenir à ses fins en Irak : Armes de Désinformation Massive, fabrication de fausses preuves, élimination politique de témoins génants ou à charge (Wilson)... Encore aujourd'hui, une part importante de la population américaine demeure persuadée que Saddam Hussein était impliqué dans les attentats du 11 septembre.

Certes, Dubya a dû se résoudre à donner le change à la communauté internationale en s'occupant en priorité du cas Afghan... mais son aventure en Irak syphonera bien vite la plupart des ressources initialement prévues pour le sauvetage du pays martyr, et depuis le début des hostilités jusqu'à aujourd'hui, son administration n'aura de cesse de torpiller le travail de fond sur le terrain, quitte à saboter le travail de conquête des coeurs par ses "alliés" britanniques en multipliant les bombardements abusifs (2).

"Mission accomplie" pour le président préféré des fondamentalistes US (3) : les Talibans regagnent le terrain perdu en Afghanistan comme au Pakistan, la culture de pavot atteint des sommets records, Karzaï peine à contrôler une zône de la taille d'un timbre poste... et la collection automne-hiver redonne tout son éclat à la burqa bleu ciel.

Profitant de l'apathie de ses concitoyens et des derniers mois qui lui restent à la tête d'un pays supposé démocratie modèle (4), Bush s'apprête à réaliser l'oeuvre de sa vie : le déclenchement d'une guerre embrasant l'ensemble du Moyen-Orient autour de l'Iran et d'Israël et destinée, à en croire les fondamentalistes les plus fanatiques au sein des trois principales religions monothéistes, provoquer le retour du Christ et du Mahdi.

On pourrait en rire. Comme de ces aimables farfelus oeuvrant à la diffusion en Europe des théories néo-créationnistes de l'Intelligent Design. Comme de l'absurdité et de la confondante bêtise des thèses défendues par des intégristes de tous poils.

Mais c'est de survie qu'il est question. De la démocratie et de ses défenseurs. Nous n'avons pas sauvé Massoud au coeur des montagnes afghanes, serons-nous au moins capables d'aider les Mohamed Sifaoui qui risquent leur vie au quotidien au coeur de nos villes (5) ? Au lieu de faire le jeu des fondamentalistes en bâtissant des forteresses et autres murs de démarcation, saurons-nous repenser notre village global pour supprimer les injustices qui font leur lit ?

Les années qui viennent seront décisives. Soit nous parvenons à infléchir le cours imposé par les adversaires de la démocratie en redonnant la voix et le pouvoir aux modérés, soit nous acceptons pour les décennies qui viennent le retour à un ordre médiéval.



(1) "We will rid the world of the evil-doers (...) This crusade, this war on terrorism is going to take a while" - cf conférence du 16 septembre 2001 : www.whitehouse.gov/news/releases/2001/09/20010916-2.html
(2) "British Criticize Air Attacks in Afghan Region" : http://www.nytimes.com/2007/08/09/world/asia/09casualties.html
(3) cf épisodes précédents - "En finir avec le fondamentalisme" et "Universal Declaration of Independence From Fundamentalism"
(4) ... mais pratiquant l'enlèvement illégal de citoyens non-américains sur un sol étranger (ex. dernièrement des Iraniens en Irak ; typiquement le genre d'initiatives de paix dont la région a besoin)
(5) "Ces Musulmans qui disent non à l'Islamisme" mardi dernier sur Arte

20060911

Blogule rouge a 5 ans de regression - 9/11 + 5

Au lendemain du 11 septembre 2001, le monde entier est derrière les Etats-Unis, victimes d'une attaque terroriste sans précédent par son ampleur. Le premier chef d'état étranger à survoler Ground Zero apporte tout son soutien au Président Bush, et l'expérience de cet homme peut s'avérer précieuse : Jacques Chirac a lui-même dirigé un pays sujet au terrorisme islamiste, un pays où les fanatiques ne parviennent cependant pas à faire basculer une majorité musulmane modérée.
Cinq ans plus tard, les Etats-Unis ont endossé le rôle de l'agresseur et affublé les terroristes de la prestigieuse cape des héros, intronisant eux-même dans leur frénésie médiatique les plus dangereux d'entre eux au panthéon des martyrs. Bush a finalement (et même pas poliement) refusé les conseils de Chirac pour suivre ceux de ses faucons et ainsi inviter le chaos et le terrorisme en Irak.
Cinq ans après 9/11, le terrorisme ne s'est jamais aussi bien porté et le Moyen-Orient jamais aussi mal. L'Afghanistan ? Revenu à ses bonnes pas si vieilles habitudes : surproduction de pavot, lapidations en public, restauration d'un Ministère des Vices et de la Vertu... Les extrémistes se rapprochent du pouvoir à chaque scrutin dans le monde musulman, et partout ailleurs les démocraties n'hésitent pas à opter pour des ultranationalistes ou des populistes. Le fondamentalisme a enfin pris pied en France et s'épanouit ailleurs en Europe et dans le monde ; la plus grande menace vient désormais des fils et des filles oubliées de nations fragilisées par la montée des extrémismes. Personne ne s'étonne de voir Le Pen favori pour le 1er tour des présidentielles de 2007, personne ne tique quand le parti nazi américain sponsorise une autoroute dans l'Oregon ou défile fièrement dans l'Ohio. Personne ne s'étonnera de voir l'Amérique du Sud, l'Afrique de l'Est ou l'Asie Centrale devenir les principaux pôles de croissance de la franchise al Qaeda.
Bush a trahi l'espoir que le monde avait placé dans sa démocratie la plus puissante, anéanti les fondements de toute justice, déshonoré son pays et tué une seconde fois les victimes du 11 septembre. C'était écrit* et pire encore, c'était voulu. Car une fois de plus, ce qui apparait comme une succession d'erreurs stratégiques à un observateur objectif n'est autre qu'une succession de choix pertinents aux yeux de ces fanatiques qui font la pluie et le mauvais temps au Bureau Ovale. Eux peuvent se frotter les mains en dressant le bilan de ces 5 ans de malheur : non seulement ils ont brillament réélu leur pantin en 2004, mais ils sont en prime devenus une composante incontournable de la vie politique, économique et sociale du pays et ce jusqu'au comté le plus reculé de ce que l'on a un jour appelé avec admiration les Etats Unis d'Amérique.



* cf blogules 2003-2004-2005.

20060327

Blogule blanc aux memos - une trace pour l'Histoire

Verba volant, scripta manent.
Un autre lampiste va trinquer pour les abus d'Abu Ghraib - l'Histoire retiendra toutefois que l'usage de la torture en Irak, en Afghanistan, à Guantanamo et dans les pays tiers était une stratégie délibérée de l'Administration Bush avec la bénédiction écrite du futur ministre de la soi-disante justice.
Un autre mémo - Britannique, celui-ci - vient confirmer la détermination de Bush à envahir l'Irak à tout prix, même si sa résolution venait à passer à l'ONU, même si les inspecteurs venaient à ne pas trouver d'Armes de Destruction Massive.
Au fil d'une réunion digne d'un comptoir de pub, le duo Bush-Blair présente une affligeante absence de vision, à des années lumière du tandem Roosevelt-Churchill dont ils se réclament si souvent. L'après-guerre ne posera pas de gros problème (Condi y travaille), l'important est de pondre un scénario crédible pour la provoquer - en faisant descendre un piaf aux couleurs de l'ONU, par exemple (belle preuve d'attachement à la vie des soldats de la future soi-disante coalition).

Fidèle à lui-même, Bush ne montre aucun scrupule. Loin d'essayer de le dissuader, Blair se contente d'étaler toute sa grandeur d'âme sur un timbre poste : on va tout de même tâcher de ne pas remplacer Saddam par un autre dictateur, ça ferait désordre.
5 pages de synopsis pour l'Histoire. Les 2.500 morts des forces d'invasion et les 35.000 morts Irakiens auraient bien aimé lire le scénario à l'avance. Ces figurants savaient déjà qu'on utiliserait pas des balles à blanc.


* "Bush Was Set on Path to War, Memo by British Adviser Says" (20060327)

20050628

Blogule rouge aux soldes d'été

+35°C : la valse des étiquettes d'accord, mais qu'on laisse le mercure à la cave.
+17% : entre 1997 et 2000, le pourcentage d'obèses est passé de 8,2 à 9,6% en France. Les Français(es) en surpoids représentent 36,7% de la population.
+24% (à propos de surpoids de la dette) : augmentation de l'emploi public entre 1982 et 2003.
+300% : passer aux 24 mois de période d'essai ? Je suggère que nous passions directement aux 1200 mois de période décès. C'est plus sain(t) que le préavis pour béatification de Jean-Paul II : 3 mois, avec pour seul miracle la multiplication des saints (1.280 bienheureux et 455 saints sur un total de 2.470 - tu parles d'une inflation - mais je laisserai à d'autres la question de l'inflation des saints, par respect pour Russ Meyer et Saint Téton, protecteurs de la Silicone Valley du Bois de Boulogne).
+1.289% : les morts de la coalition en Irak après la guerre (1.931 selon
Iraq Coalition Casualties dont 1.743 pour les USA et 139 pendant la fameuse "mission accomplie", sans oublier 12.855 blessés en prime et les 192 tombés en Afghanistan).
+239% : le même ratio pour les Irakiens selon
Iraq Body Count. Le pourcentage parait "faible" mais on parle de 22.563 à 25.560 victimes dont 7.530 pendant la "guerre propre" de Junior. Destruction massive en Irak en veux-tu en voilà...
+...% (10 à l'hyperpuissance infinie) : 16 à 20.000 ? Le nombre de djihadistes en Irak aujourd'hui. Avant l'invasion US : environ zéro. Franchement, ça fout les booleans.

20050112

Discussion (suite au blogule "le dictionnaire du tortionnaire")

(en reponse a la critique - on parle trop de cet épisode et pas des bien plus nombreuses violences au quotidien)
L'objet n'est pas de dénoncer les trop nombreux crimes impunis de par le monde, mais de dénoncer une administration qui commet la pire des insultes à ce qu'elle se vante de défendre (la liberté, la démocratie, la civilisation).
Il ne s'agit pas de "photos de potaches" mais d'un véritable système avéré et reproduit d'un pays a l'autre (Cuba puis Afghanistan puis Irak). Il ne s'agit pas d'une "simple" faute lourde conduisant à des crimes de guerre, mais de la négation pure et simple de valeurs fondamentales, en cohérence avec une vision du monde très cynique partagée par les dirigeants du pays le plus puissant de la planète. A côté de cela, le Watergate semble bien benin.

Stephane MOT

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