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20090814

Nous rejetons comme faux le choix entre notre Sécurité Sociale et nos idéaux

La bataille pour la couverture médicale universelle fait rage outre-Atlantique. Barack Obama prend des risques considérables à pousser une réforme certes annoncée et indispensable mais politiquement très casse gueule : personne n'a oublié comment Bill et Hillary Clinton avaient perdu la majorité Démocrate aux élections de 1994, et certainement pas les Républicains, qui sortent le gros calibre pour refaire le coup en 2010.

En parallèle, une intense campagne de lobbying est menée par les grands groupes pharmaceutiques US, principaux bénéficiaires des dysfonctionnements du système. A en croire leurs publicités, tout fonctionne à merveille et ce sont les réformes qui jetteraient de l'argent par les fenêtres. Or 46 millions d'Américains ne sont pas couverts, et pourtant la santé pèse 16% du PNB en France, cinq points de plus qu'en France et deux fois plus qu'au Royaume Uni, un pays où la densité de médecins, d'infirmières, ou de lits d'hopitaux est identique, mais la mortalité infantile inférieure de 30%. Où va l'argent ? On en retrouve une partie dans ces campagnes, et les lobbies actionnent leurs relais habituels dans les media et au congrès... pas joli-joli, mais rien que du très classique.

Ce qui rend l'atmosphère encore plus irrespirable qu'aux pires moments de la campagne présidentielle de l'an dernier, c'est la campagne de dénigrement mille fois plus violente et pernicieuse menée par des officines ultra-radicales. Ce n'est plus seulement de "socialisme" qu'il est question mais de "soviétisation" voire de "Nazification" : une rumeur totalement infondée de "death panels" lancée par les habituels media d'extrême droite a été prolongée par des portraits d'Obama sous les traits d'Hitler. La haîne se déchaîne à tous les niveaux et les adversaires de la réforme font preuve d'une impressionnante détermination pour torpiller toute tentative de rapprochement bi-partisan. Comme s'il s'agissait d'une question de vie ou de mort.

De fait, certains jouent très très gros dans l'affaire. Mais pour eux, l'avenir du système de santé américain est bien le dernier de leurs soucis...

Selon Karl Rove*, le Président Obama serait en état de "campagne permanente". De la part d'un homme qui a commencé la campagne présidentielle 2004 de George W. Bush sitôt volé le scrutin de 2000, ça ne manque pas d'air. D'autant plus que cet homme est toujours en campagne à l'heure qu'il est : en faveur de sa fameuse "
Bush Legacy" ("L'Héritage Bush"), le point de vue d'un révisionniste sur l'une des périodes les plus sombres de l'histoire des Etats-Unis.

Selon Karl Rove, "transformer des critiques en ennemis n'est pas présidentiel". De la part d'un homme qui a fait virer des juges parce qu'ils étaient incapables d'inventer des preuves contre les critiques de l'administration Bush-Cheney**, ça ne manque pas d'air. Vous vous souvenez de ces gars qui ne cessaient de donner du "us vs them" ? C'était "présidentiel", peut-être, d'appeler "l'axe des fouines" des amis qui vous conseillent de ne pas envahir illégalement un pays parce que vous risquez de renforcer le terrorisme international au lieu de l'affaiblir ? C'était "présidentiel", peut-être, d'appeler "non-Américain" des patriotes osant émettre l'hypothèse qu'institutionnaliser la torture, et pas seulement contre des innocents, n'était peut-être pas cohérent avec les valeurs américaines ?

Pourquoi diable Karl Christian Rove***, cet individu qui a érigé en art l'état de "campagne permanente" et la "transformation de critiques en ennemis", s'acharne-t-il à se ridiculiser en public ?

Pour la faire simple, cet homme a la trouille.

Comme d'autres, il sait que l'heure de la disgrâce va enfin sonner. Avec peut-être même de la prison au bout du compte.

Karl Rove s'époumonne à diaboliser l'"Obama(s)care" parce qu'il sait pertinement qu'une fois ce dernier effort bipartisan terminé, Eric Holder et la justice auront les mains libres pour accélérer le solde pour tous comptes de l'ère Bush-Cheney.

"Healthscare" est l'ultime avatar de la politique de la peur caractéristique des années Bush. Mais cette fois-ci, la peur a changé de camp. Ce n'est plus à une administration corrompue de décider qui est coupable en shuntant le circuit normal à travers une caricature de justice, mais à la vraie justice d'oeuvrer en toute indépendance, sous la protection d'un gouvernement sain et respectueux de la répartition des pouvoirs dans une démocratie. Une fois de plus, Barack Obama ne pointe personne du doigt : il indique simplement la direction pour la Justice ****.

Beaucoup pensent qu'Obama est fou de s'attaquer à la réforme de la santé maintenant, mais il n'a pas vraiment le choix : c'est maintenant ou jamais. Impossible de mobiliser la nation sur un projet aussi structurant au milieu d'une "reprise" en L ou en W. Et le Président a besoin de rassembler le plus largement possible au sein du Congrès.

Si vous avez le moindre doute sur le sens des priorités de Barack Obama, rappelez vous simplement les mots les plus importants de son discours inaugural ("
We reject as false the choice between our safety and our ideals"), et de sa première décision en tant que Président (ordonner la fermeture de Guantanamo).

"Change is coming", et les adversaires les plus acharnés de cette réforme sont ceux qui ont le plus à craindre de la justice.

Ce n'est pas du "socialisme" qu'ils ont peur, mais de la Justice.

La Justice contre une administration fascisante, sa propagande, sa politique de terreur, sa promotion de la torture...

La Justice contre les criminels qui ont
délibérément cherché à détruire les fondements de la démocratie américaine.

L'heure est venue d'en finir avec les pires ennemis de l'Amérique : ceux qui la détruisent de l'intérieur.

So with hope,
we reject as false the choice between our social security and our ideals.

SM 2009

* voir "
Obama and the Permanent Campaign" (WSJ - 20090813)
** voir "
E-Mail Reveals Rove’s Key Role in ’06 Dismissals" (NYT - 20090811)
*** ne vous laissez pas attendrir par son petit nom : Karl est plutôt de la variété Médiévale / Croisades que dans la tradition "peace and love".
**** revoir "
'Insects placed in a confinement box' (Welcome on Waterboard)"

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initialement publié sur
blogules en V.O..

20080927

Premier débat Présidentiel - un air de déjà vu

John McCain n'a pas perdu le premier débat présidentiel, et cela peut être considéré comme une victoire compte tenu des circonstances.

Barack Obama a gentillement évité de s'étonner de sa présence alors que le plan de sauvetage de ses amis financiers n'est pas encore signé, ou de lui signaler que, pour changer les mauvaises habitudes de Wall Street, il serait plus urgent de virer ses nombreux conseillers lobbyistes (qu'il a choisi et nommé) que le patron de la SEC (que le Président des Etats Unis n'a pas le pouvoir de virer). Dommage qu'Obama n'ait pas été plus incisif sur l'économie. Il a mis du temps à se mettre en jambe, accusant visiblement le contrecoup de la fatigue (merci Dubya pour les heures de vol inutiles).

John a tiré le "meilleur" ou plutôt le maximum du peu dont il disposait, mais toujours en restant scotché au raz des pâquerettes et dans le registre émotionnel* là où Barack essayait de tirer le débat vers le haut et le registre rationel. A propos de l'Irak, McCain a focalisé son discours sur la "surge strategy", et Obama lui a rappelé que cela relevait du tactique et non du stratégique : la vraie question n'était pas pour ou contre plus de troupes en Irak mais bien plus fondamentalement pour ou contre l'invasion de l'Irak.

Si Obama a été plus présidentiel sur les affaires étrangères, le grand public aura pu se laisser abuser par la roublardise de son adversaire, étalant sa connaissance des théâtres des opérations comme autant de blessures de guerre.

J'ai franchement eu l'impression de revoir les débats Bush-Kerry, le fourbe malin comme un singe gagnant le public sur la forme face à un sage doté d'une véritable vision et de véritables valeurs morales, mais un peu trop professoral, un peu trop respectueux de son adversaire et de l'électeur, et donc forcément un peu trop sur la défensive.

Le candidat Républicain a usé et abusé des grosses ficelles à la Rove / Schmidt, par exemple en retournant de façon mensongère contre leur auteur les attaques portées sur lui de façon légitime : le "McCain ne comprend pas" / "he just doesn't get it"
asséné par le Sénateur de l'Illinois à la Convention Démocrate revenant plusieurs fois dans sa bouche comme "Obama ne comprend pas".

J'ai bien peur que ce soit l'électeur américain qui ne comprenne pas : il risque de se faire avoir une fois de plus, mais
cette fois-ci, il n'y aura plus de séance de rattrapage.

* avec le vocabulaire typiquement bushien dont raffolent les fondamentalistes ("evil", "greed", "Holocaust"...)

20080225

Propagande + contre-propagande = tout bénef pour les extrémistes

Je reprends ici ma réaction à une nième publication d'article d'autocongratulation des révisionistes du 9/11 sur AgoraVox*.

Que Bush ait exploité par la propagande le 11 septembre parait une évidence, que tout n’ait pas été mis en oeuvre pour prévenir les attentats un euphémisme... Mais les théories révisionistes niant la culpabilité d’al Qaeda relèvent tout autant de la propagande, et l’observateur peut se demander à qui profite cette comédie (à part le media AgoraVox, rémunéré à l’audience): aux islamistes certes, mais tout autant aux ultraconservateurs américains - en réalité, aux marchands de haîne de tous poils et de tous horizons.

Je ne m’adresse pas ici aux manipulateurs d’opinion qui contribuent à cette débauche de propagande / contre propagande mais à leurs victimes, qui les suivent en toute bonne foi. En tant que modéré et favorable à une victoire Démocrate cet automne, je les invite à prendre un peu de recul bien sûr par rapport à la propagande d’Etat de Bush, mais aussi par rapport à certaines théories du complot parfois orchestrées par les mêmes personnes.

Il y a eu et c’est incontestable une instrumentalisation du 11 septembre aux Etats-Unis par l’Administration Bush. La propagande a perverti la réalité pour déclencher l’invasion de l’Irak, mais surtout maintenu un état de terreur dans le pays pour mieux faire passer des lois liberticides et enfoncer le pays dans l’obscurantisme.

La contre-propagande niant de la culpabilité d’al Qaeda profite certes aux mouvements islamistes cherchant à recruter auprès des populations les plus crédules dans les communautés musulmanes choquées par la violence des attentats ("en fait c’est un coup des sionistes"). Mais elle profite bien au-delà à l’ensemble des extrémistes qui cherchent à miner la démocratie: soit en décridibilisant les media et en cherchant à séduire les amateurs de théories du complot, soit au contraire en renforçant la crédibilité de la propagande officielle en lui opposant une caricature tenant encore moins la route. En période électorale aux US, cela permet de ridiculiser le discours de l’opposition tout en le détournant des véritables accusations, beaucoup plus dangereuses pour le pouvoir en place.

Au final et indépendamment du nombre de "convertis", tout ce bruit contribue au climat de haîne et de doute des institutions, le terreau dont le fondamentalisme a besoin pour s’épanouir.


* "Le 11 septembre au Parlement Européen de Bruxelles" - 20070222. Sur le fond, l’argumentaire n’évolue pas. Bien que démonté à mille reprises il revient à la charge inlassablement avec une régularité de métronome. Sur la forme, le titre peut habilement faire croire que l’Union Européenne veut se pencher sur le sujet alors qu’il ne s’agit que d’une poignée de lobbyistes faisant son show dans les locaux de la démocratie européenne.

20070627

En finir avec le fondamentalisme

Jamais depuis le Moyen-Age les fondamentalismes ne se sont aussi bien portés à travers le monde. En s’adaptant parfaitement à une société mondialisée et en réseau(x), des mouvements jusqu’alors marginaux sont parvenus à s’imposer comme quasi-dominants dans les media, régentant l’actualité à défaut de pouvoir contrôler le pouvoir réel. Un noyau d’initiés suffit désormais à animer des multitudes soigneusement maintenues dans l’ignorance grâce à une propagande efficace déclinant une idéologie simpliste autour d’une caricature de religion. L’argumentaire passe d’autant plus facilement que cette multitude subit au quotidien des injustices flagrantes, la moindre illusion d’espoir rendant plus supportable la misère absolue.

Ces phénomènes ne datent pas d’hier, mais la frustration a été récemment exacerbée par de trop nombreux espoirs déçus. Par incurie parfois, mais souvent aussi par le torpillage systématique des rares initiatives de résolution, ou encore l’élimination méthodique des rares personnes susceptibles de concrétiser un mince espoir de réconciliation. Ce n’est pas un hasard si Yitzak Rabin en Israël et Ahmed Chah Massoud en Afghanistan ont été assassiné par des courants supposés partager la même religion : le principal ennemi d’un fondamentaliste c’est le modéré dans ses rangs, certainement pas le fondamentaliste d’en face. Car le fondamentaliste d’en face, c’est le miroir qui renvoie de lui aux yeux du monde une image encore plus grande et plus belle. A eux deux, les fondamentalistes se faisant face captent toute la lumière, masquent leur desseins obscurantistes, et focalisent leurs rayons pour réduire en poussière tout ce qui ose bouger dans leur terrain de jeu commun...

Le coup d’envoi de la ligue mondiale nouvelle formule a été donné par Osama Ben Laden le 9 septembre 2001. Il n’en était certes pas à son coup d’essai mais cette fois-ci, il savait à quel genre de "wi(l)d receiver" il avait affaire : un "born again Christian" proche des cercles les plus fanatiques, comme ces fous furieux qui soutiennent les fondamentalistes Israëliens dans l’espoir de déclencher la guerre finale supposée provoquer le retour du Christ... un homme qui se présente comme le simple exécutant de la volonté divine, inscrivant dès le départ son mandat sous le signe de la théocratie.

L’accusé de réception n’a pas traîné : dès son premier discours suivant l’attentat, George W. Bush a lâché le signal que tous les Islamistes attendaient, et que les fondamentalistes Chrétiens appelaient de tous leurs voeux ; le mot "croisade".

On peut critiquer Bush sur de nombreux points, mais pas sur sa stratégie à l’international. Le bourbier et la partition de l’Irak, l’avènement d’un illuminé en Iran, le sinistre remake de la partition Pakistan-Bangladesh en Palestine ou le renforcement des extrémistes en Israël ne constituent pas des échecs mais des succès éclatants. Car George W. Bush n’a pas agi en Président des Etats-Unis dans l’intérêt de son pays, ni même en Républicain dans l’intérêt de son parti, mais avant tout en fondamentaliste dans l’intérêt du fondamentalisme. Et donc des fondamentalismes.

Ce Commandeur des Crédules a ainsi permis à des courants pour le moins alternatifs d’étendre durablement leurs congrégations sur l’ensemble du territoire américain et en particulier en son coeur, dans les régions en forte croissance démographique. Bush a également prêché par l’exemple en s’attaquant aux piliers de la démocratie au plus haut niveau de l’Etat : la justice, la science ou l’éducation ne doivent pas faire obstacle à l’avènement d’une authentique théocratie. Au niveau international, il aura systématiquement cherché à s’affranchir de toute contrainte ou interdépendance, à rendre caduques les accords de toute nature (de Kyoto à Genève), à vider de leur sens les véhicules de la communauté internationale (l’ONU, bien sûr, mais même l’OMC en lui substituant une raffale sans précédent d’accords bilatéraux de - plus ou moins - libre échange)...

Le maintien d’un état permanent de guerre et de terreur est essentiel pour le fonctionnement de la propagande et l’affirmation d’un pouvoir faisant parfaitement écho au Grand Satan d’en face, qualifié par un habile effet de miroir d’Islamo-fascisme. Les amis de Bush doivent toutefois lui conseiller régulièrement de ne pas trop en faire dans le maniement de l’épée : d’accord pour supprimer des ennemis communs, du menu fretin et des petites frappes élevées au rang de martyr par la propagande, mais attention à ne pas décapiter tout le monde... C’est d’abord Ben Laden qui lui rappelle que son ennemi n’est pas le peuple américain mais les musulmans corrompus par les infidèles, puis Mahmoud Ahmadinejad qui lui écrit pourquoi tant de haîne ? nous avons tant de choses en commun dans notre approche de la foi...

Certes, les Américains ont sanctionné le sanctifié de la Maison Blanche, mais essentiellement sur son bilan militaire, et la victoire Démocrate de 2006 demande confirmation. En attendant, les fondamentalistes US sont enfin montrés du doigt, et deviendraient presque moins fréquentables : aucun candidat cherchant leur soutien ne prendra le risque d’un "coming out" trop marqué... La déroute irakienne a par ailleurs provoqué le divorce neocons - theocons : ce sont les "religieux" de la Maison Blanche qui avaient vendu la guerre aux néocons, qui l’avaient à leur tour vendue aux grands lobbies économiques... ces derniers s’étaient alors logiquement retournés contre leurs vendeurs en constatant les vices cachés.

Le poids des fondamentalistes demeure cependant... fondamental. Et Démocrate ou Républicain, aucun candidat à la présidence en 2008 ne voudra se les mettre à dos.

Une chose est sûre : Bush ne sera pas réélu, et le mouvement a besoin de nouveaux leaders pour poursuivre la croisade.

Si Benoît XVI peut difficilement incarner l’avenir, il a déjà prouvé sa capacité à relayer le témoin sur quelques précieux mètres. Et en dépit des apparences, ce théologien possède lui aussi un sens aigü de la communication. De sa "malheureuse gaffe" de Ratisbonne, le commun des mortels n’aura retenu que la citation d’un texte critique envers Mahomet (Controverse de Manuel II Paléologue relative à la violence dans l’Islam), mais il ne s’agissait là que de la caisse de résonnance généreusement offerte aux prêcheurs radicaux derrière le "miroir d’en face". Le coeur de son message résidait dans la primauté de la religion sur la raison. La profession de foi d’un fondamentaliste à l’attention de fondamentalistes, discrètement formulée par un érudit à l’attention d’érudits... et au passage, une authentique bénédiction urbi et orbi accordée à ces révisionnistes de la science qui prônent l’imposture du Créationnisme et de l’Intelligent Design.

Tout ceci quelques jours après avoir réhabilité les traditionnalistes jusqu’ici considérés comme déviants et archaïques. Et quelques jours avant de rendre visite à la Turquie, cette clef de voûte de la laïcité au carrefour de l’Orient et de l’Occident, cette pierre que tant de fous souhaitent faire tomber, cette pierre sur laquelle tant de fous veulent construire leur caricature d’église...

Le fondamentalisme se nourrit du fondamentalisme et pour imposer des idées radicales, il n’est de meilleur allié qu’une idéologie radicale rivale. Les modérés sont trop longtemps restés silencieux et il est temps de faire tomber les miroirs et les masques, d’exposer les manoeuvres destinées à miner la société dans son ensemble et dans toutes ses composantes, d’exiger des représentants du peuple un engagement formel sur leur respect des principes de la démocratie. Il ne s’agit surtout pas de s’engager dans une contre-croisade, une chasse aux sorcières, ou d’interdire la religion pour satisfaire les ayatollahs de l’ultra-laïcité mais au contraire d’ouvrir les bras aux autres, de faire triompher le respect, la tolérance et surtout la transparence.

Dans ce contexte, le retrait d'un texte condamnant le Créationnisme de l'ordre du jour de l'Assemblée du Conseil de l'Europe sonne comme un bien inquiétant signal.

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addendum : ce texte a évolué dans sa version anglaise vers une "Universal Declaration of Independence From Fundamentalism".

20070315

Kurdistan, l'autre Irak - blogule rouge aux theocons US

"Kurdistan - The Other Iraq". Ce slogan relevé par le PRWatch sonne certainement mieux que "The Other Other Vietnam", mais je me demande si cela ne présage pas d'une désastreuse répétition des erreurs commises sur l'ensemble du pays. Erreurs qui, pour rappel, n'en étaient pas mais constituaient des choix délibérés.

A travers la Kurdistan Development Corporation, le gouvernement régional du Kurdistan irakien vient d'ouvrir un bureau de représentation à Washington avec à sa tête Qubad al-Talabani, le fils du président Jalal Talabani. Si officiellement, il s'agit de promouvoir les investissements et le tourisme dans la région, l'autonomie voire l'indépendance du Kurdistan figurent nécessairement au programme.
J'éprouve beaucoup de sympathie pour les Kurdes et je leur souhaite l'avenir paisible auquel ils aspirent depuis si longtemps, mais j'émets quelques doutes sur le type de soutien recherché à DC.

On se souvient de l'intense lobbying pro-Irakien mené entre les deux guerres, et surtout du choix délibéré par les theocons US des factions les mieux armées pour causer le maximum de dégats. La partition de l'Irak et le renforcement des fondamentalistes dans la région (et en particulier en Iran et en Israel) était non seulement prévus mais souhaités.

Si j'étais un fondamentaliste US, je ne laisserais certainement pas émerger un Kurdistan démocratique et pacifique au beau milieu de mon terrain de jeu. Au contraire, j'en profiterais pour créer un nouveau pôle d'instabilité dans la région irakienne la plus épargnée par le chaos ambiant. Surtout, j'en profiterai pour exacerber les nationalistes et les fondamentalistes turcs puisque, et nous le constatons chaque jour, la radicalisation de la Turquie constitue le meilleur vecteur de la renaissance du fondamentalisme chrétien en Europe.

Comme pour l'invasion de l'Irak, l'enjeu dépasse largement les champs pétrolifères de Kirkuk : l'objectif est ni plus ni moins de se débarasser de la laïcité en Turquie.

20060414

Blogule rouge aux visites d'Etat... de Washington

Hu n'aura pas droit à une Visite d'Etat en majuscule à DC, ainsi en a décidé George II. Washington déroulera néanmoins le tapis rouge devant le souverain chinois. Washington l'Etat, pas Washington la ville. Toute la royauté locale y mettra du sien : Microsoft, Starbucks, et même Boeing dont le siège a pourtant été déplacé à Chicago...
La délégation chinoise suivra de près le brief anti-terroristes que lui a concocté l'homme le plus puissant du monde. Bill Gates est aussi concerné que Hu Jintao : ces voyous (les terroristes) ne se contentent pas de menacer la propagande officielle de Beijing en évoquant l'emploi de bombes aussi sales que les droits de l'homme ; ils le font sans payer leur license à la firme de Redmond.

Mais l'Amérique d'en bas se passionne pour un sujet autrement plus stratégique : Houston déplore un Rocket défectueux made in China. L'objet mesure 2 m 28, s'appelle Yao Ming, et en aurait pour 6 mois d'indisponibilité. Un autre article importé par la NBA est carrément renvoyé à l'usine. A sa déchage (!), Wang Zhizhi a un nom aussi ridicule en Anglais que son prénom l'est en Français.

20050619

Blogule rouge au ministre des faux cultes

Non content d'avoir caressé dans le sens du poil les fondamentalistes chrétiens US et ouvert les tribunes aux islamistes radicaux français, un ancien-et-nouveau-mais-toujours-aussi-ambitieux Ministre de l'Interieur bien connu (Sarkozy pour ne pas le nommer) se permet d'accorder d'étranges faveurs à une secte bien connue des hauteurs de Hollywood, CA (Scientologie pour ne pas la nommer) : surveillance relachée sur les pratiques douteuses et tapis rouge déroulé sur un acteur bien connu au nom et au profil de missile (Cruise pour ne pas le nommer).
L'ancienne épouse de cet acteur, un top model bien connu reconverti sans grand succès ni grand talent en actrice (Kidman pour ne pas la nommer), l'avait menacé au beau milieu de leur divorce de faire un film sur le danger des sectes avant de se rétracter. Grand bien lui en prit puisque du coup elle enchaîna les premiers rôles prestigieux, récoltant même la bien connue statuette dorée de la meilleure prothèse nasale (Academy Award pour ne pas la nommer - son ex joue tout aussi mal mais comme lui n'a pas besoin de prothèse nasale il peut toujours courir pour l'Oscar).
Moralité : il n'y en a pas en politique ni dans le cinéma, et c'est bien connu.

20050322

Blogule blanc au OUI, blogule rouge au NON

La constitution parfaite n'existe pas et comme celle de 1958, la constitution européenne a le mérite de permettre aux institutions de fonctionner sur une base durable, avec une répartition claire des pouvoirs et des devoirs. L'idée n'est pas de voter oui à un compromis, mais oui à une dynamique positive qui sorte ce grand machin du marasme et l'aide à décider plus vite dans un monde plus exigeant en réactivité et proactivité.
A l'instar de Villiers, les partisans du "non" tentent de positiver ce qui ne peut l'être : soit la France veut avancer avec l'Europe, soit elle décide de détruire cinquante ans de construction et d'offrir en pâture le marécage qui en résultera aux adversaires de l'Europe.
Certes, l'Europe n'est pas aidée par Barroso. S'il n'a pas réussi à nommer l'intégriste Rocco Buttiglione à la justice l'organisateur du sommet des Açores a placé une lobbyiste à la concurrence (Neelie Kros) et s'obstine à agiter en épouvantail l'ancien président de l'internationale libérale Frits Bolkestein. Si ce drôle de leader a une dette envers Bush qu'il le dise tout de suite mais sinon il serait inspiré de cesser de tirer contre son camp.
An attendant et trois ans après avril 2002, la France a besoin d'un nouveau sursaut républicain. Bayrou, Hollande et Sarkozy semblent motivés pour jouer ensemble mais le silence des anciens finalistes Chirac et Le Pen devient singulièrement assourdissant. Le premier ne devrait pas tarder à prendre ses responsabilités et le second à lui coller aux basques. L'entrée de Le Pen dans l'arène pourrait être le meilleur atout pour les partisans du OUI et c'est sans doute pour cela qu'il prend son temps.

20050123

Blogule rouge aux régulateurs - FT tout puissant

La protection du consommateur passe toujours après celle du "champion national" France Telecom.

  • Pour commencer, l'ART lui accorde son désormais traditionnel cadeau "augmentation de l'abonnement vs baisse des communications" :
    => L'augmentation de l'abonnement équivaut à une pure augmentation de la marge brute : 1 euro de plus, c'est plus de 400 millions d'euros de gagnés chaque année sans se fatiguer, soit le tiers du CA 2003 du n°2 du marché cegetel, ou le quart du CA 2003 de Tele2 sur l'ensemble de l'Europe du Sud (France Italie Espagne Royaume-Uni Suisse Portugal Irlande) !
    => Couplée à une baisse des tarifs des communications, cette augmentation provoque une diminution formidable du marché adressable par la concurrence (avec transfert de valeur du dynamique - mon usage - vers l'inerte - je suis raccordé), et une augmentation immédiate de la part de client de France Telecom. Comme si Microsoft s'amusait à changer le marché de référence pour repasser au-dessus des 95% de PDM.
    => Le tout dans un flou artistique remarquable. Je serais curieux de voir de plus près le CEP (compte d'exploitation prévisionnel) de FT, qui fixe un panier de consommation arbitraire sans le fonder sur des usages réels. Nulle part il n'est fait mention d'un effet d'élasticité pourtant central dans le discours de l'opérateur aux analystes financiers. Par ailleurs, comment FT va-t-elle réduire le nombre d'abonnements sociaux de plusieurs centaines de milliers de comptes ? Avec quel impact sur le service universel ?
  • Deuxième point : la fusion des tarifs "local" et "voisinage V1 V2" augmente de fait la "sphère locale" ; le marché de référence de l'accès désormais multiservices (telecom, IT, audiovisuel), et l'espace de domination du monopole. C'est sur cette base que l'opérateur effectue sa baisse la plus forte, afin de contrer plus efficacement la concurrence sur le dégroupage.
  • Enfin, les contreparties pour la concurrence sont présentées comme une victoire pour l'ouverture du marché alors qu'elles relèvent de la "dette" et non du "don". Ce qu'il y a d'exceptionnel, c'est d'avoir tant tardé et non d'accorder un "cadeau" par ailleurs singulièrement édulcoré :
    - l'offre de revente en gros de l'abonnement ne sera pas disponible avant le T1 2006 au mieux, donnant à FT un nouvel avantage décisif en terme de "time to market". On a vu ce que cela avait donné sur l'ADSL pour Wanadoo.
    - la baisse des tarifs de gros pour le dégroupage semble significative (-30%) mais FT se rattrappe avec l'augmentation des frais de mise en service directement auprès des clients, avec un verrouillage du point d'entrée "déménagement", le moment de "rupture" clef pour un changement d'opérateur.

A défaut d'accepter le portefeuille des Finances, Breton voit celui de sa société gonfler à vue d'oeil.

Stephane MOT

20050112

Blogule rouge a Apple - iPod et iNombril

(a propos de la coalition levee par MS autour de son WMA face a Apple)
Apple a d'ores et deja perdu la bataille de la musique. Comme pour ses disruptions precedentes, la pomme reste incapable de passer en seconde et de reprendre un temps d'avance, toute occupee a s'admirer le nombril. Comme d'habitude, Microsoft affiche quelques metros de retard mais comblera le terrain avec sa traditionnelle combinaison effets d'annonce / me-too product / acquisitions / marketing / lobbying.
En fin de compte, les seules veritables progres apportes par Microsoft a la societe demeurent Word, Excel et Powerpoint sur le plan logiciel, et l'instauration de standards de fait sur les principaux points d'entree grands publics et professionnels. Dommage que ces standards s'imposent par des moyens aussi mediocres au lieu d'authentiques innovations - ce que l'on attendrait d'un leader fort d'une trentaine d'annee d'experience.
La principale menace pour Microsoft reste donc la deferlante du logiciel libre, sur laquelle IBM continue de surfer en abandonnant ses royalties sur plusieurs centaines de brevets. On peut toutefois s'attendre a ce que, a l'image de Netscape, Linux & co amenent la firme de Redmond a faire quelques entorses a son sacrosaint business model pour ne pas rater la prochaine revolution.

Stephane MOT

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