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20160716

Urgence d'Etat

Cinq actes terroristes depuis le début de l'année, une courbe du chômage incapable de s'inverser, un président à 12% dans les sondages, un Front National requinqué par le Brexit et la panique sécuritaire, des Bleus éjectés de leur Euro... et pourtant, il y a pire ailleurs.

Si la France est dans la dèche, l'Irak abrite toujours une partie du territoire contrôlé par Daech, et a subi 22 attaques terroristes depuis le 1er janvier. Mais la communauté internationale s'en fout, donc pas de problème pour gérer les changements de hashtags et de profils Facebook. Et puis on ne parle même pas de 'terrorisme' : il suffit de dire 'Irak', et tout est dit. L'Histoire, elle, continue à s'écrire : sur un banc des accusés vidé depuis longtemps de l'ombre de Saddam est venu s'assoir Tony Blair, guidé par la plume de Sir John Chilcot.

Toujours au Royaume Uni, l'Histoire a déjà trouvé une place à David Cameron et sa désastreuse campagne contre le Brexit. A Theresa May d'assurer le service après vente, et aux leaders européens de montrer qu'ils sont capables de remettre de l'ordre dans leur grand machin. Par 'leaders européens' je ne veux pas dire les Junker ou les Tusk (encore moins les José Manuel Barroso - voir 'Constitutionless'), mais les Merkel et compagnie - une bien brillante 7ème compagnie en vérité, avec Hollande dans le rôle du bénêt Pithiviers, et Matteo Renzi dans celui d'un Tassin qui risque fort de se faire éjecter du char avec son référendum d'octobre sur la Constitution.


Avec Matteo Renzi et François Hollande, l'Europe est prête à corriger le tir
Si ça peut vous rassurer, il y a vraiment pire ailleurs. Regardez le Japon : les électeurs ont fini par donner à Shinzo Abe la majorité des deux tiers dans les deux chambres, et il ne leur reste plus qu'à lui accorder le rêve de sa vie, la fin de la démocratie dans l'archipel (voir "Japan ust voted for its Peacexit - or is it Democracexit").

Y'a pire ailleurs, je vous dis : Donald Trump a choisi Mike Pence comme co-listier. Pour donner le change (en pence, bien sûr) au Tea Party, mais aussi parce que le Gouverneur de l'Indiana est pro-invasion de l'Irak, pro-Guantanamo, anti-avortement, anti-gay, et qu'il qualifie le réchauffement climatique de 'mythe'.

Y'a pire ailleurs : depuis que Rodrigo Duterte a été élu, plus de 110 personnes ont déjà été tuées en dehors de tout cadre légal au nom de sa lutte contre la drogue (qui inclut une lutte contre les drogués). Ca peut donner dans la Mer de Chine méridionale, où ce fou furieux va vouloir faire respecter par une Chine pas du genre à se laisser marcher sur les pieds le jugement favorable de l'UNCLOS , avec comme garde-fous potentiels Shinzo Abe et Donald Trump.

Et les Nations Unies, ne les oublions pas. Des nations aussi unies que les Etats d'Amérique et le Royaume britannique.

De quoi nous plaignons nous, franchement, nous les Français ? Nous avons la chance d'avoir un meneur hors pair, un gagneur plein d'expérience. Alors suivons notre Didier Deschamps Elysées et marchons, marchons*, qu'un sang impur abreuve nos sillons.


14 Juillet 2016: après Polytechnique, HEC et l'Université de Nantes défilent sur les Champs

blogules 2016
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* En Marche! dirait l'autre (voir "Macron - Le French Blair En Marche Forcee")

20160328

Terrifiant

Le plus terrifiant, en ces moments de terreur, c'est le profil des acteurs supposés défendre nos démocraties:
- Toujours plus fragile chaque jour, l'Europe ne sait plus à quel diable se vouer: Erdogan? Poutine? Bientôt, vous allez voir, on va demander à Kim Jong-un de régler le problème syrien - il s'entend si bien avec Bashar el Assad...
- Les Etats-Unis semblent se faire à l'idée de placer un non-interventioniste à la tête du monde libre, soit dans la tendance fascisante (Donald Trump), soit dans la mouvance "Occupy" (Bernie Sanders). Dans le "meilleur" des cas, ils opteront pour une conservatrice partisane du status quo (Hillary Clinton).
- Nos gouvernements eux-même sont devenus des 'soft targets' - on frémit à imaginer ce qui arrivera le jour où Daech mettra les mains sur du matériel nucléaire (pas loin du compte en Belgique, voir "Le nucléaire belge, cible potentielle des terroristes" - Le Monde 26/03/2016), ou plus simplement quand les infiltrés de l'ISI pakistanais livreront enfin la marchandise à leurs copains fondamentalistes qui la demandent depuis des lustres.

Et pendant qu'on s'embourbe dans les nouvelles urgences, plus personne ne s'occupe du travail à la source du problème: 
- parce qu'ils ont fait de 2017 leur priorité, nos politiques divisent encore plus la république au lieu de la rassembler
- par lâcheté et par manque de moyens, nous confortons chaque jour un peu plus la ligne dure partout dans le monde, et en particulier en Israël et en Arabie Saoudite, abandonnant tout espoir de résoudre le cas palestinien ou de mettre fin au financement du salafisme et de son enseignement à travers l'ensemble du monde musulman.

Comme dirait l'autre, notre maison brûle. Et si nous ne regardons pas ailleurs, nous invitons des pyromanes pour éteindre le feu.

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20110419

La fin d'Istanbul ou le début de la Turquie en Europe ?

Sous prétexte qu'Istanbul devient ingérable avec ses bientôt 17 millions d'habitants, Recep Tayyip Erdogan souhaite créer deux villes à partir d'elle.

Si Istanbul, une province de la région de Marmara à cheval sur le Bosphore, s'étale sur plus de 5000 km2, la ville stricto sensu pèse déjà 13.1 M d'habitants et 1.831 km2. Trois fois la superficie de Séoul, dix sept fois celle de Paris. Un monstre aux mensurations proches de Shanghai.

Erdogan projette de séparer les deux rives : une nouvelle ville pour la partie Européenne, une autre pour la partie Asiatique ou plutôt "Anatolienne", selon ses termes. Logique, mais terrible: Byzance perd tout son charme et son identité, comme si Lyon se coupait en une moitié Rhône et une moitié Saône.

A l'Europe le siège du pouvoir d'hier (Topkapi), à l'Anatolie celui d'aujourd'hui (la capitale Ankara). Et le seul derby aura lieu à l'Ouest du Bosphore, entre les "Européens" du Besiktas JK et du Galatasaray SK (quartier de Besiktas et de Kuloglu). Le Fenerbahce SK (Kadikoy) remplacera seul l'Orient.

Bon. La plupart des touristes ne traversent pas le pont vers l'Est, mais ça fait quand même un choc.

blogules 2011

20091121

Herman van Rompuy, les haikus, l'humour et la religion

Le nouveau Président du Conseil européen est loué pour ses qualités de négociateur, son humour et son goût pour les haikus, mais ce qui m'intéresse avant tout de savoir, c'est quel a été le véritable critère de choix déterminant pour la nomination de Herman van Rompuy.

J'ai bien peur d'avoir la réponse.

Si je m'étais fortement opposé à une nomination de Blair à ce nouveau poste prestigieux, c'était moins pour son rôle dans l'invasion de l'Irak que pour son appartenance au clan des fondamentalistes Chrétiens qui, après avoir
contribué à mettre à feu et à sang le monde en partenariat avec leurs collègues islamistes, sont en train de mettre le grappin sur la politique continentale (voir "Tony Blair : un Fondamentaliste Président de l'Europe ?").

Or si HVR passe pour un modéré et "déteste les extrémistes", il a la fâcheuse tendance à prôner une relation fusionnelle entre politique et religion.

A la base, son appartenance au CD&V (Christen-Democratisch en Vlaams), le parti démocrate-chrétien flamand belge, signale un mélange des genres. Certes, les PDC européens présentent généralement des plateformes plutôt saines et équilibrées tant sur les plans politiques, économiques et sociaux... mais par construction, ils illustrent une vision de la politique soumise à une pensée religieuse, incompatible avec le principe même d'une démocratie républicaine laïque.

Difficile de parler de fondamentalisme à ce stade, je vous le concède volontiers. Je note toutefois que l'ami Van Rompuy, qui s'écharpe régulièrement avec Luc Van den Brande sur l'avenir politique de la Belgique, soutient son collègue du CD&V au niveau européen, là où cet ayatollah défend le plus efficacement la destruction de l'idéal démocratique en assurant la
promotion de l'Intelligent Design.

De plus, ce modéré qui "déteste les extrémistes" n'hésite pas à employer le discours des ultra-conservateurs fondamentalistes chrétiens partisans de la ligne dure en Europe. Les Turcs n'ont pas oublié sa sortie à l'occasion des débats sur l'entrée de leur pays dans l'Union : "les valeurs universelles de l’Europe, et qui sont aussi des valeurs fondamentales du christianisme, perdront de leur vigueur avec l’entrée d’un grand pays islamique tel que la Turquie".

Par ailleurs, le sieur Herman Van Rompuy ne montre son KUL que sous un certain angle : si tout le monde sait qu'il a été diplômé en économie à l'Université Catholique de Louvain (Katholieke Universiteit Leuven), moins nombreux sont ceux qui savent qu'il a aussi brillé en philosophie. Et que là aussi, il apprécie le mélange des genres.

En effet, si Monseigneur Van Rompuy affirme ne pas avoir fait campagne pour le poste de Président du Conseil européen, il donnait bien, en toute candeur, une conférence sur la dernière encyclique d'un certain Benoît XVI sur la Doctrine sociale de l’Eglise. Conférence qui ressemble bigrement à un examen de passage... le 19 Octobre 2009, un mois pile poil avant sa nomination.

Dans ce texte ("
Conférence de Herman Rompuy sur Caritas in Veritate", en ligne sur LaCroix.com), l'expert en économie et en philosophie Van Rompuy parle d'amour et d'humanisme, mais aussi et surtout, comme Benoît XVI, de politique :

. "Aucun régime politique, aucune organisation sociale et aucun système économique ne peut revendiquer la réalisation du salut ultime" - tout cela n'a aucune valeur face à la foi
. "Selon la Doctrine sociale, la communauté politique est au service de la société civile dont elle est née. Cette société civile représente l’ensemble des relations et des biens, culturels ou associatifs, qui sont relativement indépendants de la politique et de l’économie" - la politique ne saurait se placer au-dessus de tout, il existe quelque part le besoin de matérialiser un pouvoir supérieur
. "Le principe de subsidiarité est contraignant, chaque homme devant avoir la chance d’apporter sa contribution à la construction du bien-être et de la prospérité. La question difficile est cependant de savoir comment nous pouvons, aujourd’hui, réaliser ce principe au sein d’une Europe unifiée et dans un monde globalisé, où de plus en plus de décisions sont prises à un haut niveau inaccessible pour l’homme concret, sachant que, pourtant, elles sont déterminantes pour le bien-être et la prospérité de son environnement, de son travail et de sa responsabilité" - c'est marrant mais les religions sont à la fois pertinentes pour adresser ce sujet, et déjà organisées pour faire face à des contraintes de subsidiarité, au plus proche des individus.
. HvR prolonge très clairement l'appel de Benoît XVI, en reprenant les termes les plus directs de son encyclique : "Il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale telle qu’elle a déjà été esquissée par mon Prédécesseur, le bienheureux Jean XXIII".


Pour rappel, dans "Caritas in Veritate", Ratzie écrivait "Le développement intégral des peuples et la collaboration internationale exigent que soit institué un degré supérieur d’organisation à l’échelle internationale de type subsidiaire pour la gouvernance de la mondialisation et que soit finalement mis en place un ordre social conforme à l’ordre moral et au lien entre les sphères morale et sociale, entre le politique et la sphère économique et civile que prévoyait déjà le Statut des Nations Unies". J'ai déjà évoqué l'habileté du discours de ce fondamentaliste qui milite ardemment pour le retour de la religion au coeur de l'éducation, de la science et de la politique, les fondements de la démocratie (voir entre autres "Le mauvais plan de Benoît XVI"). Et il suffisait de le voir l'autre jour exulter à la tribune de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) pour comprendre ce qu'il entend par "une véritable Autorité politique mondiale" : une autorité politique où les autorités religieuses aient toute leur place. Il a dans cette perspective le soutien de Ban Ki-moon à l'ONU (discret sur sa propre foi mais militant acharné des dialogues inter-religieux dans le cadre des institutions dont il a la charge), et désormais de Herman van Rompuy au Conseil européen, en complément de sa dream team actuelle (Barroso, van den Brande & Co). Je suis curieux de savoir si ce "démocrate chrétien" sera plutôt "démocrate" ou "chrétien" au moment de défendre la Cour Européenne des Droits de l'Homme face aux prochaine attaques des fondamentalistes*...

Décidément un "Drôle de moine ce Van Rompuy", pour reprendre les termes de Paul Piret (in La Libre Belgique du 19/11/2009).

Maintenant, s'il n'était guère difficile de trouver le talon d'Herman Achille Van Rompuy, je n'ai pour le moment rien trouvé de bien suspect dans le profil de Cathy Ashton, alias Lady Catherine, a.k.a Baroness Ashton of Upholland, notre premier Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

blogules 2009

* voir "La Cour Européenne des Droits de l'Homme crucifie les fondamentalistes" puis "Traditions, conservatismes, obscurantismes et fondamentalismes"

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ADDENDUM

Dans la version Anglaise de ce post sur blogules en V.O. ("Herman van Rompuy, haikus, humor and religion"), je développe plus clairement le sujet, en particulier à travers un parallèle entre cette conférence de Van Rompuy pour Benoît XVI et celle de John McCain au Discovery Institute, en amont de sa campagne de séduction des theocons US.

SM

20070724

In memoriam Nicolas Sarkozy

A l'heure de porter en terre les 148 cm du Grand Homme, revenons sur les événements qui auront marqué son long règne au début de ce siècle.

Nicolas Sarkozy a tout simplement changé la face de la France, et pas seulement en annexant la Wallonie et les Iles Anglo-Normandes. Et si notre pays compte aujourd'hui 950 millions d'habitants, il le doit autant au déremboursement des moyens contraceptifs qu'aux naturalisations de masse ayant suivi la constitution de l'Union Méditerranéenne avec en point d'orgue l'entrée de la Turquie en Afrique.

Sous l'autorité du Petit Pair des Pipoles, l'Europe s'est stabilisée à 29 pays membres après l'éclatement de la Pologne entre Kaczynskie de l'Ouest (Jaroslavie) et Kaczynskie de l'Est (Litchie), et naturellement après l'Indépendance de la Corse. Rappelons à ce propos que ce grand pacificateur a obtenu son Prix Nobel de la Paix pour avoir réconcilié Christian Clavier et Jean Réno sur l'épineuse question de la propriété Brocciùfermentelli sur les hauteurs de Bonifacio, célébrant en personne leur remariage en l'Eglise de Scientologie de Neuilly-sur-Seine (une exclusivité Paris Match ; le poids des annonceurs, le choc des actionnaires).

L'Hyperprésident aura célébré bien d'autres mariages dans le cadre de sa politique de patriotisme économique : fusion d'Areva avec Bouygues, fusion du nouvel ensemble avec EDF, et fusion du site de Cadarache avec les mines d'uranium de Nouvelle Calédonie en passant directement par le noyau terrestre grâce à une technologie chinoise dite du syndrôme. Non content d'oeuvrer au développement durable de la radioactivité, Nicolas Sarkozy a trouvé le temps de redresser Airbus en injectant du Viagra dans le kérozène, et même de sauver Air France - KLM - Alitalia - Aeroflot de la faillite en affrêtant des charters pour tous ceux qui refusaient de Travailler Plus pour Travailler Plus, accélérant au passage le retour au plein emploi. Il a également diminué de 90% le nombre de pauvres en diminuant de 50% le seuil de pauvreté, et rééquilibré le Budget de l'Etat en ne remplaçant qu'un départ en suicide sur deux. C'est avec un autre concept audacieux qu'il obtint le Prix Nobel d'Economie, son Bouclier Social sur la TVA Identitaire lui valant en prime le titre de Docteur Honoris Causa à l'Université de Pyeongyang.

Habitué aux honneurs, Nicolas Sarkozy a également gagné le Prix Pulitzer de la Photographie pour ses séries exclusives sur Cécilia à Brégançon pendant les premières années de son règne. Rappelons que par la suite, le Fort avait été réquisitionné dans le cadre de la remise de peine de Jacques Chirac, assigné à résidence avec obligation du port d'un bracelet électronique et interdiction formelle de porter des chaussettes noires pour faciliter le contrôle.

L'Hyperprésident a profondément réformé la justice, inscrivant dans la Constitution comme droit fondamental le droit à l'IVG. Comme chacun le sait, l'Inquisition à Vitesse Grandissime permet à un individu interpelé à 17h30 en Gare du Nord de bénéficier le soir même d'un hébergement tous frais payés et à durée illimitée à Guantanamo. L'histoire retiendra une présidence marquée par l'ouverture et la fin des discriminations : un Ministre de l'Education Créationiste, un Ministre de la Culture Evangéliste, un Ministre de la Justice adepte du Vaudou, et même une animiste au Ministère du Karaoké. Mireille Mathieu demeure en effet persuadée que son micro est le plus jeune des six frères jackson.

Je ne saurais compléter cet éloge sans rendre hommage au grand sportif qui vient de nous quitter. Ce jogger invétéré a remporté 11 Tours de France consécutifs entre 2007 et 2017 sans avoir eu jamais recours au dopage, son taux anormalement élevé d'hypocrites dans son gouvernement ayant été finalement déclaré naturel compte tenu de l'altitude moyenne à laquelle évoluent nos hommes politiques. Couronnement suprême, Nicolas Sarkozy aura finalement eu le privilège de voir le PSG gagner un titre national vers la fin de son règne ; le Championnat de France CFA saison 2044-45.

20070723

Turquie : la révolution silencieuse

Couplé à la montée des nationalistes d'extrême droite (plus de 14% pour le MHP) et au renforcement des nationalistes kurdes (encore une vingtaine de députés pour le DTP), le triomphe de Recep Tayyip Erdogan (près de la moitié des suffrages pour l'AKP) ne laisse qu'une vingtaine de pourcent des suffrages au principal parti républicain. Et quand on voit ce CHP se cramponner à une caricature de kémalisme révisé, on peut se demander si la Turquie n'a pas tourné le dos pour de bon à son idéal de république laïque.

Comme on pouvait s'y attendre, les bien amicales pressions exercées par les fondamentalistes Chrétiens occidentaux sur la Turquie n'ont fait que renforcer les islamistes et les nationalistes, marginalisant les véritables défenseurs d'une démocratie exemplaire.

Erdogan a gagné grâce à ses résultats économiques et à l'indigence de son opposition. Et s'il demeure géné aux entournures par une clique militaire vieillissante, sa révolution islamiste est bien en marche et le temps joue en sa faveur (la démographie penche de son côté).

La Turquie s'affirme comme un nouveau modèle combinant modernisme économique et archaïsme religieux, où la femme n'a plus vraiment la même place, où le Bilim Arastirma Vakfi (BAV) peut librement distiller ses thèses créationistes, et où le changement se pilote depuis la base, par la pression socio-religieuse plus que par une loi qui tôt ou tard sera amenée à évoluer... sinon dans les textes du moins dans les faits.

La candidature à l'Europe prend désormais toute la saveur qu'attendaient d'elle les ennemis de la démocratie : un forum - caisse de résonnance pour toutes les haînes et toutes les peurs qu'ils orchestrent savamment depuis des années.

Aux peuples d'Europe d'éviter de rentrer dans ce jeu, aux électeurs de mettre hors jeu ceux qui jettent de l'huile sur le feu, de refuser le choc des civilisations qu'ils essayent de leur vendre. Envoyons à nos amis turcs un message d'exemplarité en refusant le retour de la religion dans la politique et du religieux dans le débat politique. A commencer par celui sur l'intégration de la Turquie en Europe.

20070315

Kurdistan, l'autre Irak - blogule rouge aux theocons US

"Kurdistan - The Other Iraq". Ce slogan relevé par le PRWatch sonne certainement mieux que "The Other Other Vietnam", mais je me demande si cela ne présage pas d'une désastreuse répétition des erreurs commises sur l'ensemble du pays. Erreurs qui, pour rappel, n'en étaient pas mais constituaient des choix délibérés.

A travers la Kurdistan Development Corporation, le gouvernement régional du Kurdistan irakien vient d'ouvrir un bureau de représentation à Washington avec à sa tête Qubad al-Talabani, le fils du président Jalal Talabani. Si officiellement, il s'agit de promouvoir les investissements et le tourisme dans la région, l'autonomie voire l'indépendance du Kurdistan figurent nécessairement au programme.
J'éprouve beaucoup de sympathie pour les Kurdes et je leur souhaite l'avenir paisible auquel ils aspirent depuis si longtemps, mais j'émets quelques doutes sur le type de soutien recherché à DC.

On se souvient de l'intense lobbying pro-Irakien mené entre les deux guerres, et surtout du choix délibéré par les theocons US des factions les mieux armées pour causer le maximum de dégats. La partition de l'Irak et le renforcement des fondamentalistes dans la région (et en particulier en Iran et en Israel) était non seulement prévus mais souhaités.

Si j'étais un fondamentaliste US, je ne laisserais certainement pas émerger un Kurdistan démocratique et pacifique au beau milieu de mon terrain de jeu. Au contraire, j'en profiterais pour créer un nouveau pôle d'instabilité dans la région irakienne la plus épargnée par le chaos ambiant. Surtout, j'en profiterai pour exacerber les nationalistes et les fondamentalistes turcs puisque, et nous le constatons chaque jour, la radicalisation de la Turquie constitue le meilleur vecteur de la renaissance du fondamentalisme chrétien en Europe.

Comme pour l'invasion de l'Irak, l'enjeu dépasse largement les champs pétrolifères de Kirkuk : l'objectif est ni plus ni moins de se débarasser de la laïcité en Turquie.

20061207

Blogule blanc a France 24 - en attendant mieux

Alain de Pouzilhac a beau venir de la pub, le logo de France24 craint un peu et son "look and feel" évoque plutôt ARD ou une chaîne de l'ex bloc soviétique que la BBC. Va pour le bleu et la sobriété, qu'importe le flacon pourvu que l'ivresse dépasse la dose prescrite par TV5...
L'idée est de faire rayonner la Francophonie en faisant entendre la voix de la France et en la matière Chirac pourra difficilement faire pire que Mitterrand : l'Afrique se souvient comment, moins versé dans la techno, le Sphynx s'était amusé à distribuer des machettes aux Rwandais...
Pour le moment, l'ex-CII joue la carte de la diplomacie au niveau de l'info (visite inédite des bureaux du Secrétaire Général de l'ONU) comme de la météo (la Turquie survolée sans commentaires après le Moyen-Orient et bien après l'Europe).
France 24 n'existe pour le moment que sur le web, et cela suffit à mon bonheur. Une chance de plus de zapper gratuitement depuis partout dans le monde après le mondrianoïde iTele et la telenovela BFMTV (où l'on tente de faire passer des acteurs de troisième catégorie pour des stars en exhibant leur gueule en tête de gondole).
La petite nouvelle diffuse en VF, en Anglais (mais avec tout de même 25% de Français et bientôt un décrochage de 4 heures en Arabe), et ce sans afficher la tronche de Sarko à tout bout de champ. S'il devient calife à la place du calife, Le Petit Nicolas se fera un plaisir de réparer cette injustice, et par la même occasion l'affront fait à son ami Martin Bouygues (LCI écarté dès les qualifs, TF1 avant le départ). Devant la montée en puissance de la concurrence et après la double claque TNT / TPS, le lider maximo de l'audiovisuel gaulois vient d'ailleurs de grimper juste au-dessous du seuil de véto dans le Groupe AB, un partenaire historique lui aussi peu versé dans les missions de service public.
Après France2, France3, France4 et France5, France Télévisions s'autorise certes un saut jusqu'à France24, mais d'ici à ce qu'elle concurrence XXL avec France69...

20061014

Blogule rouge a Segolene Royal - quand le debat fait pschitt

La bulle Ségolène Royal se dégonfle à vue d'oeil. Après avoir déclaré sans rire "mon opinion sera celle du peuple français" à propos de l'entrée de la Turquie dans l'UE (une bordée populo-démagogique d'amplitude 12 sur l'échelle de Chavez), la voilà en plein déni de démocratie avec sa désormais célèbre sortie sur les débats prévus dans le cadre de la campagne interne du PS : "s'ils sont trop nombreux, s'ils sont détournés de leur véritable destination, je me réserve le droit de ne pas m'y assujettir". Pour une femme que Pierre Bourdieu pensait à droite, je la trouve au mieux bien malhabile.
Car refuser le débat à des Science-Po - ENArques, ça ne se fait pas. C'est comme priver des footballeurs de ballon ou Jack Lang du feu des projecteurs. De toute évidence, la "machine à perdre est en marche", et à ce rythme-là Ségo n'aura pas besoin des mécaniciens Fabius et DSK.

Les primaires s'annoncent également musclées côté UMP, où l'on doit sérieusement s'inquiéter de passer deux mois après les socialistes, juste avant une dernière ligne droite que je ne souhaite pas aussi extrême qu'en 2002. Le père Sarkozy n'aura peut-être pas comme seul adversaire demain le maire d'Yerres (Nicolas Dupont-Aignan) : MAM revendique l'héritage du Général sous prétexte qu'elle pilote le porte-avions du même nom, et Villepin semble faire un calcul foireux à la Chirac style je flingue VGE en 1981 pour récupérer le job de Mitterrand en 1988...
Nous n'en serions pas là si le débat en 1981 avait opposé Simone Veil à Michel Rocard. Le problème de la France demeure plus que jamais le verrouillage de la politique par des prédateurs.

20061013

Blogule blanc a Orhan Pamuk - The Plot Against Turkey ?

Drôle de journée pour l'extrême droite turque : la France, fille ainée du colonialisme, lui fait une petite leçon d'histoire et dans la foulée, Nobel lui fait péter sa TNT au nez en couronnant un Orhan Pamuk qu'elle se voyait bien envoyer en prison pour avoir évoqué le génocide arménien.

Bonne pioche pour Stockholm : Pamuk ne se contente pas de dénoncer l'ensemble des extrêmismes, il traduit avec originalité la fragilité des humains d'une plume douce et amère (de ce que j'ai pu en juger dans une traduction en Anglais tout du moins*). Dans l'air du temps également, "The Plot Against America" du favori Philip Roth sentait un peu le réchauffé, le scénario d'une Amérique lindberghienne sous influence nazie ayant déjà été exploré dans le passé. Et sur le plan littéraire, Snow s'impose comme une oeuvre importante* là où The Plot relève plutôt du roman de gare.

Pendant ce temps-là, Pascal Bruckner (qui pour le Nobel, devrait aussi rester à quai), assure la promotion de son dernier opus, "La tyrannie de la pénitence : Essai sur le masochisme en Occident". A la lecture des dernières piques infligées par l'Assemblée Française à la Turquie, envisage-t-il déjà un chapitre sur "le sadisme envers l'Orient" ?

Mais il en faut beaucoup pour attendrir ce noble intellectuel : les méthodes pour le moins expéditives employées de Guantanamo à Abu Ghraib ne semblent guère l'émouvoir. Passequ'y parait que son ami Bush fait aussi et à sa façon dans la lutte contre la tyrannie.


* cf "Blogule blanc à Snow - Le Flocon Malaise" (20041221)

20060915

Blogule rouge a Benoit XVI - I smelled a Ratz

J'avais hélas raison de me méfier de la nomination du Cardinal Ratzinger à la tête du Vatican* : sa citation hier à Ratisbonne de la Controverse de Manuel II Paléologue (relative à la violence dans l'Islam) n'a absolument rien de fortuit et s'inscrit d'ailleurs dans le cadre du discours raisonné d'un théologien auprès d'érudits. Faire écho à une vision médiévale et réductrice de l'Islam à ce moment de l'Histoire, quelques jours à peine après avoir réhabilité des traditionalistes et à quelques semaines d'un déplacement en Turquie relève de la pure provocation. Inutile de préciser qu'à l'heure de lancer ses attaques sur la France le GSPC boit du petit lait.
Pour ceux qui en doutaient, l'Eglise a malheureusement fait le choix de la surenchère au moment où il était crucial (sans jeu de mot) de se démarquer du fondamentalisme. Au lieu de tendre la main aux modérés de toutes confessions, Benito XVI tend le bras vers les radicaux et attire délibérément sur l'Eglise les foudres des Islamistes.

Car comme pour Bush avec l'Irak, il ne s'agit pas une erreur stratégique mais bien d'un choix délibéré et totalement justifié de la part de fondamentalistes agissant contre les intérêts mêmes des peuples dont ils ont la responsabilité.

Non seulement je regrette d'avoir été baptisé, mais j'invite les catholiques du monde entier à exprimer leur indignation et à prendre leurs distances avec un Pape aussi dangereux pour la paix des peuples.



* "
Red blogule to the Red Army - I smell a Ratz" (20050420)

20051007

Blogule rouge a la diplomatie du diplodocus - blogule blanc a la Turquie et a l'UE de demain

La courte paille du gouvernement Blair n'a aucun souci à se faire pour son avenir, tout tracé de l'autre-côté de l'Atlantique - de toute façon, pour lui, cet océan commence quelque part du côté de Calais. Mais avant de rejoindre un club de philantropes style Carlyle, Jack Straw aura livré quelques combats peu glorieux, le dernier en date constituant entre autres à ridiculiser l'Union et à sacrifier le TPI sur l'autel de l'amitié Euro-Turque.
Une fois de plus, ne mélangeons pas les sujets. Si la question de l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne débouche sur un débat aussi affligeant, c'est parce qu'elle ne peut se résumer à une seule question. Histoire de faire avancer le débat, en voici déjà trois :

  1. L'Union Européenne peut-elle continuer à s'agrandir sans se donner un sens ? Au risque de me répéter : indépendamment du cas turc, il n'est pas souhaitable d'intégrer de nouveaux pays tant que les membres actuels n'ont pas défini clairement ce qu'ils entendent par l'UE. Il est évidemment regrettable que cet effort n'ait pas été accompli avant le passage de 15 à 25 membres (sans oublier les autres pays déjà annoncés). C'est de sens dont les Européens ont besoin et tant qu'il n'y a pas de sens, agrandir n'a pas de sens. C'est une évidence, mais il est également évident que les membres actuels (et pas seulement les Anglais et les Français) ne sont pas prêts à s'entendre sur ce point. A défaut de constitution, travaillons d'urgence sur une déclaration d'amour commune suffisamment concise et adoptable par tous... Tous les gouvernements, mais surtout tous les peuples.
  2. La Turquie a-t-elle sa place dans l'UE ? Le premier point apportera quelques éléments structurants : la réponse sera positive dans la mesure où la Turquie entrera dans le cadre fixé. Sur un plan personnel, je pense que la Turquie a autant sa place dans cet ensemble que la Grèce, et qu'elle pourra apporter bien plus encore à l'Union. Le pays n'est cependant pas prêt dans l'immédiat. L'UE sera plus forte si elle est rejointe par une Turquie volontaire, en phase avec son temps et assumant pleinement son passé dans ce qu'il a de plus brillant comme dans ce qu'il a de plus sombre. L'UE n'aura pas de sens livrée à elle-même : elle gagnera sa crédibilité en s'affirmant comme un pôle cohérent mais capable de gérer sa propre diversité et d'avancer en intelligence avec l'Amérique, l'Afrique et le Moyen-Orient. Bien plus que la Turquie, la question de la Russie me paraît à l'avenir la plus structurante au niveau global, en particulier vis à vis de l'Asie.
  3. Fallait-il commencer la négociation sur l'entrée de la Turquie dans l'UE ? La réponse est oui puisque les parties s'étaient engagées à le faire, mais surtout parce que cela permet d'avancer sur le fond à un moment où tout le monde en a bien besoin. Même si aujourd'hui ni l'UE ni la Turquie ne savent précisément où chacun veut aller dans l'absolu, et donc a fortiori ensemble, cette discussion aidera chacun à mieux se définir par un effet miroir. Ce débat enrichira encore la compréhension mutuelle et ne peut être que bénéfique. A ce stade, il me parait toutefois prématuré d'envisager des modalités et un calendrier précis.

20041221

Blogule blanc à "Snow" - Le Flocon Malaise

(a propos de "Snow" - Ohran Pamuk)
Le temps s'est arrêté sur le petit village de Kars. Avec lui, un poète en quête d'amour et d'inspiration.
Sous cette bulle coupée du monde mais au carrefour des civilisations, la neige ne cesse de tomber. Mais Kars n'est pas de ces bibelots souvenirs que l'on oublie dans un placard : de toutes parts des mains l'agitent pour que la danse des flocons se prolonge. Pris dans le tourbillon, Ka se trouve balancé aux quatre coins de ce décor de théatre, croisant tous les acteurs d'une Turquie dechirée. Chacun campe son rôle et connait son texte, mais personne n'ose réellement se dévoiler... Le geste peut coûter cher dans la region. Stephane MOT

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