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20160822

Tout pour ma pomme - conversations privées avec les présidents

Ne vous fatiguez pas à chercher les meilleures feuilles des derniers opuscules consacrés à Hollande et Sarkozy - je vous propose en exclusivité les moments de candeur trop honnêtes pour avoir été conservés dans ces "entretiens vérité".

Pour rappel, les farces en présence:
- à ma droite "Tout pour la France", de, avec, et pour Sarko himself, où l'ex dévoile le scoop le moins bien protégé de l'histoire: "j'ai décidé d'être candidat à la présidentielle de 2017*".
- à ma gauche "Conversations privées avec le président" menées par Antonin André et Karim Rissouli, où Flanby déclare en toute fermeté: "pour 2017 j'hésite, je me tâte, et ça prend du temps vous savez, avec tous ces replis et triples mentons"

Passons donc en revue les positions des candidats sur les principaux dossiers:

  • SUR LE POUVOIR: 
    • Nicolas Sarkozy: "Le pouvoir, c'est ma dope. Je n'arrête pas d'y penser, et plus seulement le matin quand je me rase. D'ailleurs maintenant, le rasoir, je le laisse de côté deux jours sur trois - ça fait viril sans faire hipster, et d'après les sondages de Patrick Buisson (que je viens de réembaucher), c'est ce que cherche mon coeur de cible marketing, la ménagère de moins de 50 ans qui écoute Mireille Mathieu mais hésite encore à voter Marine Le Pen."
    • François Hollande: "Le pouvoir? Je ne connais pas le sens de ce mot. Et pis je n'ai jamais pu. Ni au PS, ni à l'Elysée. Moi, Président de la République? Sérieusement? Je ne fais pas ça pour le pouvoir, mais pour faire croire."
  • SUR L'ECONOMIE:
    • NS: "L'économie, c'est mon dada. Comme le cheval pour Omar Sharif, et dans l'ordre s'il vous plait: j'ai été ministre du budget, puis ministre de l'économie, et enfin président pendant la pire crise depuis la Grande Dépression de DSK. Personne ne m'arrive à la cheville quand je mets mes talonettes XXXL. Et à propos de plateforme, mon programme pour les primaires c'est de lancer cet appel sincère aux sympathisans des Républicains: 'vous avez raqué au Sarkothon? vous allez payer au Sarkobis!'"
    • FH: "L'économie, c'est mon truc. J'ai fait HEC, j'ai donné des cours d'économie, et en toute modestie, dans le domaine, je me balade. Je ne fais d'ailleurs que ça, me balader dans les jardins de l'Elysée, pendant que Macron fait le beau. Franchement, on devrait me donner le Nobel de l'Economie. D'ailleurs, le coup de la taxe à 75%, ma plus belle connerie, eh bien elle n'était même pas de moi. Mais rassurez-vous, au cas où vous en douteriez, je suis parfaitement capable de ce genre de conneries."
  • SUR LA SECURITE:
    • NS: "La sécurité, c'est mon petit nom. J'ai tout de même tenu tête à Human Bomb et à Liliane Bettencourt à Neuilly, et ça prouve bien que je n'ai pas froid aux yeux - surtout avec mes nouvelles Ray Ban. Une fois de retour à l'Elysée en 2017, je ferai ajouter dans la constitution le droit de porter des armes pour tous les citoyens, et je construirai un mur pour empêcher les immigrés de rentrer. C'est ce que me conseille le dernier sondage de Patrick Buisson, qui vient de rejoindre l'équipe de campagne de Donald Trump."
    • FH: "La sécurité, c'est important, et ça fait partie des leçons que j'ai appris dans la douleur pendant ce quinquennat. On ne sait jamais quelle tragédie peut frapper la nation à tout moment. Moi, c'est en allant voir Julie que je me suis vautré sur une peau de banane laissée par Delanoe. C'est pour cela que j'ai pris la décision de mettre un casque chaque fois que je prends le scooter. La deuxième grande leçon, c'est de ne jamais baisser la garde: le jour même où j'ai annoncé que j'enlevais le casque, je me suis pris une crotte de pigeon sur la tête."
  •  SUR LA POLITIQUE ETRANGERE:
    • NS: "La politique étrangère, j'ai toujours eu raison avant les autres. Si on avait laissé mes copains Assad, Khadafi et Ben Ali en place, tout serait plus simple. C'est tellement plus difficile aujourd'hui de se faire offrir des Rolex. C'est confirmé par l'institut de sondages de Patrick Buisson, que Kim Jong-un vient de recruter."
    • FH: "La politique étrangère, c'est mon bâton de maréchal. Et comme Valérie le disait toujours, mon François, il n'a pas le bâton tous les jours, à part pour se faire battre. Cela dit, VGE a eu son Tchad, et j'ai eu mon Mali, mais j'attends toujours mes diamants."
  • SUR LE PAYSAGE POLITIQUE FRANCAIS:
    • NS: "Le paysage politique français est en ruines, et c'est essentiellement grâce à moi. Si vous croyez pouvoir m'enterrer bientôt, sachez que mon pouvoir de nuisance demeure intact. Vous avez vu dans quel état je vous ai rendu la droite après 5 ans à la tête du pays et bientôt deux à la tête du parti? Outragée, brisée, martyrisée, mais toujours pas libérée de moi. J'ai réussi à créer une copie conforme du Parti Républicain américain, un empire éclaté capable de porter à sa tête un dangereux égotique. Mes maîtres à penser en politique sont Edouard Balladur et Charles Pasqua: le premier m'a appris qu'on n'avait rien à gagner à être poli, le second m'a appris que le karcher rapportait plus de points que le pastis dans les sondages de Buisson, qui vient d'ailleurs d'être embauché par Rodrigo Duterte."
    • FH: "Le paysage politique français est en ruines, et c'est essentiellement grâce à moi. Si vous croyez pouvoir m'enterrer bientôt, sachez que mon pouvoir de nuisance demeure intact. Vous avez vu dans quel état je vous ai rendu la gauche après 10 ans à la tête du PS et bientôt 5 ans à la tête du pays? Littéralement amorphe, sans queue ni tête, sans colonne vertébrale, sans cerveau, et sans dents. C'est ça, tout l'art du consensus mou. Mes maîtres à penser en politique sont François Mitterrand, Jacques Chirac, et Michel Rocard: le premier m'a appris à être de droite en passant pour un gars de gauche, le second m'a appris à être de gauche en passant pour un gars de droite, et le troisième m'a appris à briller en société sans jamais réussir à être président."
  • SUR LES FEMMES:
    • NS: "Les femmes m'adorent. Comme moi, elles ne peuvent pas se passer de moi. Je ne peux toujours pas me passer de Cécilia, comme je ne pourrai jamais me passer de Carla, ou de Cruella. Cruella, c'est celle qui remplacera Carla au début de mon prochain mandat, parce que les Français attendent vraiment de moi que je présente un nouveau visage: c'est ce que me disent tous les sondages de Patrick Buisson, qui vient de signer chez Paris Match.
    • FH: "Les femmes m'adorent. Elles savent qu'au fond, sous mon armure de graisse, se cache un coeur prêt à fondre à tout moment. Ségolène, Valérie , Julie, Anne, Beyoncé, elles sont toutes à mes pieds. Littéralement: je me suis fait tatouer leurs noms sous la voute plantaire - ça chatouille!"
  • LEUR SLOGAN POUR LA CAMPAGNE 2017:
    • NS: "Compétitivité, Liberté, Autorité, Vérité, Identité, ne pas dépasser la date de Validité."
    • FH: "Tout devient impossible."

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* pour son précédent retour, voir "Liliane, fais les valises de billets (Sarko revient parmi les siens)

20160422

Macron - Le French Blair En Marche Forcee

Enfin sorti du bois avec son véhicule En Marche!, Emmanuel Macron a parachevé en quelques mois un remarquable marketing blitz, volant à Manuel Valls son positionnement, son plan de route, et même son adoubement par les Murdoch français, clef du succès de Tony Blair au Royaume Uni deux décennies plus tôt. Il ne lui manque plus que de se mettre les Theocons US dans la poche, mais les siennes sont déjà bien remplies depuis son passage chez Rothschild.

Macron n'est pas seulement un 'me too product' idéalement calibré en Valls killer et Sarkozy killer, mais aussi l'opposé parfait de Hollande pour la fermeté (face à Flanby, même un marshmallow ferait l'affaire) ou de Juppé pour l'âge (38 contre 70).


Le Match a commencé, les media deroulent le tapis rouge pour le jeune loup et son cougar (son ex prof de Français à H4, Brigitte Macron)
Le timing semble parfait, les lignes bougeant plus que jamais dans le landerneau: le PS, Les Républicains, le MoDem, les Verts, tous ont déjà implosé, et seul le FN reste soudé derrière son nouveau caudillo (ce n'est pas papa canal historique qui faire tourner la marinade). Alors Macron veut vous faire marcher dès maintenant:


en-marche.fr: en marche! en charme? en marché?

En marche! renvoie à un pays en mouvement, en état de marche, à la marche militaire (Manu Militari II joue sur tous les fronts), au demi-ton diatonique, et même à la marche médiévale, cette province quasi autonome à la frontière de l'Etat.

Le Marquis de Macron renforce donc son contrôle sur des terres qu'il continue à étendre dans la délicate position de outsider de l'intérieur. A priori plus pour longtemps au sein du gouvernement; le temps semble venu pour lui de couper le cordon avec Hollande-Valls, ou mieux encore de se laisser virer, pour marquer encore plus nettement le divorce. Pas sûr qu'ils lui fassent ce plaisir.

D'ici là, son pouvoir de nuisance* pourrait se retourner contre lui. Et ce point d'exclamation lui revenir en pleine gueule, comme le Jeb! de Bush III. 


C'est maintenant qu'on va pouvoir mesurer l'épaisseur de son maroquin.

Et il lui faudra un moment où un autre ralentir le pas. VGE et Sarko ont déjà prouvé que l'arrogance ne durait qu'un temps.



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* constaté lors du récent capotage de l'accord Orange-Bouygues (voir "And Then There Were Three - Beyond Iliad's Odyssey")?

20150324

Le temps du béni-ni-ni, Nicolas?

Le vainqueur des Départementales s'est offert une couverture internationale: dimanche soir, les media étrangers n'avaient d'yeux que pour Nicolas Sarkozy, cet amant éconduit redevenu meilleur parti de France, ce zébulon sur talonnettes terrassant d'un seul coup l'UltraMarine.

Saint Nicolas faisant barrage au Front National ? L'image passe un peu moins en France, où le patron de l'UMP met en avant sa version FNPS du "ni-ni" lepenien (UMPS). Pour ne pas passer pour des fossoyeurs de second tour, Alain Juppé et François Fillon se sont sentis obligés d'avaler la couleuvre, et pourtant la base rejette dans sa majorité cette nouvelle sarkozerie du coin du feu.

Du coup, Manuel Valls se pose en vainqueur du dimanche: "vous avez vu ? sans mon coup de gueule le PS se retrouvait six pieds sous terre au lieu de cinq, et je suis le seul à dire tout haut à propos de l'extrême droite ce que tout le monde, à part Nico, pense à voix haute !"

Florian Philippot l'outré outé aurait de quoi crier au double plagiat, mais du moment qu'il trouve quelqu'un pour le diaboliser...

En fait, le perdant de dimanche c'est bien Sarkozy. Au lieu de triompher en rassembleur, il a renforcé les divisions au sein de son camp, renforcé les chances du FN au second tour, et relancé son mini-me en le propulsant à la tête du front républicain.

Surtout, il a confirmé qu'il n'avait pas changé: comme en 2012, il n'aura aucune chance de gagner en 2017, mais tout ce qui faut pour faire perdre son camp alors que la victoire devrait lui être assurée.
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20140826

Fluctuat et merditur

Dès le départ, Montebourg à Bercy, ça sentait le Sapin. Mais Manuel Valls ne doit pas se réjouir trop tôt du départ du chantre du Rassemblement Bleu Marinière: non seulement il doit continuer à se coltiner Ségo, mais en plus il risque de récupérer un autre grand comique zizaniste, Jean-Vincent Placé - l'ex de Cécile Duflot est prêt à tout pour devenir ministre, même à renier les Verts et le Grand Orient. Et s'il est gentil, Manu aura en bonus un Bertrand Delanoë en Jack Lang II. Sans oublier évidemment Jean-Michel Baylet, il faut bien que le PRG justifie une longue tradition de pièces détachées pour gouvernements en perdition.


François Hollande continue à gérer le pays comme il a géré son parti, incapable de trancher et toujours à tenter de caresser tous les courants dans le sens du poil. La bonne nouvelle, c'est que d'autres se mettent à décider pour lui en quittant le Titanic.


Une glace à deux boules sur l'Ile de Sein. "Et un grand verre d'eau s'il vous plait".

L'autre bonne nouvelle, c'est qu'il peut toujours s'appuyer sur une nette majorité présidentielle, celle qui l'a porté à L'Elysée: le "Tout Sauf Sarkozy".

Tiens, à propos: quel troisième homme profitera du duel Juppé-Fillon?


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20140526

Séisme ou Encéphalo Plat?


François Hollande - on ne change pas une équipe qui stagne
FN: 21 Avril 2002: Le Pen au second tour - 25 Mai 2014: FN premier parti de France
François Hollande: Premier Secrétaire du PS (1998-2008), Président de la République (2012-2017)
RPR-UMP: dissolution du RPR (21 septembre 2002), dissolution de l'UMP ??? (2014 ???)

En France, les élections Européennes n'ont marqué aucune surprise et aucun changement:
  • Le Front National est officiellement confirmé premier parti de France, puisqu'au petit jeu du rien ne bouge*, les extrêmes sont toujours certains de gagner. La dynastie familiale se partage le territoire avec papa Jean-Marie Le Pen en tête dans le Sud-Est, fifille Marine Le Pen en tête dans le Nord-Ouest, beau-fils Louis Aliot en tête dans le Sud-Ouest.
  • Le PS et l'UMP récoltent eux aussi logiquement le fruit de leur immobilisme. A gauche, François Hollande restera à non-réformer la France après le choc FN en tête en 2014 tout comme il était resté à non-réformer le PS après le choc Le Pen au second tour en 2002 (et ne venez pas me dire que vous n'étiez pas prévenus!). A droite, et c'est sans doute la meilleure nouvelle de la soirée, l'UMP va peut-être enfin se décider à sortir de l'impasse droitière et à se débarrasser de mini-me Copé (pour Morano et Hortefeux, c'est déjà fait). Mais pour en finir une bonne fois pour toute avec le Sarkozisme, il faudra éviter le retour du Petit Nicolas (le meilleur moyen pour l'UMP de prolonger sa descente aux enfers). On devrait savoir rapidement si Fillon a enfin tiré les leçons du passé, ou s'il a, comme il le laisse supposer depuis 2012, les mêmes limites que Bayrou... auquel cas ça se jouera entre Xavier Bertrand et Alain Juppé.
  • Au Centre aussi, rien de nouveau. Et un nouveau coche de loupé par Bayrou, un. Même sans Borloo dans les pattes, il fallait le faire. Quel talent.
  • Inutile d'insister sur le cas de l'Ecologie Politique Rétrograde, presqu'aussi nocif pour l'environnement que l'autre réacteur EPR.
  • ...

Alors là où Manuel Valls nous parle de "séisme", je dis bien au contraire, notre démocratie présente un encéphalogramme on ne peut plus plat. Or quand rien ne bouge, tout se transforme, et la République se perd.

Chez Hollande comme en Thailande, l'heure semble franchement aux coups bas.


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* à part l'emballage, et encore

20140326

La France triangule à fond

François Hollande est finalement rentré des Pays-Bas où il avait décampé en apprenant que la triangulaire était de retour: ses conseillers l'ont assuré qu'il ne s'agissait pas d'une référence à la mère Valérie.

La priorité du président est de trouver les ministres jetables dont il devra se débarrasser après les élections européennes (pour le moment, seuls Jérôme Cahuzac et Jean-Noël Guérini ont accepté). A part ça, on ne change surtout pas une équipe qui gagne: Jean-François Copé à la tête de l'UMP, c'est la garantie absolue pour le PS d'avoir un FN fort et une opposition divisée.

D'ailleurs, Hollande compte naturellement offrir un beau bouquet de fleurs à Nicolas Sarkozy, sans lequel la déroute de dimanche eût tourné à la bérézina. Notons que sur le coup, la com' gouvernementale nous a fait une jolie "Malaysia Airlines": je balade tout le monde en Mer de Chine pendant une semaine alors que le pays s'est crashé dans l'Océan Indien.

Egalement sur l'agenda de Flanby: dégoter un bureau pour Ségolène Royal à l'Elysée, et si possibe un marabout qui tienne la route pour éviter la réélection de Martine Aubry à Lille.

Les rivales à la mairie de Paris ont d'autres priorités:

  • Assurée de son triomphe, Anne Hidalgo s'apprête à composer avec deux fois plus de conseillers municipaux verts que son prédécesseurs, qui exigent entre autres la division par trois du nombre actuel d'emplacements de parking dans la capitale. Après Vélib et Autolib, il serait désormais question de commencer par Trottinettelib, puis Skateboardlib, et enfin Segwaylib. Toute suggestion est bienvenue pour tenir la cadence sur la seconde moitié du mandat.
  • Forte du plébiscite du premier tour, Nathalie Kosciusko-Morizet souhaite que le XVIème arrondissement rejoigne la mère patrie Neuilly. NKM a déjà envoyé les Mercedes S600 pour sécuriser les principaux centres de pouvoir, à commencer par la Villa Montmorency menacée de désertion par les oligarques sous le coup de la taxe à 75%.

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20140217

De boue la France

Pendant son bref séjour aux States, François Hollande a réussi à lécher les bottes de Pierre Gattaz, embrasser le chef des pigeons Carlos Diaz, et embarrasser les tourtereaux Obamaz.

Le vrai Hollande est donc de retour: un médiocre comique troupier à la tête d'une organisation sans queue ni tête ni leader ni vision, au sein de laquelle tout le monde se hait cordialement et rien ne fonctionne. L'air de rien (littéralement), Flanby a parfaitement façonné sa France de 2014 à l'image de son Parti Socialiste de 1997-2008.

Comme d'habitude, la communication de crise est outsourcée auprès des Guignols, qui se chargent de faire le ménage et de recadrer l'opinion publique: Manuel Valls penche trop à droite? cassons-le et poussons le plus consensuel et senior Michel Sapin, le parfait Raffarin de service pour remplacer Jean-Marc Ayrault après la prochaine débâcle électorale. Anne Hidalgo a le charisme d'une huitre et ne doit ses chances de victoire qu'à l'absence de concurrence à gauche à Paris? cassons Nathalie Geneviève Marie Kosciusko-Morizet, ça finira bien par payer - on a bien réussi à envoyer Hollande à l'Elysée non?

En face, l'UMP ne se contente pas de redevenir la droite la plus stupide du monde: elle s'inspire désormais du modèle américain du Parti Républicain anéanti par huit années de Bush-Cheneyisme. Inaudibles depuis des lustres, les fondamentalistes et les ultra-libéraux font avancer leurs idées qui font reculer la France, retardant d'autant la réforme d'un parti totalement déconnecté des réalités d'aujourd'hui et des défis de demain. Les prochaines joutes entre Jean-François Copé et François Fillon s'annoncent encore plus pathétiques que les précédentes, surtout si aucun jeune coq ne se sacrifie pour les arbitrer.

Dans la position du Sage de Saint-Chamond, Saint Nicolas Sarkozy n'a même plus besoin de se refaire une virginité: l'ensemble du Paysage Politique Français a choisi de se vautrer encore plus profondément que lui dans la boue.

La stabilité artificielle garantie par le passage raté au quinquennat (qui une fois de plus eût dû s'accompagner d'une modification de la durée du mandat des députés*) empêche la France de se réformer ou de sombrer dans une Comedia dell' Arte à l'Italienne. 

Au moins, dans la Botte, ça se renouvelle: le jeune Matteo Renzi (39 ans) vient d'éjecter le "vieux" Enrico Letta (47 ans), et même s'il a été consulté pour la formation du prochain gouvernement, Berlusconi semble enfin proche de la sortie.

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* voir entre autres "Blogule blanc a la constitution revisee"

20140112

La République Molle

Vue d'ici, la France fait de plus en plus peine à voir.

. Economiquement à la traîne, la nation ne parvient même plus à compenser avec ses atouts géostratégiques et démographiques pour maintenir son rôle de co-moteur européen. Englué dans ses propres contradictions idéologiques, le gouvernement a définitivement dégoûté tous ceux qui tentaient encore d'y croire, provoquant au pire moment une nouvelle vague d'expatriation des forces vives. Non seulement toute dynamique de réforme de l'Etat a été abandonnée, mais en plus les bulles grossissent de plus belle au niveau des collectivités locales.

. Politiquement prisonnier de son calendrier quinquennal non décalé entre l'exécutif et le législatif, le pays sombre dans un conservatisme stérile qui fait le jeu des extrêmes. Le choix de l'ex syndicaliste Edouard Martin pour limiter la casse face au FN et au sein de la majorité en dit long sur l'absence de courage et la fuite idéologique du PS. En face, l'UMP persiste lui-aussi a vouloir maintenir une union contre nature et suicidaire entre forces démocrates et forces anti-républicaines.

. Socialement en faillite, la République ne propose aucun contrat valable pour recoller les morceaux, et ne survit qu'à travers des réflexes démocratiques conditionnés de plus en plus difficilement préservés par une constitution étouffée sous le mammouth législatif national et par l'incurie d'une classe politique affligeante.

La question n'est pas de savoir si la "quenelle" de Dieudonné est un geste raciste, anti-sémite, et/ou anti-républicain, de savoir si les croissants portés par un fonctionnaire de l'Etat à la présumée maitresse du président* constituent un abus de bien social, ou de savoir qui est pour ou contre le mariage Gayet ou un Grenelle de la Quenelle. La question est de savoir si la République veut attendre 2017 pour tenter de se réveiller.




La claque des Européennes serait une bonne occasion pour les modérés de monter au créneau. Aux réformateurs de gauche, de droite et du centre de marquer leur refus de cette République Molle qui part en quenelle.



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* remercions au passage Closer d'avoir retenu la leçon Kate Middleton, et de nous avoir épargné des photos des seins de François Hollande.

20121120

L'UMPlosion fait pschitt

Les élections au Congrès de l'UMP ont donc déclaré vainqueur Xavier Bertrand devant Jean-Louis Borloo. Accessoirement, Jean-François Copé a pris en otage le parti avec 98 voix d'avance acquis dans des circonstances pour le moins floridiennes.

François Fillon aurait dû se douter de quelque chose en voyant son rival refuser de céder la barre pendant la campagne pour profiter à fond de l'appareil du parti... mais dès le départ l'ancien premier ministre s'est suicidé tout seul en entrant dans la bataille, et en s'abaissant par cette seule candidature au niveau d'un rival prêt à toutes les veuleries, jusqu'à annoncer sa victoire sans consulter au préalable son adversaire. Je me suis amusé à consulter le site de l'UMP le jour des élections, et la bannière indiquant le vote pour le Congrès renvoyait vers un discours de campagne de Copé.

Le vainqueur? Certainement pas ce repoussoir à centristes qui, après avoir conduit ses troupes défaites sur défaites, a réussi à chaparder comme un voleur de poules le droit de régner sur sa République Bananière de la Droite Décomplexée - ah, la tronche d'enterrement de Raffarin à ses côtés lorsqu'il s'est autoproclamé vainqueur valait largement le faux sourire crispé de Pécresse quelques minutes plus tard au chevet de Fillon!

Le vainqueur? Certainement pas les Socialistes: comme en témoigne la tout aussi ridicule "élection" d'Harlem Désir, ils n'ont guère fait mieux depuis 2008 et la mémorable bataille Royal-Aubry. Tout juste Hollande peut-il se féliciter que la nouvelle perte du triple A (Moody's) soit reléguée à la rubrique chiens écrasés.

Le vainqueur? Le Front National se félicite naturellement de la "victoire" de "Mini-me" Sarkozy et de la foncée droit dans le mur de l'ex-parti de rassemblement républicain à droite, mais c'est clairement Jean-Louis Borloo, désormais rejoint par François Bayrou, qui présente désormais la seule alternative crédible à la gauche républicaine avec son UDI.

Au milieu des ruines de l'UMP, les moins-perdants sont ceux qui n'ont pas participé à la mascarade. Alain Juppé, et plus encore Xavier Bertrand, candidat déjà déclaré à 2017. Nicolas Sarkozy y verra peut-être une opportunité, mais il est encore plus grillé que Giscard pour espérer revenir, et encore plus aveuglé par l'ambition pour comprendre que c'est fini pour de bon.

Pour François Fillon, la traversée du désert a donc commencé. Probablement pas à Saint Chamond, tant cet homme vient de prouver son manque de sagesse. Mais que diable allait-il faire dans cette galère au lieu de prendre du recul et du repos, laisser les sous-lieutenants s'étriper, et risquer tout son crédit pour diriger un navire en perdition?

En tout cas, ce spectaculaire fiasco scelle définitivement le sort de l'UMP, qui n'a comme prévu* pas résisté à la seconde candidature Sarkozy, de même que le Parti Républicain américain avait implosé suite à la victoire de Bush et Cheney en 2004.

Cet UMP post-Muruora rejoint donc l'archipel du PS dans ce qu'il convient d'appeler un paysage politique français éparpillé façon puzzle.

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* voir "La France dit non au changement"

20121025

Tout faux

Aussi absurde que cela puisse paraître, Mitt Romney semble parti pour devenir le prochain Président des Etats-Unis d'Amérique. Une énorme erreur de casting et un contresens de l'Histoire comparable à la victoire de François Hollande en France: dans les deux cas, la campagne du président sortant a offert sur un plateau les clefs de la nation à un imposteur pas du tout équipé pour le job et soutenu par un parti déchiré entre conservateurs et réformateurs et totalement incapable de gérer un pays et a fortiori de mener les réformes dont il a le plus besoin.

La grosse différence, bien sûr: Sarkozy n'était pas l'homme de la situation et ne devait jamais faire l'erreur de se représenter, tandis qu'Obama est la personne dont les Etats-Unis et le monde ont besoin. Son erreur a lui aura été d'oublier de faire campagne au pire moment: le premier débat présidentiel, qu'il a traité comme une simple réunion de travail, et à perdre son temps à tenter de raisonner une girouette éhontée au lieu de. Les nettes victoires sur le fond comme sur l'image des deux débats suivants n'ont rien changé à l'affaire: Romney a semblé, l'espace d'une heure et demie, tenir tête à un rival ne boxant pourtant pas dans la même catégorie... pour la simple raison qu'Obama n'était visiblement pas venu pour boxer ce soir-là.

Obama peut encore renverser une tendance inquiétante et pour cela, il doit appuyer là où ça fait mal, sur le leadership, et sur les contradictions non plus du seul Romney, mais des Républicains.

Elu, Romney serait, comme Hollande, condamné par sa base à suivre un programme de détricotage des réformes engagées par son prédécesseur au lieu de chercher à améliorer et à réformer plus en profondeur. Comme Hollande, il aurait le soutien des élus de l'opposition quand, s'apercevant qu'il n'a pas le choix, il poursuivra certains programmes incontournables. Comme Hollande, il ne se rendra populaire que le jour où il se décidera à laisser tomber l'idéologie pour le pragmatisme, quitte à renier le coeur de ses promesses de campagne*.

Et pendant que le gouvernement Ayrault s'enfonce dans sa déroute programmée et que le PS s'obstine à retarder sa mue dans une invraisemblable télénovella désorganisationelle, l'opposition se met en ordre de marche pour ramasser les miettes aux prochaines échéances. 

En ressuscitant l'UDF avec son UDI (Union des Démocrates et Indépendants), Jean-Louis Borloo a non seulement flingué François Bayrou, mais aussi facilité la victoire de François Fillon à l'UMP : le positionnement "Sarko Plus - FN Minus" de Jean-François Copé le marginalise plus que jamais en "Mégret Light", permettant à son rival de ratisser encore plus large sur sa droite. Claude Guéant a été le premier à rallier le panache de l'ancien Premier Ministre (pas le panache blanc, ce serait Villepin), et la mise en avant du sulfureux Eric Ciotti complète l'aile droite du centre droit. Le déjeuner d'hier du couple exécutif sortant Sarkozy-Fillon achève de plier l'affaire.

La gauche a beau contrôler l'ensemble des pouvoirs, elle apparait plus faible que jamais. Seul motif d'espérer? La perspective de quadrangulaires PS-UMP-UDI-FN.

Toujours mieux que Barack Obama, qui ne peut guère compter que sur le "libertarian" Gary Johnson pour grapiller quelques voix à Mitt Romney dans quelques états clef. C'était possible il y a encore trois semaines, mais au petit jeu des petits candidats, Obama a désormais plus à perdre du côté de la candidature verte et de Jill Stein.




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* "La France dit non au changement"

20120611

Preparation H(ollande)

Un troisième tour de présidentielles sans surprise: la majorité présidentielle se confirme et la dérive de l'UMP en vulgaire parti de droite populaire renforce le Front National, mais le succès inéluctable n'est pas fondé sur une adhésion franche et massive. En fait, et ce même après dissipation du MoDem matinal, la France Flanby s'avère encore plus molle que prévu, et sévèrement peu urnée.

La faible participation confirme une fois de plus la nécessité de réformer le calendrier électoral. Cela fait depuis l'instauration du Quinquennat que je demande le décalage des calendriers, mais aucun président ne serait assez stupide pour changer les règles pendant son mandat (dissoudre, ça oui, on en a vu un suffisamment con pour le faire).

Ma recommandation demeure toujours la même: ramener le mandat législatif à 4 ans pour introduire une incertitude, une pression, une obligation de résultats, des sorties du bois, du mouvement.

A l'heure où la France crève d'immobilisme, la République ne doit plus laisser aux seuls extrêmes le soin de faire bouger les lignes, mais se ressourcer et se redonner une saine dynamique institutionnelle.

Il va nous trouver autre chose que cette photo présidentielle, ou plutôt cette pub pour Preparation H(ollande)*.

Le changement, c'est quand vous voulez.

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* posologie du placebo: rester debout sans bouger pendant 5 ans. Toutes mes excuses à Raymond Depardon

20120510

Flanby au Grand Palais

Notre Agence Fausse Presse a récemment coincé* le nouveau Président de la République Française à l'exposition Monumenta, au Grand Palais. Une interview exclusive, sans fard, et même sans far breton s'agissant de notre Flanby national:

blogules: "Monsieur le Président, merci de nous consacrer votre premier entretien..."

François Hollande: "Alors là je vous arrête tout de suite."

- "Comment ça? Vous avez viré votre cuti à propos des méthodes Guéant?"

- "Rassurez-vous, bien au contraire, je souhaitais simplement vous demander de ne pas m'appeler 'Monsieur le Président'. Je compte rester normal, voyez-vous. Un simple 'François' fera parfaitement l'affaire."

- "Très bien François. Fort joli prénom, d'ailleurs, pour un président socialiste."

- "Permettez-moi de vous passer de nouveau les menottes: je suis le président de tous les Français, pas un 'président socialiste'. Je ne suis plus socialite, et ne l'ai d'ailleurs jamais été."


- "Un peu comme François Mitterrand, en somme."

- "Exactement: comme François Mitterrand, mon modèle, celui sur lequel j'ai calqué mes pas pour cette campagne."

- "Sans vergogne, à ce qu'on a vu et entendu: vous avez été jusqu'à utiliser les mêmes faux râclements de gorge dans vos discours."

- "Je sais, ça sonnait aussi faux que chez l'original, mais les militants n'y voient que du feu. Pour autant, ne comptez pas sur moi pour entretenir les flanbylâtres ou pour organiser des escalades annuelles de la roche de Tulle avec tout le gratin de Solferino. Déjà que je dois me cogner Buren avec le père Lang... Non mais vous avez vu le machin? Avec toutes ces rayures et tous ces papiers bonbon on dirait Jeff Koons à Alcatraz. Je crains le pire pour le 3e François de la Ve République. Ce type est capable de nous sortir les Dalton version Hello Kitty."

- "Chut, pas si fort, vous risquez de donner des idées à Delanoë... Enfin heureusement pour vous le cirque est bientôt terminé, et vous allez pouvoir vous libérer du modèle Mitterrand."

- "Si seulement vous pouviez avoir raison ! Hélas tout ne fait que commencer."

- "Comment cela? Vous ne nous cacheriez pas une Mazarine ou un vilain crabe, par hasard?

- "Pas que je sache, non. Je faisais référence à mes premiers ministres."

- "VOS premiers ministres?"

- "Bien sûr. D'abord je dois commencer par Pierre Mauroy."

- "Vous n'allez tout de même pas..."

- "Si j'ai le sens du sacrifice, je ne suis pas suicidaire. Mon Pierre Mauroy à moi c'est Jean-Marc Ayrault. L'homme d'appareil à la tête d'une grande ville de province, plutôt conservateur de gauche. Et deux ans après je lance Manuel Valls. Et que je te flingue le jeune ambitieux de service en lui collant la responsabilité d'assumer la rigueur ! Fabius II le Retour !"

- "Aaaah, d'accord... si je vous suis bien, vous enchaînez ensuite avec une cohabitation. Mais maintenant, avec le quinquennat collé sur les législatives, ça ne peut plus marcher."

- "Vous pensez bien que j'ai prévu le coup. Je dissouds l'assemblée dans ma quatrième année, la droite gagne et envoie son Chirac du moment à Matignon. Fillon refusera, mais Copé est suffisamment aveuglément ambitieux pour tomber dans le panneau et se faire sanctionner pour mon bilan en 2017."

- "Brillant! Vous prenez alors Martine Aubry, votre meilleur ennemi, dans le rôle de Rocard..."

- "... puis Ségolène dans celui de Cresson. Vous voyez que vous pouvez y arriver ! Le plus dur, ce sera de choisir le Bérégovoy que je ferai suicider."

- "Un choix humainement difficile, en effet."

- "Surhumain vous voulez dire. Essayez de trouver un brave gars qui s'est construit tout seul et soucieux de l'intérêt général au bureau national du PS."

- "Là-dessus, re-dissolution et re-cohabitation... Et vous voyez qui, dans les mocassins de Balladur?"

- "C'est là mon principal problème. Je n'ai pas encore trouvé le Judas du chef de l'opposition en 2022. Dans le rôle du traître, je verrais bien Eric Besson, mais..."

- "... laissez-moi deviner: ça pourra jamais coller pour le côté 'ami de 30 ans'".

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* Aux toilettes hommes, c'était le seul moyen d'échapper à la surveillance de Valérie Trierweiler.

20120507

La France dit non au changement

Bon. Maintenant que Nicolas Sarkozy a été enlevé du paysage, on va peut-être enfin avoir droit à un débat politique. Avec des morceaux de vraies idées dedans, et zéro pourcent de matière idéologique.

Mais soyons réalistes. Il nous faudra plus vraisemblablement patienter bien au-delà des législatives. Car dans son suicide politique, Le Petit Pair des Pipoles a pourri le débat jusqu'à provoquer d'improbables triangulaires Copé-Fillon-Le Pen.

Par "suicide politique", je ne fais pas référence à la droitisation - prévisible - de sa campagne, mais au fait même que Sarkozy se soit représenté, confirmation ultime de l'absence de recul et de vision historique du bonhomme. Comme je l'avais annoncé le soir même de son élection en 2007*, Nicolas Sarkozy a été investi d'un mandat clair de réformateur, et si d'aventure il lui venait à l'idée de trahir la république en s'attaquant à ses fondements, il se mettrait d'office hors jeu.

La "surprise" réside dans l'étroitesse du score, qui - couplée à l'importance des votes blancs et nuls - a confirmé que la sanction républicaine de Sarkozy ne s'était pas accompagnée d'une franche adhésion pour Hollande. Ce service minimum des électeurs lui permet de tenir sa seule promesse réaliste**, déloger Sarko. Et si Flanby ne parvient pas à lever une large majorité législative, c'est franchement à désespérer son bilan court.

En portant au second tour deux promesses de fuite en avant, les Français ont choisi de procrastiner, de remettre à plus tard le véritable changement, de ne pas choisir. L'alternance sans le courage des réformes, telle était la lâcheté de ce premier tour. Il était là, le non-choix républicain, pas dans mon vote blanc du second tour (voir "Résolument blanc").

Par ailleurs et pour rappel, bien au-delà du pays, les deux partis finalistes sont eux-mêmes obligés de se réformer au plus vite. Nicolas Sarkozy a fait imploser l'UMP de la même façon que George W. Bush a fait imploser le Parti Républicain**, et le centre droit ne pourra sans doute pas reprendre les choses en main avant ces législatives, même en cas d'improbable putch contre Copé. Côté socialiste, la purge idéologique et l'évolution vers une socio-démocratie moderne ne semble toujours pas à l'ordre du jour - or le modèle français doit évoluer pour être sauvé, surtout pas se voir plomber par des "solutions" toujours plus démagogiques et contre-productives. Quant au Front National, n'attendez surtout pas qu'il se réforme: il pourrait tout simplement changer de nom pour tromper encore plus facilement les électeurs les plus fragiles.

Si le déni peut vous aider à gagner des élections, la Grèce est là pour nous montrer le futur économique, politique et social des démocraties qui persistent dans une "dynamique" d'alternances sans réformes.

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* voir "Traitre à la nation", et au départ "Sarko triomphe - Blogule blanc aux reformes"
** voir "Moi Président de la République gonflé à l'hélium"
** voir "GOP: time to split"

20120423

Résolument blanc

La France a voté et la vraie surprise concerne le taux de participation, supérieur à 80%. Ce sursaut républicain empêche Marine Le Pen d'atteindre les 20% auxquels je m'attendais, et je n'aurai pas à mettre à reculons un bulletin Hollande pour lui barrer la route. C'est à peu près la seule bonne nouvelle de la journée.

Franchement, je voyais Hollande nettement devant, Sarkozy talonné (tallonetté?) par le Front National, Mélenchon à peu près là où il est, et Bayrou encore plus aux fraises - dans le style 29-22-21-13-7 ou 29-21-22-13-7. Du coup, on n'arrivera peut-être pas à l'effondrement final 60+/40-.

Le faux suspense demeure donc pour le second tour, et a priori Hollande continuera à ne prendre aucun risque en minimisant sa surface radar et en capitalisant sur le seul élément cohérent et fédérateur de sa plateforme: le rejet de Sarko. Le seul écueil pour lui, le débat d'entre deux tours (unique, puisque Flanby continuera évidemment à refuser les débats de fonds et les combats rapprochés), devrait même tourner à sa faveur tant Sarkozy confirme sa fébrilité et son agacement à chacune de ses sorties médiatiques, à mesure qu'il réalise à quel point il a cagué en décidant de se représenter.

Christine Lagarde a bien tenté de prolonger la campagne au-delà des délais officiels avec un avertissement du FMI sur la nécessité d'accélérer les réformes difficiles en Europe, mais les Français semblent prêts à voter à reculons pour une majorité qu'ils savent à contresens de l'Histoire plutôt que de renouveler le bail d'un traître à la nation*.

Franchement, j'eus préféré une vraie grosse claque pour l'UMP, histoire d'écarter Jean-François Copé, le "mini-me" du sortant, au profit de réformateurs modérés genre François Fillon. Mais devant les triangulaires annoncées, le PS n'a guère de mouron à se faire.

Si le président Hollande parvient un jour à me surprendre, cela ne pourra être que de façon positive tant j'attends peu de lui. Compte tenu de son absence de vision et de capacité à réformer, tout dépendra probablement de son gouvernement et du curseur placé par Martine Aubry. Je ne suis pas fâché de voir Guéant dégager, mais frémis à l'idée de retrouver un Montebourg ou une Royal noyer Valls sous un déluge démago.

Pour la première fois de ma vie, je voterai donc blanc. Pas pour renvoyer dos à dos "blanc bonnet" et "bonnet blanc", mais pour marquer mon soutien à la République dans la seule voie durable, celle qui s'imposera au-delà de ce choix entre faillite morale et faillite idéologique.

Face à l'Histoire, le vainqueur sera de toute façon obligé de revoir sa copie, et le plus vite sera le mieux.

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* voir épisodes précédents, dont "Mon Cher Nicolas" et "Hollande pense a la Presidence en me rasant", "La chienlit n'est pas une fatalite", "Traitre a la nation"...

20120319

Mélenchon condamne Hollande au Mexican Standoff: pour les réformes, personne ne bouge!

Jolie prise de la Bastille pour Jean-Luc Mélenchon: au lendemain de l'annonce des candidats à la Présidentielle, le champion du Front de Gauche a éteint les derniers espoirs de Nathalie Arthaud et Philippe Poutou de dépasser les 1%. Genre: les 99% sont avec moi, je suis la contestation, l'anti-capitalisme, et même (les 2 mots ont été, sans majuscule, habilement glissés dans son discours) la "lutte ouvrière".

JLM ne se contente pas de recruter les brebis de gauche égarées au FN ou dans l'abstention: il veut peser sur le second tour et obliger François Hollande à tenir un discours à gauche toute au moment où il devra rassembler au centre. Une fois de plus*, faute d'avoir fait sa propre réforme, le PS s'est condamné à une éternelle primaire à chaque scrutin et à l'incapacité à gouverner de façon moderne. Une fois de plus, le très conservateur Hollande, incapable de porter la moindre réforme, devra composer avec une armée mexicaine plus occupée à se tirer dans les pattes qu'à mener des réformes crédibles (et tout comme son modèle mitterrandien, avec une poignée de ministres plutôt rouges que morts).

J'ai tout de même senti un léger flottement dans l'assistance au moment des appels "Occupy Grand Matin" de Mélenchon: clairement, il y avait ceux qui se reconnaissaient dans le discours républicain, et ceux qui adhéraient au rêve de révolution, et ces deux populations ont peut-être commencé à comprendre que le grand écart n'est pas possible, que la gauche de la gauche est condamnée à ne jamais réussir à présenter un front uni**... Mais ces fractures (vive la) sociales pourraient ne pas apparaître au grand jour avant le grand matin du 22 avril 2012 ou même le grand soir du 6 mai.

En revanche, la convergence annoncée*** sur le diagnostic de faillite du libéralisme sauvage est désormais officiellement opérée: de Mélenchon à Le Pen en passant par Poutou, Sarkozy, Joly ou Bayrou, et même de l'agité Lyndon Jacques Cheminade LaRouche au très conservateur Hollande, tout le monde s'accorde pour déclarer son acte de décès.

Désormais assuré d'une égalité parfaite au temps de parole, le très grand orateur Mélenchon pourrait prochainement dépasser le professeur Bayrou, plus ou moins naturellement maintenu au-dessous des 15% dans les sondages officiels, confortant ainsi l'imposture du duel au premier tour concoctée par l'Elysée. C'est néanmoins le contraire qui devrait théoriquement se produire: plus que jamais, le Béarnais propose la seule offre républicaine cohérente et tenable.

A ce stade, j'ignore toujours dans quel pays je vais atterrir à mon prochain séjour en France: la Sarkozie, le Babaristan, ou la République de Bayrou?


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* voir "
Hollande pense a la Presidence en me rasant"

** elle est bien là, l'imposture Mélenchon: républicain brillant lorsqu'il s'agit de défendre la laïcité, il ne peut pas en même temps racoler des ennemis de la république sur sa gauche. Enfin cela fait partie du cirque des élections présidentielles à la française: si aux States chaque candidat doit parler de "Dieu" pour avoir une chance d'être élu, chez nous c'est "la république" qu'il faut invoquer à chaque intervention.

*** voir épisodes précédents, et en particulier "
Le stade ultime du libéralisme, c'est la négation du marché (le déni d'économie continue)" et "Du free market au fair market" ou "This is not a financial crisis").

20120127

Hollande pense a la Presidence en me rasant

La semaine Hollande a culminé hier soir avec le duel tant attendu sur France 2: non pas Pujadas face à son incompetence, cet éternel classique odieux-visuel, mais le president de dans trois mois face à celui qui était taillé pour le job.

Il fut un temps où j'avais de l'affection pour François Hollande, ce bonhomme libre, debout, certes maqué avec un drôle de numéro, mais plutôt rafraichissant dans le paysage. Puis FH a révélé sa nature en "qualité" de dirigeant de parti: non seulement incapable de réformer le PS, mais responsable de son enkystement, ajoutant à la culture de la procrastination de graves lacunes morales (Tristane Banon,Jean-Noël Guérini...).

Ces derniers temps, Hollande commençait sérieusement à m'irriter avec ses pseudos accents mitterrandiens, ces râclements de gorge à la tribune à peine plus forcés que ceux du Fabius des eighties, et surtout ce ton faux à chaque fois qu'il joue la carte de la compassion.

Hier, il m'a franchement énervé. Cet homme ne me convainc pas parce que fondamentalement lui-même n'est pas convaincu. Il joue un rôle pour être élu, mais ne porte ni un projet ni une vision.

Bien sûr, j'adhère à son discours républicain, à sa défense de la Loi de 1905, notre Roe v. Wade à nous. Bien sûr, je voterai pour lui dans le cas fort probable où il se retrouverait au second tour face à Marine Le Pen. Tiens, je lui accorde même le bénéfice du doute sur sa capacité à présider un conseil des ministres, lui qui n'en a jamais vu le moindre autrement qu'à la télé, lui qui n'a même pas réussi à faire bouger une poignée d'éléphants sur le déclin. Je n'irai pas jusqu'à le croire capable de faire bouger d'autres chefs d'état sur des sujets qui fâchent, mais peut-être une France en troisième division politique et économique vaut-elle mieux qu'une France en faillite morale.

Mais fondamentalement, cet homme n'est clairement pas prêt pour le job. S'il a bien tenté de nous convaincre du contraire hier, de faire semblant de tomber le masque le week-end dernier, il demeure trop loin du compte. Rien à voir avec ses (probables) prédécesseurs, ou même avec le Bayrou de 2007.

Plus grave: tant que ce PS n'aura pas fait sa propre réforme, il sera incapable de mener à bien les réformes dont le pays a besoin. C'est triste à dire mais s'il fallait faire une comparaison avec les Etats-Unis, politiquement,ce Parti Socialiste tient aujourd'hui beaucoup plus du Parti Républicain que du Parti Démocrate. Les Démocrates US ont fait leur révolution culturelle il y a déjà 20 ans, j'attends toujours de ce côté-ci de l'Atlantique.

Le programme présenté ces derniers temps confirme l'impasse idéologique: on sent bien un progrès vers la social-démocratie et le pragmatisme, mais l'équation ne tient toujours pas la route. La France va encore faire fuir ses derniers créateurs de richesse, plomber ce qu'il reste de classes moyennes, et reprendre la fuite en avant budgétaire. Ce pays a besoin d'un leader avec une véritable appétence pour l'innovation, pas d'un frein au progrès.

Je le rappelle (voir "
Ballots-centre"), sur le fond, cette élection se jouera sur les valeurs républicaines, et non sur l'économie. Et à ce petit jeu, François Bayrou reste le candidat le plus cohérent et le plus constant. Et si à la fin février Sarko reste à 20 points de Hollande dans les sondages, le patron du MoDem aura l'occasion de s'imposer comme le champion des républicains.

Hier soir, ce rôle était joué par Alain Juppé, peu crédible comme défenseur du candidat Sarkozy mais impeccable en Président idéal. Un stratège enfin détendu et apaisé, en contraste saisissant face à un imposteur pas encore dans la peau de l'emploi.

Clairement, François Hollande pense à la Présidence en me rasant.

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20111130

Ballots-Centre

Hervé Morin et François Bayrou ont donc officialisé leur candidature pour la présidentielle de 2012, le premier, fort de son charisme d'escargot petit gris, ayant pour mission d'affaiblir le second et de dissuader un éventuel troisième, puis de reporter ses quelques voix au deuxième tour à Nicolas Sarkozy, pour peu que ce dernier passe le cut.

François Hollande a aussitôt tendu une main en forme de baffe au Béarnais dans l'esprit "tu as une place dans mon gouvernement de dans 6 mois alors sois gentil ne nous fais pas une Eva Joly et ne me tape pas trop fort dessus". Je vois déjà le Nouveau Président de la République Anosognosique de Corrèze retoquer le futur accord PS-MoDem sur les questions d'orthodoxie budgétaire suite à un coup de fil de son aile gauche. Car Bayrou ne va sans doute pas se priver pour ressortir ses vieux discours de campagne insistant sur l'importance de résorber la dette de l'Etat.

Mais cette élection ne va pas se faire sur les questions économiques. Même le chômage, préoccupation pourtant essentielle des Français, passera au second plan. L'insécurité? Secondo-tertiaire. Le coeur du débat portera sur la République elle-même et sur la personnalité du président ou de la présidente.

A gauche, François Hollande ne fait rêver ni Eva, ni même la majorité du peuple de gauche. Il n'incarne en rien les valeurs républicaines, et sa complaisance sur les affaires DSK ou Guérini lui reviendra logiquement en pleine poire au pire moment. Plus que de Chevènement, il devra se méfier de Jean-Luc Mélenchon, à mon sens le défenseur le plus brillant de la laïcité à la Française, et bien sûr d'Eva Joly, passionaria de la république exemplaire (pour peu que les Verts la laissent porter leurs couleurs après les fêtes de fin d'année).

A droite, Nicolas Sarkozy ne semble toujours pas s'être rendu à l'évidence: les Français ne veulent plus de lui et ce n'est pas une question de programme mais de personnalité. Cette fois-ci, plus personne ne lui accordera le moindre crédit s'il se remet à cracher promis juré qu'il respectera les fondamentaux de la république laïque. Les cadres de l'UMP le savent bien et préparent déjà 2017, mais au moindre faux pas début 2012, les plus téméraires sauteront sur l'occasion.

Fondamentalement, les Français sont plus enclins à voter au centre droit qu'à gauche, surtout compte tenu du contexte économique. Or Borloo a jeté l'éponge (de toute façon, l'homme n'a pas besoin d'éponge, étant parfaitement capable d'absorber tout seul de très importants volumes de liquide), et Dominique de Villepin ne peut pas compter sur les élus de droite (plus que l'orateur de l'ONU, ils se souviennent amèrement de l'homme de la dissolution). Quant à Hervé Morin, j'ai déjà consacré beaucoup trop de place à ce sympathique pion.

Le néant, donc. Ou pire: Marine Le Pen joue à fond la carte de la république exemplaire et le rejet des partis historiques. Les électeurs se sont déjà fait prendre plusieurs fois à l'imposture, quitte à accorder leur voix à la négation même des valeurs républicaines.

Bayrou a donc l'opportunité de proposer une plateforme de gouvernement d'union nationale, mais pour cela il doit s'ouvrir plus largement à droite comme à gauche, positionner le MoDem comme une Union pour la Minorité Présidentielle, prêt à se dissoudre dans une fédéreration républicaine regroupant à droite les modérés ne se reconnaissant plus dans l'UMP sarkozo-copéenne et à gauche Les Gracques qui n'en finissent plus d'attendre une utopique réforme du PS.

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