20130518

AbeIGNomics - Shinzo Abe a fait son coming out: il est bien le pire ennemi du Japon

Je mets à profit une pose relative dans la course au provocations en Extreme Orient pour faire une petite synthèse en Français d'une série de posts dégainée ces derniers jours sur mon blog Seoul Village (voir plus bas). C'est à nouveau à propos d'une démocratie mise en danger par ses propres dirigeants, en l'occurence le Japon.

La dernière fois que je m'épanchais à propos de ce beau pays sur ces lignes, je déplorais une fois de plus l'apathie et l'inaction du peuple Japonais devant le refus de ses dirigeants de formuler des excuses aux dernières survivantes victimes de l'exclavage sexuel organisé par l'armée impériale (voir "Japon: regarde-toi, le monde te regarde" - 20121115, repris par la suite sur Rue89). Depuis, les dirigeants ont changé, et ils sont déterminés à passer à l'action. Malheureusement, c'est pour aller encore plus loin dans l'ignominie.

En 2013, personne n'oserait imaginer l'Allemagne porter au pouvoir un Chancelier qui aurait soutenu une association ouvertement révisionniste et régulièrement nié les atrocités nazies. En 2013, personne n'oserait imaginer que le peuple Allemand resterait silencieux si une fois élu, ce Chancelier se permettait de dire qu'en fait les déportés avaient rejoint les camps de leur plein gré, ou qu'il n'est pas juste d'employer le terme "invasion" pour qualifier l'aggression de la Pologne en 1939. En 2013, personne n'oserait imaginer que ce Chancelier paraderait en se prenant pour Joseph Mengele, l'Ange de la Mort d'Auschwitz.

Incroyable? Et pourtant vrai. Vous êtes bien en 2013, mais au Japon, un pays où le système politique est totalement verrouillé par des familles impliquées jusqu'au cou dans les années de plomb du Japon Impérial, et où aucun Premier Ministre ne peut arriver ou rester au pouvoir sans leur donner des gages de bonne conduite, comme par exemple visiter le sanctuaire de Yasukuni, où des criminels de guerre sont vénérés au milieu des héros de guerre. Et le Premier Ministre auteur de ces ahurissantes provocations se nomme Shinzo Abe, un fasciste dont le rêve consiste à détruire le Japon démocratique pour voir renaitre le Japon impérialiste.

Abe a succédé à Yoshihiko Noda, parti le 26 décembre dernier après un règne de 481 jours, un score honorable pour un pays où, depuis 1970, seuls Yasuhiro Nakasone et Junichiro Koizumi ont dépassé le cap des 1000 jours. Shinzo Abe lui-même a tenu pile poil un an lors de son précédent passage (2006-2007), passage pendant lequel il avait déjà oeuvré du "mieux" qu'il pouvait pour son grand projet, par exemple:

  • En soutenant la Société japonaise pour la réforme des manuels d'histoire. Notons qu'en France, un négationniste et un révisionniste de cette trempe serait trainé en justice, mais la classe politique corrompue veille depuis la guerre à ce qu'aucun cadre juridique n'émerge sur ce plan. Un seul Premier Ministre a osé émettre un timide erzatz de début d'embryon de semi-proto-excuse pour les atrocités commises par le régime impérial pendant la Seconde Guerre Mondiale, et encore à titre personnel. C'était en 1995, pour les 50 ans de la fin du conflit. Peut-être le socialiste Tomiichi Murayama pensait-il déjà les élections de novembre de toute façon perdues après les critiques essuyées pour la gestion du tremblement de terre de Kobé. En attendant, sa déclaration demeure une épine dans le pied des nostalgiques de l'Empire, et Shinzo Abe avait clairement exprimé le souhait de la remplacer à l'occasion du soixante dixième anniversaire de la fin de la guerre en 2015 - nous y reviendrons.
  • En révisant la loi fondamentale de l'éducation pour y encourager fortement "l'amour du pays", autrement dit de promouvoir l'endoctrinement nationaliste des jeunes générations.
  • En militant en faveur de la modification de l'Article 9 de la Constitution Japonaise, celui qui établit clairement le Japon comme une nation pacifique:
    "Aspirant sincèrement à une paix internationale fondée sur la justice et l'ordre, le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ou à la menace, ou à l'usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux.Pour atteindre le but fixé au paragraphe précédent, il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales et aériennes, ou autre potentiel de guerre. Le droit de belligérance de l'État ne sera pas reconnu." Inutile de dire que les nazillons locaux abhorrent ce garde fou constitutionnel - là aussi nous y reviendrons.
"Malheureusement", Abe I n'a pas pu aller au bout de ses rêves, torpillé par des scandales dans son gouvernement. Cette fois-ci, il revient à la tête d'une majorité très très fortement marquée à droite dans un paysage politique de plus en plus irrespirable. Son prédécesseur Noda, supposé de centre gauche (DPJ) a joué à fond sur la fibre ultra-nationaliste pour rester au pouvoir, n'hésitant pas à friser la guerre avec la Chine pour garantir sa présence en tête de liste aux élections. Bien sûr, il s'est fait dans la foulée démolir par les plus extrêmes qu'il était venu chercher sur leur terrain.

Si le LDP d'Abe II n'a pas la majorité absolue à lui tout seul, il contrôle tout avec ses alliés d'extrême droite Your Party et Japan Restoration Party. Le leader de ce dernier, le jeune maire d'Osaka Toru Hashimoto, a récemment soulevé un tollé planétaire en déclarant que les "femmes de réconfort" victimes de l'esclavage sexuel organisé par l'armée impériale* avait constitué un phénomène somme toute "nécessaire". Une provocation destinée à renforcer son contrôle sur son parti au bord de l'implosion, à l'heure où son partenaire Shintaro Ishihara menaçant de voler de nouveau de ses propres ailes (l'ancien gouverneur de Tokyo a le pédigrée requis pour aller loin en politique: il est raciste et considère le massacre de Nanjin comme un mythe).

Ces provocations, qui déclenchent aussitôt des réactions indignées des pays victimes des exactions du régime impérial au premier rang desquels la Corée et la Chine, sont malheureusement désormais le seul moyen d'exister politiquement au Japon. Le jour suivant le quart d'heure Warholien de Hashimoto, Shinzo Abe a cru bon d'en rajouter une couche, histoire de rappeler qui était le patron en la matière: il a posé avec un grand sourire en pilote d'avion de chasse, mais en choisissant le numéro 731, une référence sans équivoque à l'Unité 731 de triste mémoire, celle où le Josef Mengele nippon menait ses expérimentation abominables sur des humains. Afin de bien faire comprendre au monde entier qu'il n'avait pas choisi cet avion au hasard, le Premier Ministre a fait ajouter la mention "Leader S. Abe" au-dessus du numéro, en Anglais.

Le leader de l'Unité 731 s'appelait Shiro Ishii, un criminel de guerre qui a évité tout procès en négociant sa liberté auprès des Américains en échange des résultats de ses petites expériences. Une fois de plus, ces petits arrangements avec la morale continuent à coûter très cher aujourd'hui: non seulement ils constituent l'un des moments les plus indignes de l'histoire de la démocratie américaine, mais l'absence de justice et de condamnation d'un grand nombre de crimes de guerres impériaux a permis dès le départ la corruption de la démocratie japonaise et l'impunité des révisionnistes comme Abe.


Shinzo Abe en Shiro Ishii (twitter.com/theseoulvillage/status/334463426694873088)
Reagissez sur twitter: #abeignomics
Shinzo Abe a tellement bien réussi son Vol 731 que la presse internationale a ressorti les atrocités commises par l'Unité 731, braquant les projecteurs sur une partie de l'histoire que précisément lui et ses amis cherchent à nier et effacer des mémoires. L'extrême droite nippone n'est jamais très subtile et l'an dernier, les pressions menées contre le mémorial de Pacific Palissades dans le New Jersey pour les victimes de l'esclavage sexuel pour l'armée impériale avaient déjà provoqué un retour de manivelle: non seulement les autorités locales avaient obtenu un soutien encore plus fort de leurs administrés, mais les media internationaux avaient repris l'affaire et remis une couche sur cette partie de l'histoire méconnue en occident (voir "We reject as false the choice between revisionism and nationalism - for a Global Truth and Reconciliation Network"). Dans la même veine, la visite de Jean-Marie Le Pen et compagnie à Yasukuni avait eu des retombées assez fortes.***

Les Etats-Unis ont joint la Corée du Sud et la Chine dans un concert d'indignation et le lendemain, Shinzo Abe a été obligé d'effectuer une petite mise au point, pour le moins floue, et sur le fond pas franchement dans le sens de la marche arrière:
  • Concernant la déclaration de Murayama de 1995: Abe a dit que finalement, il ne reviendrait pas dessus en 2015. C'est une bonne chose, mais pas franchement une surprise, car au sein même de son parti, certains pensaient que c'était risqué de s'y attaquer avant d'avoir réglé la question de l'Article 96.
  • Concernant la définition du mot "invasion" pour qualifier les aggressions impériales: Abe a dit qu'il "n'avait jamais dit que le Japon n'avait pas envahi d'autres pays". C'est vrai sur la forme, mais sur la forme comme sur le fond, cette mise au point ne change rien: Abe n'a pas pour autant dit qu'il pensait que le Japon avait envahi d'autres pays.
  • Concernant la sortie de Hashimoto sur les esclaves sexuels de l'armée impériale (ses "nécessaires" comfort women): Abe a dit que ni lui ni personne dan son parti ne partageaient les vues de Hashimoto sur le sujet. Mais là aussi, Abe ne livre pas le fond de sa propre pensée sur le sujet**.
En réalité Abe marque une pause sans reculer. Il constate simplement les limites à ne pas dépasser tant qu'il n'a pas modifié la constitution pour avoir les coudées franches. Il a été de plus en plus loin dans les provocations sans rencontrer d'opposition notable dans son pays, et n'a en rien cédé à la pression internationale. C'est surtout sa majorité d'extrême droite qui lui a rappelé de ne pas se disperser et de ne pas oublier que la priorité reste de faire tomber l'Article 96.

L'Article 96 fixe des conditions contraignantes pour toute modification de la Constitution: une majorité des deux tiers est requise dans chaque chambre, et le texte doit ensuite être ratifié par référendum populaire. Cet article technique est plus facile à faire tomber que l'Article 9, et ouvre grand la porte à des altérations encore plus spectaculaires.

Et Shinzo Abe veut mettre toutes les chances de son côté. Pas question de tomber pour un scandale financier ou une crise économique. Au contraire, le dopage artificiel de l'économie à court terme (quitte un peu plus à plomber les comptes) renforce l'adhésion du public, et là où ses prédécesseurs avaient déjà chuté de 20 à 40 points dans les opinions favorables après 5 mois en place, Abe a même grapillé quelques points à 72%.

Ne nous y trompons pas: Shinzo Abe est bien le pire ennemi de la démocratie au Japon, et ses fameux "Abenomics" ne sont qu'un moyen de corrompre les électeurs pour mener à bien ses "vraies" réformes de fond, ce que j'appelle les "AbeIGNomics".

*
ADDENDUM 20130520: ce post a ete repris en Tribune sur Rue89 "Le Japon prisonnier de son extrême droite révisionniste"
ADDENDUM 201306: ... et la Tribune sur Rue89 a ete traduite aux US, avec quelques consequences facheuses sur ma virilite : voir "Mirrors are abominable"

Participez aussi au debat sur Twitter #abeignomics
*

Voir la liste des posts relatifs au Japon sur blogules en V.F. et sur Seoul Village (en Anglais), en particulier ces derniers jours:
. "ABE forced to back down a bit. For the moment. Next PR stunt: KIM Jong-un" (20130515)
. "Can't top that? Shinzo Abe posing as Shiro Ishii, the Josef Mengele of Imperial Japan" (2013514)
. "So you want to know what is 'necessary', Mr Hashimoto?" (20130514)
. "Dear Japan, Please Say No To Abeignomics" (20130424)

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* au sujet de ces "Comfort Women", voir "Japon: regarde-toi, le monde te regarde" (également sur Rue89 "A Séoul, les "femmes de réconfort" de l'armée japonaise réclament justice", ou en Anglais "One Thousand Wednesdays" sur Seoul Village, "1,000th week of shame for Japan" sur blogules en V.O.")
** ADDENDUM 20130518 notez que Nippon Ishin (le JRP d'Hashimoto) a dû virer l'un de ses membres après une nouvelle provocation: Shingo Nishimura a tout simplement dit que le Japon était plein d'"essaims" de prostituées Sud-Coréennes ("Nippon Ishin to oust member over South Korean prostitute claim" - The Japan Times 20130518)
*** voir "L'extreme-droite Japonaise invite Le Pen... et les projecteurs" (également sur Rue89 "La visite de Le Pen au Japon, coup de com pour l'extrême droite nippone")

20130407

L'amorale de l'Histoire

"Vous lisez Minute? Pour moins de dix balles, vous avez à la fois La Nausée et Les Mains sales". Si hier la boutade de Desproges faisait rire les républicains de gauche comme de droite, plus personne n'est d'humeur à rigoler.

Et plus personne ne croit plus au rigolo de service, "Mr Trierweiler, l'austère qui se marre". Lui aussi a perdu le sens de l'humour. Franchement, ça vous donne envie, à vous, un sandwich au flanby entre une tranche de DSK et une tranche de Cahuzac?

Parce qu'au final qu'est-ce qu'on nous a servi depuis trois ans? Le suicide de Strauss-Kahn en 2011, le suicide de Sarkozy en 2012, et le suicide de Cahuzac en 2013. Difficile de maquiller ça en triomphe du socialisme, et d'ailleurs Mélenchon ne se prive pas de le faire remarquer. A l'autre extrême, Marine Le Pen demande une dissolution de l'Assemblée et de nouvelles élections, sinon quoi? Elle mettra le feu au Reichstag? François Bayrou donne bien de la voix lui aussi, mais jusqu'à présent il n'est jamais arrivé à nous donner autre chose que de la voix. Bel effort pour un ancien bègue, mais on attend plus de la part d'un leader national.

Le sursaut républicain. C'était le seul atout dans la manche du nouveau président, et voilà que tout s'effondre. Son image? Plus transparente que jamais - le mirage pour tous. Il devait redresser la barre à l'occasion d'une intervention télévisée choc? Il ne parvient même pas à la hauteur des épaules de Pujadas.

Je trouve Pascal Cherki bien gentil de comparer notre président à un Conseiller général. Déjà, au moment où il annonçait l'intervention au Mali (voir "Guignol à Kolwezi"), François Hollande me faisait plutôt penser au "maire d'une obscure commune rurale soulevant l'épineux problème de la recrudescence du braconnage sur les terres du père Foutrac", mais depuis il a encore régressé de quelques rangs. Vous avez vu son numéro de sémaphore à la sortie du premier Conseil des Ministres suivant les aveux de Cahuzac? Un carnage:


Visiblement, Flanby avait bien révisé tous les gestes des mains pour marquer l'autorité, mais le corps n'a pas suivi: les bras sont partis systématiquement à contre-temps pendant que tout le reste hurlait "sauve qui peut".

Pour éviter de jeter de l'huile sur le feu, ou plutôt un édredon sur le flan, le Château a envoyé Manuel Valls au front à la place de Jean-Marc Ayrault. Le second Premier Ministre du quinquennat (voir "Flanby au Grand Palais") a fait le boulot et surtout assuré sa propre promo. Par effet miroir, le reflet du présumé chef de l'Etat n'en est paru que plus pâle.

A droite, Nicolas Sarkozy se retrouve associé au naufrage par les hasards du calendrier. Que l'affaire Liliane Bettencourt aboutisse positivement ou non, il apparaît moins que jamais comme le meilleur recours pour un UMP en détresse*.

Avant le second tour des présidentielles de l'an dernier, je disais que la France avait le choix entre la faillite morale et la faillite tout court, elle semble bien partie pour le cumul des mandats.

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* voir "L'UMPlosion fait pschitt"

20130320

Invasion de l'Irak: les 3 impostures de "L'Héritage Bush"

10 ans déjà depuis l'invasion de l'Irak... je vais essayer de ne pas trop répéter mes mantras habituelles, mais au cas où vous avez loupé les épisodes précédents, je vous invite à prendre connaissance des 3 messages suivants:


***


1) L'invasion de l'Irak était destinée à répandre le fondamentalisme dans le monde, pas la démocratie en Irak:

Conservez toujours ceci à l'esprit: "George W. Bush n'a pas agit en tant que Président des Etats Unis d'Amérique dans l'intérêt de son pays, ni même en Républicain dans l'intérêt de son parti, mais avant tout en fondamentaliste dans l'intérêt du fondamentalisme."

J'ai écrit mon "Universal Declaration of Independence from Fundamentalism"* pour exposer cette imposture Bush et au-delà, celle du fondamentalisme, ce projet politique totalitaire déguisé en projet religieux universel, à la fois le pire ennemi de la démocratie et le pire ennemi de la religion.

Comme je l'ai rappelé pour le 5ème anniversaire de cette mascarade ("Iraq - 5 years of success for fundamentalists"), l'invasion de l'Irak fut un triomphe dans le sens où comme prévu, elle a renforcé les fondamentalistes partout dans le monde. Dubya avait donc mérité de poser devant la banderole "Mission accomplie".

Et nous pouvons nous estimer heureux d'avoir évité le pire, parce que ces fous furieux avaient l'intention d'aller encore plus loin (voir "Iran : who wants war and why" / "Iran : qui veut la guerre et pourquoi").


***


2) Le pétrole n'était qu'un moyen de corrompre, pas le but du jeu. Et l'affaiblissement de la démocratie en Amérique n'était pas qu'un dommage collatéral:

Pour la faire simple: les théocons ont fixé l'agenda avec l'aide des néocons (et quel tandem plus adéquat pour la tâche que Bush-Cheney?), et vendu la guerre aux paléocons**.

En d'autres termes: le but ultime du jeu est d'anéantir la démocratie (l'objectif des théocons et autres fascistes), et la justification morale une intervention pour libérer un pays de son dictateur (un objectif néocon tout ce qu'il y a de plus classique), mais pour lancer une guerre, la bénédiction des lobbies pétroliers et militaro-industriels est nécessaire (un travail pour nos bons vieux paléocons).

Seul manquait un alibi pour passer à l'action dès que possible. Un danger clair et immédiat. C'est le rôle des mensonges et fabrications éhontés autour des Armes de Destruction Massive et des liens prétendus entre Saddam Hussein et Osama Ben Laden.

Bien sûr, il y avait toujours le risque de voir un journaliste curieux faire son boulot, ou un citoyen désireux d'exercer son droit à la transparence.

Le Patriot Act étant entré en vigueur plus d'un an avant l'invasion, le principal problème venait des media, et c'est là que l'Administration Bush a offert un pacte aux grands du secteur: si vous ne nous attaquez pas avant les élections de 2004***, nous vous aiderons à consolider votre pouvoir. A la tête du régulateur (FCC), le fils de Colin Powell a fait de son mieux pour affaiblir les lois anti-monopole dans les media, et de fait la concentration s'est opérée à ce moment clef de l'histoire de la presse traditionnelle, des diffuseurs radio-TV, et des media internet. Michael Powell a été jusqu'à monter un forum bidon quelques semaines avant l'invasion, comme pour rassurer tout le monde sur ses bonnes intentions. Il a par la suite rejoint la célèbre RAND Corporation.

Notons que ce procédé "pas de bâton contre carotte" a été repris par Nicolas Sarkozy avec les media en France (voir "Armes de Désinformation Massive - Redux"), et avec plus de succès par Lee Myung-bak en Corée du Sud.

D'une façon générale, l'Administration Bush a cherché systématiquement - avec certes plus ou moins de succès - à modifier l'équilibre et la séparation des pouvoirs à la base de la démocratie:
. exécutif? pouvoirs abusifs multipliés, opacité maximale, y compris vis à vis des Républicains
. législatif? corruption généralisée, production de lois anti-démocratiques à la pelle
. judiciaire? promotion de la torture, négation de tous les droits élémentaires
. media? complaisante au mieux, en charge de la propagande officielle au pire (FoxNews)
. netizens? noyés sous la propagande, les électeurs suivent docilement. les réfractaires font l'objet de surveillance par big brother
. ....
. et bien sûr, la priorité des priorités pour les théocons: anéantir la laïcité, ce pilier essentiel de la démocratie. A nouveau: mélanger la religion avec la politique, l'éducation, ou la science, c'est le meilleur moyen d'attaquer à la fois la démocratie et la religion (voir "Non à la Burqa = Non au fondamentalisme... Chrétien y compris" / "France, secularism and burqa : a political issue, not a religious one").

Naturellement, il y avait aussi beaucoup d'argent en jeu. Pour les lobbies religieux luttant contre la séparation de l'église et de l'état comme pour les lobbies pétroliers ou militaro-industriels. Et le pillage des ressources naturelles irakiennes ne constitue qu'un pan d'un système qui a également converti des excédents budgétaires record en déficits records (entre autres missions vitales: soutenir les copains comme Halliburton, une action caritative qui s'est même poursuivi dans un autre Golfe, après Kathrina - voir "Red blogule to Halliburton and the 40 thieves").

Mais la corruption a frappé bien plus loin, au coeur des fondamentaux de la démocratie.
 

***


3) Le Printemps Arabe ne doit rien à la Guerre en Irak, bien au contraire:

 
George W. Bush et son fan club essayent de nous vendre le Printemps Arabe comme la conséquence de son aventure en Irak, une "guerre de libération" qui a "fait rayonner la démocratie dans la région", mais cette imposture est totalement inacceptable.
 
Premièrement, la croisade de Bush a surtout contribué à réduire au silence les modérés et à renforcer les islamistes radicaux, les confortant comme seule force politique capable de prendre le pouvoir à la chute des régimes en place.
 
Deuxièmement, son invasion illégale et à des fins anti-démocratiques ne saurait être comparée avec des mouvements populaires d'auto-détermination portée par des idéaux universels de liberté et de démocratie. L'idéal de nation de Bush est la théocratie, un idéal partagé par les islamistes, et certainement pas par les authentiques combatants de la liberté.
 
Troisièmement, l'Administration Bush a bien servi d'exemple dans la région, mais pas dans le monde arabe (voir "Israel accepted as true the choice between its security and its ideals", "Persiste et signe" et "Le rideau de sable et la renaissance musulmane").


 
***

Dix ans après, la justice n'a toujours pas été rendue, et je pense que les derniers mots de Tomas Young (dans "The Last Letter") méritent d'être reproduits ici:
"Un message à George W. Bush et Dick Cheney de la part d'un Vétéran sur le point de mourir": "J'espère que vous serez trainés en justice. Mais surtout j'espère, dans votre intérêt, que vous trouverez le courage moral pour faire face à ce que vous avez fait pour moi et pour beaucoup, beaucoup d'autres qui méritaient de vivre. J'espère qu'avant que votre temps sur terre touche à sa fin, comme il se termine pour moi, vous trouverez la force de caractère pour vous présenter devant le public Américain et devant le monde, et en particulier devant le peuple irakien, et implorer leur pardon".

Et comme toujours, il est de notre devoir à tous d'exposer et de dénoncer les impostures, de siffler hors jeu chaque fois qu'un gouvernement essaye d'affaiblir la séparation des pouvoirs ou de jouer avec les fondamentaux de la démocratie.


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* "Déclaration Universelle d'Indépendance Contre le Fondamentalisme", prolonge et complète "En finir avec le fondamentalisme"
** voir aussi "Neocons, theocons et paleocons"... NB: si les "anticons" évoluaient alors encore sous la surface radar, ils ne constituent en rien un modèle démocratique: "le Tea Party n'est pas une alternative au duo Parti Républicain - Parti Démocrate, mais la négation même de la république, la négation même de la démocratie (voir "Grand Old Parting - enter the anticons")
*** Souvent même jusqu'aux élections 2008 (see "The Silence of the Lambs (War in Iraq and US networks)"). Et certains collabos ont eu le culot de donner des leçons à Bush après une telle disgrâce (voir "What Fareed Zakaria got wrong")!

20130311

Le poids des ANS (Amis de Nicolas Sarkozy)

J'ai reçu ce matin dans ma boîte email un message intitulé "Adhérez à l’association officielle des amis de Nicolas Sarkozy" et signé entre autres Hortefeux, Guéant et Morano.


De toute évidence envoyée trop tôt pour le 1er avril ou Halloween, cette sinistre blague devait normalement atterrir à la rubrique "spam" où, ça ne s'invente pas, je n'avais aujourd'hui que ce seul message: "ROLEX at unbelievable prices"



L'eau a coulé sous les ponts depuis la première missive envoyée, cette fois-ci directement, par Notre Petit Pair des Pipoles, alors candidat à sa propre succession. Un envoi de masse destiné aux Français de l'étranger, et auquel je n'avais répondu que sur ces misérables lignes (voir "Mon Cher Nicolas" - 26 mars 2012). Je soupçonne d'ailleurs fortement un recyclage éhonté des fichiers de la République, étant bien entendu que je n'ai pas ma carte du parti ou plutôt de ce qu'il en reste.

En attendant, je me suis retrouvé ce matin face au nabot bras en croix sous le logo tricolore "Les Amis de Nicolas Sarkozy", avec cette citation choc: "il y a quelque chose de plus grand que nous, il y a la France":


Euh... Nico, plus grand que toi, y'a pas que la France, mais passons au coeur du message:

Chère Madame, Cher Monsieur  
Comme nous, vous ne supportez pas le déclin vers lequel les socialistes entraînent la France.  
Réagissez, rejoignez-nous en cliquant ici dès maintenant !  
Adhérez et soyez de ceux qui défendent les valeurs d'une France juste et grande, prête à s'unir dans le sillage des valeurs portées par l'action de Nicolas Sarkozy.  
Nous ne renoncerons jamais !  
Nous avons besoin de votre mobilisation pour garantir l'avenir de la France et celui de nos enfants. Grâce à votre engagement à nos côtés, nous continuerons à défendre notre idéal commun à l'occasion de grands rendez-vous citoyens tout au long de l'année.  
La France a besoin d'un nouveau souffle. Avec vous, donnons-lui le courage de réagir. 
Bien amicalement,  
Brice Hortefeux - Président  
Christian Estrosi - Secrétaire général  
Nora Berra, Xavier Bertrand, Christine Boutin, Pierre Charon, Henri Guaino, Claude Guéant, Maurice Leroy - Vice-présidents  
Nadine Morano - Trésorière
Je ne suis guère surpris de voir Xavier Bertrand s'émoustiller en public les papilles au contact du postérieur du "Nouvel Ex", entraînant au passage Nora Berra dans cet acte révoltant... qui n'augure en rien de sa fidélité: le bonhomme a l'art consommé de ménager la chêvre Copé et le chou Fillon tout en leur plantant à tous deux un joli couteau dans le dos.

Tout ce beau monde a bien raison: la France a besoin d'un nouveau souffle.

De quelqu'un de nouveau.

Et de plus grand que Nicolas Sarkozy.


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20130304

10 ans de blogules

03/03/03-13/03/03

Mon portail personnel (et avec lui blogules) vient de fêter ses 10 ans, et je tiens à m'excuser auprès des millions de visiteurs qui s'y sont perdus.

Desolé, mais je suis trop épuisé pour de traduire la rétrospective - mea culpa que j'ai pondue hier en Anglais sur blogules en V.O. à propos de ces 10 ans de blogitude ("HGTP (Hypergraphia Transfer Protocol) Turns 10: 03/03/03 - 13/03/03").

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20130112

Guignol à Kolwezi

Maintenant que Sarkozy, La Grande Finance et Gérard Depardieu sont allés s'exiler au Qatar, au Royaume-Uni et en Russie, Guignol ne sait plus où donner du bâton. Flanby règlerait bien son affaire au chômage, mais il s'obstine à taper sur les mauvaises cibles. Et Gnafron n'a pas encore dégrisé des dernières fêtes de l'UDI pour l'aider à y voir plus clair. Flageolet, lui, pète la forme dans les sondages, mais il vole de ses propres ailes... pire: avec cette abominable affaire de militantes kurdes assassinées en plein Paris, Valls le superflic a encore l'occasion de lui faire de l'ombre.

Toute l'assistance s'époumonne à alerter Guignol sur un très très vilain personnage, Bashar el Assad. Mais notre héros semble vouloir regarder partout sauf au beau milieu de la scène internationale. Fidèle à sa ligne fuyante directrice, le procrastinateur en chef attend que la situation dégénère au point de non retour pour envisager de penser à l'action (je dis bien "penser", pas "passer").

Le point de non-retour a été franchi par al Qaeda au Mali, obligeant Mr Trierweiler à abandonner sa posture d'autruche.

Enfin... Rien de tel qu'une bonne guerre pour regonfler une côte de popularité.

A condition de soigner son look présidentiel.

Et là, manque de bol, au pupitre, François Hollande évoque plutôt le maire d'une obscure commune rurale soulevant l'épineux problème de la recrudescence du braconnage sur les terres du père Foutrac. Même Giscard avait fait mieux pour Kolwezi, c'est tout dire.

Rien n'y fait: Flany n'est toujours pas habité par la fonction, et ça se voit. Se cacher derrière son petit doigt, il sait faire, mais il en faut plus pour animer la marionnette.

A côté de lui, Laurent Fabius donnerait presque l'impression d'avoir la carrure d'un premier ministre (!) - laissez lui quelques semaines, disons d'ici le prochain Salon des Antiquaires, et Fafa va nous faire une petite chiraquerie taïno à la sauce Dogon, vous pariez?


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20130109

Sommaire - liste des blogules 2012

blogules parus en 2012 (Saison X - voir plus bas les saisons I à IX - et l'ensemble des listes depuis 2003).

Cette liste est mise à jour manuellement et très peu régulièrement, avec tous les risques que cela entend (omissions, erreurs). Utilisez également la colonne de navigation de gauche pour les derniers blogules, les archives mensuelles, les mots-clef les plus souvent utilisés, la recherche dans l'ensemble de mon portail personnel...



Second Semestre 2012

. "De quoi PARK Geun-hye est-elle le nom?"
. "Bonne Année 2014"
. "L'UMPlosion fait pschitt"
. "Le changement, c'est quatre ans après"
. "Tout faux"
. "Passage à l'heure du thé: le Non-Président nous pose un lapin"
. "J'ai survécu à trois jours de Convention Républicaine sur FoxNews"
. "Mr Trierweiler, l'austère qui se marre"

Premier Semestre 2012

. "50+20 - Réapprendre l'économie"
. "Preparation H(ollande)". "Révisionnisme: la (trop) Grande Muraille de Chine a croqué la Corée (et le Tibet en prime)"
. "Flanby au Grand Palais"
. "La France dit non au changement"
. "Moi Président de la République gonflé à l'hélium"
. "Résolument blanc"
. "Seoul: inhumaine, trop humaine"
. "Aidez moi !"
. "Mon Cher Nicolas"
. "Mélenchon condamne Hollande au Mexican Standoff: pour les réformes, personne ne bouge!"
. "Et le Canard de la Meilleure Intervention de Chirurgie Esthétique revient à..."
. "De Dominique de Villepin à Nicolas de Villepinte"
. "Iran: on remet le couvert"
. "La France Forte et la ligne bleue de la Place des Vosges"
. "Entremiens et Profession de Moi"
. "Hollande pense a la Presidence en me rasant"
. "Ruppert Murdoch: un seul être vous manque..."
. "Changement: maintenant, Hollande c'est le Francois"
. "Rejoignez blogules sur Facebook"

Saisons précédentes:

blogules 2013
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20121220

De quoi PARK Geun-hye est-elle le nom?

A en croire le calendrier solaire des Mayas, la fin du monde est pour demain. Mais en Corée et d'après le calendrier lunaire, c'est MOON qui s'est cassé la gueule hier.

En fait, pour ces élections présidentielles en Corée du Sud, le candidat de gauche MOON Jae-in n'a jamais vraiment eu l'occasion de briller*. L'indépendant AHN Cheol-soo a longtemps donné l'illusion de pouvoir le faire, mais il s'est retiré de la course sans pour autant que MOON en profite pleinement**. Et puis une petite candidate d'extrème gauche plutôt agitée a torpillé les deux premiers débats télévisés, ne s'éclipsant qu'à quelques jours du scrutin, trop tard pour permettre un vrai face à face.

En dépit de l'impopularité de son prédécesseur et des interrogations fondamentales pesant sur elle, PARK Geun-hye aura donc traversé jusqu'à sa victoire sans surprise une campagne sans véritable adversaire ni véritable débat.

Pour autant, sa victoire n'est pas négligeable, et s'avère même un triomphe démocratique très net. Ce qui me chiffonne, qu'il est difficile de dire qui a gagné ces élections.



Le site de PGH ce matin

La démocratie Sud-Coréenne s'est choisi un vainqueur incontestable...

une participation record:
75,80%, c'est la meilleure depuis 1997 et la bagarre entre Kim Dae-jung et Lee Hoi-chang
- une vraie majorité:
51.6% pour PARK contre 48.0% pour MOON (NB: cette année, les petits candidats étaient de véritables nains de jardin)
- une victoire au-delà des clivages régionaux habituels:
Bien sûr, les habituels bastions ont tenu: MOON a fait 86-89% sur les provinces de Jeolla et même 91.97% à Gwangju, PARK a cartonné dans l'Est avec un pic à 80.4% à Daegu. Mais au-delà des scores, très différents, la carte présente une coloration très différente des élections de 1997 et 2002, où l'on pouvait tracer une verticale avec les progressistes à l'ouest et les conservateurs à l'est, et plus proche du raz de marée de 2007, où LEE Myung-bak n'avait laissé que le sud-ouest. MOON a bien regagné Séoul, mais de trop peu. En fait, la victoire de sa rivale s'est dessiné très tôt dans la soirée avec les premiers dépouillements dans la région capitale (en tête sur Gyeonggi-do et Incheon, juste derrière sur Séoul). Notons que les Coréens de l'étranger votaient pour la première fois, et que le vote conservateur s'est révélé nettement minoritaire (56-42 pour MOON, 70% de participation).
- le choc des générations s'est confirmé, mais pas tant que cela: comme prévu, le vote PARK progresse avec chaque tranche d'âge, et elle a verrouillé les plus de 50 ans. Mais elle n'a pas été trop larguée chez les plus jeunes (un tiers des votes). Et qui a gagné la bataille des réseaux sociaux? Les seniors, qui se sont Kakao Talké jusqu'à mobiliser 90% de leur tranche d'âge.
 
 

... mais au fond, qui a gagné ces élections?

Pour les media étrangers, la nouvelle combine deux événements pour la Corée: une femme devient pour la première fois présidente de la république, et la démocratie choisit l'enfant d'un dictateur pour diriger le pays.

Je ne pense pas que la dimension "glass ceiling" ait été centrale (oui il s'agit d'une femme, non mariée, et sans enfants, mais c'est totalement secondaire), ni qu'il s'agissait d'un référendum pour ou contre PARK Chung-hee (a fortiori, je ne me suis fait aucune illusion sur le poids des valeurs constitutionnelles au centre de ce non-débat***). Pour moi, les électeurs se sont au final positionnés par rapport à un niveau d'incertitude et de changement. De la gestion de risques, en somme.

Et le conservatisme l'a emporté.

Chacun sentait que la situation était mauvaise, que quelque chose devait être fait, et les deux candidats ont fait des promesses comparables sur certains points (moins de pouvoir pour les chaebols, une meilleure couverture sociale pour les plus démunis). Mais chaque candidat soulevait lui-même beaucoup de doutes - de nature il est vrai tres differents -, et y compris au sein de leurs propres camps: même en cas de victoire de leur champions respectifs, certains voyaient trop d'incertitudes pour l'avenir du pays comme pour leur propre sort personnel. Les peurs ont clairement dominé sur l'espoir, et MOON comme PARK ont passé l'essentiel de leur temps à essayer de rassurer les électeurs. Et à ce petit jeu, en général, c'est le conservateur qui l'emporte. Pas nécessairement le candidat conservateur et sa présumée supériorité sur l'économie, mais la part de conservateur dans chaque électeur.

PARK a parfaitement respecté le script en se positionnant comme la maman de tout un peuple, et en arrondissant sensiblement ses réformes (dans le style: les chaebols on trop de pouvoir mais en période de crise, on ne peut pas affaiblir les moteurs de notre économie, et puis méritent-ils que l'on soit si méchants avec eux?). A son habitude, elle n'a jamais vraiment donné l'impression de dire ce qu'elle pensait au fond. Et toujours cette voix douce de l'ajumma rassurante et averse au risque, calculant et pesant chacun de ses mots...
 
Comme les Français avec François Hollande (voir "La France dit non au changement"), les Coréens ont donc choisi de changer sans changer. Là aussi, la seule promesse certaine d'être tenue par le nouveau président c'était de faire partir l'ancien, très contesté, mais en Corée la constitution interdit de toute façon à un président de se représenter. En 2007, LEE Myung-bak avait reçu un mandat clair pour réformer, et tout le monde reconnaissait sa capaciter à mener et à agir, quitte à être franchement buldozer/kärcher par moments... mais comme avec Nicolas Sarkozy, le pays a vite déchanté****. En 2012, beaucoup d'électeurs coréens ont regretté, comme beaucoup d'électeurs français, d'avoir à choisir entre le risque républicain (craintes sur l'équilibre des pouvoirs, les fondements de la démocratie) et le risque idéologique (un parti obsolète, inconsistant, et pas prêt à gouverner). Mais la Corée n'est pas la France, et le fait qu'il ait changé de candidat a aussi aidé le parti au pouvoir à rester en place. PARK Geun-hye n'avait pas plus que Hollande l'image d'une réformatrice. Au moins a-t-elle donné l'impression de vouloir réformer son parti, mais en se contentant de le renommer, de remplacer quelques figurants, et d'espérer très fort que cela suffise pour éradiquer la corruption endémique dans le paysage politique national*****. Et puis elle a fait passer par le gouvernement des paquets de lois populaires dans les semaines précédant les élections pour donner le change. Dans le camp en face, l'interminable primaire a enlevé tout espoir de conquête des indécis.

PARK Geun-hye fait partie du paysage depuis des décennies, et tout le monde connait son histoire. Elle n'a pas choisi d'être une fille de dictateur, et on ne peut pas attendre d'une adolescente dont les deux parents ont été assassinés qu'elle devienne une adulte normale. Et puis elle a fini par se distancer du régime de son père, elle est à l'abri des scandales habituels pour les enfants de présidents parce qu'elle n'en a pas, et à l'inverse de son prédécesseur, elle ne roule - officiellement au moins - pour aucune église. Pourquoi ne pas lui donner sa chance? Même si elle n'a critiqué son papa que sur le tard, sous la pression des électeurs, et de façon à la fois très indirecte et très limitée. Même si, à ce jour, nous ne savons toujours pas ce qu'elle pense au fond d'elle même. Même si on ne peut même pas être totalement certain que ce soit vraiment elle qui mène sa propre barque.

Et hier, quand son heure de gloire est arrivée, PARK Geun-hye a quelque part réussi à éviter une fois de plus le passage au révélateur. Loin de délivrer un discours de victoire inspirant pour tout un pays, elle s'est contenté de quelques mots au QG de campagne pour fixer rendez-vous à tout le monde à Gwanghwamun Square, où elle a simplement fait une courte apparition sur le podium pour recevoir un bouquet et répondre à une brève interview, comme la patineuse KIM Yu-na à la fin d'une compétition. La scène aurait dû se passer quelques hectomètres plus au sud, sur Seoul Plaza, avec la patinoire en plein air de la ville en arrière plan plutôt que la statue du Grand Roi Sejong.

Qui a donc fait office de star à la télé coréenne hier? Gwanghwamun, CHUNG Mong-joon, et Anipang.

. Gwanghwamun? Sur sa route du retour au siège de la présidence (Cheong Wa Dae, au nord), PARK a quitté sa maison dans les quartiers riches (Gangnam, au sud - oui, le Gangnam raillé par PSY, pourtant un gars du coin), pour faire une étape chez son parti (serrer les mains de pontes dont certains ont aussi l'étiquette chaebol), avant de célébrer sa victoire devant Gwanghwamun, à l'entrée du principal palais historique du pays. Un raccourci de tous les symboles du pouvoir de la ville et du pays à travers les temps et une confirmation, pour ceux qui en doutaient encore: le centre historique et Gwanghwamun est redevenu le symbole ultime du pouvoir à Séoul et en Corée. Mention spéciale au Roi Sejong: sa statue un peu kitsch a écrasé de sa masse la nouvelle reine du pays pendant sa courte apparition, et son nom est même devenu un nouvel objet politique à conquérir (à peine sortie de terre, l'ex-future capitale Sejong City bénéficie d'un statut spécial qui l'élève au niveau des 16 autres régions du pays).

. CHUNG Mong-joon? Comme le Roi Sejong mais sans le sourire, l'homme de pouvoir est resté assis et silencieux toute la soirée, mais sa face de géant pensif a occupé tout l'écran. Y compris pendant le bref passage de son ex rivale au siège de campagne.

. Anipang? Je n'ai pas regardé une soirée électorale à la télé mais une espèce de jeu vidéo stupide avec chaque moitié d'écran remplie par des rangées de VIP d'un des grands partis (Saenuri, DUP), et des avatars 3D plus ou moins mignons de PARK et de MOON réagissant de façon plus ou moins déjantée à chacun des résultats. C'est le seul moyen que les chaînes ont trouvé pour animer une soirée où elles se sont contentées de communiquer, au fil du dépouillement, l'évolution des scores bruts pour chaque région et au niveau national. Les seuls humains sont les présentateurs, des animateurs non experts qui se gardent bien de faire des commentaires. Ne cherchez pas les experts et les invités politiques, ne cherchez pas les analyses de sondages sortie des urnes. Vous avez simplement droit à ce jeu TV stupide: un simple compte à rebours où le seul objectif est de deviner l'heure à laquelle le vainqueur sera mathématiquent certain d'être élu. J'ai zappé sur je ne sais combien de chaines et c'était partout pareil, la concurrence se faisant sur les animations 3D. Ils ont tous essayé des trucs mignons, comme cet espèce d'ourson blanc géant traversant tel Tottoro un paysage coréen idéalisé. SBS a risqué un fond d'écran nettement plus flippant: un vieux village livré à lui même et vidé de ses habitants, comme un "shoot'em up" après le départ des snipers et l'évacuation des cadavres. Mais la plupart du temps c'était MOON et PARK au pays des toons, comme ici sur newsY:




Et maintenant?

Au final, nous n'avons à ce stade pas appris grand chose. Ni pendant la campagne, ni à la lecture des résultats.

Et la Corée a décidé d'accorder à PARK Geun-hye le bénéfice du doute.

C'est donc à elle (et/ou à quiconque tient le volant) de décider où mener la nation, et quel héritage la famille laissera au final.

Voyons comment cette page blanche s'écrit.

Et avec elle l'Histoire. Avec une attention particulière sur la façon avec laquelle elle est réécrite dans les manuels d'école. 

(publié initialement sur Seoul Village - "The Anipang Election: PARK wins big, but who wins?" - également sur blogules en V.O. - "A clear democratic triumph for PARK Geun-hye, but who won the elections?")

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* voir "Time is up" (en Anglais)
** voir "Scratch that: Dynasty, Dallas, or the Twilight Zone?" (en Anglais)
*** voir "25 years later" (en Anglais)
**** je ne reviendrai pas sur le parallèle avec Sarkozy de 2008 (voir "Volonté d'impuissance"), si ce n'est pour ajouter que Lee a fini comme Bush Jr et Sarkozy par altérer la balance des pouvoirs sur l'ensemble des tableaux: exécutif, justice, media, entreprises, netizens, laïcité...
*****  voir "Saenuri, a brand "new" wor(l)d" (en Anglais)

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UPDATE 20121221

A l'attention des lecteurs francophones, plus explicite sur la nature des risques et les profils.

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